03/03/2006

Ali...baba...?

Tariq Ali est un écrivain britannique d’origine pakistanaise. Militant anti-impérialiste athée, il a cependant passé des années à étudier en profondeur l’islam. Au départ, il s’agissait de réagir à la grotesque propagande anti-arabe qui avait suivi la première guerre du Golfe. Ce conflit avait révélé à quel point l’Occident méconnaissait l’islam. Plus récemment, Tariq Ali a publié Le Choc des intégrismes (Paris, Textuel, 2002), afin de replacer les événements du 11 septembre 2001 dans une perspective historique.*



solidaritéS, février 2006.


C’est bien sûr l’assassinat du cinéaste Theo Van Gogh et les menaces adressées à la députée libérale Ayaan Hirsi Ali qui ont particulièrement attiré l’attention sur l’islam aux Pays-Bas. Comme elle, tu es un incroyant issu du monde musulman. T’es-tu déjà senti menacé ?

- Non, jamais. Je voyage beaucoup, autant dans le monde musulman que dans le reste du monde, mais je ne me suis encore jamais senti menacé. Pourquoi cela ? C’est sans doute que les gens qui ne sont pas d’accord avec moi sur la religion savent que je suis un ennemi de l’impérialisme. Je ne cesse de critiquer l’impérialisme et ses entreprises, plus que les croyant-e-s. Tandis que Hirsi Ali et les gens comme elle, aux Etats-Unis et en Europe, font profession d’attaquer l’islam. Il y a d’autres questions importantes dans le monde. Pourquoi ces gens se concentrent-ils sans arrêt sur l’islam ? Par leur façon de s’en prendre à l’islam, ils collent aux préjugés existants. Et pour cela, ils sont haïs. Il n’y a aucune excuse ni justification aux actes de violence contre ces gens. Il faut discuter avec eux. Mais ces actes sont un signe de désespoir : des hommes sont à ce point à bout, qu’ils recourent à la violence.


Ne crois-tu pas que la violence et les menaces contre ces personnes constituent aussi une menace pour tous ceux/celles, d’origine musulmane, qui ne sont pas dans la norme ? Pour les incroyant-e-s, les féministes, les homosexuel-les ?

- Certainement. Mais il faut savoir que la communauté musulmane est très diversifiée. Les gens connaissent très mal le monde musulman. L’image qu’ils s’en font est en grande partie perçue au travers des communautés immigrées en Europe, qui diffèrent d’ailleurs beaucoup les unes des autres. La vie dans le monde musulman n’est pas monolithique : il y a des croyant-e-s, des incroyant-e-s, des athées. Que les incroyant-e-s puissent s’exprimer librement, c’est évidemment une autre affaire. Souvent, ils ne le peuvent pas, mais cela ne signifie pas qu’ils/elles n’existent pas. Comme c’est le cas ici, la religion n’est pas l’élément central de la vie des musulman-e-s. Les gens travaillent, mangent, font l’amour, construisent des familles. Beaucoup vont à la mosquée, d’autres pas. Exactement comme dans d’autres parties du monde. La différence réside seulement en cela que, dans quelques pays, il est défendu de critiquer l’islam. Mais ce n’est pas le cas, par exemple, en Turquie. Dans d’autres pays où c’était possible aussi, cela est devenu plus difficile aujourd’hui.


La religion assume bien une plus grande importance. Pour les jeunes musulman-e-s en Occident, l’islam est, dans une large mesure, une question identitaire.

- Je le pense aussi. Cela résulte de différents facteurs, mais avant tout du vide du capitalisme actuel. Il n‘y a pas de véritable alternative. Beaucoup de gens le sentent et se tournent vers la religion, pas seulement les musulman-e-s. Depuis vingt ou trente ans, des gens qui ne se considéraient pas comme particulièrement religieux, se tournent désormais vers l’islam, le christianisme, le bouddhisme, etc. Pourquoi ? Parce que le capitalisme aplatit tout, comme un rouleau compresseur, et que les êtres humains veulent trouver un refuge pour eux-mêmes. Parce qu’ils sont nombreux à ne plus voir aucune alternative socioéconomique, ils en reviennent à la religion. C’est pourquoi, dans les communautés d’immigré-e-s, il y a des gens qui considèrent leur identité sous un angle purement religieux, et je n’attends rien de bon de cela. Mais je pense aussi que tout ça changera dans les générations à venir. Aujourd’hui, les gens ne sont pas tous religieux avec la même intensité, on peut voir différentes variantes. Je ne crois pas que le retour à la religion soit universel.


Un aspect de la représentation orientaliste des musulman-e-s qui domine aujourd’hui, c’est qu’ils/elles sont dépeints comme des gens qui ne peuvent se comporter que de façon acritique et dogmatique vis-à-vis du Coran, tandis que d’autres croyant-e-s, avant tout les chrétiens, sont réputés capables de produire une interprétation moderne de leur livre saint.

- C’est en réalité une représentation erronée, bien que très répandue. C’est pourquoi, j’insiste sur la diversité dans le monde musulman. En Pologne, l’église a joué, en son temps, un rôle significatif dans la lutte contre le régime stalinien. A l’Ouest, son rôle a été salué avec enthousiasme. Pourquoi ces deux poids et deux mesures ? Beaucoup de gens dans le monde musulman considèrent une attaque contre l’islam comme inacceptable. Beaucoup d’entre eux, sans être du tout religieux - j’en connais quelques uns - disent : « Oui, je suis musulman-e ». Cela résulte du fait que les Etats-Unis ont rendu, d’un certain point de vue, inacceptable d’être musulman.

Vous vivez dans un pays [les Pays-Bas] dans lequel la religion a occupé une position dominante de façon extrême. Le fondamentalisme protestant est l’une des pires formes du fondamentalisme. Le fondamentalisme protestant, d’origine anglaise ou néerlandaise, a été responsable d’un génocide en Amérique du Nord ; il a anéanti la population indigène au nom du progrès - quelque chose que les musulman-e-s n’ont pas encore fait.


Partout où l’on voit ce renouveau religieux dont tu parles - parmi les musulman-e-s en Occident, parmi les chrétien-ne-s états-uniens... - on remarque que des représentations conservatrices de la sexualité y jouent un grand rôle.

- Cela en a toujours été ainsi. Je ne crois pas que le capitalisme s’évertue à ce que les être humains aient des représentations conservatrices de la sexualité, mais le capitalisme veut qu’ils/elles soient élevés dans des noyaux familiaux, isolés les uns des autres. Lorsque la religion occupe une place centrale dans l’identité d’une personne, alors elle cherche à se distinguer de son entourage ; elle défend la morale et se prononce contre l’homosexualité, tout en affirmant que les femmes ont une valeur inférieure. Dans la formation de l’identité de chacun-e, la question de la sexualité joue un grand rôle. Les êtres humains sont constamment à la recherche de distinctions et les trouvent le plus facilement dans la religion.


Y a-t-il un futur pour le mouvement féministe dans le monde musulman et dans les sociétés musulmanes ici à l’Ouest ?

- Bien sûr. Il y a eu, par exemple, un mouvement très efficace, au Pakistan, contre la législation islamique introduite pendant la dictature, en 1977. Dans tout le pays, des femmes se sont organisées, ont fait des manifestations et ont critiqué la charia. L’Egypte, le Maroc, le Nigeria et la Tunisie ont connu des mouvements féministes. Les Etats ont réagi par rapport à ce défi, soit en créant eux-mêmes des mouvements fondamentalistes, comme au Pakistan, soit en collaborant avec ceux-ci, comme en Egypte. En échange d’une politique conservatrice et hostile aux femmes de la part des autorités, les fondamentalistes se sont engagés à ne plus attaquer l’Etat.

En Occident, dans le futur, des mouvements féministes devront se développer, qui soient en même temps explicitement anti-impérialistes. Alors, il sera possible de gagner de jeunes femmes musulmanes au féminisme. Malheureusement, en Occident, le féminisme existe peu comme un courant politique.


Dans le cadre de ton insistance sur les différences, tu parles dans Le Choc des intégrismes, d’un multiculturalisme officiel.

- Oui, là réside la cause de la recherche de différences. Quand on regarde la Grande-Bretagne, on remarque que la religion y a été soutenue - par le gouvernement, et avant tout par Blair. Même après le 11 septembre, la fondation d’institutions religieuses, par exemple d’écoles confessionnelles, a été encouragée. Au sein du multiculturalisme officiel, les différences entre les gens sont perçues comme une bonne chose. En partie, cela est vraiment ainsi - les gens sont différents. Mais en tant que socialiste, je sais aussi combien cela coûte de s’unir. Je crois que parmi les jeunes, il y a plus de convergences que de différences. Je suis optimiste : l’importance des lignes de clivage religieuses ne va pas durer longtemps en Europe, peut-être trente ou quarante ans.


Pourquoi ?

- Cyniquement dit : parce que le capitalisme est aveugle en ce qui concerne le sexe, la couleur de la peau ou la religion. Dans la mesure où il croît et s’étend, il met de côté toutes les particularités des êtres humains. Cela s’est toujours passé ainsi.


La gauche est-elle capable de montrer une alternative ?

- La gauche est actuellement très faible. En ce qui concerne la gauche radicale, je ne suis pas optimiste. En Grande-Bretagne, je n’appartiens pas à Respect [coalition de la gauche anti-libérale, ndlr]. J’ai des divergences avec eux sur quelques points. La façon dont les choses se passent au sein de Respect, c’est du pur opportunisme. Je suis évidemment pour travailler avec les groupes musulmans, mais pour des socialistes, le but doit être de gagner les adeptes de la religion à notre propre point de vue, non de les laisser dans leur retranchement.


On devrait ainsi travailler ensemble de façon moins acritique ?

- Bien entendu. Comme Respect le fait, ça ne va rien donner. Il faut trouver un terrain neutre qui peut offrir un espace à la discussion. Il ne faut pas dissimuler ou voiler son propre point de vue en le mettant sous la table. Bien des groupes [musulmans] avec lesquels [Respect] développe une collaboration ont des racines très conservatrices et réactionnaires. Dans les pays d’où ils viennent, comme par exemple l’Egypte ou l’Indonésie, ils ont toujours été des ennemis de la gauche.


C’est l’un des problèmes que rencontrent les anti-racistes et les socialistes. D’une part, nous voulons développer la solidarité avec les minorités discriminées, mais d’autre part, il nous faut maintenir une position critique par rapport aux modes de pensée conservateurs qui prévalent, en partie, parmi ces minorités.

- Pour les socialistes, la tâche est claire : les communautés musulmanes doivent être défendues contre la diabolisation et la répression, contre la représentation très répandue que le terrorisme est propre à l’islam. Tout cela doit être énergiquement combattu. Mais en même temps, on ne doit pas fermer les yeux sur le conservatisme social qui règne dans ces communautés, ni le dissimuler. Il faut essayer de gagner ces gens à nos propres idées.

J’aimerais donner un exemple : le dernier chapitre de mon livre est une lettre ouverte à un jeune musulman. Après avoir écrit cette lettre, près d’un an plus tard, j’ai reçu une réponse de quelques jeunes musulman-e-s. Ils ont pensé qu’ils étaient en cause dans ma lettre, parce qu’ils y avaient retrouvé des remarques qu’ils avaient faites eux-mêmes. Ils étaient surpris qu’elles aient été traitées sérieusement et en avaient aussi beaucoup discuté entre eux. Résultat : deux d’entre eux ont adhéré au Scottish Socialist Party (SSP) [parti de la gauche anticapitaliste écossaise, ndlr].

Notre but doit être de renforcer la position des plus jeunes, qui s’orientent vers une perspective progressiste et laïque. C’est très important. Il y a beaucoup de gens progressistes à découvrir dans les communautés musulmanes, mais en raison de l’atmosphère qui y règne, ils ne peuvent pas de toute évidence s’affirmer au grand jour. Ce sont ces gens qui peuvent construire des forces laïques et que nous devons soutenir. Et c’est avant tout parmi les jeunes filles que l’on trouvera de telles ressources. On peut gagner beaucoup parmi eux/elles, si nous ne les ignorons pas, ce à quoi tend l’extrême gauche en France. L’extrême gauche française est l’image en miroir de l’opportunisme britannique. Elle n’a pratiquement pas de contact avec la communauté musulmane et ne considère pas cela comme une priorité. Les deux attitudes sont erronées - il nous faut trouver une voie intermédiaire.

Entretien réalisé par Alex DE JONG et Paul MEPSCHEN

* Cet entretien a été publié dans le journal néerlandais Grenzeloos (n° 80, mars-avril 2005). Notre traduction.

12:58 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (31) |  Facebook |

Commentaires

juuu « Depuis près de six ans, le gouvernement israélien tue par semaine entre 10 et 20 Palestiniens, enlève les hommes et les femmes par dizaines, détruit les habitations, les champs et les infrastructures, enferme et empêche les habitants de Gaza et de Cisjordanie de circuler librement chez eux. Alors, quand un groupe de résistants, "terroristes" pour les Israéliens, "activistes" pour les autres, capture un soldat chargé de surveiller la grande prison à ciel ouvert qu’est Gaza, l’Occident, l’Europe, la France et sa presse indépendante trouvent que c’en est trop pour Israël. Cet État "seule démocratie au Proche-Orient" est également le seul État à avoir le droit de tuer des civils, d’enlever des ministres et des députés élus démocratiquement, dans un pays en lambeaux, seule démocratie sous occupation dans le monde.

Il y a quelque chose d’irréel dans ce monde libre voulu par Bush et Blair. On se frotte les yeux et on tend les oreilles pour réaliser que c’est bien la réalité. Celle des bombes puissantes qui pulvérisent les réfugiés libanais sur la route de l’exode. Celle d’une télévision qui choisit de ne pas montrer ce qu’on ne doit pas voir. On se dit alors, que nous n’avons rien compris. Le malaise qu’on éprouve devant notre poste de télévision vient de notre incapacité à comprendre les nouvelles règles du jeu. [...]

Voici, en exclusivité, ces règles que tout le monde doit avoir à l’esprit lorsqu’il regarde le JT le soir, ou quand il lit son journal le matin. Tout deviendra simple.

Règle numéro 1 : Au Proche-Orient, ce sont toujours les Arabes qui attaquent les premiers, et c’est toujours Israël qui se défend. Cela s’appelle des représailles.

Règle numéro 2 : Les Arabes, Palestiniens ou Libanais n’ont pas le droit de tuer des civils de l’autre camp. Cela s’appelle du terrorisme.

Règle numéro 3 : Israël a le droit de tuer les civils arabes. Cela s’appelle de la légitime défense.

Règle numéro 4 : Quand Israël tue trop de civils, les puissances occidentales l’appellent à la retenue. Cela s’appelle la réaction de la communauté internationale.

Règle numéro 5 : Les Palestiniens et les Libanais n’ont pas le droit de capturer des militaires israéliens, même si leur nombre est très limité et ne dépasse pas trois soldats.

Règle numéro 6 : Les Israéliens ont le droit d’enlever autant de Palestiniens qu’ils le souhaitent (environ 10 000 prisonniers à ce jour, dont près de 300 enfants). Il n’y a aucune limite et ils n’ont besoin d’apporter aucune preuve de la culpabilité des personnes enlevées. Il suffit juste de dire le mot magique "terroriste".

Règle numéro 7 : Quand vous dites "Hezbollah", il faut toujours rajouter l’expression "soutenu par la Syrie et l’Iran".

Règle numéro 8 : Quand vous dites "Israël", il ne faut surtout pas rajouter après : "soutenu par les États-Unis, la France et l’Europe", car on pourrait croire qu’il s’agit d’un conflit déséquilibré.

Règle numéro 9 : Ne jamais parler de "Territoires occupés", ni de résolutions de l’ONU, ni de violations du droit international, ni des conventions de Genève. Cela risque de perturber le téléspectateur et l’auditeur de France Info.

Règle numéro 10 : Les Israéliens parlent mieux le français que les Arabes. C’est ce qui explique qu’on leur donne, ainsi qu’à leurs partisans, aussi souvent que possible la parole. Ainsi, ils peuvent nous expliquer les règles précédentes (de 1 à 9). Cela s’appelle de la neutralité journalistique.

Règle numéro 11 : Si vous n’êtes pas d’accord avec ces règles ou si vous trouvez qu’elles favorisent une partie dans le conflit contre une autre, c’est que vous êtes un "dangereux antisémite". »

Rien à ajouter !

Écrit par : hyy | 31/07/2006

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Coup d’État et intervention militaire
Le nouveau plan de Bush pour renverser les institutions cubaines
par Salim Lamrani*

Juste avant l’hospitalisation de Fidel Castro, le président Bush a approuvé un nouveau plan pour renverser les institutions cubaines. À la différence du précédent, il désigne unilatéralement les prochains dirigeants « démocratiques » de l’Île et fixe un délai pour réaliser le coup d’État : 18 mois. Le plan s’accompagne d’une annexe secrète relative aux moyens paramilitaires ou militaires mis en œuvre.
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2 août 2006

Depuis
La Havane (Cuba)

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Pays
États-Unis
Cuba

Thèmes
Action secrète : renversement de gouvernement, guerre psychologique...



En mai 2004, Washington avait rendu public un énorme rapport de 454 pages, élaboré par la Commission d’assistance à une Cuba libre (Commission for Assistance to a Free Cuba, CAFC), destiné à porter le coup de grâce au gouvernement cubain et à entraîner sa chute. Les sanctions économiques sont alors devenues plus sévères et ont grandement affecté le niveau de vie de la population cubaine [1].

Peu satisfait des résultats obtenus, le 10 juillet 2006, le président Bush a approuvé le nouveau rapport de 93 pages, dirigé par la présidente de la CAFC et actuelle secrétaire d’État, Mlle Condolezza Rice, et le secrétaire au Commerce, M. Carlos Gutierrez. Le but affiché est clair : rompre l’actuel ordre constitutionnel en vigueur à Cuba. Les moyens mis en œuvre sont impressionnants : près de 100 personnes provenant de 17 départements et agences fédéraux ont travaillé pendant des mois à l’élaboration de ce nouveau document [2].

Composé de sept chapitres, ce plan dispose d’un budget total de 80 millions de dollars pour 2007 et 2008 afin d’accroître l’état de siège sur Cuba et de subvertir l’ordre établi. Ces fonds sont répartis de la façon suivante :
31 millions de dollars pour financer davantage l’opposition interne,
10 millions de dollars pour des activités de lobbying au sein des universités,
24 millions de dollars pour étendre la propagande contre l’Île
et 15 millions de dollars pour rallier la communauté internationale au plan d’occupation de Cuba.
De plus, le rapport prévoit un financement d’au moins 20 millions de dollars annuels pour les années suivantes « jusqu’à ce que la dictature cesse d’exister ». [3]

Cette fois-ci, Washington a même fixé un délai pour renverser le gouvernement de La Havane : 18 mois tout au plus. Contrairement à l’Irak où l’administration Bush avait nommé un proconsul, M. Paul Bremmer, après l’invasion du pays, pour Cuba, le poste de proconsul est déjà pourvu par M. Caleb McCarry [4].

Les accusations grossières émises par le département d’État prêteraient à sourire si les objectifs n’étaient pas si alarmants. Par exemple, « les Cubains continuent à être emprisonnés pour des activités que les Américains considèrent comme allant de soi : lire et voir ce qu’ils veulent ; avoir accès à l’information de l’étranger, y compris Internet ; organiser des rencontres chez soi pour parler du futur du pays ; disposer d’une bibliothèque ; ou faire signer des pétitions ». À en croire le gouvernement états-unien, ce genre d’activités est passible de privation de liberté à Cuba [5].

Dans le même registre, le rapport affirme que « le régime castriste ne subvient même pas aux besoins humanitaires les plus basiques du peuple cubain. La malnutrition chronique, l’eau potable polluée, et des maladies chroniques non traitées affectent toujours un pourcentage significatif du peuple cubain ». Et de toute évidence (comment oser en douter ?), « la situation ne s’améliorera pas tant que Fidel Castro restera au pouvoir ». [6]

Cette affirmation illustre une profonde méconnaissance de la réalité cubaine ou une volonté délibérée de désinformation. En effet, toutes les organisations internationales, des Nations unies en passant par la Banque mondiale, sont unanimes pour faire l’éloge du système social cubain et de l’indice de développement humain de l’Île des Caraïbes. Cuba dispose de l’espérance de vie la plus élevée et du taux de mortalité infantile le plus bas du Tiers-monde. Cuba dispose d’un taux de mortalité infantile inférieur à celui des propres États-Unis. L’UNICEF affirme même que Cuba est l’unique nation d’Amérique latine et des Caraïbes à avoir éradiqué la dénutrition infantile [7].

La première mesure adoptée préconise un financement accru des groupes de « dissidents ». Washington envisage d’accélérer le recrutement d’individus dont le rôle sera de participer au renversement de l’actuel gouvernement. Aux 50 millions de dollars prévus dans le premier rapport de 2004 s’ajoute une nouvelle somme de 31 millions de dollars. Le plan de Bush cite même les personnes chargées de fédérer les forces subversives : Mme Martha Beatriz Roque, M. Oswaldo Payá, M. Guillermo Fariñas et les Dames en blanc, entre autres [8].

En mars 2003, les autorités cubaines avaient procédé à l’arrestation de 75 agents stipendiés par le gouvernement états-unien. Ces personnes avaient été lourdement condamnées en raison de leur soumission à une puissance étrangère. M. Ricardo Alarcón, président de l’Assemblée nationale cubaine a averti les membres de la « dissidence » du fait que ceux qui conspireraient avec Washington et accepteraient ses émoluments devront en « payer les conséquences ». [9]

« Tant que cette politique existera, il y aura des personnes qui se trouveront impliquées […]. Elles conspireront avec les Nord-américains [et] accepteront l’argent. Cela est un délit selon les lois cubaines. Je ne connais aucun pays qui ne classe pas une telle activité comme un délit », a souligné M. Alarcón. « Imaginez que quelqu’un aux États-Unis soit soutenu, entraîné, équipé et conseillé par un gouvernement étranger. Cela est un délit en soi. C’est un délit très grave aux États-Unis et cela peut coûter de nombreuses années en prison, beaucoup plus que ce que l’on peut risquer ici à Cuba », a-t-il conclu [10].

L’administration Bush a également alloué 24 millions de dollars additionnels à Radio et TV Martí, afin d’amplifier les transmissions de programmes subversifs vers Cuba, en violation de la législation internationale. Les membres de la « dissidence » cubaine recevront une partie de cette somme pour acquérir et distribuer des équipements radiophoniques et télévisuels permettant de capter les programmes émis depuis les États-Unis. D’autres pays sont invités à transmettre des émissions subversives vers Cuba. Le plan prévoit également « d’entraîner et d’équiper des journalistes indépendants de la presse écrite, radiophonique et télévisuelle à Cuba ». [11]

Washington souhaite rompre la légalité constitutionnelle qui prévoit qu’en cas de disparition du président cubain, M. Fidel Castro, le vice-président, M. Raul Castro, prenne les rennes du pays. Pour cela, elle a élaboré un programme de lobbying auprès de la communauté internationale afin que celle-ci ne reconnaisse pas l’éventuel nouveau gouvernement. Les pays qui rejoindront les États-Unis dans leur politique d’agression bénéficieront d’un soutien financier, tandis que les autres devront payer les conséquences de leur insoumission [12].

De plus, les titres III et IV de la loi Helms-Burton de 1996, qui prévoient de sanctionner les pays qui investiraient à Cuba, s’appliqueront désormais, après avoir été suspendus durant dix années consécutives suite aux protestations de la communauté internationale et en particulier de l’Union européenne. Washington a même désigné sa cible prioritaire : le Venezuela du président Hugo Chávez, premier partenaire commercial de Cuba, et mentionné quinze fois dans le rapport [13].

Le président vénézuelien a réagi à la publication du dernier plan, le qualifiant de « nouvelle menace impérialiste ». « Nous continuerons notre alliance stratégique avec Cuba. C’est maintenant que le Venezuela va soutenir davantage le peuple et la Révolution cubaine », a-t-il certifié, tout en conseillant à l’administration Bush d’élaborer un plan de transition pour eux-mêmes afin de sauver leur propre système [14].

Quant au vice-président de la République bolivarienne, M. Vicente Rangel, il a exprimé son rejet du plan en dénonçant l’intention états-unienne « d’agresser et de subjuguer la République de Cuba ». « Le rapport publié par le département d’Etat confirme l’interventionnisme du gouvernement nord-américain, ouvert et flagrant, au nom de principes qu’il ne respecte pas. Sa volonté irréfrénable d’écraser les peuples et de violer le droit international le confirme », a-t-il déclaré. Il a également stigmatisé « l’obsession que le gouvernement de Bush a avec [son] pays ». [15]

Washington envisage également de constituer une liste de hauts fonctionnaires cubains à mettre hors d’état de nuire dans une Cuba occupée. Les États-Unis ne voilent même pas leurs intentions de recoloniser l’Île. En effet, ils affirment que ces personnes seront « sanctionnées par le gouvernement états-unien comme le prévoit la loi états-unienne », comme si Cuba était un nouvel État de l’Union [16].

Pour porter atteinte à l’économie cubaine, les autorités états-uniennes appliquent désormais des peines plus sévères pour tous leurs ressortissants qui se rendent à Cuba et réduisent encore plus les voyages d’ordre humanitaire. Une nouvelle agence a été créée pour suivre à la trace les exportations de nickel, source de revenus importants pour Cuba, et refuser l’achat de produits vendus par des pays tiers comportant du nickel cubain. Les envois d’argent à Cuba sont désormais encore plus restreints, ainsi que les conditions requises pour les entreprises états-uniennes de vendre des produits alimentaires à Cuba. Même le Conseil des Églises cubaines est touché par les nouvelles mesures et ne peut plus recevoir d’aide humanitaire [17].

Les nouvelles mesures visent également à entraver l’assistance médicale que Cuba accorde aux nations du Tiers-monde. Par exemple, près de 250 000 Latino-américains déshérités, atteints de cataractes et autres maladies oculaires liées à la pauvreté, ont pu retrouver la vue après s’être faits opérés gratuitement à Cuba. De la même manière, près de 60 000 médecins cubains et autre personnel de santé travaillent actuellement de manière bénévole dans les régions rurales du Tiers-monde et portent secours aux plus démunis d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique. Désormais, les États-Unis interdisent toute exportation d’appareils médicaux « destinés à être utilisés dans des programmes à grande échelle [pour] des patients étrangers », alors que la majeure partie de la technologie médicale mondiale est d’origine états-unienne [18].

M. Alarcón n’a pas manqué de condamner cette décision : « Que Bush […] méprise les pauvres et les noirs des États-Unis, que peu lui importe s’ils meurent abandonnés, on le sait déjà. Mais maintenant nous savons également, car il vient de le reconnaître ouvertement, que sa haine atteint également tous les pauvres, tous les indiens, tous les noirs et métis de ce monde [19] ».

Les chapitres de 2 à 7 énumèrent point par point les réformes politiques, économiques et sociales que Cuba doit mettre impérativement en place pour être considérée comme « démocratique ». Tout est minutieusement mentionné, des élections multipartites, l’instauration d’une économie de marché, en passant par la dévolution des propriétés nationalisées dans les années 1960, jusqu’à la privatisation des services d’éducation et de santé. Par exemple, au niveau de l’éducation, Washington insiste sur le fait que les programmes, les livres scolaires et la formation des enseignants doivent être nécessairement changés. En un mot, la réorganisation de la société cubaine sera entièrement contrôlée et dirigée par les États-Unis [20].

L’extrême droite d’origine cubaine de Floride a réagi avec enthousiasme à la publication de cette nouvelle politique d’agression. Ainsi, M. Alfredo Mesa, directeur exécutif de la Fondation nationale cubano-américaine, organisation extrémiste impliquée dans le terrorisme international, a exprimé sa satisfaction « de l’engagement des États-Unis à mettre en place une transition vers la démocratie à Cuba ». [21]

Par contre, plusieurs personnalités états-uniennes ont condamné les nouvelles mesures du président Bush. M. Wayne S. Smith, ancien chef de la Section des intérêts nord-américains à La Havane sous le gouvernement de Reagan de 1979 à 1982, a souligné que le plan était condamné à l’échec. « Il n’y pas beaucoup de Cubains qui sont d’accord avec l’idée selon laquelle ils doivent abandonner la santé et l’éducation universelle et gratuite, ainsi que plusieurs autres services fournis par leur gouvernement », a-t-il analysé [22].

M. Smith relève que le gouvernement états-unien présente une image de Cuba complètement déconnectée de la réalité. « L’idée première contenue dans ce nouveau rapport, que le régime serait au bord de l’effondrement, et énoncé comme tel, est toujours aussi farfelue. Deux années sont passées [depuis la publication du premier rapport en 2004] et l’économie cubaine montre des signes d’une forte croissance. Même la CIA estime la croissance à 8%. Cuba entretient désormais de nouvelles relations économiques vitales avec le Venezuela et la Chine, et il existe des signes de présence de réserves pétrolières au large de l’Île. Plusieurs pays ont proposé leurs services pour entreprendre des forages. Les choses sont en train de s’améliorer et non pas d’empirer », remarque-t-il, avant de certifier que « les accusations du rapport sont fausses » [23].

Au sujet de « l’ingérence internationale » de Cuba mentionnée par le rapport, M. Smith a tenu a être clair. « Des médecins cubains ont été envoyés dans de nombreux pays, dont le Guatemala et Haïti, en plus du Venezuela et la Bolivie. À chaque fois, on a loué la qualité et le désintéressement de leur intervention. Si c’est cela l’ingérence internationale à laquelle se réfère le rapport, il en faudrait encore plus. Si ce n’est pas le cas, le rapport devrait fournir des exemples d’interventionnisme auquel il fait allusion ». [24]

Au sujet du financement de l’opposition interne, M. Smith a exprimé sa totale désapprobation. « Lorsque les États-Unis déclarent que leur objectif est de renverser le gouvernement cubain, et qu’ensuite ils affirment qu’un des moyens pour y parvenir est de fournir des fonds aux dissidents cubains, ces derniers sont placés de facto dans la position d’agents payés par une puissance étrangère pour renverser leur propre gouvernement », a-t-il noté [25].

M. Lucius Walker, président de l’organisation humanitaire Pasteurs pour la paix (Pastors for Peace) a pointé du doigt le budget de 80 millions de dollars destiné à « annexer Cuba ». Pendant ce temps, le gouvernement « n’octroie pas de ressources pour ouvrir les écoles de la Nouvelle Orléans [ni] de bourses pour que les Afro-américains et les Latino-américains puissent faire des études de médecine aux États-Unis », a-t-il déploré. « Il faut lutter contre cette loi [car] aucun gouvernement n’a le droit de dire à un autre gouvernement ou un autre peuple ce qu’ils doivent faire de leur pays », a-t-il conclu [26].

