14/04/2007

putain, deux ans....deux ans....bon anniversaire...

allez, ton émission radio fétiche, tu sais celle dont tu me disais tant de bien...maintenant, je comprends, c'est tout ce que tu aimes...« Pourquoi certains médias de merde ne provoquent-ils pas votre opprobre ? », nous écrivait récemment un lecteur. Question justifiée : Le Plan B n'avait pas encore analysé l'une des émissions phares de RMC, « Les grandes gueules ».Animée par Alain Marshall (passé par « Ciel mon mardi ! », « Combien ça coûte ? ») et par Olivier Truchot (ancien directeur d'Autoroute FM), l'émission se présente comme un « grand show » réunissant « une vraie bande qui ose tout dire » et qui affiche sa « liberté de ton, de conviction et d'expression (1) » . Le principe est simple : les deux animateurs placent devant un micro trois « grandes gueules » puisées au sein d'un vivier d'une vingtaine de braillards. Leur mission ? Commenter l'« actualité », c'est-à-dire répéter les calembredaines du Parisien ou du Monde, sans s'interdire de prolonger la soirée télévisée de la veille. Ainsi, quand Nicolas Sarkozy passe sur France 2, « Les grandes gueules » osent lancer un « débat » d'envergure le lendemain : « Sarkozy a-t-il été bon hier soir sur France 2 ? » (1.12.06). Quelques semaines plus tard, autre thème brûlant : « Sarkozy a-t-il été bon hier soir sur TF1 ? » (6.2.07). La veille, une question hantait déjà l'équipe : « Sarkozy ce soir sur TF1 : regarderez-vous ? »La « liberté de ton, de conviction et d'expression » ne concerne apparemment ni les employés ni les ouvriers : on n'en trouve aucun parmi les dix-sept intervenants présentés sur le site de l'émission (2). On compte en revanche trois chefs d'entreprise, ainsi que l'homme d'affaires Jacques Maillot (fondateur de Nouvelles Frontières, PDG de Témoignage chrétien), Jean-Claude Larue (ancien membre du CSA, à la tête du syndicat national des éditeurs de jeux vidéo) et Alain Marty, président du Wine and Business Club (3).Des jacasseurs calibrésLes militants de gauche, eux aussi absents, doivent laisser la parole à trois « personnalités » de droite : Mourad Ghazli (membre du comité exécutif du Parti radical, associé à l'UMP), Édouard Fillias (président d'Alternative libérale) et Frank Tapiro (publicitaire sarkozyste écarté par le candidat qui le trouvait trop à droite), sans compter Claire O'Petit, commerçante conseillère municipale UDF de Saint-Denis. Quant aux autres membres de l'équipe, leur condition sociale les incite peu à ouvrir leurs « grandes gueules » pour réciter des discours de Bakounine : deux médecins, un prêtre, une avocate au barreau de Paris et le président du l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie. Karim Zéribi (« conseiller Égalité des chances » à la SNCF) et Gaston Kelman (auteur de Je suis noir et je n'aime pas le manioc) s'emploient à donner un vernis « multiculturel » au caquetage patronal qui ébranle les murs du studio.La spécialité des « grandes gueules » consiste à poser une question déjà matraquée par tous les médias mais en la présentant comme une volonté courageuse de « briser un tabou » : Le dialogue social à la SNCF, c'est la guerre froide avant la chute du mur de Berlin ? (25.10.06), Faut-il supprimer le RMI au nom de ses effets pervers ? (7.11.06), SNCF : les syndicats savent-ils vraiment pourquoi ils font grève ? (8.11.06), Et si la suppression de la durée légale du travail était la solution pour l'emploi ? (26.1.07), etc. Mais les titres des émissions ne s'embarrassent pas systématiquement de la forme interrogative : SNCF : de la grève, encore et toujours ! (8.12.06), On n'a jamais autant fait la queue à la Poste ! (21.12.06), Malgré une revalorisation des salaires, les fonctionnaires seront en grève le 8 février ! (19.1.07). Sur tous ces sujets, il