À la différence du premier rapport de 2004, ce nouveau plan contient une annexe, classifiée secrète « pour des raisons de sécurité nationale », qui est motif de grande inquiétude pour les autorités cubaines, car il sous-entend l’utilisation de la violence et l’interventionnisme militaire. Les rapports classifiés dans les années 1960 et désormais partiellement rendu publics révèlent que les États-Unis ont mené une féroce campagne de terrorisme et de sabotage contre le gouvernement révolutionnaire, organisé une invasion de l’Île par des mercenaires et même planifié une invasion militaire totale par les troupes étasuniennes [27].

En effet, comme le souligne M. Ricardo Alarcón, « aux États-Unis, la sécurité nationale est un concept qui est indissolublement associé à ce qui est militaire ou a des activités secrètes (d’ordre paramilitaire) ». [28]

Et d’ajouter : « Après avoir divulgué tout cela – des dizaines de millions de dollars pour leurs mercenaires, de nouvelles restrictions économiques et des actions illégales contre le commerce international et la souveraineté de Cuba et d’autres nations, des châtiments additionnels pour les Cubains y pour les citoyens d’autres pays – et avoir rendu public il y a plus de deux ans leur Plan qui décrit dans les moindres détails leur intention de recoloniser Cuba, après tout cela, que leur reste-t-il encore à cacher avec un secret maximum ? Que cachent-ils pour des raisons de “sécurité nationale et de réalisation effective” ? Plus d’attaques terroristes ? De nouvelles tentatives d’assassinat contre Fidel ? L’agression militaire ? S’agissant de Bush et de ses acolytes, tout est possible ». [29]

La santé défaillante de Fidel Castro et son hospitalisation, le 31 juillet 2006, affaiblissent Cuba et ouvrent une « fenêtre d’opportunité » pour les ambitions impériales de leur très puissant voisin. Les États-Unis sont plus que jamais tentés par une nouvelle aventure militaire pour reconquérir une île dont ils ont été chassés par une révolution populaire en 1959 et qui persiste depuis lors à leur tenir tête.


Salim Lamrani
Chercheur français à l’université Denis-Diderot (Paris VII), spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis. Dernier ouvrage publié : Cuba face à l’empire : Propagande, guerre économique et terrorisme d’État, éditions Timéli.
Les articles de cet auteur





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[1] Colin L. Powell, Commission for Assistance to a Free Cuba, (Washington : United States Department of State, mai 2004). http://www.state.gov/documents/orga... (site consulté le 7 mai 2004) ; Salim Lamrani, Cuba face à l’Empire, Éditions Timéli, 2006), pp. 139-54 ; « Le plan Powell pour l’après-Castro » par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 16 juin 2004.

[2] Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, Commission for Assistance to a Free Cuba, (Washington : United States Department of State, juillet 2006). http://www.cafc.gov/documents/organ... (site consulté le 12 juillet 2006).

[3] Ibid., p. 20.

[4] Nestor Ikeda, « EEUU dice que rehabilitará a Cuba en 18 meses », El Nuevo Herald, 10 juillet 2006.

[5] Ibid., p. 5.

[6] Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, op.cit., p. 6.

[7] Salim Lamrani, op.cit., pp. 89-108 ; Cira Rodríguez César, « UNICEF confirma que Cuba es el único país de América Latina y el Caribe que ha eliminado la desnutrición infantil », Prensa Latina/Rebelión, 17 mai 2006.

[8] Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, op.cit., p. 19.

[9] BBC, « Cuba Warns Dissidents Over US Aid », 12 juillet 2006.

[10] Ibid.

[11] Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, op.cit., p. 22.

[12] Ibid., pp. 24-25.

[13] Ibid. Les mentions du Venezuela se trouvent aux pages 5, 6, 14, 15, 23 (4 fois), 24 (4 fois), 26, 62, 63.

[14] Granma, « Venezuela reforzará alianza con Cuba », 13 juillet 2006.

[15] El Nuevo Herald, « Rechazo venezolano a informe de EEUU sobre Cuba », 11 juillet 2006.

[16] Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, op.cit., p. 27.

[17] Ibid., pp. 30-31.

[18] Ibid., p. 31.

[19] Ricardo Alarcón de Quesada, « El Mein Kampf de Bush », Granma, 13 juillet 2006.

[20] Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, op.cit., pp. 34-85.

[21] Lisa Ferdinando, « Miami Cubains Praise US Efforts for Democracy in Cuba », Voice of America, 11 juillet 2006.

[22] Wayne S. Smith, « New Cuba Commission Report : Formula for Continued Failure », Center for International Policy, 10 juillet 2006.

[23] Ibid.

[24] Ibid.

[25] Ibid.

[26] Ibid.

[27] Foreign Relations of the United States 1961-1963, volume X-XI (Washington : Department of State, 1997).

[28] El Nuevo Herald, « Alarcón amenaza disidentes para que no acepten fondos de Washington », 12 juillet 2006.

[29] Ricardo Alarcón de Quesada, « El Plan de Bush de ‘asistencia a una Cuba libre’. Crónica de una guerra anunciada », Granma, 5 juillet 2006.




États-Unis Le « Miami Herald » met en scène la joie des anti-castristes Caleb McCarry rêve de restaurer l'ordre états-unien à (...) « Le conservateur de la droite Felipe Calderon : leader du (...) « Ne jouez pas le jeu de la vertu » « Comment être un bon voisin » « Les leçons des élections mexicaines pour les États-Unis (...) Mexique : peut-on avoir raison en étant « populiste » (...) « Les hommes du présidents et leur pensée fasciste (...) « Poursuivre la bataille contre la tyrannie » « La doctrine tyrannique » + + +


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Écrit par : h | 02/08/2006

h À de nombreuses reprises dans le passé, le mouvement israélien pour la paix a critiqué les opérations militaires israéliennes. Pas cette fois. Cette fois, la bataille ne relève pas de l'expansion d'Israël et de la colonisation. Aucun territoire libanais n'est occupé par Israël. Il n'existe aucun contentieux territorial bilatéral. Mercredi dernier, sans être provoqué, le Hezbollah a lancé une violente attaque en territoire israélien. Il s'agissait aussi, en réalité, d'une attaque contre l'autorité et l'intégrité du gouvernement libanais puisque le Hezbollah, en attaquant Israël, a pris en otage la capacité de ce gouvernement à contrôler son propre territoire et à décider de la paix ou de la guerre.

Le mouvement israélien pour la paix s'oppose à l'occupation et à la colonisation de la Cisjordanie. Il s'était opposé à l'invasion du Liban en 1982 parce que cette invasion visait à détourner l'attention du monde du problème palestinien. Cette fois, Israël n'envahit pas le Liban. Il se défend contre un harcèlement quotidien et le bombardement de dizaines de nos villes et de nos villages en tentant d'écraser le Hezbollah partout où il est en activité. Le mouvement israélien pour la paix devrait soutenir purement et simplement cette tentative d'autodéfense d'Israël, aussi longtemps que cette opération s'en prend surtout au Hezbollah et s'efforce autant que possible d'épargner les civils libanais (une tâche pas toujours facile puisque les lanceurs de missiles du Hezbollah se servent trop souvent des civils libanais comme d'autant de sacs de sable humains).

Les missiles du Hezbollah sont fournis par l'Iran et la Syrie, deux ennemis jurés de toutes les initiatives de paix au Moyen-Orient. Il ne peut y avoir aucune symétrie morale entre le Hezbollah et Israël. Le Hezbollah vise les civils israéliens où qu'ils soient, alors qu'Israël vise principalement le Hezbollah. Les ombres obscures de l'Iran, de la Syrie et de l'islam fanatique planent au-dessus des villes et des villages en feu de part et d'autre de la frontière israélo-libanaise. Ces ombres noires, dans le même temps, suppriment la société civile libanaise, qui s'était libérée il y a peu, par une lutte héroïque, d'une longue colonisation syrienne.

La vraie bataille qui se livre ces jours-ci n'oppose pas du tout Beyrouth à Haïfa. C'est une bataille entre d'un côté une coalition de nations - Israël, le Liban, l'Égypte et l'Arabie saoudite - qui cherchent la paix et l'islam fanatique encouragé par l'Iran et la Syrie, de l'autre.

Si, comme nous l'espérons tous, colombes et faucons israéliens réunis, le Hezbollah est vaincu rapidement, Israël et le Liban seront tous les deux gagnants. Plus encore, la défaite d'une organisation terroriste militante est de nature à doper considérablement les chances de la paix dans la région.

Écrit par : h | 02/08/2006

r Lorsque Golda Meir, Premier ministre d'Israël entre 1969 et 1974, rassemblait son cabinet restreint autour d'une tasse de café, elle avait coutume de balayer les réticences par un: “De toute façon, on ne nous aime pas. Alors un peu plus ou un peu moins”. Cela ne date pas d'hier et démontre que la méfiance – voire la haine – pour l'Etat hébreu n'est pas récente. Ces sentiments ne sont pas davantage la conséquence d'un hypothétique “retour de balancier” qui viendrait compenser des décennies de favoritisme. Car, tel le Royaume franc de Jérusalem qui dura cent ans à peine, Israël est vécu par le monde arabo-musulman, mais aussi par une partie de l'intelligentsia européenne, comme temporaire. Aucun citoyen du Machrek (partie orientale du monde arabe) ne parierait sur la disparition prochaine de l'Etat hébreu, mais celui-ci est vu comme un minuscule furoncle en terre d'islam, voire une cellule cancéreuse, à extirper coûte que coûte. Le fatalisme arabe, toutefois, et le Coran aidant, s'il faut d'aventure patienter trois siècles, peu importe: “On finira par les avoir!”. Pour revenir à Golda Meir, ne lui attribue-t-on pas la phrase suivante: “La Paix viendra quand les Arabes aimeront leurs enfants plus qu'ils ne nous haïssent”?

On passera rapidement sur le soutien indéfectible de l'allié américain, fruit, d'abord, du sionisme protestant qui attend le retour de tous les juifs en Terre Sainte avant que Jésus ne revienne les... convertir de force; ensuite d'un fort lobby pro-israélien (terme à préférer – de grâce! – à “lobby juif” qui supposerait – chose absurde – que tous les juifs américains pensent de la même façon alors que nombre de contempteurs américains d'Israël – Susan Sontag, Noam Chomsky, Norman Finkelstein – sont juifs); fruit enfin, du pragmatisme US qui sait, contrairement à l'Europe, faire la part des choses entre un chiot qui lui mord la main (le monde arabe) et un chaton qui réclame ses caresses (Israël), tous deux pourtant largement subventionnés par le Grand Satan. Car, on l'oublie souvent, mais l'aide US à l'Egypte, la Jordanie et... aux Palestiniens (via les agences onusiennes) dépasse celle à Israël. Reconnaissons-le: le soutien US aux citoyens d'Israël n'est pas négligeable. Mais il n'enlève rien à leur isolement psychologique – moins de 6 millions face à 1,3 milliard de musulmans –, eux qui voudraient tant se faire accepter par l'Orient et vaincre la méfiance européenne.

Car l'état d'esprit des Européens est moins tranché. Mais, au final, le “shitty little country” (“petit Etat de merde”, phrase attribuée à l'ambassadeur de France à Londres, Daniel Bernard, qui a démenti davantage l'intitulé que l'intention) dérange tout autant. Enfant de l'Holocauste – crime allemand, adoubé par la France de Vichy, le Pape, l'Italie et l'Espagne fascistes, sous le regard “amusé” des Oustachis yougoslaves, de la Russie des Pogroms, de la Hongrie pro-nazie et de la Pologne largement acquise à l'antisémitisme –, Israël, avec ses 6 millions d'habitants juifs, nous rappelle à nous Européens, quasi en permanence, les crimes ou les complicités de nos aïeux et notre propre culpabilité. Le “crime” d'Israël est bien celui-là: raviver sans cesse notre propre turpitude. Imaginez: un Etat dirigé par et pour les juifs, “complice” de l'Afrique du Sud et de la Turquie (pour des raisons stratégiques évidentes), empathique envers les seuls Africains juifs (opération Moïse de rapatriement des Falashas), soi-disant génocidaire (“Nous sommes les juifs des juifs”, disait souvent Yasser Arafat) et même adepte d'un apartheid envers sa minorité arabe qui, tellement discriminée, n'a pourtant jamais quitté le pays! De quoi Israël n'a-t-il pas été accusé, seul pays à subir des boycotts universitaires voire économiques au contraire de la Russie et de la Chine, pourtant des occupants bien plus meurtriers en Tchétchénie ou au Tibet?

Dans “Cette Shoah qui ne passe pas” (Le Monde du 13 juin 2002), Françoise Giroud avait dès 2002 résumé la quadrature mieux que quiconque: “Je crois que l'ensemble des peuples chrétiens n'a jamais avalé la Shoah. Que sa révélation, relativement tardive, son ampleur, sa méticulosité hallucinantes et avant tout le caractère d'anéantissement systématique et gratuit d'un peuple entier ont causé un choc beaucoup plus profond qu'on ne le croit. (...) Avec une rapidité remarquable, dès la première pierre de la seconde Intifada, un retournement s'est produit, saisissant, qui serait inexplicable sans le tableau de fond sur lequel il s'inscrit. Enfin! On a le droit de dire du mal des juifs! A Paris, les personnes de bon goût ne comptent que les morts palestiniens. Quand on arrive aux autres, on ne sait plus compter. D'ailleurs, ce sont des goujats... Les fils d'un peuple supplicié devraient savoir se tenir à table, je veux dire à la guerre, et prendre les coups sans les rendre, c'est à peu près ce qu'ici et là on entend et on lit”.

Visionnaire, cette tribune s'applique parfaitement à la guerre du Liban. Celui qui met fin à l'agression du Hezbollah – Israël – se retrouve l'agresseur en quelques jours. Depuis 2000, Israël s'est retiré du Sud-Liban; depuis six mois, de Gaza. De ces deux territoires libérés, on ne cesse de le canarder. Quelle légitimité a le Parti de Dieu face à Israël? Proche de zéro. Que ferait la Belgique, dont Anvers et Hasselt seraient canardées par une telle milice depuis le sud des Pays-Bas? Le bilan des victimes israéliennes, relativement optimiste, s'explique par un déplacement massif d'Israéliens vers le sud (on n'en parle que très peu) et, il est vrai, l'imprécision des missiles du Hezbollah. Là encore, on semble reprocher aux Israéliens leur suprématie technologique! Imaginons ce que M. Nasrallah pourrait faire avec le même arsenal! S'excuserait-il pour un Cana israélien? Lancerait-il des tracts appelant la population israélienne à fuir? Hésiterait-il un seul instant à régler la “Question juive” d'une simple poussée sur le bouton nucléaire désormais en sa possession?

Dans l'affaire palestinienne, la critique radicale d'Israël – pas un seul éditorialiste ou expert belge n'est favorable à Israël – peut certes passer pour le soutien du faible (le peuple palestinien en quête désespérée du droit à l'autodétermination) au fort (l'Etat hébreu surarmé et bénéficiant des fameuses infrastructures et superstructures seules garantes d'un Etat digne de ce nom). Mais, alors que la guerre met aux prises une milice islamo-fasciste et un allié de l'Europe, la posture anti-israélienne démontre définitivement le “deux poids, deux mesures” de notre élite intellectuelle. Israël a toujours tort, quelles que soient les circonstances. Qu'il se retire de Gaza, c'est dans l'impréparation; qu'il se maintienne au Sud-Liban pour prévenir les tirs de roquette où qu'il s'en retire, il est sur le banc des accusés. On ne prête qu'aux riches, certes. Mais à cette aune, les Israéliens sont particulièrement gâtés. Après “Les Juifs en Palestine!”, voici “Les juifs hors de Palestine!” Après le peuple juif, peuple de trop, Israël, l'Etat de trop?

Écrit par : r | 04/09/2006

b In the current fractious debate over the role of the Israel Lobby in the formulation and execution of US policies in the Middle East, the "either-or" framework -- giving primacy to either the Israel Lobby or to U.S. strategic interests -- isn't, in my opinion, very useful.

Apart from the Israel-Palestine conflict, fundamental U.S. policy in the Middle East hasn't been affected by the Lobby. For different reasons, both U.S. and Israeli elites have always believed that the Arabs need to be kept subordinate. However, once the U.S. solidified its alliance with Israel after June 1967, it began to look at Israelis, and Israelis projected themselves, as experts on the "Arab mind." Accordingly, the alliance with Israel has abetted the most truculent U.S. policies, Israelis believing that "Arabs only understand the language of force" and every few years this or that Arab country needs to be smashed up. The spectrum of U.S. policy differences might be narrow, but in terms of impact on the real lives of real people in the Arab world these differences are probably meaningful, the Israeli influence making things worse.

The claim that Israel has become a liability for U.S. "national" interests in the Middle East misses the bigger picture. Sometimes what's most obvious escapes the eye. Israel is the only stable and secure base for projecting U.S. power in this region. Every other country the U.S. relies on might, for all anyone knows, fall out of U.S. control tomorrow. The U.S. discovered this to its horror in 1979, after immense investment in the Shah. On the other hand, Israel was a creation of the West; it's in every respect, culturally, politically, economically in thrall to the West, notably the U.S. This is true not just at the level of a corrupt leadership, as elsewhere in the Middle East but, what's most important, at the popular level. Israel's pro-American orientation exists not just among Israeli elites but also among the whole population. Come what may in Israel, it's inconceivable that this fundamental orientation will change. Combined with its overwhelming military power, this makes Israel a unique and irreplaceable American asset in the Middle East.

In this regard, it's useful to recall the rationale behind British support for Zionism. Zionist leader Chaim Weizmann once asked a British official why the British continued to support Zionism despite Arab opposition. Didn't it make more sense for them to keep Palestine but drop support for Zionism? "Although such an attitude may afford a temporary relief and may quiet Arabs for a short time," the official replied, "it will certainly not settle the question as the Arabs don't want the British in Palestine, and after having their way with the Jews, they would attack the British position, as the Moslems are doing in Mesopotamia, Egypt and India." Another British official judged retrospectively that, however much Arab resentment it provoked, British support for Zionism was prudent policy, for it established in the midst of an "uncertain Arab world a... well-to-do educated, modern community, ultimately bound to be dependent on the British Empire." Were it even possible, the British had little interest in promoting real Jewish-Arab cooperation because it would inevitably lessen this dependence. Similarly, the U.S. doesn't want an Israel truly at peace with the Arabs, for such an Israel could loosen its bonds of dependence on the U.S., making it a less reliable proxy. This is one reason why the claim that Jewish elites are "pro"-Israel makes little sense. They are "pro" an Israel that is useful to the U.S. and, therefore, useful to them. What use would a Paul Wolfowitz have of an Israel living peacefully with its Arab neighbors and less willing to do the U.S.'s bidding?

The historical record strongly suggests that neither Jewish neo-conservatives in particular nor mainstream Jewish intellectuals generally have a primary allegiance to Israel, in fact, any allegiance to Israel. Mainstream Jewish intellectuals became "pro"-Israel after the June 1967 war when Israel became the U.S.'s strategic asset in the Middle East, i.e., when it was safe and reaped benefits. To credit them with ideological conviction is, in my opinion, very naive. They're no more committed to Zionism than the neo-conservatives among them were once committed to Trotskyism; their only ism is opportunism. As psychological types, these newly minted Lovers of Zion most resemble the Jewish police in the Warsaw ghetto. "Each day, to save his own skin, every Jewish policeman brought seven sacrificial lives to the extermination altar," a leader of the Resistance ruefully recalled. "There were policemen who offered their own aged parents, with the excuse that they would die soon anyhow." Jewish neo-conservatives watch over the U.S. "national" interest, which is the source of their power and privilege, and in the Middle East it happens that this "national" interest largely coincides with Israel's "national" interest. If ever these interests clashed, who can doubt that, to save their own skins, they'll do exactly what they're ordered to do, with gusto?

Unlike elsewhere in the Middle East, U.S. elite policy in the Israel-Palestine conflict would almost certainly not be the same without the Lobby. What does the U.S. gain from the Israeli settlements and occupation? In terms of alienating the Arab world, it's had something to lose. The Lobby probably can't muster sufficient power to jeopardize a fundamental American interest, but it can significantly raise the threshold before U.S. elites are prepared to act i.e., order Israel out of the Occupied Palestinian Territories, as the U.S. finally pressured the Indonesians out of Occupied East Timor. Whereas Israel doesn't have many options if the U.S. does finally give the order to pack up, the U.S. won't do so until and unless the Israeli occupation becomes a major liability for it: on account of the Lobby the point at which "until and unless" is reached significantly differs. Without the Lobby and in the face of widespread Arab resentment, the U.S. would perhaps have ordered Israel to end the occupation by now, sparing Palestinians much suffering.

In the current "either-or" debate on whether the Lobby affects U.S. Middle East policy at the elite level, it's been lost on many of the interlocutors that a crucial dimension of this debate should be the extent to which the Lobby stifles free and open public discussion on the subject. For in terms of trying to broaden public discussion here on the Israel-Palestine conflict the Lobby makes a huge and baneful difference. Especially since U.S. elites have no entrenched interest in the Israeli occupation, the mobilization of public opinion can have a real impact on policy-making, which is why the Lobby invests so much energy in suppressing discussion.


Écrit par : b | 04/09/2006

kk A notable feature of British discussion of The Holocaust Industry (hereafter HI) is the strident and shrill denunciations of my book as strident and shrill. Professor Peter Novick of the University of Chicago has now entered the fray. He told the Jewish Telegraphic Agency that HI is "trash" (Richard Allen Greene, "Critic of Holocaust groups creates controversy in London," 29 July). In his Jewish Chronicle review ("A charge into darkness that sheds no light," 28 July), Novick is no less hysterical. He maintains that my book is replete with "false accusations," "egregious misrepresentations," "absurd claims," and "repeated mis-statements." To answer these charges, there's no alternative except to juxtapose the respective claims of Novick and myself against the source material I cite in the footnotes. Tedious as this exercise may be, it nonetheless sharply illuminates the intellectual standards of my critics. Before doing so, however, I want to take note of a curiosity in Novick's review.

Nearly the whole of chapter one of HI is devoted to a critical examination of the central thesis in Novick's book, The Holocaust in American Life. In line with mainstream interpretations, Novick argues that the fears American Jews harbored in June 1967 of a "second Holocaust" in Israel first awakened memories of the Nazi holocaust; and Israel's international isolation after the October 1973 war exacerbated those fears, moving the Holocaust center stage. If this were the case, I asked, why didn't American Jews remember the Holocaust after the 1948 war when Israel confronted a much greater threat to its survival, or after the 1956 war when Israel was much more isolated internationally? Nowhere in his review does Novick even attempt to answer these objections. Indeed, rather than enter a debate he opts to defame.

Apart from my alleged misrepresentations of Novick's own book which he never clearly identifies, I count five specific charges of "absurd" misrepresentation against me:

"Absurd" claim #1: During the debate on Hitler's Willing Executioners, Daniel Jonah Goldhagen initiated a libel suit against Canadian historian Ruth Bettina Birn and the Cambridge Historical Journal on account of her critical book review, and ferociously denounced me for situating the success of his book in a political context. Professor Charles Maier of Harvard University posted a lengthy intervention on the H-German website. In HI, I report - falsely, according to Novick - that Maier "ultimately" only found the criticisms of Goldhagen "really distasteful and reprehensible." The last paragraph of Maier's posting reads in full:

Finally, I would like to say that I find two aspects of this unfolding situation really distasteful and reprehensible. First, "The Historical Journal" cited the upcoming Birn review in its advertising with language which suggested that the Birn review would demonstrate (and did not merely argue) that DJG's scholarship was woefully deficient. I do not believe that a scholarly journal should exploit the potentially sensational value of a piece that will discredit an author even for what might be the worthy end of encouraging subscriptions. This action, it seems to me, would give some support to a subsequent finding of malice. Second, and more serious, the explanations being resorted to that DJG's book was to be understood as the work either of an Orthodox Jewish community or a Zionist lobby or in any way related to the political or public goals of American Jews (or a segment thereof), is a fanciful and inflammatory speculation. It makes no sense, but even if it were thought to be true, it is irrelevant to the judgment we make about the work.

Nowhere else does Maier mention anything "distasteful and reprehensible."


*


"Absurd" claim #2: In HI, I report - falsely, according to Novick - that the American Jewish Committee (AJC) "endorsed the death penalty for the Rosenbergs." My footnoted source is Shlomo Shafir, Ambiguous Relations: The American Jewish Community and Germany Since 1945 (1999). Turning to the cited page, we read:

The AJC's cooperation with right-wing anti-Communist groups such as the All-American Conference to Combat Communism was strongly criticized by liberal groups in the Jewish community. In 1952-53 the Committee went as far as actively endorsing the death penalty for Julius and Ethel Rosenberg, who had been found guilty of spying for the Soviet Union. (p. 136)


*


"Absurd" claim #3: In HI, I report - falsely according to Novick - that Daniel Goldhagen was the "main academic champion" of Holocaust hoaxer, Binyamin Wilkomirski. Goldhagen's comment for the Wilkomirski book reads in full:

Fragments is a small masterpiece. It conveys in sparse, rhythmic prose, the shattering effects of the Holocaust upon one child's life, human relations, and capacity to use language. Even those conversant with the literature of the Holocaust will be educated by this arresting book. All will be deeply moved.

To judge by the promotional material of Wilkomirski's publisher (Schocken), Goldhagen was the only Holocaust historian to provide a comment for the book, and no other Holocaust historian was excerpted in Book Review Digest 1997 for Fragments.


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"Absurd" claim #4: In HI, I report - falsely, according to Novick - that Edgar Bronfman recently acknowledged that the World Jewish Congress had amassed no less than "roughly $7 billion" in compensation monies. My footnoted source is "Holocaust-Konferenz in Stockholm," in Frankfurter Allgemeine Zeitung (26 January 2000). The relevant passage reads in full:

On Tuesday, the executive committee of the WJC met in Stockholm to discuss the disposition of the accumulated funds for persecuted or murdered Jews. In recent years, the WJC has primarily confronted Swiss banks with claims on relevant accounts that had long been dormant. Part of the deposits also consisted of fortunes resulting from gold looted by the Nazis from occupied territories and Jews, and which had been used for payments abroad, again primarily in Switzerland. The president of the WJC, Bronfman, said that the sum of the funds to repay and compensate survivors and dependents so far amounted to about $7 billion. A large part was supposed to go to living survivors or their heirs, and the rest for educational purposes.


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"Absurd" claim #5: In HI, I attribute - falsely, according to Novick - "dark motives" to Holocaust compensation organizations like the Jewish Claims Conference. Turning to the relevant page of HI, we read:

According to the Jerusalem Report, the [Claims] conference has "plenty to gain by ensuring that the survivors get nothing." Israeli Knesset member Michael Kleiner (Herut) lambasted the Conference as a "Judenrat, carrying out the Nazis' work in different ways." It's a "dishonest body, conducting itself with professional secrecy, and tainted by ugly public and moral corruption," he charged, "a body of darkness that is maltreating Jewish Holocaust survivors and their heirs, while it sits on a huge pile of money belonging to private individuals, but is doing everything to inherit [the money] while they are still alive." (p. 124)

The cited sources for these quotes are Netty C. Gross, "$5.1-billion Slave Labor Deal Could Yield Little Cash for Jewish Claimants," in Jerusalem Report (31 January 2000), Zvi Lavi, "Kleiner (Herut): Germany Claims Conference Has Become Judenrat, Carrying on Nazi Ways," in Globes, Yair Sheleg, "MK Kleiner; the Claims Conference Does Not Transfer Indemnifications to Shoah Survivors," in Haaretz (24 February 2000).


*

Écrit par : :: | 04/09/2006

ff Le Cercle des économistes se pose en « cercle de raison », en estimant que sur certaines grandes questions économiques, il doit y avoir un consensus droite-gauche. En consacrant l’éditorial du jour et une pleine page de la même édition aux positions du Cercle, le quotidien vespéral explicite son positionnement sur l’économie et met en évidence sa conception du débat politique.


Dans son édition du 23 août 2006, Le Monde titre « Economie : les propositions des experts » sur une première page qui renvoie à l’éditorial (« Débat économiques » en page 2) et à deux articles sur une pleine page de Claire Guélaud intitulés : « Les économistes veulent encadrer le débat politique » et « Idées reçues, enjeux réels et propositions sur l’économie et le modèle social français en 2007 ». C’est la prochaine parution d’un « Cahier » du Cercle des économistes qui est l’objet de cette attention particulière.

Audace et pédagogie

Le titre du premier article, « Les économistes veulent encadrer le débat politique » [c’est nous qui soulignons], pose problème. Présenter le Cercle des économistes (une trentaine d’universitaires, plutôt libéraux et médiatiques pour certains comme Patrick Artus, Jean-Paul Betbéze, Pierre Cahuc, Elie Cohen, Olivier Pastré ou Jean Pisani-Ferry) comme un porte-parole de l’ensemble des économistes est inexact.

A la présentation en trompe-l’œil du titre succède une entrée en matière sous la forme de questions parfois biaisées (« Qui protéger, de l’emploi ou du salarié ? ») ne laissant pas de place à une autre alternative (« les deux » par exemple), ou intégrant déjà des préceptes néolibéraux : « Faut-il privatiser l’énergie ? » et non « faut-il remunicipaliser l’eau ? ».

Le ton est donné. Dans la forme, on retrouve la rhétorique bien connue de l’expertise, de la pédagogie et de l’audace réformatrice. La journaliste Claire Guélaud soulignent ainsi que les professeurs du Cercle des économistes, « agacés par la pauvreté du débat en France sur l’économie, quand ils ne sont pas exaspérés par la mauvaise foi ou par l’absence de courage, (...) veulent faire œuvre de pédagogie et sérier les "vraies" contraintes qu’imposent à la France son appartenance à l’Union européenne, plus particulièrement à la zone euro, et son insertion dans une économie mondialisée. » [C’est nous qui soulignons.]

Naturalisation de l’ordre économique existant

La journaliste fait ici le choix d’accompagner une ligne idéologique, de présenter sans contradiction les opinions de ce groupe d’économistes. Elle ne cite d’ailleurs même pas quand elle écrit qu’« aucun parti politique ayant vocation à gouverner ne peut prétendre ignorer ces données que sont l’ouverture aux pays émergents, la concurrence fiscale et les contraintes budgétaires, les règles ou des normes internationales du capitalisme, le vieillissement démographique et la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). »

De tels propos relèvent de « la naturalisation de l’ordre économique existant » évoquée par Frédéric Lebaron dans sa réflexion sur la construction de l’opinion économique par les médias [1]. Comment peut-on en effet mettre sur le même plan des politiques mises en place par des gouvernements ou des institutions (« les contraintes budgétaires », « la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) »,...) et « le vieillissement démographique » ? [2]

En « naturalisant » ainsi, Le Monde se positionne. L’éditorial du 23 août 2006 a, sur ce point, le mérite de la franchise. Quand il déplore qu’en économie, « la France (...) peine surtout de ne pas apporter de réponses à des "sujets" lourds et de ne pas faire de choix », le quotidien souligne que l’existence de « contraintes incontournables » est l’une des « deux saines leçons (...) à retenir du discours des professeurs ». L’autre serait que, malgré les « données », « il existe des différences politiques très marquées entre des solutions de gauche ou de droite sur chacun de ces "sujets", sur la politique fiscale, sur le degré de mutualisation des dépenses de santé, sur le SMIC ou sur les OPA. » Mais certaines solutions doivent faire l’unanimité (par exemple : « il faudra (...) travailler plus longtemps et retarder le départ à la retraite ») pour « éviter qu’on en revienne en 2007 à de vieux faux débats dont la classe politique raffole ». N’en déplaise « notamment à l’extrême gauche et parmi ceux qui, comme en 1995, seraient tentés de prôner une "autre politique" moins orthodoxe. »

Un « double programme » et des convergences

Dans leur « Cahier » à paraître, les membres du Cercle des économistes proposent « les bases de ce qui pourrait être un double programme économique, l’un de droite, l’autre de gauche », selon les termes de Claire Guélaud. Elle en a tiré un « abécédaire » qui, d’après le chapeau du deuxième article, « Idées reçues, enjeux réels et propositions sur l’économie et le modèle social français en 2007 », « permet de repérer quelques-unes des lignes de fracture et des points de clivage entre droite et gauche. »

A « Administration », on lit par exemple : « Faut-il conserver les administrations et le statut de la fonction publique avec ses concours, ses corps, son avancement à l’ancienneté ? Ou s’inspirer des réformes engagées en Suède au début des années 1990 pour accroître l’efficacité de l’Etat en mettant en place des agences autonomes et décentralisées, responsables de leur budget et de leurs ressources humaines (recrutement, licenciement, rémunérations au mérite) ? »

Cette formulation du problème renvoie à ces oppositions « simples et clairement polarisées : mobile/immobile, ouvert/fermé, moderne/dépassé... » par lesquelles passent la naturalisation décrite par Frédéric Lebaron. « Conserver les administrations et le statut de la fonction publique » ou « accroître l’efficacité de l’Etat » [c’est nous qui soulignons], est-ce vraiment une alternative ? Qui peut raisonnablement souhaiter un Etat moins efficace ?

Concernant les impôts, dans l’abécédaire, il est difficile de percevoir les « différences politiques très marquées » évoquées dans l’éditorial. Claire Guélaud cite Christian Saint-Etienne expliquant qu’en 2007, « dans la moitié des pays de l’UE (...), le taux de l’impôt sur les sociétés (IS) devrait converger vers 12 %, le taux marginal maximal de l’impôt sur le revenu (IR) vers 30 %, le taux effectif d’imposition sur l’épargne vers 12 %, l’imposition sur la fortune (ISF) étant supprimée dans la plupart des pays de l’Union. » Le même professeur estime que le « différentiel maximum admissible » serait de « 6 % pour l’IS, l’IR et pour la fiscalité de l’épargne. D’où une proposition centrale : un taux d’IS de 18 %, un taux marginal d’IR de 36 % et une épargne taxée à 18 % et l’ISF transformé en un impôt sur les revenus de la fortune. » Le « différentiel maximum admissible » entre une politique de gauche et de droite serait donc de 6 % selon M. Saint-Etienne ? Ou selon Le Monde qui aurait pu faire le choix d’interroger d’autres économistes sur les questions fiscales ?

De même, à « SMIC », Claire Guélaud écrit : « le salaire minimum représente 47 % du salaire moyen en France contre 32 % aux Etats-Unis. Ce niveau élevé contraint les entreprises à verser un salaire plus élevé en moyenne que la productivité relative dans de nombreux secteurs. Ce système réduit les inégalités salariales mais décourage l’emploi des peu qualifiés. Il est favorable aux salariés en place, mais générateur d’exclusion. » Un « niveau élevé » (pourtant relatif...), la France décalée par rapport aux Etats-Unis, des entreprises « contraintes », des salariés « en place » qui bénéficient du « système » : la construction de la problématique est biaisée par la présentation et la conclusion s’impose d’elle-même. L’article poursuit d’ailleurs ainsi : « Dès la fin 2004, le rapport Camdessus avait préconisé de geler le Smic à son niveau actuel et de recourir à l’impôt négatif - la prime pour l’emploi - pour doper le pouvoir d’achat. » Y-a-t-il donc vraiment un débat sur le niveau du SMIC ?

« Les économistes » ?

Les professeurs du Cercle des économistes sont censés avoir, selon Le Monde, des « sensibilités politiques différentes ». Cette diversité aurait permis l’élaboration de ce « double programme économique, l’un de droite, l’autre de gauche ». Sur certains thèmes, pourtant, les « sensibilités politiques différentes » semblent converger [3]. Peut-être parce que la diversité des membres du Cercle n’est pas si grande que ça ? Peut-être aussi parce que le Cercle n’est pas tout à fait représentatif de la population des économistes en France. En effet :
- un tiers de ses membres sont au Conseil d’Analyse Economique [4] ;
- un tiers de ses membres sont professeurs à la très sélect Université Paris Dauphine ;
- un tiers de ses membres sont cadres en entreprises ou consultants [5]

Jean-Hervé Lorenzi, président, cumule ces trois qualités. Parmi les membres, on trouve également un chroniqueur quotidien sur France Culture (Olivier Pastré) et un administrateur d’Orange (Elie Cohen).

Toutes ces caractéristiques font du Cercle un échantillon assez particulier d’économistes. On constate, bien sûr, des différences puisque certains membres ont écrit des rapports pour des gouvernements socialistes (Jean-Michel Charpin) et d’autres des rapports pour des gouvernements UMP (Pierre Cahuc). Cela semble suffire au « journal de référence » pour évoquer des « origines diverses » et des « sensibilités politiques différentes ».

Cette représentation de la controverse économique est significativement limitative. En guise de « vrais débats », Le Monde circonscrit la confrontation d’idées à ce qui lui semble décent à gauche et à droite. Comme en écho à Alain Minc, Président du Conseil de surveillance du Monde, qui déclarait sur LCI le 1er avril 1995 : « Je me plaisais à imaginer ce qu’aurait été la campagne si elle avait opposé Jacques Delors à Edouard Balladur. Je crois qu’on aurait évité cette extraordinaire pulsion démagogique qui a saisi la société française et qui voit les hommes politiques arroser les revendications comme on arrose des pots de fleurs. Finalement, c’est drôle la vie d’un pays : on était à un millimètre d’une campagne de pays très développé, très sophistiqué, entre le centre droit et le centre gauche, à l’allemande, et on a une campagne beaucoup plus marquée par le vieux tropisme français du rêve, de l’illusion et du sentiment que la politique domine tout. » [6]

Quand Le Monde titre « Les économistes veulent encadrer le débat politique », on doit donc comprendre que la ligne éditoriale du journal conçoit et accepte le débat politique sous réserve qu’il soit encadré par les considérations économiques de certains économistes, ceux dont les leçons sont « saines »...

Proximité et gratitude

A ces « professeurs », Le Monde accorde de la considération et de la place. Chaque année le Cercle distingue le « meilleur jeune économiste » en partenariat avec Le Monde Economie. Sur la période allant du 15 août au 1er septembre 2006, en plus de la « une », de l’éditorial et des deux articles de Claire Guélaud, on relève :
- dans la même édition du 23 août, un article des pages économiques intitulé « Pour les experts, les bons chiffres trimestriels ne doivent pas faire oublier les problèmes structurels » citant Patrick Artus (coordonnateur du « Cahier » du Cercle à paraître en septembre) ;
- les bonnes pages du prochain livre de ce même M. Artus et de Marie-Paule Viard intitulé « Comment nous avons ruiné nos enfants » publiées en quatrième de couverture du 15 au 20 août ;
- la chronique du 27 août 2006 (« Retour de la croissance : le bon débat ») d’Eric Le Boucher qui cite encore Artus Patrick ; [7]
- un point de vue de Jean-Marie Chevalier, membre du Cercle, publié le 1er septembre, sur la fusion Suez-GDF (« Les vrais enjeux industriels de la fusion »).

Ces faveurs montrent aussi que Le Monde sait témoigner sa gratitude. Comme il l’explique sur son site internet [8], « le Cercle des économistes consacre chaque année en juillet un week-end de travail et de réflexion à un thème de débat économique d’actualité, concernant l’avenir de l’Europe. » Ces rencontres ont lieu à Aix-en-Provence et sont sponsorisées par de généreux mécènes (en 2006, par exemple : Areva, le Groupe Caisse d’Epargne, le Groupe Suez ou Total entre autres). L’animation est confiée à des journalistes (TF1, France Culture, Europe 1, La Tribune), parmi lesquels ceux du Monde (Frédéric Lemaître, Éric Le Boucher, Eric Fottorino ou Serge Marti) sont en bonne place, et ce depuis 2002. Porter les « vrais débats » est un métier difficile...

Grégory Rzepski et Mathias Reymond




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[1] Lire ici-même : « La construction de l’opinion économique par les médias ».

[2] Cette forme de rhétorique rappelle les propos d’un Alain Minc pour qui « la réalité économique, c’est comme la loi de la pesanteur. Jusqu’à nouvel ordre, on ne s’est pas émancipé de la loi de Newton » (cité par Serge Halimi, lire ici-même :« La pensée de marché, un discours doublement antidémocratique »).

[3] Sur les dépenses de santé par exemple puisque, comme l’écrit Claire Guélaud : « le Cercle des économistes propose de définir un panier de soins de qualité pour tous financé sur ressources publiques. Et de confier à une agence de régulation indépendante la responsabilité d’évaluer régulièrement les dépenses qui doivent être prises en charge collectivement. »

[4] Comme l’indique le site du CAE : « Placé auprès du Premier ministre, le Conseil d’analyse économique a pour missions « d’éclairer, par la confrontation des points de vue et des analyses, les choix du gouvernement en matière économique » Le CAE est une instance pluraliste composée d’économistes reconnus de sensibilités diverses. Il comporte une trentaine de membres nommés à titre personnel, dont plusieurs membres étrangers, et six membres de droit qui représentent les grandes administrations économiques et sociales ». Voir http://www.cae.gouv.fr/

[5] cf. http://www.lecercledeseconomistes.asso.fr/

[6] Cité par Serge Halimi, Les Nouveaux chiens de garde, Liber Raisons d’agir, 2005, p. 86.

[7] Notons aussi que Patrick Artus et Jean-Marie Colombani (Directeur du Monde) sont tous les deux éditorialistes dans l’hebdomadaire Challenges.

[8] http://www.lecercledeseconomistes.asso.fr/

ff

Écrit par : fff | 04/09/2006

l As the tv networks give unlimited airtime to Israel’s apologists, the message rolls out that no nation, least of all Israel, can permit bombardment or armed incursion across its borders without retaliation.

The guiding rule in this tsunami of drivel is that the viewers should be denied the slightest access to any historical context, or indeed to anything that happened prior to June 28, which was when the capture of an Israeli soldier and the killing of two others by Hamas hit the headlines, followed soon thereafter by an attack by a unit of Hezbollah’s fighters.

Memory is supposed to stop in its tracks at June 28, 2006.

Let’s go on a brief excursion into pre-history. I’m talking about June 20, 2006, when Israeli aircraft fired at least one missile at a car in an attempted extrajudicial assassination attempt on a road between Jabalya and Gaza City. The missile missed the car. Instead it killed three Palestinian children and wounded 15.

Back we go again to June 13, 2006. Israeli aircraft fired missiles at a van in another attempted extrajudicial assassination. The successive barrages killed nine innocent Palestinians.

Now we’re really in the dark ages, reaching far, far back to June 9, 2006, when Israel shelled a beach in Beit Lahiya killing 8 civilians and injuring 32.

That’s just a brief trip down Memory Lane, and we trip over the bodies of twenty dead and forty-seven wounded, all of them Palestinians, most of them women and children.

Israel regrets… But no! Israel doesn’t regret in the least. Most of the time it doesn’t even bother to pretend to regret. It says, “We reserve the right to slaughter Palestinians whenever we want. We reserve the right to assassinate their leaders, crush their homes, steal their water, tear out their olive groves, and when they try to resist we call them terrorists intent on wrecking the ‘peace process’”.

Now Israel says it wants to wipe out Hezbollah. It wishes no harm to the people of Lebanon, just so long as they’re not supporters of Hezbollah, or standing anywhere in the neighborhood of a person or a house or a car or a truck or a road or a bus or a field, or a power station or a port that might, in the mind of an Israeli commander or pilot, have something to do with Hezbollah. In any of those eventualities all bets are off. You or your wife or your mother or your baby get fried.

Israel regrets… But no! As noted above, it doesn’t regret in the least. Neither does George Bush, nor Condoleezza Rice nor John Bolton who is the moral savage who brings shame on his country each day that he sits as America’s ambassador (unconfirmed) at the UN and who has just told the world that a dead Israel civilian is worth a whole more in terms of moral outrage than a Lebanese one.

None of them regrets. They say Hezbollah is a cancer in the body of Lebanon. Sometimes, to kill the cancer, you end up killing the body. Or bodies. Bodies of babies. Lots of them. Go to the website fromisraeltolebanon.info and take a look. Then sign the petition on the site calling on the governments of the world to stop this barbarity.

You can say that Israel brought Hezbollah into the world. You can prove it too, though this too involves another frightening excursion into history.

This time we have to go far, almost unimaginably far, back into history. Back to 1982, before the dinosaurs, before CNN, before Fox TV, before O’Reilly and Limbaugh. But not before the neo-cons who at that time had already crawled from the primal slime and were doing exactly what they are doing now: advising an American president to give Israel the green light to “solve its security problems” by destroying Lebanon.

In 1982 Israel had a problem. Yasir Arafat, headquartered in Beirut, was making ready to announce that the PLO was prepared to sit down with Israel and embark on peaceful, good faith negotiations towards a two-state solution.

Israel didn’t want a two-state solution, which meant -- if UN resolutions were to be taken seriously -- a Palestinian state right next door, with water, and contiguous territory. So Israel decided chase the PLO right out of Lebanon. It announced that the Palestinian fighters had broken the year-long cease-fire by lobbing some shells into northern Israel.

Palestinians had done nothing of the sort. I remember this very well, because Brian Urquhart, at that time assistant secretary general of the United Nations, in charge of UN observers on Israel’s northern border, invited me to his office on the 38th floor of the UN hq in mid-Manhattan and showed me all the current reports from the zone. For over a year there’d been no shelling from north of the border. Israel was lying.

With or without a pretext Israel wanted to invade Lebanon. So it did, and rolled up to Beirut. It shelled Lebanese towns and villages and bombed them from the air. Sharon’s forces killed maybe 20,000 people, and let Lebanese Christians slaughter hundreds of Palestinian refugees in the camps of Sabra and Chatilla.

The killing got so bad that even Ronald Reagan awoke from his slumbers and called Tel Aviv to tell Israel to stop. Sharon gave the White House the finger by bombing Beirut at the precise times -- 2.42 and 3.38 -- of two UN resolutions calling for a peaceful settlement on the matter of Palestine.

When the dust settled over the rubble, Israel bunkered down several miles inside Lebanese sovereign territory, which it illegally occupied, in defiance of all UN resolutions, for years, supervising a brutal local militia and running its own version of Abu Graibh, the torture center at the prison of Al-Khiam.

Occupy a country, torture its citizens and in the end you face resistance. In Israel’s case it was Hezbollah, and in the end Hezbollah ran Israel out of Lebanon, which is why a lot of Lebanese regard Hezbollah not as terrorists but as courageous liberators.

The years roll by and Israel does its successful best to destroy all possibility of a viable two-state solution. It builds illegal settlements. It chops up Palestine with Jews-only roads. It collars all the water. It cordons off Jerusalem. It steals even more land by bisecting Palestinian territory with its “fence”. Anyone trying to organize resistance gets jailed, tortured, or blown up.

Sick of their terrible trials, Palestinians elect Hamas, whose leaders make it perfectly clear that they are ready to deal on the basis of the old two-state solution, which of course is the one thing Israel cannot endure. Israel doesn’t want any “peaceful solution” that gives the Palestinians anything more than a few trashed out acres surrounded with barbed wire and tanks, between the Israeli settlements whose goons can murder them pretty much at will.

So here we are, 24 years after Sharon did his best to destroy Lebanon in 1982, and his heirs are doing it all over again. Since they can’t endure the idea of any just settlement for Palestinians, it’s the only thing they know how to do. Call Lebanon a terror-haven and bomb it back to the stone age. Call Gaza a terror-haven and bomb its power plant, first stop on the journey back to the stone age. Bomb Damascus. Bomb Teheran.

Of course they won’t destroy Hezbollah. Every time they kill another Lebanese family, they multiply hatred of Israel and support for Hezbollah. They’ve even unified the parliament in Baghdad, which just voted unanimously -- Sunnis and Shi’ites and Kurds alike -- to deplore Israel’s conduct and to call for a ceasefire.

I hope you’ve enjoyed these little excursions into history, even though history is dangerous, which is why the US press gives it a wide birth. But even without the benefit of historical instruction, a majority of Americans in CNN’s instant poll –- about 55 per cent out of 800,000 as of midday, July 19 -- don’t like what Israel is up to.

Dislike is one thing, but at least in the short term it doesn’t help much. Israel’s 1982 attack on Lebanon grew unpopular in the US, after the first few days. But forcing the US to pressure Israel to settle the basic problem takes political courage, and virtually no US politician is prepared to buck the Israel lobby, however many families in Lebanon and Gaza may be sacrificed on the altar of such cowardice.

Écrit par : l | 05/09/2006

jj
« Vous m'avez invité à vous parler de la réalité cubaine, mais je crois que je ne vais pas beaucoup le faire. En réalité, je vais surtout vous parler de nous, de notre manière de voir Cuba.

Je veux déplorer avec vous cette manie de décontextualiser le sujet. Ainsi, on compare plus ou moins consciemment Cuba à la France. On tombe alors dans une de ces erreurs communes dont se délectent les détracteurs de Cuba. J'en ai répertorié une vingtaine.

N'oublions pas que :

1) Cuba est un pays sans beaucoup de matières premières, c'est une île qui subit les difficultés propres à toute insularité. C'est une ancienne colonie, dépouillée, saignée par les colonisateurs.

2) Cuba est un tout petit pays : 11, 5 M habitants, 110 000 Km2.

3) Cuba se situe à 150 Km de la plus formidable puissance militaire, économique, technologique, médiatique que la terre ait jamais connue.

4) Cette puissance a classé Cuba dans sa liste des « pays ennemis, pays terroristes, cible potentielle ».

Rappelons-nous que, quand Bush junior a envahi l'Irak, un seul Etat au monde (la Floride) a manifesté sa joie dans la rue en arborant des pancartes : « Irak aujourd'hui, Cuba demain. »

5) Cette puissance n'a jamais cessé de revendiquer Cuba. Et cela a commencé bien avant la Révolution.

6) Elle n'a jamais cessé d'appuyer, de financer, d'organiser le terrorisme anti-cubain. Pour mémoire : l'invasion (ratée) de la Baie des cochons (avec la logistique de l'US Army. Les premiers assaillants qui ont posé le pied sur la playa Giron étaient Américains). Pensons aux nombreuses tentatives d'assassinat de Fidel Castro (la dernière en date à Panama. Les terroristes arrêtés ont été libérés et ont filé aux USA). Citons aussi ces mystérieuses épidémies qui ont touché naguère la flore, le cheptel, les habitants (des centaines en sont morts, mais pas un à Guantanamo où les forces d'occupation avaient été vaccinées). Pensons aux explosifs dans des lieux de tourisme (mort d'un Italien) et sachons que les groupes paramilitaires s'entraînent en toute impunité aux USA pour « libérer » l'île.

7) Cette puissance alimente une campagne médiatique mondiale, une campagne de désinformation (on reviendra sur le rôle de l'officine RSF). Cette campagne est financée par des dizaines de millions de dollars (ce sont les USA qui s'en vantent, ils donnent les chiffres par affectation). La question jamais posée est : qui, chez nous, touche de l'argent ?

8) Elle a, au début de cette année, établi un plan détaillé (Plan Powel, 450 pages) de la gestion d'une Cuba néo-libéralisée et sous protectorat US.

9) Elle poursuit depuis 45 ans, et au mépris des votes récurrents de l'ONU, un blocus inhumain (on y reviendra car la vie politique et économique cubaine est marquée par cette réalité).

10) Une autre erreur commune est de discuter PRIORITAIREMENT (voire exclusivement, il suffit de voir nos médias) des défauts de Cuba en évacuant très vite ses réussites uniques au monde. Ainsi, on discute d'abord en contre (en défensif), sur le terrain de la propagande anti-cubaine.

11) Par exemple, on se laisse enfermer dans un débat sur La Liberté (abstraction), en évacuant le thème des libertés (concrètes), notamment des libertés vitales sans lesquelles les autres sont caduques. Je sais que ce débat est chaud et que la distinction entre la et les libertés l'est tout autant. Mais je soutiens que la liberté de lire le Figaro et de voter pour Noël Mamère (c'est un exemple) est nulle si l'on est mort, ou si l'on est vivant mais privé de toute vie intellectuelle pour cause de famine, maladie non soignée, analphabétisme.

12) De même, on est parfois sommé de répondre à la question : Cuba, paradis ou enfer ? Si l'on concède des fautes, des erreurs, des lacunes, des anomalies, des insuffisances, des abus, bref, toutes ces choses absentes du paradis, paraît-il, c'est la preuve a contrario que Cuba est infernal. Combien de fois ai-je entendu des détracteurs de Cuba s'offusquer de règles cubaines qui existent aussi chez nous mais qu'ils ne voyaient pas et qui, quand je les leur montre, leur paraissent normales ?

13) Une autre erreur consiste à parler de Cuba sans jamais se demander pourquoi on en parle tant, sans jamais s'être interrogé sur ce mystère : comment se fait-il que ce petit pays occupe dans nos médias autant de place que tous les autres pays pauvres réunis (voyez le Monde du 2 décembre 2004 qui consacre un titre, cinq colonnes à la une, à Cuba au moment où partout on se demande pourquoi, l'armée française a tiré sur des foules désarmées à Abidjan).

14) Une autre encore est de se focaliser sur Castro :

-soit pour affirmer que la Révolution lui doit tout (et pourtant, pas de statues, de noms de rues de places, de portraits de Castro. Il dit lui-même que les révolutionnaires sont des hommes et pas des dieux. Si les Américains veulent montrer au monde entier un char US arrachant sa statue sur une place de La Havane, il va falloir qu'ils la fabriquent avant),

-soit pour affirmer que c'est un dictateur supporté par son peuple, comme le furent Franco en Espagne ou Pinochet au Chili.

Bref, les extraordinaires avancées cubaines seraient les fruits de décisions de Castro, imposées à son peuple ou du peuple malgré Castro. Il doit plutôt exister une osmose (je signale l'absence de police anti-émeute à Cuba. Si on en cherche sur le reste du continent, on en trouvera aisément. Je signale aussi que jamais, depuis la Révolution, l'armée ou la police de ce pays ne se sont tournées contre le peuple).

15) Une autre erreur encore, est de se forger une opinion sur Cuba à travers « la grande presse » de notre pays qui ne publie que des informations négatives, voire agressives. On notera quelques rares exceptions : Le Monde Diplomatique et, une ou deux fois l'an, l'Huma (mais j'ai eu l'occasion de regretter publiquement le reportage sur la Fête de l'Huma 2004 où les journalistes de l'Huma, en 19 pages, n'avaient vu aucun des 4 stands des amis de Cuba, les débats qui s'y sont déroulés, ni la surabondance des tee-shirts du Che dans les allées).

Pour y voir plus clair, il vaut vraiment mieux se baser sur des rapports d'organismes aussi peu marxistes que l'ONU dont une étude (PNUD) classe Cuba au 52è rang mondial pour le développement humain, l'Unicef, l'Unesco (qui s'extasie sur les résultats cubains), la FAO, la banque mondiale (eh oui !), Amnesty international (pourtant peu tendre mais qui tempère) et même des études officielles US. Mais, cela dit, pourquoi les informations qui nous viennent des amis de Cuba seraient-elles moins crédibles à vos yeux ? Pourquoi faudrait-il vérifier celles-là et pas les autres ?

16) Une autre erreur, je l'ai évoquée tout, à l'heure, est de discuter de Cuba en la comparant à la France, grand pays, riche, puissant, doté de l'arme nucléaire, qu'aucun voisin ne menace, qui ne se trouve pas dans la situation de 1939, époque où elle n'aurait pas toléré que des citoyens français se fassent payer par l'Allemagne pour lui fournir des renseignements utiles à l'invasion, pas plus qu'elle n'aurait pas toléré que l'ambassadeur d'Allemagne à Paris créé un parti politique de la jeunesse française (Le chargé d'affaires des USA à Cuba a créé en 2004 à La Havane un parti de la jeunesse libérale cubaine).

17) Dans le même esprit, la logique voudrait donc que l'on compare Cuba aux autres pays comparables : les pays du tiers monde, ceux qui ont une taille, des ressources naturelles comparables. Si vous le faites, le résultat est sans appel. On y reviendra, mais je cite juste quelques chiffres tout de suite : le taux de mortalité infantile est plus bas à Cuba que dans n'importe quel autre de ces pays. Il est de moins de 6 pour 1000 (plus bas que dans certains Etats des USA) de 20/1000 en moyenne en Amérique latine, de 200/1000 dans certains pays d'Afrique et en Afghanistan « libéré ».

18) Une grave erreur, alors que les amis de Cuba doivent en permanence batailler pour démonter des mensonges et médiatiser des vérités, c'est de ne pas toujours oser, tant cela paraîtrait incongru dans cet environnement médiatique où Cuba est accablé de tous les défauts, y compris celui d'être le dernier débris d'un communisme soviétique, de ne pas oser dire que Cuba est peut-être une chance pour l'humanité tout entière. Peut-être un de ces autres mondes possibles que veulent les altermondialistes. Et si Cuba était vraiment engagée dans un type de développement fraternel, solidaire, hautement humain et culturel, écologique, respectueux de l'équilibre de la planète ? Si Cuba était un laboratoire social, économique en passe de prouver qu'un autre monde est possible en dehors du FMI, de l'OMC, de la loi du plus fort, des égoïsmes concurrentiels ? Dès lors, on comprend pourquoi l'exemple cubain représente un danger mortel pour les forces du capital dans le monde.

Alors on ne va pas laisser nos amis politiques, les élus pour qui nous avons voté, le ou les organisations qui prétendent vouloir changer le monde, hurler avec les loups.

19) L'avant-dernière erreur sans doute est d'exiger des amis de Cuba de tout savoir, d'avoir réponse à tout ; toute lacune étant portée au débit de Cuba. Je ne sais pas tout sur la France où j'ai toujours vécu, je ne sais pas tout sur Cuba. J'essaie de me tenir au courant des dernières calomnies déversées par ses adversaires, mais il arrive que, comme dans l'informatique, on soit pris de vitesse par des nouveaux virus (qu'on appellera ici des gusanos).

20) Et la dernière erreur serait de ne pas lire: « Cuba est une île » de Danielle Bleitrach et Viktor Dedaj aux éditions le Temps des Cerises et « Le dossier Robert Ménard. Pourquoi Reporters Sans Frontières s'acharne sur Cuba » de Jean-Guy Allard et Marie-Dominique Bertuccioli aux éditions Lanctôt (Canada).

Et si vous voulez savoir ceux que disent les amis (mais aussi les ennemis de Cuba, c'est édifiant) il existe un site Internet auquel je vous invite à vous abonner (c'est gratuit et vous y retrouverez les personnes que je viens de citer, sauf Robert Ménard, mais il est abonné) : Cuba Solidarity Project »

Pour Amnesty International, 130 pays pratiquent la torture. "131", insinue Le Monde.

« Avant la discussion où nous parlerons, si vous le voulez, de la réalité cubaine, du blocus, de Reporters Sans Frontières, je veux vous donner un exemple flagrant et récent de désinformation : le journal Le Monde d'avant-hier (daté du 10 décembre 2004) consacre sa page 4 aux droits de l'homme. On y apprend, grâce à l'Unicef, que près d'un milliard d'enfants vivent dans la pauvreté, que 640 millions n'ont pas de logement convenable, que 500 millions n'ont pas accès à des installations sanitaires, 400 millions à l'eau potable, 300 millions à une quelconque forme d'information, 270 millions sont privés de soins, 140 millions, en majorité des filles, ne sont pas scolarisés, 90 millions souffrent de malnutrition et que 700 millions d'enfants connaissent au moins deux de ces privations fondamentales.

Petite parenthèse : chaque fois qu'on évoque le nombre d'enfants analphabètes, soldats, prostitués, dormant dans la rue, travaillant dans la mine, mourant de faim ou de maladies guérissables, les Cubains on la manie de s'exclamer fièrement : « Et aucun n'est Cubain ! »

Fermons la parenthèse et revenons au Monde. Sa page 4 contient également un article intitulé : « A l'Unesco, des militants chrétiens témoignent du « retour » de la torture. »

Le rédacteur y rappelle les cas de tortures dans la base US de Guantanamo et dans la prison d'Abou Ghraib en Irak, il nous apprend que, d'après Amnesty International « 120 à 130 pays ont une pratique systématique de la torture. » Puis dans le paragraphe final il nous rassure : « Il y a pourtant des signes d'espérances. A Paris, on a cité le cas de Raul Rivero et des prisonniers politiques cubains libérés aux premiers jours de décembre. »

On se demande ce que Cuba et Rivero font dans cet article. On hume le placage artificiel. Certes, le journaliste ne va pas jusqu'à prétendre que l'ex-prisonnier cubain a été torturé ou que d'autres le sont dans l'île. Nous assistons simplement à un insidieux amalgame, à la juxtaposition d'informations de registres différents, mais dont on escompte que, par effet de halo, il persuadera le lecteur que Cuba figure parmi les 130 pays incriminés.