ruisselle du gosier des « grandes gueules » un jus de Jacques Marseille – sans le flacon universitaire. Une mine d'or pour qui cherche à répertorier sans se fatiguer les opinions véhiculées au jour le jour par le Parti de la presse et de l'argent (PPA).Traumatisme postalSitôt leurs majestueux fessiers calés sur les tabourets du studio, les Socrates de RMC lancent leurs thèmes favoris, soit à l'aide d'un article de presse, soit par le biais d'une anecdote. Un sujet sur la Poste commence par les pleurnicheries de Claire O'Petit, empêchée de récupérer un colis parce que les postiers étaient en grève. « Y-en-a-ma-rre ! » vagit-elle (21.12.06). Alain Marshall se garde de la contredire : il a lui-même fait la queue à la Poste quelques jours plus tôt ! Réagissant à ces récits d'épouvante, Olivier Truchot glapit en agitant Le Parisien qui publie une « étude » sur l'augmentation du temps d'attente des usagers. Le « débat » est lancé, les « tabous » sont « brisés » ! Franck Tapiro souligne le fond du problème : « Le temps qu'on passe à la Poste est à mon avis supérieur au temps qu'on passait à la Poste dans les années soixante. Avec Internet et les nouveaux médias, je trouve ça to-ta-le-ment ha-llu-ci-nant ! »On l'a compris : « Les grandes gueules » adorent les fonctionnaires. Alain Marty hurle à ceux qui envisageaient de manifester le 8 février : « Devenez plombiers ! Y a plein de métiers pour gagner de l'argent ! » Plus à gauche, l'avocate Anna Salabi compare les grèves à « un folklore » susceptible de rapporter de l'argent : « ... y a le “Da Vinci Tour” pour les touristes, on pourrait faire : “Venez en période de grève en France, venez voir comment ça se passe” » (19.1.07). Faisant souffler sur le cloaque un trop bref appel d'air, les propos d'auditeurs (récompensés par un T-shirt des « GG ») sont là pour donner l'illusion que RMC est « une radio où tout le monde s'exprime ». Ainsi, une malheureuse fonctionnaire du ministère des Finances est houspillée au téléphone. « Vous êtes prête, vous, à travailler plus pour gagner plus ? », « Est-ce que vous êtes trop nombreux à l'endroit où vous êtes ? », « Y en a combien à peu près qui bossent comme vous ? » On frémit à l'idée que « Les grandes gueules » aient un jour à répondre à de telles interpellations...Les chômeurs occupent une place à part dans le cœur de RMC. Pour le plus grand bonheur des intervenants, le président du parti social-démocrate allemand a rabroué un sans-emploi en lui conseillant : « Lavez-vous, rasez-vous et vous trouverez du travail en trois semaines ! » Aussitôt, la chef d'entreprise Sophie de Menthon explique à Leïla, « militante dans le mouvement des stagiaires », qu'« il faut surtout penser justement parce qu'y a pas de croissance que c'est une compèt'de chercher du boulot. [...] Pardon, mais t'es un produit parmi d'autres !... Donc c'est le meilleur brushing qui l'emporte ! » L'animateur conclut : « En tout cas, on peut saluer le courage du président du parti social-démocrate, qui, vraiment, a joué les grandes gueules dans cette affaire » (19.12.06).Notes :1) www.rmcinfo.fr(2) Exception faite de Mourad Ghazli, présenté comme « syndicaliste RATP » et « gestionnaire de biens ».(3) Le Wine and Business Club s'enorgueillit d'avoir « animé depuis 1991 plus de 500 débats en présence de personnalités du monde de l'entreprise (Patrick Ricard, Jacques Attali, Jean-Claude Trichet, Jean Peyrelevade, Olivier Dassault, Michèle Cotta, Pierre Cardin, Jean-Cyril Spinetta, Michel Pébereau, Claude Bébéar, Bertrand Collomb, Daniel Bouton, Nicolas de Tavernost, Henri de Castries, Alain Prost, Thierry Morin, Charles Beigbeder, Henri Giscard d'Estaing...) » (www.winebusinessclub.fr).

23:39 Écrit par eric blair dans Général | Lien permanent | Commentaires (257) |  Facebook |