Par suite, et puisqu'il s'agit d'un article sur la torture où est convoquée l'autorité morale d'Amnesty International, il est utile d'aller voir le rapport 2003 de cette ONG sur Internet. A la page « Torture, continent américain », nous trouvons 22 pays répertoriés : Argentine, Bahamas, Belize, Bolivie, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Equateur, USA, Guyana, Haïti, Honduras, Jamaïque, Mexique, Nicaragua, Paraguay, Pérou, Suriname, Trinité et Bogota, Uruguay, Venezuela.

Nous lisons bien : Cuba n'y est pas. Par contre (et pensons à cette fable de la paille dans l'oeil du voisin et de la poutre dans le nôtre) pour l'Europe, nous trouvons une kyrielle de grands pays démocratiques comme l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, la France.

Enfin, on invitera le lecteur du quotidien vespéral à remarquer l'abondance des informations concernant l'île des caraïbes dans Le Monde, leur tonalité hostile à 100% qui s'affranchit des rapports d'organismes aussi peu castristes que ceux que j'ai cités dans la première partie de mon exposé et qui fait injure à l'intelligence du lecteur qui, sans être guevariste, se persuade qu'aucun pays ne peut survivre avec 0% de réussite en un demi-siècle. »



Écrit par : jj | 06/09/2006

f L'observateur de l'Onu sur le nucléaire a fait une attaque cinglante contre le Congrès étasunien à propos de son rapport "scandaleux et malhonnête" sur le programme nucléaire de l'Iran.

L'Agence Internationale à l'Energie Atomique (AIEA) a déclaré que le rapport du Congrès publié le mois dernier contenait "des informations erronées, trompeuses et non corroborées" et qu'il prenait comme une "grave insulte" les affirmations "incorrectes et mensongères" de ce rapport selon lesquelles l'AIEA cachait certains de ses doutes concernant les intentions nucléaires de l'Iran.

Une lettre de l'AIEA à Peter Hoekstra, président de la commission d'enquête des Renseignements de la chambre des représentants, a été divulguée ce jeudi au Washington Post.

Washington a tenu à faire monter la pression sur l'Iran au moment où la Russie, la Chine, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne - les autres négociateurs principaux sur le programme nucléaire iranien - donnent la préférence à une approche plus prudente.

Bien que ces six pays veuillent que l'Iran cesse l'enrichissement d'uranium, la Russie et la Chine ont donné à entendre qu'elles s'opposaient à toute action militaire contre Téhéran.

Il y a eu des préoccupations internationales sur le programme nucléaire de l'Iran depuis qu'il a annoncé au début de l'année avoir réussi à enrichir de l'uranium. L'uranium doit être enrichi pour être utilisé dans les centrales nucléaires, mais un enrichissement plus poussé peut produire de la matière propre à être utilisée dans des bombes atomiques.

L'Iran insiste sur le fait que son programme nucléaire n'est destiné qu'à un but pacifique de générer de l'énergie, mais des diplomates soupçonnent que cela est utilisé pour couvrir le développement d'armes atomiques.

Il a été rapporté que le rapport du Congrès étasunien a été écrit par un membre républicain du personnel de la commission des Renseignements de la chambre, qui est connu pour ses positions pures et dures vis-à-vis de l'Iran et qui a basé les conclusions du rapport sur des documents publiés plutôt que sur des renseignements émanant des services secrets.

La lettre de l'AIEA critique en particulier un passage du rapport prétendant que la centrale de Natanz au centre de l'Iran enrichissait l'uranium à un niveau de qualité militaire. Cette affirmation a été contredite par le dernier rapport de l'AIEA sur l'Iran, communiqué à des diplomates fin août et montrant que jusqu'à présent l'enrichissement n'avait atteint que des niveaux faibles.

Mais la réaction la plus forte a concerné la réécriture dans ce rapport d'un article publié dans le quotidien allemand Die Welt concernant le départ de l'AIEA de l'ancien inspecteur Chris Charlier.

Ce rapport prétendait que M. Charlier avait été démis par le directeur de l'AIEA, Mohammed El Baradei, à la demande du négociateur nucléaire en chef de l'Iran, Ali Larijani, et qu'il y avait une "politique tacite de l'AIEA interdisant à ses fonctionnaires de dire toute la vérité sur le programme nucléaire iranien".

Cette lettre a dénoncé ces affirmations comme étant "scandaleuses et malhonnêtes". Elle rappelle que les règles fondatrices de l'AIEA établissent que les inspecteurs ne peuvent être envoyés dans un pays qu'avec l'accord du gouvernement de ce pays.

Écrit par : f | 15/09/2006

m Il y a évidemment beaucoup de questions à se poser sur ce qui se passe actuellement dans les quartiers "chauds" (surtout pour les voitures)

Écrit par : m | 18/09/2006

h Was Benedict's most recent provocation accidental or deliberate? The Bavarian is a razor-sharp reactionary cleric. A man who organises his own succession to the Papacy with a ruthless purge of potential dissidents and supervises the selection of Cardinals with great care leaves little to chance.

I think he knew what he was saying and why.

Choosing a quote from Manuel II Paleologos, not the most intelligent of the Byzantine rulers, was somewhat disingenuous, especially on the eve of a visit to Turkey. He could have found more effective quotes and closer to home. Perhaps it was his unique tribute to Oriana Fallaci.

Perhaps.

The Muslim world with two of its countries---Iraq and Afghanistan-- directly occupied by Western troops does not need to be reminded of the language of the Crusades. In a neo-liberal world suffering from environmental degradation, poverty, hunger, repression, a 'planet of slums' (in the graphic phrase of Mike Davis), the Pope chooses to insult the founder of a rival faith.

The reaction in the Muslim world was predictable, but depressingly insufficient. Islamic civilization cannot be reduced to the power of the sword. It was the vital bridge between the Ancient world and the European Renaissance. It was the Catholic Church that declared War on Islam in the Iberian Peninsula and Sicily. Mass expulsions, killings, forced conversions and a vicious Inquisition to police the cleansed Europe and the reformist Protestant enemy.

The fury against 'heretics' led to the burning of Cathar villages in Southern France. Jews and Protestants alike were granted refuge by the Ottoman Empire, a refuge they would have been denied had Istanbul remained Constantinople. 'Slaves, obey your human masters.For Christ is the real master you serve' said Paul (Colossians 3: 22-24) in establishing a collaborationist tradition which fell on its knees before wealth and power and which reached its apogee during the Second World War where the leadership of the Church collaborated with fascism and did not speak up against the judeocide or the butchery on the Eastern Front. Islam does not need pacifist lessons from this Church.

Violence was and is not the prerogative of any single religion as the continuing Israeli occupation of Palestine demonstrates. During the Cold War the Vatican, with rare exceptions, supported the imperial wars. Both sides were blessed during the First and Second World wars; the US Cardinal Spellman was a leading warrior in the battles to destroy Communism during the Korean and Vietnam wars. The Vatican later punished the liberation theologists and peasant-priests in Latin America. Some were excommunicated.

Not all Christians joined in the crusades old and new. When Pope Urban launched the crusades the Norman king of Sicily refused to send troops in which Sicilian Muslims would be compelled to fight against Muslims in the East. His son, Roger II, refused to back the Second Crusade. In doing so they showed more courage than the leaders of contemporary Italy, who are only too willing to join the imperial crusades against the Muslim world.

'To make sure of being right in all things', said the founder of the Jesuits, Ignatius Loyola, 'we ought always to hold to the principle that the white I see I should believe to be black if the hierarchical church were so to rule.'

Today most Catholic prelates in the West (including the Bavarian in the Vatican) and politicians of Centre-Left/Right worship the real Pope who lives in the White House and tells them when black is white.

Amen

Écrit par : h | 18/09/2006

l Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant toujours été une évidence

Écrit par : ^k | 19/09/2006

io ascislamisme », « fascisme islamique », « nouveau fascisme », « nouveau totalitarisme »… il semble que la dernière mode dans la « guerre au terrorisme » soit au renouveau de l’appellation « fasciste » et au retour de la rhétorique anti-totalitaire. Même si ce phénomène n’est pas vraiment récent [1], il trouve aujourd’hui un écho considérable, particulièrement marquant dans l’actualité médiatique française de l’année 2006.

En France, au mois de mars 2006, une nouvelle revue traitant de politique internationale a été lancée par les éditions Denoël : Le Meilleur des mondes. Elle « revendique l’héritage politique, intellectuel et moral du courant antitotalitaire » [2] et rassemble dans son comité éditorial un grand nombre de personnalités médiatiques américanistes [3]. Dans son éditorial, elle amalgame la lutte contre le communisme au temps de la Guerre froide et le combat actuel contre « l’islamisme », déplorant que la France ait montré ou montre de la complaisance pour chacun de ces mouvements.

À la même période, l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo [4] qui s’était illustré quelques semaines auparavant en reprenant les caricatures de Mahomet diffusées initialement dans le Jyllands Posten [5] publia un manifeste intitulé « Ensemble contre le nouveau totalitarisme » [6]. Dans son introduction, on lit que : « Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme, et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme. ». Ce manifeste fut repris in extenso par l’hebdomadaire français L’Express, le mensuel français TOC et le quotidien suisse Le Temps et eut un certain écho international.

Parmi les signataires de cet appel, on compte Bernard Henri Lévy et Caroline Fourest. Cette dernière est l’auteur d’un essai, récompensé, comme celui d’A. Adler, par le Prix du livre politique de l’Assemblée nationale en 2006, intitulé La Tentation obscurantiste [7]. Dans cet ouvrage, paru en même temps que d’autres avec une problématique équivalente, Melle Fourest oppose deux traditions de gauche : une « antitotalitaire » qui après avoir combattu le stalinisme s’attaquerait à l’islamisme, et une « tiers-mondiste », qui, par sentiment de culpabilité colonial, accepterait tout de la part des islamistes, sans discernement. Elle appelait bien sûr à la mobilisation de la première contre la seconde. Bernard Henri Lévy pour sa part, popularisa, au travers de ses éditoriaux dans l’hebdomadaire français Le Point et de ses nombreuses interventions médiatiques, le terme de « fascislamisme », contraction de fascisme et d’islamisme, et présente régulièrement « l’islamisme » comme le « troisième fascisme » auquel le « monde libre » devrait faire face [8]. Cette dénonciation a même pris une dimension centrale dans ses productions récentes puisque, cet été, à l’occasion de la guerre au Liban, la totalité de ses chroniques a traité de cette question d’une manière ou d’une autre. Ainsi, l’auteur dénonçait-il le « fascislamisme » du Hamas et du Hezbollah manipulé par Damas et Téhéran [9] présentait l’islamisme comme un nouveau danger totalitaire [10] et comparait la guerre du Liban à la Guerre d’Espagne en plaçant, sans rire, Israël dans le rôle des Républicains espagnols [11]. Prenant pour argent comptant les déclarations des autorités britanniques [12] et avant même tout procès, il désigna comme des « fascistes » les personnes accusées par la police britannique d’avoir préparé des attentats contre des avions de ligne de l’aéroport de Londres [13]. Et, enfin, par un de ses étranges amalgames dont il a le secret, il assimila l’aveu de Gunther Grass de son engagement passé dans les Waffen SS, « ses surenchères soviétophiles » et le développement du « fascislamisme » pour présenter ces éléments épars comme un tout cohérent. [14].


Donald RumsfeldCes exemples ne sont pas des exceptions mais illustrent une tendance générale dans la presse française et au-delà. Les éditorialistes néo-conservateurs états-uniens, tel le très influent William Kristol [15], présentent eux aussi l’islamisme comme un nouveau péril comparable au stalinisme et au nazisme et il ne faut pas chercher très loin les ressemblances entre le « fascislamiste » de Bernard Henri Lévy, le « nazislamiste » d’Yvan Rioufol du Figaro et l’« islamofascism » de Frank Gaffney. Cette assimilation ne touche pas que les éditorialistes puisque, à titre d’exemple, l’ancien ministre français de l’Éducation nationale, Luc Ferry compara le développement de l’islamisme à la montée du nazisme (estimant même que la première était peut-être pire que la seconde) [16], l’ancien ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, qualifia le terrorisme « islamiste » de « nouveau totalitarisme » [17] et son homologue allemand Joschka Fischer multiplia les commentaires similaires aussi bien dans son discours à Princeton en novembre 2003 [18] que dans l’interview qu’il accorda au journal Handelsblatt quelques mois plus tard [19]. Récemment, le 10 août 2006, George W. Bush en personne a, lui aussi, qualifié les citoyens britanniques accusés d’avoir préparé un attentat contre l’aéroport de Londres de « fascistes islamiques » [20] et son secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a présenté le « terrorisme islamiste » comme « un nouveau type de fascisme » [21].

Mais, après tout, qui a-t-il d’erroné à cette présentation des mouvements musulmans armés ? En effet, l’extrémisme, de quelque idéologie ou religion qu’il se réclame, ne vise-t-il pas à régenter de façon totale la vie de l’individu ? Un système politique fondée sur une application stricte des dogmes religieux ne viserait-il pas à régenter l’intégralité des domaines de la vie des individus, exerçant donc un contrôle total sur son existence ? Et l’immersion de l’État dans la totalité des domaines de la vie d’un individu, y compris le domaine privé, n’est il pas l’essence même d’un système totalitaire ?
En se basant sur ce raisonnement, on devrait donc pouvoir affirmer que les mouvements musulmans armés sont des partis totalitaires et que les combattre revient à combattre le totalitarisme. CQFD !

Ce n’est toutefois pas si simple.

D’abord parce que le mot « totalitarisme » n’a jamais été un terme politiquement neutre se bornant à désigner des régimes oppresseurs, mais un slogan pour mobiliser l’Alliance atlantique contre le Pacte de Varsovie sur la base d’un amalgame entre communisme et nazisme. Nous y reviendrons.
Ensuite parce que le mot « islamisme », lorsqu’il désigne des mouvements musulmans armés n’a pas plus de cohérence : qu’il y a-t-il de commun entre les révolutionnaires iraniens renversant la dictature sanglante du Shah, les salafistes algériens tentant d’imposer le retour d’un modèle révolu de société, le Hamas luttant contre l’apartheid en Palestine, le Hezbollah résistant à l’invasion du Liban par Israël, et les auteurs présumés des projets présumés d’attentat à Londres ? Rien, hormis leur religion et le préjugé selon lequel elle serait, elle, intrinsèquement violente. Et si l’on doit utiliser cette catégorie, pourquoi n’y place t-on pas les mercenaires de Ben Laden luttant contre les Soviétiques en Afghanistan, le Mouvement de libération du Kosovo organisant des attentats à la bombe au centre de Pristina, le gouvernement tchétchène en exil à Washington commanditant des attentats en Russie, etc ? C’est que le mot « islamisme » lui même n’a aucune base claire et n’est pas un terme académique mais un mot médiatique qui a connu des fortunes diverses et qui s’est imposé progressivement pour faire formellement la distinction entre le « bon » islam et le « mauvais » islam. A propos de la popularisation du mot « islamisme » dans les médias, et notamment à la télévision, le journaliste Thomas Deltombe précise : « A vouloir absolument maintenir une vision morale et binaire qui distingue le « bon » du « mauvais » islam, le journalisme télévisé - mais il n’est pas le seul - se retrouve dans une situation ambiguë. Il a certes commencé à réformer, oralement et formellement, la vision occidentale séculaire d’un islam intrinsèquement nuisible et étranger, mais il continue, dans le même temps, à relayer, implicitement et sur le fond, une vision toujours négative d’un phénomène religieux qu’il perçoit comme suspect et extérieur. ». [22]. Les mouvements musulmans armés servant les intérêts occidentaux doivent nécessairement faire partie du « bon » islam et ne peuvent donc pas être aggloméré dans le « mauvais » islam qu’est l’islamisme.

Il va sans dire, mais il va mieux en le disant, que dénoncer les concepts flous de totalitarisme ou d’islamisme ne vise pas à nier que des communistes ou des musulmans aient développé des formes intolérantes, obscurantistes et criminelles de leur idéal ou de leur foi. Pas plus que rappeler ces dénaturations au sein du communisme ou de l’islam ne vise à nier que des phénomènes similaires se produisent à l’intérieur d’autres mouvements idéologiques ou religieux.

Refuser l’emploi de la rhétorique du « totalitarisme islamique » ou en voir ses limites évidentes ne signifie pas abandonner la laïcité, mais au contraire la défendre en s’affranchissant du discours dogmatique des pontifes du néo-conservatisme.

Pour bien comprendre cette rhétorique, il est important de revenir sur les origines de l’emploi du mot « totalitarisme » et sur son passage du statut de concept au service de l’analyse politique à celui de qualificatif moral servant à stigmatiser l’adversaire. L’histoire de ce terme a d’autant plus d’importance qu’il a changé de sens et a évolué au fil du temps.

De l’outil d’analyse à l’arme de la Guerre froide
On trouve la première utilisation du terme dans un discours de G. Amendola, un opposant italien aux fascistes, prononcé le 22 mai 1923 et dénonçant leur mainmise sur les différentes institutions italiennes. Bien que péjoratif, Mussolini va cependant reprendre ce terme à son compte et le revendiquer dans un discours prononcé le 22 juin 1925 avant que Gentile, théoricien fasciste, ne le développe dans son ouvrage La Doctrine fasciste, en 1932. Parallèlement, le concept de régime totalitaire va gagner en popularité dans les années 30 mais à l’époque, il ne désignera que les régimes fascistes et nazis. C’est en 1939, avec la signature du pacte germano-soviétique, que le concept de « régimes totalitaires » va être étendu au régime stalinien dans les pays à forte tradition anti-marxiste et dans l’establishment européen. Toutefois, à partir de 1941 et de l’attaque du Reich contre l’URSS, cette dénomination globalisante va être mise, temporairement, en sommeil.

Après la Seconde Guerre mondiale, les historiens et politologues vont se pencher sur le nazisme pour tenter d’expliquer le phénomène. Mais très vite, la Guerre froide se développant, on va assister à une cristallisation des modèles explicatifs à l’Est et à l’Ouest autour de deux approches concurrentes.
A l’Est, dans le bloc communiste, c’est, évidemment, une approche marxiste qui sera privilégiée. La théorie du Komintern définit le fascisme comme une réaction de la bourgeoisie face à l’effondrement du capitalisme. Par conséquent, les régimes fascistes et nazis ont une plus grande proximité avec le bloc occidental qu’avec l’URSS puisque le fascisme est une évolution probable des régimes des pays adverses.
A l’opposé, le bloc occidental va retrouver le concept de « régime totalitaire » et va lui donner un nouveau souffle. Se concentrant sur les points de similarités entre les régimes nazis, fascistes et soviétiques, le modèle totalitaire va permettre politiquement de présenter le régime stalinien comme le reflet du régime hitlérien et de faire de la démocratie libérale leur contre-modèle absolu.

Ce point de vue va très vite l’emporter dans l’establishment occidental. C’est en Allemagne, enjeu majeur de la Guerre froide, que la grille d’analyse totalitaire va être la plus développée. Ainsi, cette logique se retrouvera dans la loi fondamentale adoptée en 1949 en République fédérale d’Allemagne (RFA). Cette constitution vise explicitement à empêcher un retour du régime nazi mais également à ce que jamais le communisme ne puisse se développer en RFA. Ce sont également deux Allemands exilés aux États-Unis, Hannah Arendt et Carl Friedrich, qui vont être les principaux concepteurs de la définition universitaire du totalitarisme.

Hannah Arendt publiera The origins of Totalitarianism en 1951. Elle se livre à une analyse passionnée de la montée du nazisme, de sa radicalisation inéluctable et de sa nature intrinsèquement destructrice. Toutefois, l’analyse du stalinisme est bien moins convaincante et sera largement critiquée par les analyses postérieures (notamment sa perception d’un remplacement d’une société de classe par une « société de masse » ou bien son absence d’analyse historique de l’émergence du nazisme [23]).

Carl Friedrich pour sa part va développer son analyse dans un article intitulé « The Unique Character of Totalitarian Society », dans l’ouvrage collectif Totalitarianism paru en 1954. Il y développe un modèle en cinq points censés définir les caractéristiques du totalitarisme.
Pour Friedrich, le régime totalitaire se définit par :
une idéologie millénariste officielle ;
un parti unique de masse ;
le monopole des moyens de combat ;
le monopole des moyens de communication ;
un contrôle policier terroriste, qui définit lui-même arbitrairement ses adversaires.
Friedrich critiquera les analystes qui confondent totalement le régime nazi et le régime stalinien mais conclura cependant que les similitudes entre nazisme et communisme l’emportent sur leurs différences.

En 1956, avec la déstalinisation, ce modèle semble perdre de sa pertinence. Zbigniew Brzezinski, futur conseiller de sécurité nationale du président démocrate Jimmy Carter, adaptera la grille d’analyse totalitaire à cet événement. Dans son article « Totalitarianism and Rationality » publié dans l’American Political Science Review, il estime que les techniques de manipulations et d’encadrements, étudiées par ses prédécesseurs, fonctionnent au service d’un objectif révolutionnaire, qui ne consiste ni à geler la société ni à changer de classes dominantes, mais à remplacer le pluralisme par l’uniformité. Or la « rationalité » des techniques d’encadrement peut entrer en conflit avec le dynamisme sans frein des objectifs, ce qui donne à l’histoire de ces régimes une allure heurtée. Ainsi, la déstalinisation ne serait qu’une péripétie dans un régime demeurant totalitaire. La même année, Carl Friedrich et Brzezinski vont s’associer pour rédiger la première édition de Totalitarian Dictatorship and Autocracy. Dans ce livre, Friedrich amende son modèle en cinq points et lui en ajoute un sixième : le contrôle de l’économie par l’État.

S’inspirant des travaux de Friedrich, Raymond Aron estimera en 1958, dans Démocratie et totalitarisme, que le totalitarisme a cinq caractéristiques :
un parti disposant du monopole de l’activité politique ;
une idéologie officielle d’État ;
le monopole du contrôle « des moyens de force et celui des moyens de communication » ;
un contrôle de l’économie par l’État
et la mise en place d’une terreur policière et idéologique [24].

La gauche européenne refusera la confusion entre nazisme et communisme qui découle de ces théories et, dès les années 60, les milieux universitaires vont également se détourner de ces analyses qu’ils jugeront rapidement obsolètes. En effet, à vouloir se concentrer sur les similarités, la grille d’analyse totalitaire ignore ce qui fait la différence entre les régimes fascistes et les régimes communistes aussi bien au niveau de l’organisation, que de l’idéologie ou des méthodes de prise de pouvoir. Ainsi, en se plaçant dans un modèle unique le nazisme et le communisme, les analystes perdent de vue l’opposition entre l’élitisme fasciste et l’égalitarisme communiste ou le poids de la bourgeoisie dans l’émergence du fascisme. Il n’y a également rien de comparable du point de vue de l’organisation, entre la système mis en place en Allemagne par Hitler et l’URSS de Staline.

Mais l’analyse totalitaire garde tout son attrait pour les milieux conservateurs et chez les intellectuels atlantistes rassemblés et stipendiés par la CIA au sein du Congrès pour la liberté de la culture [25]. Ainsi, si les débats universitaires s’éloignent de ces théories, la grille d’analyse totalitaire continuera d’être enseignée et soutenue auprès du grand public. Ainsi, le 5 juillet 1962, en RFA, ,la conférence des ministres de l’Éducation des Länders déclare : « Les professeurs de toutes disciplines ont le devoir d’initier les élèves aux caractéristiques du totalitarisme et aux aspects principaux du bolchévisme et du national-socialisme, qui sont les deux systèmes totalitaires les plus importants du XXième siècle » [26]. La presse dominante ne tient pas non plus compte de la remise en cause de ce modèle d’analyse. Dans son étude de la question nazie dans la presse ouest-allemande en 1963-1964, Das 3. Reich in der presse des Bundesrepublik, R. Kühnl, observe que la comparaison entre le succès des SA chez les classes populaires dans les années 30 en Allemagne et les succès communistes sont fréquents, de même que les mises en convergence entre l’Allemagne nazie et l’URSS alors que la complicité de la grande bourgeoisie avec Hitler est minimisée.

La notion de « totalitarisme », pas plus que celle de « fascisme » n’est une notion purement objective. Dès lors que l’analyse scientifique du totalitarisme perd de son intérêt, ses promoteurs vont de plus en plus insister sur la dimension politique et morale du concept. Ainsi, le totalitarisme va cesser d’être le sujet d’étude de politologues et d’historiens pour devenir le cœur du discours des intellectuels atlantistes. En France, le phénomène médiatique que représentera « les nouveaux philosophes » pose la question totalitaire au cœur de son analyse. Et les intellectuels médiatiques issus de ce mouvement, tel André Glucksman ou Bernard Henri Lévy, l’utiliseront très fréquemment pour stigmatiser d’abord tout régime communiste, puis tout adversaire désigné de « l’Occident » associé abusivement à la démocratie libérale. Dans leurs travaux, le « totalitarisme » va donc devenir l’ennemi absolu et, par retournement de perspective, chaque ennemi sera dépeint comme une nouvelle émanation d’un totalitarisme décidément protéiforme.


Jane KirkpatrickLa question du totalitarisme va également servir d’argument politique et de guide officiel de certaines politiques. Ainsi, quand, à la fin des années 70, Jimmy Carter et son conseiller Zbigniew Brzezinski remettent en cause les alliances kissingeriennes avec les dictatures militaires sud-américaines, Jeane Kirkpatrick critiquera leurs renversements d’alliance dans la revue Commentary au nom de la lutte antitotalitaire. Dans son article de 1978, « Dictatorships and Double Standards », celle qui deviendra l’ambassadrice à l’ONU de Ronald Reagan, affirme que les États-Unis ont raison de soutenir les dictatures militaires en Amérique du Sud. Ces régimes ne seraient en effet que des régimes autoritaires laissant davantage de liberté à leurs concitoyens que les régimes totalitaires que sont les régimes communistes. Par conséquent, les États-Unis doivent apprendre à faire la distinction entre ces régimes et, au moins temporairement, apporter leur soutien à des dictatures combattant les mouvements « totalitaires » et assurant ainsi la promotion des intérêts états-uniens. L’article fit d’autant plus de bruits qu’il émanait d’une Démocrate (Mme Kirkpatrick n’adhèrera formellement au parti Républicain qu’en 1985) et qu’il attaquait la politique étrangère conçue par Zbigniew Brzezinski sur son propre terrain de recherche et d’étude. L’argumentaire de Mme Kirkpatrick servira de base théorique à la politique étrangère de Ronald Reagan.

Proposant un cadre permettant de justifier la politique étrangère du bloc occidental, de stigmatiser les ennemis sur un registre politique et moral et créant un repoussoir absolu présenté comme l’antithèse de la démocratie, le « totalitarisme » va passer en un demi-siècle d’un concept servant d’explication au fascisme à un mot du langage commun permettant de diaboliser tout adversaire. N’ayant plus de réelles prétentions scientifiques, ce concept sera souvent utilisé comme synonyme de « fascisme » et, par le biais de l’assimilation entre communisme et nazisme qu’offre le totalitarisme, les communistes deviendront parfois les « fascistes rouges » sous la plume de certains auteurs atlantistes. L’« antitotalitarisme » deviendra le socle idéologique officiel de la gauche atlantiste européenne et l’un des aspects de ce qu’en France on qualifia de « pensée unique » [27].

L’adaptation à l’après Guerre froide
Toutefois, avec la fin de la Guerre froide, la notion d’antitotalitarisme perdra de sa vigueur. Sa rhétorique demeurera dans les attaques contre Cuba, la Corée du Nord, l’Irak de Saddam Hussein ou l’ex-Yougoslavie de Milosevic, mais son usage sera moins fréquent. En France, la recherche sur le communisme de la fin des années 90 sera cependant marquée par une résurgence de la comparaison communisme-nazisme avec la très médiatique publication du Passé d’une illusion de François Furet [28] et surtout la sortie du Livre Noir du communisme [29]. Cet ouvrage collectif qui devait être préfacé par F. Furet (mort la même année) fut finalement préfacé par Stéphane Courtois. C’est l’introduction de ce dernier, multipliant les associations entre communisme et nazisme qui fit scandale, allant jusqu’à provoquer un débat à l’Assemblée nationale française du fait de la présence de ministres communistes au sein du gouvernement de Lionel Jospin.


Anna Arendt, 1975Aujourd’hui, avec la « guerre au terrorisme », on assiste à une résurgence de la rhétorique antitotalitaire. Et à nouveau, cette rhétorique est employée pour construire une assimilation entre différents régimes ou mouvements n’ayant finalement que peu de liens. D’ailleurs, cet usage de la classification « totalitaire » dans la « guerre au terrorisme » ne se fonde plus que sur l’usage politique ou moral de l’épithète. On parle de « nouveau totalitarisme » pour désigner l’islamisme ou le terrorisme islamiste mais en quoi l’islamisme entre-t-il dans la définition du totalitarisme de Arendt, Aaron, Friedrich ou Brzezinski ? D’ailleurs, ce dernier a réfuté la comparaison, la jugeant aussi inopportune que néfaste à long terme pour la politique états-unienne en la ridiculisant [30].

Mais quoi qu’en dise Zbigniew Brzezinski, cette rhétorique présente en tout cas des avantages à court terme. On en compte quatre principaux.

Tout d’abord, présenter l’islamisme comme un nouveau totalitarisme comparable au nazisme et au communisme participe d’une dramatisation. En assimilant l’islamisme à un système politique comparable au nazisme ou au communisme (ce qui est l’une des thèses centrales de l’orientaliste Bernard Lewis [31]), on peut inventer la menace et justifier ainsi des dépenses militaires considérables. La multiplication de parallèles entre le 11 septembre et Pearl Harbour et le lieu commun des éditorialistes néo-conservateurs ou américanistes sur la dangerosité supérieure du monde d’aujourd’hui par rapport à la Guerre froide soutiennent également ce point de vue. Si l’islamisme est comparable au nazisme, il convient d’être prêt à l’affronter et de disposer de forces militaires adaptées au conflit à venir. Si l’islamisme rend le monde plus dangereux que pendant la Guerre froide, il convient d’avoir un budget militaire supérieur à celui de la Guerre froide.

Par ailleurs, assimiler islamisme, nazisme et communisme permet de présenter les mouvements musulmans armés comme unifiés ou œuvrant au même but. Or, rien, dans les faits, ne permet d’affirmer que les mouvements qualifiés d’islamistes collaborent entre eux. Mais, par cet amalgame dans un mouvement « totalitaire » ou « fasciste » musulman, les experts médiatiques traitent de l’islamisme comme un tout. C’est ce qui leur a permis, au moment des cinquièmes commémorations des attentats du 11 septembre 2001, de parler en même temps des attentats imputés à Al Qaïda, de la violence « islamiste » en Irak, du Hezbollah « islamiste » et de la bombe nucléaire « islamiste » iranienne. En un mot du « complot » islamiste contre « la » civilisation.

De plus, présenter le conflit comme une nouvelle confrontation opposant le monde démocratique à un danger totalitaire au nouveau visage permet de justifier l’existence d’une alliance « naturelle » du bloc occidental, assimilé au monde démocratique. Et en maniant les parallèles historiques plus ou moins hasardeux, de faire des États-Unis le dirigeant « naturel » d’un « monde libre » devant organiser sa légitime défense. Ce discours repose sur une présentation des États-Unis comme grand vainqueur de la Seconde Guerre mondiale (et donc à une minoration du rôle de l’URSS dans ce conflit) et de la Guerre froide.

Enfin, assimiler l’islamisme à un totalitarisme a aussi un intérêt pour délégitimer le discours de ceux qui remettent en cause la vulgate de la « guerre au terrorisme ». Si l’islamisme est bien un totalitarisme, ceux qui refusent de le combattre ou de voir en lui le plus grand péril de notre temps sont nécessairement des complices du totalitarisme, donc des adversaires de la démocratie, voire des criminels en puissance. Ainsi, en faisant le parallèle avec le stalinisme, Caroline Fourest a qualifié ceux qui, en France, à gauche, refusaient les simplifications et les amalgames autour de l’islam et du terrorisme d’« idiots utiles » ou de « compagnons de routes » de l’islamisme [32]. De son côté, Donald Rumsfeld a comparé le 29 août 2006, les adversaires à sa politique à ceux qui avant la Seconde Guerre mondiale prônait l’apaisement avec le nazisme [33]. Ni Melle Fourest, ni M. Rumsfeld ne sont les seuls à pratiquer ces comparaisons.

Alors, il ne faudrait plus employer le terme « totalitarisme » ? Toute velléité d’utiliser ce terme serait condamnée à servir la propagande américaniste ? Bien sûr que non. Toutefois, comme bien des concepts, et sans doute bien plus que beaucoup d’autres, la notion de totalitarisme est à manier avec précaution. Il convient d’en connaître les limites et de ne pas se laisser enfermer dans la rhétorique de ceux qui en font une arme politique pour stigmatiser leurs adversaires ou justifier des politiques coloniales

Écrit par : i | 20/09/2006

g Une chose est certaine lorsqu’on est empêtré dans ses propres contradictions : il devient de plus en difficile d’en sortir. Une belle démonstration vient de nous être livrée par Reporters Sans Frontières dans une lettre ouverte "en réponse à ses détracteurs", et publiée le 12 septembre sur le site du Réseau Voltaire [1].

Notons que la première partie du courrier, qui occupe plus de la moitié de la lettre, se veut une démonstration politique, pour ne pas dire une leçon, dispensée aux défenseurs de Cuba. Pour une lettre supposée démontrer que RSF ne prend pas une position politique vis-à-vis de Cuba, la démonstration démarre plutôt mal. Passons sur les arguments qui relèvent plus du bréviaire de l’anti-castrisme primaire que d’une véritable pensée (l’auteur anonyme de la lettre va jusqu’à placer dans la bouche des défenseurs de Cuba des termes sortis de sa propre imagination).

Tout l’argumentaire tend à démontrer que les amis de Cuba s’en prendraient à RSF parce que cette organisation serait trop critique à l’égard de Cuba [2]. Une telle affirmation aurait le début d’un semblant de fondement si les défenseurs de Cuba s’en prenaient aussi, par exemple, à Amnesty International, qui n’est pas particulièrement tendre vis-à-vis de l’île. Or ce n’est pas le cas. Alors ? Alors RSF fait ce qu’elle peut pour limiter les dégâts.

Passé ce long exposé politique maladroit sur Cuba, RSF aborde enfin le fond du problème : la provenance de certains fonds et la stratégie purement politique de cette organisation - qui n’a pas grand chose à voir avec sa mission déclarée et qui dépasse largement le seul cas cubain.

RSF revient donc "pour la centième fois" sur les fonds reçus de la National Endowment for Democracy (organisation façade de la CIA). A part le fait que le montant réel de ce financement semble difficile à établir, rappelons que si RSF se sent obligée de revenir "pour la centième fois" sur cette question, c’est pour une raison bien simple : dans le passé, elle l’a nié, disons, 90 fois.

Tentant de se dédouaner, RSF nous rappelle "que la NED ne dépend pas de la Maison-Blanche mais du Congrès et que l’opposition a donc voix au chapitre". RSF tenterait-t-elle de nous rassurer sur une sorte d’éthique qui serait garantie par ce contrôle du Congrès ? Mystère. Toujours est-il que cet argument ne pèse absolument rien car c’est ce même Congrès qui a voté la guerre contre l’Irak, le même Congrès qui a voté la loi Helms-Burton en 1996 contre Cuba, la loi Torricelli de 1992, etc, etc. Autant de mesures agressives et politiques. Et, soi dit en passant, ce Congrès "contrôle" aussi la CIA. Dans la mythologie de RSF, tout "contrôle" par le Congrès des Etats-Unis serait donc une sorte de gage de neutralité. RSF vit sur une planète étrange non répertoriée par les astronomes.

Pour parler ensuite d’une autre organisation ténébreuse, RSF joue encore la carte de la naïveté en feignant d’ignorer la véritable nature d’un autre de ses financiers : Center for a Free Cuba [3]. Elle enchaîne sur une pirouette assez extraordinaire : "Est-il démontré que (le centre) finance en catimini une réédition de la Baie des cochons, sachant qu’il ne peut rien acheminer vers l’île en raison de l’embargo ... ?". Notons au passage qu’il arrive aux anticastristes de reconnaître une certaine réalité de l’embargo, lorsque cela les arrange.

Mais pour revenir au Center for a Free Cuba, un simple coup d’oeil sur les noms qui composent la direction de cette organisation en dit long, en commençant par Jeane J. Kirkpatrick (ancienne ambassadrice à l’ONU sous Ronald Reagan et co-fossoyeur de la Révolution Nicaraguayenne), pour finir par son dirigeant, Frank Calzon [4].

Jeane J. Kirkpatrick s’est illustrée pour avoir brandi à l’ONU un exemplaire du Figaro Magazine qui avait publiée une photo truquée tendant à "prouver" que les Sandinistes au Nicaragua se livraient à des massacres d’indiens Miskitos. Jeane J. Kirkpatrick est une grande spécialiste de la liberté de la presse.

Mais quelques phrases plus loin, RSF reconnaît ("enfin", pourrait-on rajouter) que les Etats-Unis ont prévu de financer des opérations contre Cuba. RSF peut-elle nous expliquer comment cette intervention se produira puisque, selon elle, "rien ne peut être acheminé en raison de l’embargo" ?

Dans un pays (les Etats-Unis), dans un état (la Floride) et dans une ville (Miami) où des milliers d’attentats ont déjà été "acheminés" vers Cuba - malgré l’embargo - et où les auteurs vont jusqu’à s’en vanter à la télévision locale, l’argument de RSF sombre corps et âme dans le ridicule

Esquivant le fond du problème, RSF prend carrément la défense du Center for a Free Cuba sous la forme d’une phrase curieuse : "...sachant aussi que les Etats-Unis n’ont guère intérêt, en ce moment, à ouvrir les vannes d’une immigration massive de Cubains vers la Floride ? Que nos détracteurs en apportent la preuve". En gros, RSF nous invite à prouver que les Etats-Unis veulent réellement du mal à l’île des Caraïbes et va jusqu’à affirmer, en fins géo-stratèges, que cela irait même à l’encontre de leurs intérêts.

RSF reconnaît ainsi implicitement que les Etats-Unis auraient éventuellement la volonté, et même le pouvoir, de provoquer une immigration massive de Cuba. Si une telle idée avait été avancée par un défenseur de Cuba, que n’aurait-on entendu comme ricanements... Merci RSF, et sans rancune.

Résumons : RSF reconnaît l’existence d’un plan US pour déstabiliser Cuba. Le Center for a Free Cuba fait partie de ce programme de déstabilisation annoncée. RSF affirme que les "dissidents" à Cuba refusent de toucher à cet argent et que le Center for a Free Cuba ne peut rien acheminer vers Cuba pour cause d’embargo. Mais le Center for a Free Cuba finance RSF. Probablement au nom de la défense de la liberté de la presse. Demandez donc à Jeane J. Kirkpatrick.

Cela dit, RSF pratique l’amalgame et tente de confondre les esprits. Voici comment elle présente le nouveau plan d’ingérence de l’administration Bush :
"Lorsque l’administration Bush, voyant ses grands desseins moyen-orientaux partir en vrille, a proposé au mois de juillet 2006 un « plan de transition » pour Cuba à hauteur de 35 millions de dollars pour l’année 2007". Ceci est faux.

D’abord parce que ce plan (de 90 pages environ) n’est que le volet supplémentaire d’un plan original (de près de 500 pages !) qui fut présenté le 20 mai 2004, et non en 2006. Ensuite, relevons le mensonge par omission qui consiste à feindre d’ignorer que ce plan comporte un volet officiellement "classifié" (tenu secret) par le gouvernement des Etats-Unis. Et on peut raisonnablement craindre la nature de ces mesures "officiellement préconisées" - mais qui ne peuvent être "officiellement dévoilées"...

RSF invoque (et par là même insulte) le nom de Salvador Allende : celui-ci fut justement renversé en bonne partie grâce à une presse putschiste et fasciste (comme au Nicaragua ?, oui, comme au Nicaragua). D’une presse qui n’avait de presse que le nom et qui sans aucun doute recevrait aujourd’hui le soutien de RSF, toujours pour cause de "liberté de la presse". Tout comme RSF a soutenu la presse putschiste au Venezuela.

Et le fait que le meilleur ami de Salvador Allende s’appelait, et s’appelle encore, Fidel Castro, ne fait qu’accentuer toute l’hypocrisie de cette prétendue "invocation historique" - à la manière de Laurent Fabius [5]. RSF invite les défenseurs de Cuba, et Fidel Castro, à prendre exemple sur Salvador Allende. RSF préfère les anti-impérialistes morts plutôt que vivants. Les Etats-Unis aussi, d’ailleurs. Encore un point commun.

Mais la défense de l’éthique journalistique n’a jamais été le fort de RSF. Un article récent du New York Times nous apprend que dix journalistes aux Etats-Unis recevaient des centaines de milliers de dollars (chacun) pour écrire des articles contre Cuba [6]. Pas un journaliste, ni deux, mais dix. Et pour dix découverts, combien courent encore ? Le silence de RSF, et des médias français, sur cette affaire est somme toute assez logique et compréhensible.

RSF dément aussi être l’obligée du gouvernement des Etats-Unis et cite le nombre de communiqués publiés par l’organisation sur son site. Mais c’est oublier que ces communiqués "publiés sur notre site" n’ont qu’un impact relatif, et sans commune mesure avec ses campagnes largement médiatisées. C’est oublier un peu vite l’aveu de Robert Ménard qui annonçait dés 1998 que "pour RSF, la priorité en Amérique latine c’est Cuba" [7]. C’est oublier un peu vite les manifestations devant l’ambassade de Cuba à Paris (on attend toujours une manifestation devant l’ambassade de Guantanamo... mais tu sais où elle se trouve toi, l’ambassade de Guantanamo ?). C’est oublier un peu vite les campagnes de presse, les distributions de tracts dans les aéroports et les soirées mondaines à Paris. C’est oublier les pressions politiques directes exercées auprès des organisations internationales [8]. C’est oublier un peu vite les bandeaux racoleurs placés sur le site Internet de RSF. C’est oublier que sur le site de RSF, sa page des liens conseillés sur Cuba ressemble à un catalogue de la subversion d’extrême droite en Amérique latine [9].

RSF aborde enfin le cas du journaliste Sami Al-Haj, enfermé à la base américaine de Guantanamo, et écrit ceci : "arrêté sous de fallacieux prétextes de collusions avec Al-Qaïda en décembre 2001 par les forces pakistanaises, l’homme a été livré aux militaires américains qui l’ont transféré, en juin 2002, sur leur base de Guantanamo." Mais le plus beau suit : "Faute de savoir si Sami Al-Haj avait été arrêté en raison de sa qualité de journaliste (...) RSF a attendu avant de mener d’autres actions en faveur de ce journaliste."

Oui, il aura fallu donc cinq ans (et pas mal d’articles critiques publiés sur Internet, n’est-ce pas ?) à RSF pour décider si un journaliste détenu par les Etats-unis a été ou non arrêté "en raison de sa qualité de journaliste". Il n’aura fallu en revanche qu’environ 15mn et 18 secondes à RSF pour décider que les personnes arrêtées à Cuba étaient effectivement des journalistes, et rien que des journalistes.

RSF écrit : "Parce qu’il est détenu par l’armée états-unienne, Sami Al-Haj est un journaliste emprisonné, parce qu’ils sont détenus par Fidel Castro, les 23 restent des espions". Non. C’est parce que Sami Al-Haj fut enlevé sur le champ d’une bataille où les Etats-Unis tenaient, et tiennent encore, le rôle d’agresseur. Rôle d’agresseur que les Etats-Unis tiennent aussi, et ce depuis 47 ans, avec Cuba.

Voici les propos récents d’un responsable de RSF, Jean-François Julliard, sur un forum "Certains (des journalistes arrêtés) se rendaient en effet à l’ambassade américaine à La Havane pour pouvoir consulter leurs emails et envoyer des fax" [10]. M. Julliard voudrait nous convaincre que la Section des Intérêts des Etats-Unis à la Havane - dirigée par James Cason qui, de son propre aveu, était venu à Cuba "pour mettre Fidel Castro KO" [11] - n’était en fait qu’un cyber-café et offrait des services de photocopie à toute heure... Et qu’il suffisait pour cela d’être muni d’un laissez-passer valable 7/7 jours et 24/24 heures. Laissez-passer distribué, on le suppose, à toute personne qui en faisait la demande.

On se demande d’ailleurs pourquoi de tels "services" n’étaient pas rendus par les journalistes étrangers en poste à la Havane. La solidarité de la profession est-elle si faible qu’il faille se réfugier à la Section des Intérêts des Etats-Unis ? Et pourquoi pas dans une autre représentation diplomatique que celle - tiens, tiens - des Etats-Unis ?

RSF n’a jamais entendu parler de la loi US Helms-Burton de 1996, ou ne l’a jamais lu, ou préfère ne pas en parler, au choix. Le fait est que, à circonstances égales, en France, ces personnes auraient été arrêtées et condamnées à des peines similaires. [12] C’est aussi simple que ça.

On se souviendra comment Robert Ménard avait refusé en direct et à la télé de prendre la défense d’un autre journaliste d’Al Jazira arrêté en Espagne en déclarant que l’arrestation de ce journaliste "n’est pas lié à sa qualité de journaliste, mais à sa participation à des activités terroristes" et concluait par un tonitruant "les journalistes ne sont pas au-dessus des lois". [13] Dont acte. Mais ce principe, comme tous les principes de RSF, semble s’appliquer selon les circonstances et, surtout, selon la nationalité du présumé coupable

Et pour finir, remarquons que RSF fait jouer un droit de réponse sur le site du Réseau Voltaire. Non contente de voir 99,9 % de l’espace médiatique occupé par les anticastristes - RSF incluse - cette organisation prétend venir occuper une partie des 0,1 % restants... Alors on attendra avec impatience qu’un même droit de réponse contre RSF soit offert aux défenseurs de Cuba (et du Venezuela) et dans les mêmes médias où les attaques de RSF sont lancées

Écrit par : g | 20/09/2006

o N’avez-vous pas l’impression que depuis ce 11 septembre 2001, tout a basculé, comme si une machinerie implacable s’était activée, broyant avec force le Droit et les conventions internationales, ainsi qu’un vaste pan de libertés civiles chèrement acquises. Sans oublier les manipulations grossières de l’opinion publique, les écoutes électroniques illégales, les geôles secrètes outre mer de la CIA, la torture "légalisée" et tout ce qu’on ignore encore ! L’administration Bush n’a-t-elle pas, depuis cette date fondatrice, amplement fait la preuve de sa fourberie machiavélique ? Quels autres scandales ou magouilles immondes cette administration délinquante couvre-t-elle de son autorité ?


Et si toutes ces mises en scène du dernier grand remake américain intitulé, "La Guerre au terrorisme", reposaient entièrement sur un affreux mensonge, un mensonge répété ad nauseam par tous les organes de propagandes occidentaux, j’ai nommé, la presse écrite et télévisée ? La faune servile grouillante et bien pensante composant ce petit monde virtuel de l’escroquerie intellectuelle devra bientôt sortir la tête du sable et regarder ce qui se déroule présentement au sein même des institutions les plus respectables de l’Oncle Sam. C’est qu’ils sont de plus en plus nombreux, enseignants(1), scientifiques(2), militaires(3), hommes politiques(3) à poser les vraies questions. Questions systématiquement esquivées par les autorités concernées !

Mais quelles sont-elles ces questions ? La liste est bien trop longue pour figurer dans ce court article, qui vise essentiellement à semer le doute raisonnable dans l’esprit des irréductibles du dogme officiel, adeptes inconditionnels de la version autorisée, sanctionnée, béatifiée par une presse occidentale lobotomisée. Il existe pourtant un Talon d’Achille à ces événements du 11 septembre 2001, un foutu grain de sable, capable de saboter cette belle machinerie, si bien graissée. La grosseur de la ficelle est affligeante, tellement les moyens des véritables auteurs de ces attentats étaient imposants (quelque chose a sans doute merdé). L’effondrement du bâtiment 7, survenu en fin d’après midi en ce jour fatidique du 911, filmé et diffusé de par le monde par tous les grands médias télévisés, constitue à lui seul la preuve absolue du complot intérieur. Il n’est alors pas étonnant que ces images, j’insiste, diffusées sur toutes les chaînes du monde en ce 11 septembre 2001, aient mystérieusement disparues des écrans de télévision, dès le lendemain ! De sorte qu’aujourd’hui, l’individu lambda ignore jusqu’à l’existence même de ce bâtiment. Au passage, cet édifice abritait entre autres les bureaux de la SEC (Securities and Exchange Commission), organisme qui conservait soigneusement toutes les données capitales relatives aux méga fraudes corporatives des groupes Worldcom et Enron ! Une branche des services secrets américains, la CIA, ainsi que le "bunker" de la Mairie de New York, se partageaient également les locaux de ce bâtiment, sensément un des plus résistants de la ville...

Enfin, que nous montrent ces images hérétiques, ostracisées aussitôt par les grands pontes de l’inquisition médiatique ? Tout. Ces images montrent tout ce qu’il est nécessaire de voir pour saisir, avec un minimum d’efforts, la véritable nature de ces pseudo attentats terroristes. Comment, un bâtiment à armatures d’acier de 47 étages, non touché par les avions qui ont percuté les WTC 1 et 2, comportant que des incendies mineurs, peut-il s’effondrer en à peine 6 secondes ? De manière symétrique et à une vitesse pratiquement égale à celle d’un corps en chute libre ! Si vous avez la réponse, communiquez là immédiatement à la FEMA et au NIST, les organismes gouvernementaux apparemment chargés de l’enquête, qui piochent depuis désespérément sur le problème, sans toutefois avoir trouvé un début d’explication. Comble de l’ironie, le NIST aurait dernièrement refilé la patate chaude au privé (4) !

Après visionnement de cette brève séquence de l’effondrement symétrique d’une durée approximative de 6 secondes, à accélération constante SVP ; tout être sensé, doué de raison, disposant à la rigueur que de quelques neurones, conclura à la démolition contrôlée !

Pour l’amour du ciel, qui ! Dites-moi, qui aurait pu avoir accès à cet édifice durant les jours, voire les semaines, nécessaires à la pose de ces explosifs (si vous répondez Ben Laden, vous êtes irrécupérables) ? À ce stade-ci, les propos de Barbara Honegger (5), analyste politique sous l’administration Reagan et auteure du fameux "October Surprise", semblent prendre toute leur importance :
" The US military, not al Qaeda, had the sustained access weeks before 9/11 to also plant controlled demolition charges throughout the superstructures of WTC 1 and WTC2, and in WTC7, which brought down all three buildings on 9/11. "

Oui, seulement 6 secondes (6), c’est le court laps de temps pendant lequel nous devons collectivement exercer notre libre arbitre pour enfin comprendre ce qui se passe réellement dans ce monde depuis un certain 11 septembre 2001... Une fois cette prise de conscience citoyenne réalisée, peut-être pourrons-nous ensemble changer le cours des événements, avant que cette folie hégémonique des éléments radicaux du pouvoir américain nous conduise à un conflit majeur irréversible au Moyen-Orient (USA-Israël / Iran-Syrie ) ; juste avant les élections de la mi-mandat. Une nouvelle version, beaucoup plus sinistre cette fois, de "l’October Surprise" , qui tomberait à point pour l’administration Bush en difficulté, autorisant de surcroît le resserrement des libertés civiles par la promulgation du Patriot Act II. C’est que le mouvement de dissidence face à la "version officielle" du 911 aux USA gagne rapidement du terrain et commence sérieusement à menacer l’establishment corrompu qui se maintient en place par le mensonge. Ce triste portrait est malheureusement assez fidèle à la réalité ; des personnalités états-uniennes de premier plan, tel Daniel Ellsberg (7), ont récemment sonné l’alarme en dénonçant de toutes leurs forces ces prochaines dérives fascistes qui nous menacent tous.

P.S.

1- Scholars for 9/11 Truth ; Version française de l’étude du professeur Steven Jones PhD.
2 - PHYSICS 911.
3 - Senior Military, Intelligence, and Government Critics of 9/11 Commission Report
4 - No Chance of Truth in WTC-7 Investigation
5 - Voir ici au format PDF
6 - Si vous vous débrouillez un peu en algèbre, l’équation suivante permet de calculer le temps "T" de chute d’un corps en chute libre à partir d’une hauteur "h" donnée . Si vous incorporez les paramètres associés aux WTC 1, 2 et 7, vous constaterez que ces structures ont atteint le sol en un temps voisin de celui associé à un corps en chute libre : T = √(2h/a) où "a" est l’accélération terrestre.
7 - The day after the next 9/11 our freedoms are gone

N.B. À voir absolument l’entretien récent avec l’historien américain Webster Tarpley.


Écrit par : o | 02/10/2006

l « La défaite du Hezbollah serait une grosse perte pour l’Iran non seulement du point de vue psychologique, mais aussi du point de vue stratégique. L’Iran perdrait son relais au Liban. Il perdrait ses principaux moyens de déstabiliser et de s’introduire au cœur du Moyen-Orient. L’événement apporterait la démonstration que l’Iran est allé au-delà de ses capacités en essayant de s’affirmer comme la superpuissance de la région. Les États-Unis ont fait beaucoup pour permettre à Israël de triompher et pour que tout cela ait lieu. Ils ont compté sur la capacité d’Israël à remplir cette tâche et ont été déçus. Le Premier Ministre Ehud Olmert n’a su montrer ni fermeté ni détermination dans sa direction des événements... Sa recherche d’une victoire à bon compte a mis en danger non seulement l’opération au Liban mais aussi la confiance de l’Amérique en Israël. »
Charles Krauthammer, Washington Post, 4 août 2006




« Mais le gouvernement doit maintenant admettre ce que quiconque, moi-même compris, qui a cru en l’importance de réussir en Irak doit admettre : qu’il s’agisse de raisons liées à Bush ou aux Arabes, ce succès n’a pas eu lieu et nous ne pouvons plus continuer à sacrifier de nouvelles vies... Mais l’autre meilleure option est de quitter l’Irak. Parce que la pire option, celle que chérit l’Iran, c’est que nous restions en Irak, en continuant à saigner et à nous exposer au risque d’une attaque de l’Iran au cas où nous frapperions ses installations nucléaires... Il nous faut traiter avec l’Iran et la Syrie à partir d’une position de force et pour cela nous avons besoin de constituer une coalition large. Plus longtemps nous maintiendrons une stratégie unilatérale qui ne fonctionne pas en Irak, plus difficile sera la construction d’une telle coalition, et plus forts deviendront les ennemis de la liberté. »
Thomas Friedman, New York Times, 4 août 2006






Inprecor, septembre-octobre 2006.




Chaque jour qui passe voit davantage de ceux qui ont soutenu le projet impérial de l’administration Bush au Moyen-Orient quitter son bateau en perdition. Il ne fait plus aucun doute que ce que beaucoup avaient prédit depuis longtemps est en train de devenir tout à fait vrai : l’administration Bush sera certainement retenue par l’histoire comme l’équipage le plus maladroit qui ait jamais piloté l’empire américain.

Bush et ses acolytes ont déjà établi leur renom dans la mémoire collective comme les fossoyeurs des ambitions impériales états-uniennes de l’après-Guerre froide : ils ont accompli l’incomparable prouesse d’avoir gaspillé les conditions exceptionnellement favorables que l’impérialisme états-unien a connues depuis le début de l’effondrement de l’autre colosse mondial en 1989. Ils ont raté l’occasion historique unique que le même Krauthammer cité plus haut avait qualifiée en 1990 de « moment unipolaire ». Mais ils n’en ont pas tiré profit parce qu’ils étaient précisément inspirés par la même arrogance impériale qui caractérise Krauthammer, Friedman et leurs semblables.

L’article principal d’une parution récente du magazine Time, publié avant le début de la nouvelle guerre d’Israël au Liban, annonçait « La fin de la diplomatie du cow-boy », en constatant le fait évident que « la doctrine Bush a échoué à l’endroit principal où les États-Unis ont cherché à la mettre en œuvre » : « Bien que personne à la Maison Blanche ne remette en question de façon ouverte la décision de Bush de faire la guerre en Irak, quelques collaborateurs reconnaissent maintenant que cela a coûté cher en ressources militaires, soutien du public et crédibilité à l’étranger. L’administration en paye tous les jours la facture alors qu’elle essaye de faire face à d’autres crises. La poursuite de la politique étrangère offensive telle que conçue dans la doctrine Bush est devenue presque impossible au moment où les États-Unis essayent de trouver le moyen de se dégager du problème irakien. À travers le monde, tant les alliés que les adversaires des États-Unis sont en train de prendre note, et souvent de tirer profit, des difficultés de la superpuissance. Si le renversement de Saddam Hussein avait marqué l’apogée de l’hégémonie américaine, les trois dernières années ont témoigné d’une érosion progressive de la capacité de Washington de plier le monde à sa volonté. » [1]

Le plus sérieux grief des auteurs était exposé comme suit : « Tel qu’il est en train de se vérifier, l’Irak pourrait s’avérer être non seulement le premier mais aussi le dernier laboratoire de la guerre préventive. Au lieu de dissuader les dirigeants de Téhéran ou de Pyongyang, les difficultés de l’occupation américaine peuvent avoir plutôt encouragé ces régimes dans leur effort pour l’obtention d’armes nucléaires tout en limitant la capacité militaire des États-Unis à les en dissuader. »

Ce constat très amer était accompagné dans l’article de Time par le même espoir que partageait la vaste chorale des alliés, protégés et autres clients des États-Unis : pour eux tous, à l’exception notable du gouvernement israélien, le fait que les néoconservateurs les plus éminents du gouvernement Bush aient été écartés avait nourri l’espoir qu’une nouvelle orientation salutaire de la politique étrangère du gouvernement était en gestation. Le remaniement accompagnant le second mandat de George W. Bush malgré le départ du « réaliste en chef » Colin Powell qui, de toute façon, avait une influence très limitée dans l’administration, paraissait vraiment confirmer le « crépuscule des néoconservateurs » que quelques clintoniens avaient annoncé deux ans auparavant [2]

Toutefois, ce que les auteurs de Time ont annoncé comme signalant la fin de la « diplomatie de cow-boy » - « une réorientation stratégique est évidente dans l’influence croissante de la secrétaire d’État Condoleezza Rice » - s’est révélé, à peine publié, n’être rien de plus qu’un vœu pieux à la lumière des événements qui se sont déroulés par la suite, lorsque Israël lança son agression la plus brutale. Il s’avéra que la diplomatie de cow-boy avait seulement été remplacée par une diplomatie de cow-girl, essentiellement pareille.

Il est vrai que Condoleezza Rice a fait de son mieux pour maquiller la face de la politique étrangère de l’administration Bush, mais sans aucun changement significatif en substance. Pilier de cette administration depuis le début, Rice partage la même folie des grandeurs, les mêmes ambitions démesurées qui caractérisent le reste de l’équipe. Placée à la tête du département d’État pour le second mandat de Bush, la mission de Rice consistait avant tout à colmater les nombreuses fuites du navire de la politique étrangère de l’administration : c’était, bel et bien, une mission impossible. Le navire est en train de sombrer inexorablement dans les eaux sombres de la marée noire irakienne.




Perte du contrôle sur l’Irak

« L’hyperpuissance » américaine capable de renverser n’importe quelle autre armée régulière de la planète - l’hyperpuissance dont les dépenses militaires dépassent le total de celles des plus de 200 États qui constituent le reste du monde, et dont le budget militaire dépasse à lui seul le PIB de tous les autres pays à l’exception de 14 d’entre eux - a prouvé, une fois de plus dans l’histoire contemporaine, qu’elle est incapable de maîtriser des populations rebelles. Pour ce faire, tous les gadgets meurtriers sophistiqués que possède le Pentagone ne servent pas à grand chose. Pour contrôler des populations, il faut des troupes : c’est un genre d’industrie dans lequel la main-d’œuvre est difficilement remplaçable par des machines. C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle les dictatures sont relativement plus à l’aise dans ce domaine, car elles peuvent mobiliser leurs populations à leur gré et n’ont pas peur de payer un prix élevé en vies de soldats.

Les États-Unis se sont avérés incapables de contrôler le Vietnam alors que le taux des troupes d’occupation aux habitants locaux était bien plus élevé qu’en Irak. Néanmoins, la puissance militaire états-unienne est aujourd’hui beaucoup plus grande qu’au temps du Vietnam sous tous les aspects, sauf celui qui est essentiel pour le succès d’une occupation : les troupes. Les effectifs militaires des États-Unis ont été radicalement réduits depuis le Vietnam et la fin de la Guerre froide. Inspiré par un esprit typique du capitalisme de l’âge de l’automation, le Pentagone a cru qu’il pouvait remplacer les ressources humaines peu fiables par un armement sophistiqué (la dite « révolution dans les affaires militaires »). C’est ainsi qu’il est entré dans l’âge des guerres « post-héroïques » comme les a bien qualifiées un analyste des questions militaires [3]. En effet, les États-Unis n’ont pas eu de peine à vaincre l’armée irakienne de Saddam Hussein de façon « post-héroïque ». Contrôler la population irakienne de manière « post-héroïque » s’est toutefois révélé être une épreuve totalement différente.

Les États-Unis n’ont cessé de perdre leur contrôle sur l’Irak depuis le déploiement de leur force d’occupation en 2003. Ils ont été confrontés, d’abord, à l’émergence d’une rébellion armée dans les territoires arabes sunnites du pays, qui s’est avérée impossible à maîtriser avec le nombre limité des troupes d’occupation états-uniennes disponibles. Car, si une armée d’invasion est incapable d’exercer son contrôle sur chaque kilomètre carré de territoire habité, comme le font normalement les forces armées locales, il ne reste qu’une méthode sûre pour se débarrasser d’une rébellion armée qui se déplace dans son milieu populaire « comme un poisson dans l’eau », selon l’expression utilisée jadis par Mao Tsé-Toung : cette méthode consiste, bien sûr, à vider le bassin. Cela signifie soit commettre un génocide, comme l’armée russe a commencé à le faire en Tchétchénie, soit déplacer des populations dans des camps de concentration, comme commença à le faire l’armée coloniale française en Algérie, ou encore une combinaison de ces deux méthodes, comme les États-Unis ont entrepris de faire au Vietnam sans aller jusqu’au bout parce que la population américaine ne l’aurait pas toléré.

En Irak, Washington a été confronté, par ailleurs, à un problème beaucoup plus grave, devenu évident au début de l’année 2004 : l’administration Bush avait été amenée - par sa propre ineptie, par les boniments de certains des amis irakiens du Pentagone ou les illusions stupides de certains autres - à croire qu’elle pourrait gagner la sympathie d’une majeure partie de la communauté majoritaire en Irak, les Arabes chi’ites. Ce fut un désastre total, car l’influence des organisations intégristes chi’ites proches de l’Iran a marginalisé le peu de soutien que les acolytes de Washington ont pu acheter parmi les chi’ites irakiens. L’administration Bush n’eut plus d’autre option pour son dessein impérial que la recette classique « diviser pour régner », en essayant d’attiser l’antagonisme entre les trois composantes principales de la population irakienne, contrant les chi’ites par des forces arabes sunnites en alliance avec les Kurdes. Elle a ainsi fini par alimenter le glissement de l’Irak vers la guerre civile, aggravant ainsi le spectacle général de son échec à contrôler le pays [4].

Il ne fait pas de doute que la manière dont le Gulliver américain a été immobilisé par les Lilliputiens irakiens a considérablement accru l’audace de l’Iran, cet autre pilier moyen-oriental de ce que George W. Bush a appelé « l’axe du Mal » au début de l’offensive déclenchée dans la foulée du 11 septembre. L’attitude éminemment défiante, voire provocatrice, de l’Iran à l’égard du colosse américain a été rendue possible seulement parce que ce dernier avait prouvé en Irak qu’il avait des pieds d’argile. Téhéran a réussi à déjouer la tentative des alliés arabes de Washington d’étendre le conflit confessionnel irakien au reste de la région arabe de façon à isoler le régime iranien en tant que chi’ite, une tactique qui avait fonctionné avec un certain succès après la révolution iranienne de 1979. Téhéran l’a contrée cette fois-ci en surenchérissant sur l’ensemble des régimes arabes contre Israël, imposant par la même occasion son image de champion de la cause panislamique.

Une clef du succès de Téhéran est l’alliance nouée avec le Hamas, le mouvement le plus populaire de l’intégrisme islamique sunnite. Cette alliance a été renforcée quand la plus grande section du mouvement des Frères Musulmans, dont le Hamas est la branche palestinienne, la section égyptienne, a déclaré ouvertement son soutien aux propos anti-israéliens provocateurs du président iranien Ahmadinejad. L’accession au pouvoir du Hamas à l’issue des élections palestiniennes de janvier 2006 a porté un autre coup à la stratégie régionale de Washington. Téhéran exulta, devançant encore une fois tous ses rivaux arabes dans le soutien au nouveau gouvernement palestinien. C’est à ce moment qu’Israël entra en scène comme sauveur potentiel de ce qui commençait à ressembler de plus en plus à un Titanic impérial.




Invincible armée israélienne ?

Une nouvelle fois, en quatre décennies d’alliance stratégique entre le sponsor américain et le champion israélien, Washington, toujours confiant dans la vieille réputation de savoir-faire infaillible des Israéliens aux prises avec leurs ennemis arabes, lâcha ses exécutants préférés contre ceux qu’il considère comme les exécutants de l’Iran, c’est-à-dire le Hamas et le Hezbollah. Ce que l’administration Bush semblait ignorer, c’est que la réputation d’Israël avait déjà été considérablement entamée par son échec flagrant à contrôler les territoires palestiniens occupés en 1967 et plus encore par son retrait du Liban sud en l’an 2000 après 18 ans d’occupation, un retrait semblable à l’évacuation états-unienne de Saigon en 1975. Israël a déjà connu son propre Vietnam au Liban.

Et comme le Pentagone après le Vietnam, les stratèges israéliens ont adopté depuis le Liban une « politique militaire post-héroïque » s’appuyant bien plus sur leur armement très supérieur que sur la capacité de leurs troupes à combattre au sol. Lorsque Israël envahit le Liban en 1982, il combattait principalement les guérilleros de l’OLP : au Liban, ces derniers étaient tout sauf « comme un poisson dans l’eau », s’étant mis à dos la population libanaise par un comportement arrogant et maladroit. La résistance libanaise qui s’est développée à partir de 1982 et dans laquelle le Hezbollah parvint à jouer le rôle majeur, fut tout à fait autre chose : ce fut la première fois que l’armée israélienne eut affaire à une résistance armée véritablement populaire disposant de lignes de ravitaillement sur un terrain approprié à la guérilla. Israël fit face au même dilemme que celui qui a été décrit plus haut à propos de l’Irak et, tout comme les États-Unis au Vietnam, il fut obligé d’avaler la potion amère d’un retrait équivalent à une défaite.

La croyance d’Israël dans l’invincibilité de son armement supérieur, avec une arrogance renforcée par l’amateurisme en matière militaire d’Olmert et Peretz, les capitaines actuels de l’équipage, ont conduit les Israéliens à croire qu’ils étaient capables de forcer le Hezbollah à capituler ou pousser les Libanais au bord d’une nouvelle guerre civile, en prenant tout le Liban en otage, détruisant l’infrastructure civile du pays et déversant un déluge de bombes sur les zones à population chi’ite. Israël a délibérément rasé quartiers entiers et villages d’une façon qui ressemble à certains bombardements de la Deuxième Guerre mondiale - ou au bombardement de Falloujah en Irak, à une échelle bien plus grande et par conséquent beaucoup plus visible. La nouvelle guerre d’Israël au Liban a déployé la furie meurtrière d’un acte de vengeance contre la seule population qui soit jamais parvenue à l’obliger à se retirer inconditionnellement d’un territoire occupé.

Le comportement criminel des forces armées israéliennes au Liban, au regard des conventions internationales définissant les crimes de guerres, a surpassé ceux qui ont été commis par les États-Unis à grande échelle dans leurs opérations militaires post-vietnamiennes, que ce soit en Irak ou dans l’ex-Yougoslavie. En cela, l’attaque d’Israël contre le Liban s’apparente à un cas particulier de ce que l’on appelle en anglais « extraordinary rendition » (interprétation abusive). On sait comment Washington a transféré les individus qu’il souhaitait faire « interroger » bien au-delà de la limitation imposée par les contraintes de la législation américaine, à ceux d’entre ses gouvernements alliés que rien ne limite dans la sale besogne de la torture. Washington a maintenant confié à Israël la tâche de combattre le Hezbollah, opération considérée comme une pièce maîtresse de la contre-offensive régionale contre l’Iran, dans l’espoir qu’Israël pourrait exécuter le sale boulot et remplir sa mission sans rencontrer trop de problèmes.

Exploitant sans vergogne, encore une fois, l’horrible souvenir du judéocide nazi - une exploitation qui a atteint de nouveaux sommets dans l’indécence à l’occasion de cette guerre - les dirigeants d’Israël ont cru qu’ils pourraient ainsi se mettre à l’abri des critiques de la part des puissances occidentales, alias « la communauté internationale ». Et bien que les ressources de cette exploitation diminuent infailliblement à chaque fois qu’Israël franchit un nouveau seuil dans la brutalité, elle reste efficace malgré tout : n’importe quel autre État qui aurait attaqué un pays voisin, en commettant délibérément des crimes de guerre concentrés dans le temps de la façon dont Israël fait actuellement au Liban aurait attiré sur lui des protestations d’une ampleur sans rapport avec les reproches fades ou timides adressés à Israël sur le thème qu’il en fait un peu trop.

Malgré tout cela, l’agression brutale d’Israël n’a pas réussi. Au contraire elle s’est déjà avérée être ce que Ze’ev Sternhell a décrit de façon euphémique comme la guerre « la moins réussie » d’Israël [5] en concluant sur ce constat amer : « Il est effroyable de penser que ceux qui ont décidé de s’embarquer dans cette guerre n’ont même pas imaginé ses résultats et ses conséquences destructrices dans presque tous les domaines possibles, ses dommages politiques et psychologiques, le coup grave porté à la crédibilité du gouvernement et, oui, le meurtre d’enfants en vain. Le cynisme dont font preuve les porte-parole officiels ou officieux du gouvernement, y compris quelques correspondants militaires, face au désastre enduré par les Libanais étonne même quelqu’un comme moi qui a depuis longtemps perdu ses illusions de jeunesse. »




Popularité du Hezbollah

Loin de susciter une guerre civile entre les Libanais, l’agression brutale d’Israël a seulement réussi, jusqu’à présent, à les unir dans un ressentiment commun contre sa violence meurtrière. Loin d’obliger le Hezbollah à déposer les armes, elle a transformé l’organisation intégriste chi’ite en l’ennemi le plus prestigieux qu’Israël ait jamais eu depuis qu’il a battu l’Égypte en 1967, métamorphosant le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, en héros arabe le plus populaire depuis Nasser. Loin de faciliter les efforts de Washington et de ses alliés arabes visant à aggraver l’antagonisme entre sunnites et chi’ites, elle a poussé de nombreux prédicateurs sunnites éminents à proclamer ouvertement leur soutien au Hezbollah, y compris des prédicateurs de l’intérieur du royaume saoudien, l’humiliation absolue pour la famille régnante. Les Irakiens ont dénoncé unanimement l’agression israélienne, tandis que Muqtada al-Sadr, le plus grand ennemi de Washington et allié de Téhéran en Irak, saisissait cette occasion pour organiser une autre manifestation gigantesque, comparable par son ampleur à celle qu’il avait organisée contre l’occupation le 9 avril 2005.

Au moment de la rédaction de cet article, Washington essaye encore de gagner un peu plus de temps pour Israël en imposant des conditions inacceptables pour une résolution du Conseil de Sécurité appelant à un cessez-le-feu. Et les généraux israéliens, confrontés à l’échec total de leur campagne de bombardements « post-héroïque », sont engagés dans une course contre la montre afin de gagner, par une offensive terrestre « post-héroïque » dévastatrice, autant de territoire que possible au Liban sud au coût le plus bas possible en vies de soldats israéliens.

Mais le mieux qu’ils puissent espérer de façon réaliste est de remettre ce territoire à une force internationale acceptée par le Hezbollah. Jacques Chirac, lui-même, bien qu’il ait ét

Écrit par : l | 13/10/2006

k Mercredi 11 octobre 2006.




Je connais bien Danielle Bleitrach. La première fois que je l’ai rencontrée, elle rentrait d’Espagne avec Viktor Dedaj et nous nous étions donnés rendez-vous à la gare de Narbonne pour discuter d’un essai que nous allions écrire à trois.

Le livre à peine sorti, nous nous sommes retrouvés pour le signer au Village du livre de la fête de l’Humanité. Entre temps, nous avons beaucoup échangé (non sans quelques disputes) et nous sommes encore retrouvés pour des actions communes.

J’ai écrit récemment que, depuis que Voltaire a défendu Callas, zigouillé par les obscurantistes religieux, j’ai tendance à me référer à l’ermite de Ferney et j’ai fait mien son mot célèbre que chacun cite en général de mémoire (avec des variations) : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je défendrai jusqu’à ma mort votre droit de le dire. ».

Il va sans dire que cette posture (garantir le droit de dire) s’impose à plus forte raison pour quelqu’un avec qui je suis en communion d’idées sur bien des points, qu’il s’agisse par exemple de la politique de Bush, de l’Amérique latine ou du Moyen-Orient.

Il ne m’est jamais venu à l’esprit d’encourager les oukases des extrémismes religieux, d’approuver les menaces de mort, contre quelqu’un qui a discuté d’un article, critiqué une religion ou un gouvernement en des termes que la loi permet. On me rétorquera en me citant des extraits de ce qu’elle écrit. Inutile, je la lis.

Dépassons cela et malheur à qui, faisant profession de penser, feint de croire, par choix idéologique, que le problème est dans le contenu de ses articles, alors qu’il s’agit désormais de savoir si une idée peut s’exprimer.

Or, des exégèses démocrates s’empresseront de démontrer qu’elle n’aurait pas dû, tandis que, sur un site identifié (AntiTerrorismCoalition • The Anti-Terrorism Coalition), des fanatiques la couvrent d’injures qui tombent toutes sous le coup de la loi et appellent ouvertement à la tuer « sans pitié, avec férocité ».


Voici le texte en question, il est assez court :

« Il faut en finir avec Danielle BLEITRACH.


La liquidation de cette nuisance s’impose dans les plus brefs délais.

Bien entendu, la saleté dont la marque apparaît ici, ne doit pas être détruite seule.

C’est l’ensemble de ces nuisances, accidentellement nées juives qu’il faut éliminer sans pitié, avec férocité. Hélas, on en trouve même en Israël.

Des aliénés s’imaginent pouvoir parler avec ces nuisances, comme les illuminés s’imaginent parler avec les esprits. Leurs propos sont exactement de même nature.

Cette pourriture qui pollue la terre, est de la même engeance que les nazislamistes ou n’importe quelle autre variété de nazi. Ca doit se détruire sans discuter, sans se poser de question. Au contraire, ne pas détruire ces saletés, quand on en a l’occasion relève de la non assistance à Juifs en danger. »




On n’a pas oublié que Robert Redeker ne peut plus exercer, que la police le protège. Elle recherche même les auteurs des appels au meurtre contre lui, ceux qui ont fait circuler sur Internet son adresse et l’itinéraire pour s’y rendre. Il serait bien en effet d’empêcher ces fanatiques de passer à l’action.

On n’a pas appris encore que la police protège Danielle Bleitrach, qu’elle a interpellé (il n’est même pas nécessaire de les chercher) ceux qui diffusent l’appel à l’éliminer en des termes qui laissent entrevoir une torture préalable. On attend donc qu’elle agisse, et la Justice aussi.

On apprendra sans doute avec soulagement que tous ceux qui ont pétitionné pour Robert Redeker, voire Redeker lui-même qui, au-delà des divergences avec sa contemptrice, s’horrifiera qu’elle soit en danger comme lui (plus que lui !) et pour avoir comme lui avancé une opinion en des termes que le loi permet, vont en appeler aux médias pour dénoncer la menace contre une sociologue dont les écrits sont un cri d’amour pour tous les peuples du Moyen-Orient (je n’écris pas : pour tous les gouvernements) et un appel à une paix juste.

Quant à moi, athée et respectueux des croyants, juifs et musulmans, ami de la Palestine et de tous les peuples arabes dont la terre a été foulée par Tsahal, en désaccord avec ceux qui professent qu’Israël doit être rayé de la carte, j’exprime mon soutien à Danielle Bleitrach, « accidentellement née juive », comme je l’ai fait pour le « philosémite » Robert Redeker.

Maxime Vivas

NB. Si comparaison n’est pas raison, il est des rapprochements qui soulignent une certaine cohérence. Pour souligner la mienne, j’ai (malicieusement !) fait ici du coupé/collé avec un article que j’ai écrit contre les menaces qui visent Redeker, au risque de déchaîner les cris : « ça n’a rien à voir ». Vraiment ? Rien ?





Faut-il en finir avec Danielle Bleitrach ? par Danielle Bleitrach.




Mercredi 11 octobre 2006.




En Provence, nous avons une très jolie expression pour désigner les gens comme Redeker, « il verrait passer un bel enterrement, il voudrait être le mort »...

- La question que je voudrais poser aux belles âmes qui s’inquiètent pour la liberté d’expression, pour ce pauvre Redeker menacé et qui sont prêt à le soutenir même s’ils détestent son idéologie est de savoir ce qu’ils font quand les menaces me concernent ? Je ne parle même pas des autres, les BHL et autres Adler et Finkelkraut, ils s’en foutent même si je suis leur coreligionnaire, il n’est de bon juif que sioniste. D’ailleurs il faut reconnaître à leur décharge qu’il n’y a même pas à être juif, la liberté d’expression est réservé aux sionistes, aux pro-étasuniens. Les autres peuvent crever en tout cas être censurés.

- Est-ce que la DST va se mobiliser, est-ce qu’elle va intervenir pour faire fermer les sites où on en appelle au meurtre contre moi ? Est-ce que l’hebdomadaire Marianne et son impertinent directeur J.F.Khan va se refendre d’un article sur le thème « une femme est menacé ? »

- Car je voudrais signaler que j’ai personnellement subi à peu près tout ce qui peut exister en matière d’intégrisme et de menaces fanatiques. Il y a eu les néo-nazis de Marie Poumier (celle-ci proposant que Chavez me tonde comme collaboratrice, j’ai jugé que le péril n’était pas très grand). Son ami et collègue en néo-nazisme, Michel Dakar est allé nettement plus loin jusqu’aux lettres de dénonciation, distribution de tracts, au point que mon président d’Université excédé a menacé de porter plainte pour harcèlement.

Mais cela ne s’est pas arrêté là, les sionistes en particulier les fascistes du Betar m’ont poursuivi et insultée de belle manière. Ainsi sur un site intitulé AntiTerrorismCoalition • The Anti-Terrorism Coalition (ATC) voilà ce qu’on peut lire me concernant et je ne cite ce texte que pour mémoire, il y en a d’autres ou entre autres gracieuseté je suis traitée d’idiote, de truie et également soumise à une fatwa de meurtre....

Voici donc le texte :




"Il faut en finir avec Danielle BLEITRACH

La liquidation de cette nuisance s’impose dans les plus brefs délais. Bien entendu, la saleté dont la marque apparait ici, ne doit pas être détruite seule. C’est l’ensemble de ces nuisances, accidentellement nées juives qu’il faut éliminer sans pitié, avec férocité. Hélas, on en trouve même en Israël.

Des aliénés s’imaginent pouvoir parler avec ces nuisances, comme les illuminés s’imaginent parler avec les esprits. Leurs propos sont exactement de même nature. Cette pourriture qui pollue la terre, est de la même engeance que les nazislamistes ou n’importe quelle autre variété de nazi. Ca doit se détruire sans discuter, sans se poser de question. Au contraire, ne pas détruire ces saletés, quand on en a l’occasion relève de la non assistance à Juifs en danger."




Alors je pose la question : « qui va se mobiliser pour me défendre ? » Rassurez-vous je connais déjà la réponse, personne et même pas dans mon propre camp...

La seule chose que je demande alors est l’arrêt de l’hypocrisie : dites clairement que seules certaines personnes ont le droit à la parole, voir à la vie ... Et que c’est ce régime d’apartheid que vous appellez la démocratie...

Danielle Bleitrach

Écrit par : k | 13/10/2006

p Le livre de Noam Chomsky et Edward S. Herman "Manufacturing Consent: the Political Economy of the Mass Media" (Fabriquer le consentement: l'économie politique des Mass Médias) qui est considéré comme un chef d'œuvre de l'analyse et de la critique sur les médias, est publié par Aram Publishing House en mars 2006. Un procès s'est ouvert contre le livre en juillet 2006. L'inculpation demande que le patron de la maison d'édition Fatih Tash, les éditeurs Ömer Faruk Kurhan et Lütfi Taylan Tosun, ainsi que le traducteur Dr. Ender Abadoglu soient condamnés à une sentence d'emprisonnement de 1,5 à 6 ans. Ils sont accusés d'avoir humilié la République turque, la Grande Assemblée Nationale turque, etc… et d'avoir incité à la haine et à l'hostilité au sein de la population.

Nous reproduisons ci-dessous la traduction de ces parties de l'inculpation où sont cités les passages de l'inculpation et aussi les articles de loi sur lesquels l'inculpation est fondée.

[…] Quand on examine le livre ci-dessus, on remarque qu'il y a des passages condamnables, spécialement dans "l'Introduction". Sous le titre de "Mise à jour des études de cas", à partir de la page 24, il est déclaré, sous le sous-titre de " Victimes dignes et indignes", à la page 26, que…"Génocide' est un mot général que les officiels appliquent couramment à des cas de victimisation dans un Etat ennemi, mais rarement pour des cas similaires ou pires de victimisation par les Etats Unis eux-mêmes ou des régimes alliés. Ainsi, Saddam Hussein et l'Irak ont été les cibles des USA dans les années 1990, alors que la Turquie, alliée et cliente, dont les Etats Unis sont le principal fournisseur d'armes tant qu'elle est engagée dans un sérieux nettoyage ethnique des Kurdes durant ces années, nous trouvons l'ex-Ambassadeur US Peter Galbraith qui déclare: 'alors que la Turquie réprime ses propres Kurdes, sa coopération est essentielle pour une mission conduite par l'Amérique pour protéger les Kurdes d'Irak du génocide à répétition perpétré par Saddam Hussein". Et sur la même page, il est déclaré que: "…La Turquie et l'Indonésie ont été pendant longtemps des états alliés et clients US, et des destinataires de l'aide militaire et économique. En conséquence, et exactement comme le modèle de propagande l'aurait prédit, les médias non seulement ont accordé une attention minime aux graves violations envers les Kurdes par la Turquie dans les années 90, et à l'aide généreuse de l'administration Clinton à l'implication des Turcs dans ce programme de nettoyage ethnique, ils ont rarement appliqué le mot 'génocide' à ces opérations turques", et ces faits sont patents.

De même sous le même sous-titre, page 29, il est écrit que: "…Malgré la vive attention des médias et à leur indignation envers les violences des Albanais du Kosovo par les Serbes en 1998-99, ces méfaits étaient certainement moins graves que ceux qu'ont connus les Kurdes de Turquie dans les années 90 […] Les morts au Kosovo, de tous côtés pendant l'année ayant précédé le bombardement par l'OTAN, se sont élevées, d'après les estimations US et autres sources occidentales, à un nombre inférieur à 2000 maximum.[…] (une recherche intensive après-guerre des tombes a révélé environ 3000 corps jusque août 2000 […] Les morts de la guerre turque contre les Kurdes dans les années 1990 ont été estimées à 30000 ou plus, en grande partie des civils kurdes, avec un nombre de réfugiés allant de 2 à 3 millions".

Les passages cités ci-dessus contiennent des expressions qui humilient la turcicité et la Grande Assemblée Nationale Turque, ce sont des actes criminels prohibés par l'article 301 du Code Pénal turc (TPC). Ces passages constituent également le délit d'incitation du peuple à la haine et aux hostilités, ou à l'humiliation mentionnée dans le premier paragraphe de l'article 216 du Code Pénal Turc. D'une part, ils accusent la République turque de génocide contre sa propre population et d'autre part ils incitent la population vivant dans le Sud-Est à la haine et aux hostilités. […]

Articles de loi :

[Article 301 du Code Pénal Turc] Le 1er paragraphe interdit l'humiliation publique de la turcicité, de la Grande Assemblée nationale de la République turque et prescrit un emprisonnement de 6 mois à 3 ans.

[Article 216 du Code Pénal Turc] : Le premier paragraphe interdit l'incitation d'un secteur de la population ayant des caractères régionaux et sectaires sociaux différents de classe, de race, de religion, à la haine et à l'hostilité contre un autre secteur. Au cas où émergerait un danger flagrant et immédiat concernant la sécurité publique, ceux qui commettent ce délit seront condamnés à une sentence d'emprisonnement de 1 à 3 ans. (yevrobatsi.org, Traduction Louise Kiffer, 2 octobre 2006)



Écrit par : p | 13/10/2006

o The Middle East, and possibly the world, stands on the brink of a terrible conflagration as Israel and the United States prepare to deal with Iran's alleged ambition to acquire nuclear weapons. Israel, it becomes clearer by the day, wants to use its air force to deliver a knock-out blow against Tehran. It is not known whether it will use conventional weapons or a nuclear warhead in such a strike.

At this potentially cataclysmic moment in global politics, it is good to see that one of the world's leading broadcasters, the BBC, decided this week that it should air a documentary entitled "Will Israel bomb Iran?". It is the question on everyone's lips and doubtless, with the imprimatur of the BBC, the programme will sell around the world.

The good news ends there, however. Because the programme addresses none of the important issues raised by Israel's increasingly belligerent posture towards Tehran.

It does not explain that, without a United Nations resolution, a military strike on Iran to destroy its nuclear research programme would be a gross violation of international law.

It does not clarify that Israel's own large nuclear arsenal was secretly developed and is entirely unmonitored by the International Atomic Energy Agency, or that it is perceived as a threat by its neighbours and may be fuelling a Middle East arms race.

Nor does the programme detail the consequences of an Israeli strike on instability and violence across the Middle East, including in Iraq, where British and American troops are stationed as an occupying force.

And there is no consideration of how in the longer term unilateral action by Israel, with implicit sanction by the international community, is certain to provoke a steep rise in global jihad against the West.

Instead the programme dedicates 40 minutes to footage of Top Gun heroics by the Israeli air force, and the recollections of pilots who carried out a similar, "daring" attack on Iraq's nuclear reactor in the early 1980s; menacing long shots of Iran's nuclear research facilities; and interviews with three former Israeli prime ministers, a former Israeli military chief of staff, various officials in Israeli military intelligence and a professor who designs Israel's military arsenal.

All of them speak with one voice: Israel, they claim, is about to be "wiped out" by Iranian nuclear weapons and must defend itself "whatever the consequences".

They are given plenty of airtime to repeat unchallenged well-worn propaganda Israel has been peddling through its own media, and which has been credulously amplified by the international media: that Iran is led by a fanatical anti-Semite who, like Adolf Hitler, believes he can commit genocide against the Jewish people, this time through a nuclear holocaust.

Other Israeli misinformation, none of it believed by serious analysts, is also uncritically spread by the film-makers: that Hizbullah in Lebanon is a puppet of Iran, waiting to aid its master in Israel's destruction; that Iran is only months away from creating nuclear weapons, a "point of no return", as the programme warns; and that a "fragile" Israel is under constant threat of annihilation from all its Arab neighbours.

But the programme's unequivocal main theme -- echoing precisely Israel's own agenda -- is that Iran's president, Mahmoud Ahmadinejad, is hellbent on destroying Israel. The film-makers treat seriously, bordering on reverentially, preposterous comments from Israel's leaders about this threat.

Shimon Peres, the Israeli government's veteran roving ambassador, claims, for example, that Iran has made "a call for genocide" against Israel, compares an Iranian nuclear bomb to a "flying concentration camp", and warns that "no one would like to see a comeback to the times of the Nazis".

Cabinet minister Avi Dichter, a former head of the Shin Bet domestic security service, believes Israel faces "an existential threat" from Iran. And Zvi Stauber, a former senior figure in military intelligence, compares Israel's situation to a man whose neighbour "has a gun and he declares every day he is going to kill you".

But pride of place goes to Binyamin Netanyahu, a former prime minister and the current leader of the opposition. He claims repeatedly that the only possible reason Iran and its president could want a nuclear arsenal is for Israel's "extermination". "If he can get away with it, he'll do it." "Ayatollahs with atombic bombs are a powerful threat to all of us." A nuclear Iran "is a threat unlike anything we have seen before. It's beyond politics" -- apparently worse than the nuclear states of North Korea and Pakistan, the latter a military dictatorship and friend of the US barely containing within its borders some of the most fanatical jihadist movements in the world.

Apart from a brief appearance by an Iranian diplomat, no countervailing opinions are entertained in the BBC programme; only Israel's military and political leadership is allowed to speak.

The documentary gives added credence to the views of Israel's security establishment by making great play of a speech by Ahmadinejad -- one with which the Israeli authorities and their allies in Washington have made endless mischief -- in which the Iranian president repeats a statement by Iran's late spiritual leader, Ayatollah Khomeini, that went unnoticed when first uttered.

In the BBC programme, Ahmadenijad is quoted as saying: "The regime occupying Jerusalem should be eliminated from the page of history". This is at least an improvement on the original translation, much repeated in the programme by Netanyahu and others, that "Israel must be wiped off the map".

But for some strange reason, the programme makers infer from their more accurate translation the same diabolical intent on Ahmadinejad's part as suggested by Netanyahu's fabricated version. Iran's nuclear weapons, we are told by the programme as if they are already in existence, have "presented Israel's leaders with a new order of threat". In making his speech, the BBC film argues, Ahmadinejad "issued a death sentence against Israel".

But, as has now been pointed out on numerous occasions (though clearly not often enough for the BBC to have noticed), Khomeini and Ahmadinejad were referring to the need for regime change, the ending of the regime occupying the Palestinians in violation of international law. They were not talking, as Netanyahu and co claim, about the destruction of the state of Israel or the Jewish people. The implication of the speech is that the current Israeli regime will end because occupying powers are illegitimate and unsustainable, not because Iran plans to fire nuclear missiles at the Jewish state or commit genocide.

Overlooked by the programme makers is the fact that "fragile" Israel is currently the only country in the Middle East armed with nuclear warheads, several hundred of them, as well as one of the most powerful armies in the world, which presumably make most of its neighbours feel "fragile" too, with far more reason.

And, as we are being persuaded how "fragile" Israel really is, another former prime minister, Ehud Barak, is interviewed. "Ultimately we are standing alone," he says, in apparent justification for an illegal, unilateral strike. Iran's nuclear reasearch facilities, Barak warns, are hidden deep underground, so deep that "no conventional weapon can penetrate", leaving us to infer that in such circumstances Israel will have no choice but use a tactical nuclear strike in its "self-defence". And, getting into his stride, Barak adds that some facilities are in crowded urban areas "where any attack could end up in civilian collateral damage".

But despite the terrifying scenario laid out by Israel's leaders, the BBC website cheerleads for Israel in the same manner as the programme-makers, suggesting that Israel has the right to engineer a clash of civilisations: "With America unlikely to take military action, the pressure is growing on Israel's leaders to launch a raid."

As should be clear by now, the Israeli government's fingerprints are all over this BBC "documentary". And that is hardly surprising because the man behind this "independent" production is Israel's leading film-maker: Noam Shalev.

Shalev, a graduate of a New York film school, has been making a spate of documentaries through his production company Highlight Films, based in Herzliya, near Tel Aviv, that have been lapped up by the BBC and other foreign broadcasters. With the BBC's stamp of approval, it is easy for Shalev to sell his films around the world.

Shalev, who claims that he doesn't "espouse a political view", started his career by making documentaries on less controversial subjects. He has produced films on Ethiopian immigrants arriving in Israel, and on the Zaka organisation, Jewish religious fundamentalists who arrive at the scene of suicide attacks quite literally to pick up the pieces, of human remains.

In the past his films managed to bypass the reticence of broadcasters like the BBC to broach the combustible subject of the Israeli-Palestinian conflict outside their news programmes by touching on the topic obliquely. Importantly, however, Shalev's films always humanise his Israeli subjects, showing them as complex, emotional and caring beings, while largely ignoring the millions of Palestinians the Israeli government and army are oppressing.

According to a profile of Shalev published in the Israeli media in 2004, his success derives from the fact that he has developed a "soft-sell approach", showing Israel in a good light without "the straightforward 'hasbara' [propaganda] efforts which explain Israel's case that Israel's Foreign Ministry is required to disseminate to European and American news outlets."

In the words of an Israeli public relations executive, Shalev has a skill in telling Israel's story in ways that international broadcasters appreciate: "[Shalev] also shows the Israeli side, he is not one of those traitors who sell their ideology for money. He has the skill to market it in such a way that overseas they want to see it, and this is very important."

But recently Shalev has grown more confident to try the hard sell for Israel, apparently sure that the BBC and other foreign broadcasters will still buy his films. And that is because Shalev offers them something that other film-makers cannot: intimate access to Israel's security forces, an area off-limits to his rivals.

Before the disengagement from Gaza last year, for example, Shalev made a sympathetic documentary, shown by the BBC, about a day in the life of one Israeli soldier serving there. The film largely concealed the context that might have alerted viewers to the fact that the soldier was enforcing a four-decade illegal occupation of Gaza, or that the Strip is an open-air prison in which thousands of Palestinian have been killed by the Israeli army and in which a majority of Gazans live in abject poverty.

Interviewed about the documentary, Shalev observed: "The army really is very, very careful. There is no indiscriminate firing. I saw, and this was not a show put on just for us, that before any shot is fired there is confirmation that there is nobody behind or in front of the objective. The army is very sensitive to non-deliberate fire."

In other words, Shalev's film for the BBC shed no light on why Israel's "deliberate" fire has killed hundreds of Palestinian children during the second intifada or why a large number of civilians have died from Israeli gunfire and missile strikes inside the Gaza Strip.

Earlier this year Shalev made another film for the BBC, "The Hunt for Black October", to coincide with the release of Stephen Spielberg's movie Munich. "The BBC gains exclusive access to the undercover Mossad agents assigned to track down the Palestinian group responsible for the murder of Israeli athletes at the 1972 Munich Olympics," the BBC was able to glow in its promotional material.

Shalev's latest film, "Will Israel bomb Iran?", follows this well-trodden path. Arabs and Muslims are again deprived of a voice, as are non-Israeli experts.

So why did the BBC buy this blatant piece of propaganda?

Here are a few clues. Shalev's film includes:

* footage taken from inside Hizbullah bunkers under the supervision of the Israeli army as it occupied south Lebanon.

* a "rare view" of the inside of the Israeli army's satellite control room, which spies on Israel's Arab neighbours and Iran and which, according to programme, is "incredibly guarded about its security arrangements".

* an exclusive appearance by Israel's former military chief of staff, Moshe Yaalon, who we are told is "rarely interviewed".

* a glimpse inside a Rafael weapons factory, which the programme tells us is "rarely filmed".

In other words, the BBC, and the other broadcasters who will air this "documentary" in the coming weeks and months, has been dazzled by Shalev's ability to show us the secret world of the Israeli army. So dazzled, it seems, that it has forgotten to check -- or worse, simply doesn't care -- what message Shalev is inserting between his exclusive footage.

It might have occurred to someone at the BBC to wonder why Shalev gets these chances to show things no one else is allowed to. Could it be that the "hasbara" division of the Israeli Foreign Ministry has got far more sophisticated than it once was?

Is the Israeli government using Shalev, wittingly or not, and is he in turn using the BBC, to spread Israeli propaganda? Propaganda that may soon propel us towards the "clash of civilisations" so longed for by Israel's leadership.

Écrit par : o | 13/10/2006

j IS IT possible to force a whole people to submit to foreign occupation by starving it?

That is, certainly, an interesting question. So interesting, indeed, that the governments of Israel and the United States, in close cooperation with Europe, are now engaged in a rigorous scientific experiment in order to obtain a definitive answer.

The laboratory for the experiment is the Gaza Strip, and the guinea pigs are the million and a quarter Palestinians living there.

In order to meet the required scientific standards, it was necessary first of all to prepare the laboratory.

That was done in the following way: First, Ariel Sharon uprooted the Israeli settlements that were stuck there. After all, you can't conduct a proper experiment with pets roaming around the laboratory. It was done with "determination and sensitivity", tears flowed like water, the soldiers kissed and embraced the evicted settlers, and again it was shown that the Israeli army is the most-most in the world.

With the laboratory cleaned, the next phase could begin: all entrances and exits were hermetically sealed, in order to eliminate disturbing influences from the world outside. That was done without difficulty. Successive Israeli governments have prevented the building of a harbor in Gaza, and the Israeli navy sees to it that no ship approaches the shore. The splendid international airport, built during the Oslo days, was bombed and shut down. The entire Strip was closed off by a highly effective fence, and only a few crossings remained, all but one controlled by the Israeli army.

There remained a sole connection with the outside world: the Rafah border crossing to Egypt. It could not just be sealed off, because that would have exposed the Egyptian regime as a collaborator with Israel. A sophisticated solution was found: to all appearances the Israeli army left the crossing and turned it over to an international supervision team. Its members are nice guys, full of good intentions, but in practice they are totally dependent on the Israeli army, which oversees the crossing from a nearby control room. The international supervisors live in an Israeli kibbutz and can reach the crossing only with Israeli consent.

So everything was ready for the experiment.


* * *

THE SIGNAL for its beginning was given after the Palestinians had held spotlessly democratic elections, under the supervision of former President Jimmy Carter. George Bush was enthusiastic: his vision of bringing democracy to the Middle East was coming true.

But the Palestinians flunked the test. Instead of electing "good Arabs", devotees of the United States, they voted for very bad Arabs, devotees of Allah. Bush felt insulted. But the Israeli government was ecstatic: after the Hamas victory, the Americans and Europeans were ready to take part in the experiment. It could start:

The United States and the European Union announced the stoppage of all donations to the Palestinian Authority, since it was "controlled by terrorists". Simultaneously, the Israeli government cut off the flow of money.

To understand the significance of this: according to the "Paris Protocol" (the economic annex of the Oslo agreement) the Palestinian economy is part of the Israeli customs system. This means that Israel collects the duties for all the goods that pass through Israel to the Palestinian territories - actually, there is no other route. After deducting a fat commission, Israel is obligated to turn the money over to the Palestinian Authority.

When the Israeli government refuses to pass on this money, which belongs to the Palestinians, it is, simply put, robbery in broad daylight. But when one robs "terrorists", who is going to complain?

The Palestinian Authority - both in the West Bank and the Gaza Strip - needs this money like air for breathing. This fact also requires some explanation: in the 19 years when Jordan occupied the West Bank and Egypt the Gaza Strip, from 1948 to 1967, not a single important factory was built there. The Jordanians wanted all economic activity to take place in Jordan proper, east of the river, and the Egyptians neglected the strip altogether.

Then came the Israeli occupation, and the situation became even worse. The occupied territories became a captive market for Israeli industry, and the military government prevented the establishment of any enterprise that could conceivably compete with an Israeli one.

The Palestinian workers were compelled to work in Israel for hunger wages (by Israeli standards). From these, the Israeli government deducted all the social payments levied on Israeli workers, without the Palestinian workers enjoying any social benefits. This way the government robbed these exploited workers of tens of billions of dollars, which disappeared somehow in the bottomless barrel of the government.

When the intifada broke out, the Israeli captains of industry and agriculture discovered that it was possible to get along without the Palestinian workers. Indeed, it was even more profitable. Workers brought in from Thailand, Romania and other poor countries were ready to work for even lower wages and in conditions bordering on slavery. The Palestinian workers lost their jobs.

That was the situation at the beginning of the experiment: the Palestinian infrastructure destroyed, practically no means of production, no work for the workers. All in all, an ideal setting for the great "experiment in hunger".


* * *

THE IMPLEMENTATION started, as mentioned, with the stoppage of payments.

The passage between Gaza and Egypt was closed in practice. Once every few days or weeks it was opened for some hours, for appearances' sake, so that some of the sick and dead or dying could get home or reach Egyptian hospitals.

The crossings between the Strip and Israel were closed "for urgent security reasons". Always, at the right moment, "warnings of an imminent terrorist attack" appeared. Palestinian agricultural products destined for export rot at the crossing. Medicines and foodstuffs cannot get in, except for short periods from time to time, also for appearances, whenever somebody important abroad voices some protest. Then comes another "urgent security warning" and the situation is back to normal.

To round off the picture, the Israeli Air Force bombed the only power station in the Strip, so that for a part of the day there is no electricity, and the water supply (which depends on electric pumps) stops also. Even on the hottest days, with temperatures of over 30 degrees centigrade in the shade, there is no electricity for refrigerators, air conditioning, the water supply or other needs.

In the West Bank, a territory much larger than the Gaza Strip (which makes up only 6% of the occupied Palestinian territories but holds 40% of the inhabitants), the situation is not quite so desperate. But in the Strip, more than half of the population lives beneath the Palestinian "poverty line", which lies of course very, very far below the Israeli "poverty line". Many Gaza residents can only dream of being considered poor in the nearby Israeli town of Sderot.

What are the governments of Israel and the US trying to tell the Palestinians? The message is clear: You will reach the brink of hunger, and even beyond, if you do not surrender. You must remove the Hamas government and elect candidates approved by Israel and the US. And, most importantly: you must be satisfied with a Palestinian state consisting of several enclaves, each of which will be utterly dependent on the tender mercies of Israel.


* * *

AT THE moment, the directors of the scientific experiment are pondering a puzzling question: how on earth do the Palestinians still hold out, in spite of everything? According to all the rules, they should have been broken long ago!

Indeed, there are some encouraging signs. The general atmosphere of frustration and desperation creates tension between Hamas and Fatah. Here and there clashes have broken out, people were killed and wounded, but in each case the deterioration was halted before it became a civil war. The thousands of hidden Israeli collaborators are also helping to stir things up. But contrary to all expectations, the resistance did not evaporate. Even the captured Israeli soldier has not been released.

One of the explanations has to do with the structure of Palestinian society. The Hamulah (extended family) plays a central role there. As long as one person in the family is working, the relatives, too, do not die of hunger, even if there is widespread malnutrition. Everyone who has any income shares it with all his brothers and sisters, parents, grandparents, cousins and their children. That is a primitive system, but quite effective in such circumstances. It seems that the planners of the experiment did not take this into account.

In order to quicken the process, the whole might of the Israeli army is now being used again, as from this week. For three months the army was busy with the Second Lebanon War. It became apparent that the army, which for the last 39 years has been employed mainly as a colonial police force, does not function very well when suddenly confronted with a trained and armed opponent that can fight back. Hizbullah used deadly anti-tank weapons against the armored forces, and rockets rained down on Northern Israel. The army has long ago forgotten how to deal with such an enemy. And the campaign did not end well.

Now the army returns to the war it knows. The Palestinians in the Strip do not (yet) have effective anti-tank weapons, and the Qassam rockets cause only limited damage. The army can again use tanks against the population without hindrance. The Air Force, which in Lebanon was afraid to send in helicopters to remove the wounded, can now fire missiles at the houses of "wanted persons", their families and neighbors, at leisure. If in the last three months "only" 100 Palestinians were killed per month, we are now witnessing a dramatic rise in the number of Palestinians killed and wounded.

How can a population that is hit by hunger, lacking medicaments and equipment for its primitive hospitals and exposed to attacks on land, from sea and from the air, hold out? Will it break? Will it go down on its knees and beg for mercy? Or will it find inhuman strength and stand the test?

In short: What and how much is needed to get a population to surrender?

All the scientists taking part in the experiment - Ehud Olmert and Condoleezza Rice, Amir Peretz and Angela Merkel, Dan Halutz and George Bush, not to mention Nobel Peace Price laureate Shimon Peres - are bent over the microscopes and waiting for an answer, which undoubtedly will be an important contribution to political science.

I hope the Nobel Committee is watching

Écrit par : j | 16/10/2006

m Voici, paru dans Dissident Voice, un article de William Blum, long mais passionnant et qui aborde plein de sujets différents. Une vision lucide de l’Amérique par un de ceux qui la connaissent le mieux : les Américains.




Alors que, parallèlement, la buse qui se prétend enseignant du côté de Toulouse (actuellement en congé pour cause de crise d’anti-islamisme aigu) déclare péremptoirement dans un autre article (commis avec autant de soin et de hauteur de vue que l’article qui a mis le feu au lac) que les Français sont «anti-américains». (NB : Je voulais vous en livrer une analyse, mais je me suis lancée dans une autre entreprise, dont vous avez le produit « fini » (ouf!)ci-dessous. Plus tard, je pense. Mais la plupart des réponses à ce triste sire sont dans l’article de Blum, finalement).


Et l’autre migraineux de petite taille qui va pleurer dans le giron de Bush que les Français ont été « arrogants » avec l’Amérique ! On croit rêver. Pince moi.


Mais ce n’est pas parce qu’il y a des imbéciles en France et en Amérique que je vais me décréter anti-Français ou anti-Américains. Trop nul, le raccourci. Il y en a plein dans les deux catégories qui me réconcilient avec l’humanité, ne serait-ce que temporairement. Dont William Blum, ainsi que certains journalistes français (au fait, il est fait ce chèque pour POLITIS ? le rouleau compresseur n’attend pas !).
Bon, je vous laisse. Et, lisez jusqu’au bout. Cette traduction m’a donné bien du mal et je n’ai pas que cela à faire …


C’est avec plaisir que je cherche à donner la possibilité à ceux qui ne lisent pas l’anglais couramment de prendre connaissance d’articles de qualité.
J’espère seulement avoir été à peu près à la hauteur du texte initial. D’ailleurs, si vous décelez des erreurs, n’hésitez pas à m’en faire part.


Mais je bavarde, je bavarde et je vous empêche de lire l’essentiel.



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Traduction de: "Thank you for not putting a bomb in your luggage"


MERCI DE NE PAS AVOIR MIS DE BOMBE DANS VOTRE VALISE

« Le président Bush a déclaré que les Etats-Unis sont toujours sous la menace d’un attentat et sera hyper-vigilant jusqu’aux présidentielles ». Jay
Leno

Parallèlement à ses annonces de menaces d’attentats, Bush ne cesse de ressasser que sa guerre contre la terreur nous a davantage protégés, se vantant qu’il n’y a pas eu d’attentat terroriste en cinq ans depuis celui du 11 septembre 2001. Formidable ! Il n’y a pas eu d’attentat dans les cinq années qui ont précédé cette date non plus. Mais grâce à la Guerre contre la Terreur (c'est-à-dire les bombardements, l’invasion, l’occupation et les tortures en Afghanistan et en Irak), de nombreux groupes de terroristes anti-Américains se sont créés depuis ce jour historique. La toute dernière confirmation de cet événement, si besoin était, a été donnée par les conclusions, rendues publiques à la suite d’une fuite, d’un rapport du « National Intelligence Estimate », qui disait que «l’invasion américaine et l’occupation de l’Irak ont concouru à développer une nouvelle génération d’islamisme radical et … que la menace terroriste a augmenté depuis les attentats du 11 septembre».


Attentats contre les intérêts américains depuis le 11/9

Depuis la première frappe sur l’Afghanistan en octobre 2001, précisément, il y a eu des tas d’attentats terroristes contre les institutions américaines et les personnes au Moyen Orient, en Asie du Sud et dans le Pacifique, dont près d’une quinzaine au seul Pakistan ; des cibles militaires, diplomatiques, civiles, chrétiennes, et d’autres en relation avec les EU, dont les bombardements en octobre 2002 de deux night-clubs à Bali, Indonésie, qui ont causé la mort de 200 clients, presque tous citoyens américains, australiens ou britanniques, leurs alliés dans cette guerre; l’année suivante, il y a eu le pilonnage à Jakarta, en Indonésie, du Marriott hôtel, tenu par des Américains, et où avaient lieu les réceptions diplomatiques et les célébrations du 4 juillet, et, également, d’autres attentats épouvantables perpétrés ces dernières années contre les alliés des Etats-Unis, à Madrid, à Londres et ailleurs.


Pour les autorités américaines et britanniques, il est extrêmement difficile et périlleux d’admettre une quelconque corrélation entre leur politique étrangère et la montée du terrorisme. Un porte-parole du gouvernement Blair a déclaré récemment : « Al Qaida a commencé à tuer des civils innocents dans les années 90. Ils ont tué des civils musulmans avant même le 11 sept, et les attentats de NY et de Washington ont tué plus de 3000 personnes avant l’Irak. Laisser entendre qu’Al Qaida est poussé par un désaccord légitime sur la politique étrangère est une erreur ». Le vice-président Cheney a, à plusieurs reprises, également souligné que les terroristes visaient des cibles américaines avant même le 11-spt. L’ « argumentation » qui sous-tend cette théorie est curieuse ; C’est comme si ces honorables messieurs étaient convaincus qu’il n’y avait pas eu de politique étrangère occidentale au Moyen Orient avant le 11 sept. 2001. Mais, évidemment, même à notre époque, il y a eu des décennies d’actes de violence terribles, dont le renversement du gouvernement iranien en 1953, les bombardements répétés de la Lybie et de l’Irak, le sabordage d’un navire iranien et la destruction d’un avion de ligne iranien abattu en plein vol, le soutien rituel à Israël contre le peuple palestinien, et bien d’autres encore. On ne dira jamais assez et avec assez de force que le terrorisme est un acte politique, il sert à faire une déclaration politique, une déclaration qui, souvent, peut se résumer à un seul mot : « représailles » ; le terrorisme, c’est le recours de ceux qui ont des bombes mais pas de force aérienne.


Recrudescence du terrorisme


En 2004, un rapport («Structures du Terrorisme Mondial ») du département d’Etat américain sur les attentats terroristes à l’étranger indiquait que l’année 2003 avait connu les «incidents terroristes les plus importants» depuis 1985, date à laquelle le département a commencé à publier des statistiques, même si ces chiffres n’incluaient pas les attentats commis contre les troupes US en Irak par des insurgés, que l’administration Bush classe clairement dans la catégorie des « terroristes ». Quand le rapport de 2004 a établi qu’il y avait eu encore plus d’incidents, le Département d’Etat a annoncé qu’il renonçait à publier des statistiques annuelles.


Les présidents de la commission sur le 11 sept ont déclaré que l’enquête sur les pirates a révélé que l’orthodoxie religieuse n’était pas leur dénominateur commun puisque, apparemment, certains d’entre eux, fumaient et buvaient de l’alcool. D’autres avaient des aventures féminines. Ce qu’ils avaient en commun, c’était la haine politique américaine au Moyen- Orient. En s’identifiant au peuple palestinien, ils s’identifient à ceux qui luttent contre les régimes répressifs et dirigent leur haine plus particulièrement contre les Etats-Unis. Selon les enquêteurs, les relations à long terme entre les Etats-Unis et le monde islamique dépendent de la fin du conflit Israélo-palestinien et la présence des forces US au Moyen Orient est un facteur important qui motive les actions d’Al Qaïda.


Les gouvernements Bush et Blair refusent catégoriquement d’admettre qu’il y a un rapport entre le terrorisme et leur politique, mais ceux qui s’opposent à leurs guerres ne devraient jamais leur permettre d’esquiver la question. Voici quelques exemples récents de représailles :


Dans un article du New York Times sur le groupe britannique arrêté pour être soupçonné d’avoir l’intention de faire exploser différents avions à destination des Etats-Unis, un des hommes sur une vidéo de « martyr » déclare: « Si tu bombardes, tu seras bombardé ; si tu tues, tu seras tué » … Un des suspects affirme dans sa vidéo de « martyr » que c’est la guerre contre les musulmans en Irak et en Afghanistan qui l’avait poussé à agir. Il explique qu’il voulait se venger de la politique étrangère menée par les Etats-Unis et leurs complices, le Royaume Uni et les juifs.


Mais la guerre contre le terrorisme dépeint les terroristes uniquement comme des fous déraisonnables ou ceux qui haïssent la liberté, la démocratie et la culture occidentale, ou qui n’agissent ainsi que pour le plaisir de haïr l’Amérique, et donc, les Etats-Unis et le Royaume Uni recherchent des solutions militaires.


L’écrivain David Rees avait dit, il y a quelques années : « Rappelez-vous, quand il y avait un problème de drogue aux Etats-Unis et qu’il y a eu la « Guerre contre la drogue », est-ce qu’à l’heure actuelle on ne peut plus trouver de drogue ? Eh bien, la Guerre contre le Terrorisme, ce sera pareil ».


Les mythes de la guerre froide


Il est devenu courant chez ceux qui critiquent le mur qu’on est en train de construire aux Etats-Unis le long de la frontière mexicaine de le mettre en parallèle avec le Mur de Berlin. Et on oppose de la même façon ce dernier au mur en construction le long de la Palestine et sur son territoire. Tout comme il est d’usage de considérer que l’Holocauste est la norme qui sert à juger les carnages et autres atrocités, le mur de Berlin sert à comparer l’érection d’une barrière physique qui restreint la liberté de circulation d’une multitude de personnes. Le Mur est également présenté par les conservateurs comme le symbole de la cruauté et de l’échec du communisme. Mais quelle est en réalité l’histoire du mur de Berlin ?


Au cours des années 50, les acteurs américains de la guerre froide en Allemagne de l’Ouest ont mené une campagne de sabotage et de subversion contre l’Allemagne de l’Est visant à neutraliser le fonctionnement de l’économie et de la gestion du pays. La CIA et d’autres services secrets militaires américains recrutaient, équipaient, entraînaient et finançaient des activistes, des groupes ou des personnes isolées, de l’Ouest et de l’Est, pour leur faire commettre des actes qui allaient de la délinquance juvénile au terrorisme, tout était bon pour rendre la vie difficile aux Allemands de l’Est et faire fléchir leur soutien au gouvernement, tout était bon pour discréditer les «cocos ».


Et cette opération a été extraordinairement efficace. Les Etats-Unis et leurs agents employaient toutes sortes de méthodes (les explosions, le feu, les courts-circuits, etc..) pour saboter les centrales électriques, les chantiers navals, les canaux, les docks, les bâtiments publics, les stations essence, les transports publics, les ponts, etc. ; ils faisaient dérailler les trains de marchandises, blessant gravement les cheminots ; incendiaient 12 wagons et détruisaient les lances d’incendie des autres wagons, utilisaient des acides pour détraquer l’équipement indispensable dans les usines, mettaient du sable dans les turbines d’une usine pour paralyser l’usine, incendiaient une fabrique de tuiles ; prônaient les ralentissements dans les usines ; empoisonnaient 7000 vaches d’une coopérative laitière ; mettaient du savon dans le lait en poudre destiné aux enfants des écoles ; projetaient d’assassiner des dirigeants Est-allemands en leur offrant des cigarettes empoisonnées ; lançaient des boules puantes pour perturber les rencontres politiques (…), etc. etc.


Pendant toutes les années 50, les Allemands de l’est et les soviétiques ont inlassablement déposé des plaintes auprès des anciens alliés de l’Union Soviétique en Occident et des Nations Unies pour sabotage et espionnage, exigeant la fermeture de bureaux en Allemagne de l’Est qu’ils affirmaient être responsables de la situation, et dont ils avaient les noms et les adresses. Leurs plaintes sont tombées dans les oreilles de sourds. Et l’Allemagne de l’Est a, ainsi, été progressivement forcée de contrôler davantage l’entrée dans le pays.


Parallèlement, l’Occident diabolisait l’Est en lançant une campagne agressive pour recruter des diplômés et des ouvriers qualifiés est-allemands, éduqués aux frais du gouvernement communiste. Cette démarche a fini par créer une crise grave de production et de main d’œuvre à l’Est.


En août 1961, les Allemands de l’Est en ont eu assez. Ils ont commencé à construire leur mur de l’infamie. Celui-ci n’a pas été construit pour priver les citoyens de « vérité » et de « liberté » (avant le mur, beaucoup d’Allemands de l’est allaient travailler à l’ouest et rentraient le soir chez eux), mais dans l’atmosphère de la guerre froide, tous les moyens de gagner des points de propagande étaient exploités des deux côtés et c’est ainsi qu’est née la légende du Mur communiste du Mal.


L’« apaisement » est un autre mythe de la guerre froide remis récemment au goût du jour par l’administration Bush à la recherche d’arguments pour la guerre en Irak, et que plus de 30% d’Américains vont gober. A plus d’une occasion, notre vieil ami Rumsfeld a traité de « fascistes » les terroristes anti-américains et ceux qui résistent à l’occupation américaine, et qualifié les Démocrates et tous ceux qui détestent la guerre d’ «apaiseurs » ; vous savez, comme quand la Grande Bretagne a permis aux nazis d’engloutir les Tchèques dans l’espoir qu’Hitler ficherait alors la paix à l’Occident. L’analogie de l’apaisement est depuis longtemps un des leitmotivs des politiques américains, qui le ressortent quand cela les arrange. Eisenhower et Johnson, pour ne citer qu’eux, s’en sont tous deux servi.


Mais ce qui s’est passé à Munich ne relevait pas de l’ «apaisement » mais de la collusion. Une des qualités que l’Occident appréciait tant chez Adolf, c’était son anti-communisme fervent. La Grande Bretagne, les Etats-Unis et les autres états occidentaux comptaient sur les nazis pour regarder du côté de l’Est et mettre fin une bonne fois pour toutes à la menace que faisaient planer les bolcheviques sur Dieu, la famille et le capitalisme.


Si, pour Donald Rumsfeld, s’opposer à la guerre en Irak, équivaut moralement à « apaiser Hitler », pour Condolezza Rice, cela équivaut à la tolérance de l’esclavage dans l’Amérique du XIX° siècle.


Voici ce qu’elle a déclaré, au mieux de sa forme, dans le genre cas désespéré: « Je suis sûre qu’il y a des gens qui pensaient que c’était une erreur de persister à faire la guerre entre le Nord et le Sud et de soutenir que l’émancipation des esclaves perdurerait. Je suis sûre qu’il y avait des gens pour dire : pourquoi ne pas arrêter tout ça tout de suite, faire la paix avec le Sud, et laisser le Sud se charger des esclaves ? ».


Que résonnent la liberté et les caisses enregistreuses*


(NDLT : D’après« let freedom ring , tiré du texte « I have a dream », discours de MLK).

(United States of A vs Cuba)


Carlos M. Gutierrez, le ministre américain du commerce, suggère que les Cubains organisent un référendum qui serait supervisé par la communauté internationale pour décider s’ils préfèrent être gouvernés par des dictateurs ou vivre en démocratie.


Alors, à votre avis, que représente donc le mot « démocratie » pour Carlos M. Gutierrez, ancien PDG d’entreprise, qui aujourd’hui fait le tour du monde pour vanter les mérites de l’investissement des entreprises et des échanges commerciaux?


Peut-il s’imaginer une société « démocratique » qui ne soit pas dominée par les entreprises qui transforment tout ce qui existe en bien de consommation ? M. Gutierrez se soucie-t-il vraiment du fait que les Cubains aient leur mot à dire dans les décisions qui touchent leur quotidien ? Etant donné que de nombreuses décisions fondamentales qui touchent le quotidien des Américains ne sont pas prises dans les assemblées d’élus mais dans les conseils d’administration des entreprises, peut-il réellement affirmer que les Cubains ont moins le droit à la parole sur les décisions que les Américains ?


En Amérique on définit habituellement la démocratie en majorité en termes d’élections. Mais si nous acceptons cette définition simple, et simpliste, il n’en demeure pas moins que, contrairement à ce que croient Gutierrez et la plupart des Américains, les Cubains organisent régulièrement des élections. Ces consultations, qui élisent les membres des Assemblées Municipales, des Assemblées régionales et de l’Assemblée Nationale, respectent le suffrage universel et le secret du vote. Les candidats sont choisis par les citoyens, et non pas par le Parti Communiste, qui n’intervient à aucun moment du processus électoral. Chaque candidat a droit à la même couverture médiatique, qui consiste à publier sa biographie comportant ses qualités et son parcours personnel et à l’afficher dans des lieux très accessibles et très fréquentés dans la circonscription. Dans les Assemblées Municipales, il y a un conseiller pour 20 000 habitants. Les candidats doivent recueillir plus de 50% des voix pour être élus au premier tour, ou au deuxième tour. Les 609 membres de l’Assemblée Nationale élisent les 31 membres du Conseil d’Etat. Le président du Conseil d’Etat est le chef d’Etat et le chef du gouvernement. Fidel Castro est régulièrement choisi pour tenir cette position, probablement grâce à ses qualités exceptionnelles.


Je n’ai pas suffisamment de connaissances sur le mode de fonctionnement actuel du système électoral à Cuba pour en relever les défauts et les inconvénients, qui existent très probablement en pratique. Mais ce système peut-il être plus abrutissant pour l’intellect, l’esprit et l’idéalisme que le système électoral américain ? Depuis les conventions tape-à-l'œil et ruineuses où sont choisis les candidats, en passant par les campagnes interminables, ennuyeuses et injurieuses, jusqu’au fonctionnement de plus en plus contestable du vote et du comptage des voix, tout cela pour choisir entre deux candidats du patronat …les Cubains sont-ils prêts à cela ?


S’ils devaient mettre en place un système électoral où les candidats qui auraient le plus d’argent à dépenser seraient ceux qui auraient le plus de chances d’être élus, qu’est ce qui empêcherait la CIA de fournir les fonds en abondance pour faire gagner ses poulains ?


C’est contre cela que nous nous élevons


J’ai récemment entendu un agriculteur californien sur une radio publique nationale parler de l’apparition très inquiétante de la bactérie e.coli, dans les épinards. A un moment donné, il a dit « l’Amérique a les meilleurs produits agricoles du monde ».


Hum. Je me suis demandé comment on mesurait cela et si le gars avait réellement enquêté au niveau mondial sur le sujet et s’il pouvait donner des chiffres ou citer des sources crédibles. Cela m’a rappelé plusieurs interviews à la radio au cours desquelles je critiquais la politique étrangère des Etats-Unis (jusque là, rien d’étonnant), ce qui amenait un auditeur à me demander si je pouvais citer un pays meilleur. Chaque fois, je réponds : « meilleur? dans quel domaine? ».


“En tout”, me répond-on invariablement.


« Eh bien », dis-je « Si nous parlions de la sécu ? Il y a de nombreux pays qui assurent une couverture de santé à un nombre bien plus important de citoyens que les Etats-Unis et à un coût bien inférieur, voire, parfois, gratuitement, comme à Cuba. Et il en va de même pour les études universitaires ». En général, la discussion s’arrête là.


Quelles conditions, je me demande, devraient être réunies pour que ces gens-là renoncent à l’histoire d’amour qu’ils ont eue, enfant, avec ce lieu magique qu’on appelle « Amérique » ? Il m’est arrivé de demander à ceux qui refusent littéralement toute critique de la politique étrangère américaine : « Que doivent faire les Etats-Unis pour que vous ne leur fassiez plus confiance ? Qu’est-ce qui, pour vous serait inacceptable? ». Je n’ai encore pas eu de réponse à cette question. Je soupçonne que c’est parce que la personne craint que, quelle que soit la réponse, je ne lui fasse remarquer que cela s’est déjà produit.


L’écrivain Michael Lewis a dit : « Une des caractéristiques qui distingue les Américains des autres peuples est cette naïveté qui consiste à penser que tout étranger avec une once de jugeote aimerait être citoyen américain … le nationaliste japonais le plus fanatique n’imagine pas une seconde que les autres peuples aspirent à devenir japonais. Pareil pour les Français.


Mais ne désespérez pas, les gars. Comme je l’ai dit précédemment, je pense que les personnes dont je parle ici ne représentent, (très) approximativement, pas plus de 15% de la population. Alors, je propose qu’on s’intéresse aux autres, celles avec qui on peut communiquer, et ces trois dernières années, nous avons effectivement communiqué avec un nombre incalculable d’entre elles.


Ca y est, on a trouvé! Il y a une différence de conception en matière de politique étrangère entre les Démocrates et des Républicains.


Ca vient de sortir ! Les Républicains de la Chambre des Représentants ont présenté un projet de loi qui obligerait ceux qui manifestent contre la guerre à se faire stériliser. Les Démocrates refusent de passer leur tour sur ce coup là. Nancy Pelosi, porte-parole des Démocrates à la Chambre (qui, récemment, à l’occasion du discours de Chavez aux Nations Unies, l’a traité de « voyou ») prévient que son parti ne soutiendra ce projet de loi que s’il comprend le droit à faire appel.

Écrit par : m | 17/10/2006

j MALGRÉ des semaines de tractations diplomatiques, le président vénézuélien Hugo Chavez n'a pas réussi à convaincre la majorité des 192 pays membres de l'Organisation des Nations unies de choisir son pays comme membre non permanent du Conseil de sécurité contre le candidat des États-Unis, le Guatemala. Hier, ce dernier a obtenu 109 voix, contre 76 au Venezuela. Aucun des deux n'ayant atteint la majorité des deux tiers (128 voix), un nouveau scrutin devait être organisé plus tard dans la soirée.

C'est une gifle pour Caracas, car ce vote, en apparence banal, est le résultat d'un affrontement digne de l'époque de la guerre froide, entre la Maison-Blanche et celui qui s'est autoproclamé son principal détracteur, Hugo Chavez. Le Conseil de sécurité est constitué de quinze sièges. Cinq sont occupés par des membres permanents, détenteurs d'un droit de veto - la Chine, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et la Russie. Dix sièges tournent entre tous les autres pays, selon une répartition géographique. C'est le remplacement, cette année, de l'Argentine qui a déclenché les passions. Lorsque le Venezuela a fait savoir qu'il briguait la succession, Washington a déployé une machine de guerre pour empêcher son élection. Aucun des grands pays latino-américains n'ayant accepté d'être un candidat « anti-Venezuela », l'Administration Bush s'est tournée vers un de ses indéfectibles alliés, le Guatemala. Le petit pays d'Amérique centrale, dépourvu de moyens, n'a pas fait campagne. La Maison-Blanche a mis à son service ses finances, ses réseaux et son Administration. Depuis des semaines, chaque visite d'un fonctionnaire américain dans un pays étranger se conclut par une ferme recommandation à voter pour le Guatemala.


Éviter l'humiliation


La stratégie américaine a fonctionné. Si le Guatemala n'a pas été élu, la diplomatie de Washington a empêché le Venezuela de l'emporter, malgré une campagne fondée sur la distribution de pétrodollars et une rhétorique anti-impérialiste. Caracas s'est attaché des alliés dans la région (notamment le Brésil et l'Argentine), une partie du monde arabe, grâce à la condamnation de la guerre menée l'été dernier par Israël au Liban, des voix africaines, et l'appui de la Chine et la Russie, soucieux de contrebalancer la puissance américaine. Les collaborateurs du président vénézuélien avouaient ces derniers jours leur inquiétude : le discours virulent de Chavez à la tribune des Nations unies en septembre, au cours duquel il a comparé Bush au diable, a refroidi l'enthousiasme de nombreux pays. « Nous avions le vent en poupe quand les États-Unis incarnaient l'agresseur, il ne fallait pas rentrer dans leur jeu », confie un diplomate vénézuélien. Un haut fonctionnaire français confirme : « Voter pour le Guatemala ne fait pas plaisir, car c'est un cadeau aux États-Unis. Mais Chavez va trop loin et, avec les essais nucléaires de la Corée du Nord, le contexte international ne se prête plus à la provocation ».


À deux mois de la présidentielle au Venezuela, l'opposition se félicite déjà de cette défaite de la diplomatie de Hugo Chavez. A New York, l'ambassadeur de Caracas auprès de l'ONU, Francisco Arias Cardenas, nuançait déjà, avant le scrutin, sa portée : « Quel que soit le résultat, il faut se rappeler que le Venezuela n'affronte pas le Guatemala, mais la première puissance mondiale. »


Pour éviter l'humiliation, le Venezuela doit désormais empêcher à tout prix le « petit » Guatemala de gagner des voix supplémentaires lors des prochains scrutins. Les grandes manoeuvres vont commencer en Amérique latine pour trouver un troisième candidat susceptible de plaire aux deux camps. Ce ne sera pas facile.

j

Écrit par : j | 17/10/2006

t






'est un tournant dans la politique spatiale américaine. Dans un document signé du président Bush, rendu public mercredi 18 octobre, l'administration affirme que les Etats-Unis entendent "préserver tous leurs droits, leurs moyens et leur liberté d'action dans l'espace". Au besoin, "ils empêcheront leurs adversaires d'user de leurs capacités d'armement hostiles aux intérêts nationaux américains".



Il en va, pour George Bush, de la sécurité des Etats-Unis qui "dépend, de manière critique, de tous les engins qui circulent dans l'espace". Une dépendance qui va "croître", selon lui. En 2001, un rapport du Pentagone soulignait déjà la menace que des "ennemis potentiels" faisaient peser, grâce aux progrès technologiques, sur la liberté de circulation des satellites et autres engins spatiaux, militaires et civils des Etats-Unis.

Le document de l'administration Bush reprend ces arguments et conclut que "la liberté d'action dans l'espace est aussi importante pour les Etats-Unis que sa puissance aérienne et sa puissance maritime".

Le message est clair. L'administration américaine entend être totalement libre dans sa politique d'accès à l'espace. Elle s'opposera à toute sorte de traité ou de législation internationale, interdisant ou limitant les moyens de défense (satellites-espions, etc) ou d'expansion commerciale (satellites de télécommunications) utilisant l'espace.

Selon des experts militaires, ce document marque un durcissement de la politique de défense américaine. Selon eux, en refusant d'entrer dans d'éventuelles négociations sur la militarisation de l'espace, les Américains vont alimenter les soupçons sur leurs propres intentions de renforcer leurs programmes d'équipements spatiaux.

Les porte-parole de la Maison Blanche démentent. Pour eux, cette politique n'est pas "un prélude à la mise en orbite de nouvelles armes spatiales". Pour Tony Snow, l'un d'entre eux, la politique qui consiste à vouloir défendre l'accès de l'espace n'a rien à voir avec une politique de militarisation de l'espace.

Autrement dit, il ne s'agit pas de relancer la "guerre des étoiles", ainsi que l'on avait qualifié, durant la guerre froide et à l'initiative du président Reagan, la création d'un "bouclier" capable d'intercepter et de détruire en vol tout missile ennemi. Ce programme a été abandonné en 1993.

Écrit par : t | 24/10/2006

m Les mauvais coups de Mandelson(1)
par Raoul Marc Jennar
Tuesday, 24 October 2006
Voici, en deux chroniques, l’illustration de la capacité de nuisance d’un Commissaire européen doté de pouvoirs énormes. Il s’agit du Commissaire au Commerce. Il s’appelle Peter Mandelson. Un social démocrate totalement acquis au capitalisme dérégulé, au libre-échange sans entrave, à la dictature des marchés et des marchands.


En notre nom, au nom des 25 États, ce Commissaire dispose, en vertu du traité européen (art. 133), du pouvoir de négocier dans tous les domaines du commerce mondial et notamment à l’OMC. Sur la base d’un mandat extrêmement libéral, défini en 1999 et inchangé depuis lors, et avec l’appui d’un comité (comité 133) où sont représentés les 25 gouvernements de l’Union.

Premier exemple. Le 25 septembre dernier, Mme Schwab, ministre du commerce des USA, annonce, à Washington, que les USA et l’Union européenne viennent de conclure un accord sur les services au terme de deux ans de négociations ultra secrètes qui concernent également 15 autres pays. Deux jours plus tard, embarrassé, Mandelson rend public un communiqué dans lequel, très sérieusement, il se réjouit que cet accord préserve le « modèle européen de services publics ». Alors que, jamais, la Commission européenne n’utilise l’expression « service public » qu’elle considère vague et intraduisible dans toutes les langues européennes – on appréciera le sérieux de cette argumentation – Mandelson, pris au dépourvu par l’annonce américaine, pare au plus pressé et s’efforce de prévenir les questions et les critiques que cet accord risque de provoquer sur un des sujets qui fâche : l’avenir des services publics en Europe.

Cet accord s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) régi par l’OMC. L’Europe, au nom des États membres et pour ce qui les concerne, a pris une série d’engagements en vue de supprimer les entraves légales ou réglementaires au commerce des services dans divers secteurs et dans les quatre manières dont un service peut être fourni : fourniture d’un pays vers un autre, usager d’un pays faisant appel à une activité de service dans un autre pays, investissement d’un fournisseur de service d’un pays dans un autre pays et appel temporaire par un employeur d’un pays à du personnel en provenance d’un autre pays. Ces engagements ont été pris à des moments différents. D’abord, lors de la signature de l’AGCS en 1994, quand l’Union comptait 12 pays. Ensuite en 2003, quand elle en comptait 15.

L’élargissement de 2004 a rendu indispensable une harmonisation des engagements européens de libéralisation de ses services. Cette harmonisation impliquait des modifications dans les engagements pris soit par l’Europe des 12, soit par chacun des 13 États qui l’ont rejointe ensuite. Mandelson en a profité. D’abord, en étant la première à utiliser l’article 21 de l’AGCS qui traite de la possibilité de modifier les engagements, l’Europe entend démontrer que toute modification doit demeurer un exercice coûteux afin d’éviter qu’à la suite d’élections, des gouvernements plus soucieux de préserver l’intérêt général reviennent sur les engagements pris par leurs prédécesseurs. Mandelson a donc proposé aux autres États membres de l’OMC de réclamer à l’Europe les compensations prévues par l’article 21 lorsqu’un État estime que ses entreprises sont lésées par la modification des engagements d’un autre État.

Tout a commencé en mai 2004 quand, soutenue par les 25 gouvernements de l’Union, l’Europe a présenté à l’OMC un document décrivant comment elle entendait modifier les engagements européens. Quelques jours plus tard, l’Europe obtenait que ce document soit classé « secret » et référencé S/SECRET/8. Le secret a été confirmé lors d’une réunion du Conseil du Commerce des Services le 10 novembre de la même année. Deux ans plus tard, ce premier document est encore secret.

Dix-sept pays ont réagi et demandé l’ouverture de négociations en vue d’obtenir des compensations. Elles viennent de se conclure. Pas un parlementaire, national ou européen, par un citoyen n’est informé de ce que l’Europe a proposé, de ce que les dix-sept pays ont demandé comme compensation, des concessions faites par l’Europe et encore moins du contenu de l’accord intervenu. Seuls les gouvernements ont été associés à cette négociation via le comité 133. Or, on sait par une étude publiée l’an passé par la Rand Corporation, un « think tank » américain, que les entreprises de services américaines vont très largement profiter de ces négociations. Et Mme Schwab n’a pas gâché son plaisir en déclarant que ces négociations ont apporté « un ensemble significatif de compensations par lesquelles l’UE et ses États membres vont offrir de nouvelles opportunités aux fournisseurs de services américains ».

Chacun sait que les activités de services sont au cœur de notre vie quotidienne et que la manière dont elles sont organisées définit un modèle de société. Comment peut-on accepter que de tels choix se fassent dans le plus total secret ? Comment peut-on accepter que plus l’Europe avance, plus la démocratie décline ?

Écrit par : m | 26/10/2006

h Elie Wiesel for President?
By DANIEL McGOWAN

Israel's Prime Minister Ehud Olmert has suggested Elie Wiesel to replace Moshe Katzav as President of Israel. Katzav is being forced to resign amid charges of rape.

Wiesel's qualifications for the job are unimpeachable. He is the icon of what Norman Finkelstein has called "The Holocaust Industry' and as such he has served as a prop to "get the Jewish vote" by every American President since Gerald Ford. He defends Israel as "the Jewish state," in spite of the fact that over half of the population in the lands controlled by Israel is non-Jewish, mostly Palestinian Arabs. He won't call Ketziot or Gaza a concentration camp; he won't call the "security barrier" a wall; and he won't admit that Israel is an apartheid state where Jews have the hegemony and where non-Jews have lesser rights or none at all.

To Wiesel the Holocaust concerns only Jewish suffering, a culmination of 2,000 years of persecution by the goyim. Like the virgin birth, the parting of the Red Sea, and Noah's ark, the Holocaust is mystical, unfathomable, and unquestionable. For Wiesel "Auschwitz cannot be explained nor can it be visualized.... The Holocaust transcends history.... The dead are in possession of a secret that we, the living, are neither worthy of nor capable of recovering.... The Holocaust [is] the ultimate event, the ultimate mystery, never to be comprehended or transmitted." (Elie Wiesel, "Trivializing the Holocaust," New York Times, 16 April 1978.)

He is a multi-millionaire, but carefully cultivates the image of a perpetually disheveled professor. Although he has won the Nobel Peace Prize, the Presidential Medal of Freedom, the Guardian of Zion Medal, and the Oprah Book Award, many people in Israel resent the way he has used the Holocaust to make his living. Some Israelis refer to him as a "sho'an." The word "sho'a" is Hebrew for Holocaust; with the suffix it indicates a professional specializing in the subject. So it is both funny and derogatory, not unlike Norman Finkelstein referring to Wiesel as the "resident clown" of the Holocaust circus.

Israel Shahak, a Holocaust survivor who lived and worked in Israel, referred to Wiesel as a "patriotic liar," a patriot not of Romania, the country of his birth, nor of the United States, but rather a patriot of "the Jewish state" of Israel. Wiesel is said to have pressured Clinton to pardon fugitive financier Marc Rich and he has long advocated the release of convicted Israeli spy, Jonathan Pollard. But he remains silent when Israel kidnaps Mordechai Vanunu (for whistle blowing that Israel has nuclear weapons), jails him for 18 years, and continues to confine him under virtual house arrest. The further incarceration of Vanunu, after serving a full sentence, was disturbing even to arch-Zionist Alan Dershowitz, but not to Elie Wiesel for whom Vanunu was not a hero to the anti-nuclear world, but simply a traitor to Israel.

In 1948 Wiesel worked as a journalist for the Irgun, a gang of Jewish terrorists who committed the massacre at Deir Yassin, arguably one of the most pivotal events in twentieth century Palestinian history. Yet this "world-renowned humanitarian" refuses to apologize or even acknowledge the murder, mayhem, and ethnic cleansing caused by his employer. He frequently goes to Yad Vashem, the most famous Holocaust memorial in Jerusalem and from the Children's Museum he looks across the valley to Deir Yassin. But he never acknowledges what his employer did there; as a patriot he simply "will not say bad things about Jews."

Wiesel often quotes the great Jewish spiritual thinker and scholar, Martin Buber. But he ignores that Buber said, "The Deir Yassin affair is a black stain on the honor of the Jewish nation." Like the ever-obedient patriot Wiesel consistently ignores the butchery committed by Jews at Deir Yassin and at Sabra and Shatilla and at Qana and in Jenin.

Wiesel pontificates, "The opposite of love is not hatred, but indifference." And it is complete indifference that he has repeatedly shown to the Zionist dispossession and dehumanization of the Palestinian people. Proclaimed a "messenger to mankind" at his 1986 Nobel Prize Acceptance Speech, Wiesel "swore never to be silent when human beings endure suffering and humiliation." Does that mean that he considers Palestinians to be less than human? Perish the thought that he regards Palestinians as Untermenschen like the Nazis considered Jews and Gypsies.

Many Israelis think Wiesel should have settled in Israel after the war instead of moving to France and then to the United States where he became a citizen in 1963. He proclaims, "A Jew may be Jewish far from Jerusalem; but not without Jerusalem. Though a Jew may not live in Jerusalem, Jerusalem lives inside him." Now at age 78 it is perhaps Wiesel's last chance to move there and to serve his country at the same time.
h

Écrit par : h | 27/10/2006

bgfb Oubliez un instant qu’Elie Barnavi est israélien et ancien ambassadeur de son pays en France, rappelez-vous plutôt qu’il est historien, spécialiste des guerre de religions et auteur d’une thèse intitulée Le Parti de Dieu. Etude sociale et politique des chefs de la Ligue parisienne 1585-1594. Alors, mais alors seulement, vous apprécierez comme il le mérite l’essai vif, brillant, intelligent et affuté qu’il publie sous le titre Les religions meurtrières (138 pages, 12 euros, Flammarion) ; son pamphlet politique s’inscrit dans une collection à l’enseigne de “Café Voltaire”, lieu parisien au numéro 1 de la place de l’Odéon où souffla naguère la liberté de l’esprit et de la conversation.

Barnavi tient que la religion est l’angle mort de nos regards occidentaux. C’est sa conviction depuis qu’il a étudié la pensée et les actes des extrémistes catholiques de la Sainte-Ligue qui ont déchiré la France des Valois. Après Heinrich Mann (La jeunesse d’Henri IV), il y a vu la naissance du premier parti totalitaire occidental. Autant dire tout de suite qu’il a décelé une parenté évidente, tant dans les structures mentales que sentimentales, entre ces fous de Dieu là et ceux de l’autre Parti de Dieu, le Hezbollah libanais et d’une manière générale les islamistes radicaux. Son essai repose sur l’exposé de neuf thèses :” 1. Religion est un mot-valise”, 2. “Toute religion est politique etc” Il rappelle des détails d’autant plus oubliés que certains ne les ont jamais sus : l’hébreu aussi bien que l’arabe ignorent tout simplement le mot “laïc” pour lequel ils n’ont pas d’équivalent ; dans le premier cas, ça se dit khiloni (profane), dans le second ilmani (rationaliste, érudit), les Turcs ayant trouvé la bonne solution en inventant laïk. Il est vrai que chez eux, c’est un principe étatique et constitutionnel depuis Mustafa Kemal quand en Israël et dans les pays où l’Islam est majoritaire, il n’y a pas de séparation de la synagogue/mosquée et de l’Etat. Même si les trois monothéismes ignorent le doute, même si les chrétiens sont ceux qui ont poussé le plus loin l’affirmation théologique d’une vérité absolue, même s’il a été le premier à affirmer que le geste de l’assassin juif de Ytzhak Rabin s’inscrivait parfaitement dans une logique de guerre de religion, on s’en doute, le spectre sur lequel Barnavi focalise son analyse est l’islamiste. Tout simplement parce qu’un fondamentalisme religieux n’est dangereux que lorsqu’il cherche à s’emparer du pouvoir politique. Ce faisant, il devient “révolutionnaire”. Les chrétiens n’ont plus de “fous de Dieu” depuis longtemps et les Juifs gardent les leurs en Israël à usage interne n’ayant aucune vocation à les exporter puisqu’il s’agit d’une religion nationale sans prétention universaliste. Reste l’Islam aujourd’hui profondément travaillé par le fondamentalisme révolutionnaire dans un système de pensée où religion et empire, spirituel et temporel, ne font qu’un.

Elie Barnavi date du XIV ème siècle “la mort de la curiosité chez les musulmans”, et donc le début de la décadence d’une civilisation qui avait éclairé l’Europe, car alors l’islam se fige pour des siècles dans le dogme. Mais il distingue entre deux types de radicaux : les intégristes wahhabites qui veulent appliquer la charia comme source principale du droit et ramener les musulmans à leur foi, et les fondamentalistes révolutionnaires qui cherchent à instaurer une ordre islamique mondial. La solution à ses yeux n’est pas dans une permanente contrition européenne pour les “crimes” de la colonisation, humiliation qui aurait à elle seule nourri tout le ressentiment musulman, lieu commun qui a fait son temps. La solution qu’il appelle de ses voeux passe par l’unité de l’Occident, la concertation euro-américaine autour de la redécouverte du socle commun de leur civilisation, la dénonciation du multiculturalisme comme d’un leurre. Et en France, l’application de la tradition d’intégration républicaine sans compromission ni dérogation. Autrement dit : le jacobinisme à marche forcée et la défense “bec et ongles” de la laïcité. La République a des valeurs, des principes, des lois qui la constituent historiquement. Les respecter, c’est faire principe d’allégeance aux principes fondamentaux de la démocratie. Les refuser…

Intellectuel plus européen que le plus européen des bruxellois, il appelle sincèrement de ses voeux une réhabilitation de l’héritage des Lumières ; elle seule permettrait de lutter contre “les identités meurtrières” chères à Amine Maalouf. Voeu pieux ? Peut-être. Convaincu que la ligne de partage passe désormais entre deux camps (civilisation et barbarie), il assure se sentir plus d’affinités avec un musulman éclairé du type Abdelwahab Meddeb ou Malek Chebel plutôt qu’avec un colon juif qui refuse d’évacuer son village ultra-religieux de la bande de Gaza. Son pamphlet, qui n’a pas la violence formelle du genre, concentre toute son agressivité sur les rapprochements et les analogies historiques qu’il suggère. C’est mieux qu’un pavé dans la mare. Plus mûri et argumenté qu’un simple brûlot de circonstance. Il mérite vraiment d’être discuté, contredit, renversé car du choc des idées, il sortira nécessairement quelque chose.

Écrit par : bgb | 22/11/2006

ygyug La liberté d’expression est un acquis fondamental. Un bien précieux et inaliénable dans les pays démocratiques. Il doit être placé hors d’atteinte de toute tentative de détournement, dénaturation ou manipulation. Propriété de l’ensemble des citoyens, il doit être au service de tous et protégé par la loi dans toute sa rigueur.

Lorsque le philosophe Alain Finkelkrault, déplore la coloration « black black black » de l’équipe nationale de football, on reste pantois. L’image, un soir de juillet, d’une France colorée et ivre de bonheur l’avait légèrement indisposé. Il doutait de la sincérité « black-blanc-beur » d’une équipe que la terre entière nous enviait et qui avait permis au peuple français de furieusement communier dans la joie et la fraternité ; dans une formidable apothéose aux couleurs de la France. Les médias dans leur majorité avaient minimisé les propos du professeur, les attribuant à un sympathique dérapage.

Notre éminent philosophe ne fut pas même privé de plateau de télévision. C’est dire ! Les propos pourtant inadmissibles, avaient curieusement fait surgir autour de lui un véritable mur de protection, érigé au nom de la liberté d’expression. Point de condamnation solennelle, ni de velléité de stigmatisation. Dont acte !

Lorsque le bouillant Frêche, président de conseil régional, héraut du parler franc, vieux routier politique et homme de grande érudition, rechuta dans le terrain du foot après son éructation sur les harkis, on est resté sans voix. « Neuf blacks sur onze » dans l’équipe nationale de foot-ball, dépassant d’après lui le seuil de tolérance et risquant de pousser la noire contagion jusqu’à onze sur onze ; cela avait fini par sérieusement agacer le truculent méridional.

On sonna l’hallali. Le pays entier réclama la tête du récidiviste. Le bougre est décidément consternant. Il faut espérer que son parti l’exclura de ses rangs et lui fera rendre gorge au nom de ses valeurs de gauche et sous la pression conjuguée des associations antiracistes et des défenseurs des valeurs républicaines. C’est le moins qu’on puisse espérer de la patrie des droits de l’homme.

Mais alors diront les naïfs, pourquoi invoque-t-on la liberté d’expression pour le premier et pas pour le second, alors que nos deux célébrités ont exprimé la même aversion pour le mélange des couleurs ? La philo l’emporterait-elle sur le politique dans les sondages d’opinion ? Se pourrait-il que le groupe de pression (lobby) des…philosophes soit puissant à ce point ?

Il ne s’agit pas de relativiser les deux fautes, au prétexte de « dérapage » ou de « propos incompris » ; toute panoplie d’arguments qu’on distribue au gré des humeurs ou en rapport avec le poids de l’auteur. Appelons un chat un chat et un raciste un salaud.

On ne peut pas être un peu raciste comme Claude Imbert qui s’avouait un peu islamophobe, comme on ne peut accepter qu’on soit un peu antisémite. Il faut dénoncer le moindre indice de dérapages et recourir à la loi dans toute sa rigueur.

Lorsque l’intellectuel Tariq Ramadan tînt des propos nettement moins virulents que ceux de son collègue philosophe, il fut purement et simplement estampillé antisémite ; accusation non fondée car il n’aurait pu échapper à la rigueur de la loi, ni aux foudres de la justice. Contre lui le soupçon valait sentence et la messe fut dite. Ce « procès en sorcellerie » en fit un pestiféré et le priva à ce jour, de plateaux de télévision, de conférences et d’expression publique.

Ceux qui sont à l’origine de l’oukase- fut-il non concerté- ont commis l’erreur de nous priver d’un intellectuel atypique qui dérange par son débit d’idées et par un dynamisme apparemment mieux apprécié par nos voisins anglais, chez qui il continue de cultiver son appétit de réformisme et sa passion du débat.

Comprenons bien qu’il s’agit de dissiper le malaise né de ces différences de traitements en évitant d’avoir recours aux seules incantations et aux cris d’orfraie. Il faut sauver la liberté d’expression en en garantissant l’accès à tous les citoyens qui se plient aux règles fixées par la loi et qui respectent les valeurs républicaines.

Pourquoi par exemple, ne pas en appeler à nos sages en les conviant publiquement à une réflexion profonde sur cette fameuse liberté d’expression, afin de la libérer des manipulations sordides et des indignations sélectives qui font le lit du doute, de la suspicion et des malentendus ?

Le débat sur les signes religieux à l’école, même s’il n’a pas été une totale réussite, aura eu le mérite et les bienfaits d’une catharsis. Pourquoi ne pas adapter l’exercice et améliorer le genre en l’appelant au secours de la liberté d’expression ? Il y a certainement d’autres voies à explorer par une réflexion collective. Il faudra rapidement y arriver car, pour aujourd’hui, nous devons hélas faire le triste constat qu’en l’état, le chemin est encore long qui mènera vers la liberté d’expression, l’égalité des chances et la fraternité des cœurs.




Écrit par : gvyg | 22/11/2006

Hallo webgemeinde!
helft mir mal, ich suche florian grotehans, hab gehört das seine firmen pleite sein sollen.

Habe vor x jahren ein handy bei einer firma von florian grotehans aus bad hersfeld gekauft. Hab grosse probleme damit und versuche den zu erreichen.

Nun habe ich gesehen dass die pleite sein sollen:

Geschäfts-Nr.: 11 IN 23/07 Am 26.10.2007 um 10:15 Uhr ist das Insolvenzverfahren eröffnet worden über das Vermögen der T-C-H Service GmbH & Co. KG mit Sitz in Dresden und dem Mittelpunkt der wirtschaftlichen Tätigkeit in Bad Hersfeld, Breitenstraße 37, 36251 Bad Hersfeld (AG Dresden, HRA 5714), vertr. d.: 1. TCH Vermögensverwaltungs GmbH, (persönlich haftende Gesellschafterin), vertr. d.: 1.1. Florian Grotehans, geboren 1982, Am Baumgarten 12, 36251 Bad Hersfeld, (Geschäftsführer). Insolvenzverwalter ist: Rechtsanwalt Dr. Frank Kreuznacht, Untermarkt 23, 99974 Mühlhausen, Tel.: 03601/88920, Fax: 03601/889211, E-Mail: Rechtsanwaelte@dr-wiengarten.de. Anmeldefrist: 17.12.2007.

Erreiche da niemanden, ans Handy geht der nicht. Habe nun auch gehört das gegen den wegen Betrug ermittelt wird.

Kann mir jemand helfen? Wie erreiche ich den?

Danke schonmal!!

Écrit par : ifrogmolan | 06/12/2011

Hallo webgemeinde!
helft mir mal, ich suche florian grotehans, hab gehört das seine firmen pleite sein sollen.

Habe vor x jahren ein handy bei einer firma von florian grotehans aus bad hersfeld gekauft. Hab grosse probleme damit und versuche den zu erreichen.

Nun habe ich gesehen dass die pleite sein sollen:

Geschäfts-Nr.: 11 IN 23/07 Am 26.10.2007 um 10:15 Uhr ist das Insolvenzverfahren eröffnet worden über das Vermögen der T-C-H Service GmbH & Co. KG mit Sitz in Dresden und dem Mittelpunkt der wirtschaftlichen Tätigkeit in Bad Hersfeld, Breitenstraße 37, 36251 Bad Hersfeld (AG Dresden, HRA 5714), vertr. d.: 1. TCH Vermögensverwaltungs GmbH, (persönlich haftende Gesellschafterin), vertr. d.: 1.1. Florian Grotehans, geboren 1982, Am Baumgarten 12, 36251 Bad Hersfeld, (Geschäftsführer). Insolvenzverwalter ist: Rechtsanwalt Dr. Frank Kreuznacht, Untermarkt 23, 99974 Mühlhausen, Tel.: 03601/88920, Fax: 03601/889211, E-Mail: Rechtsanwaelte@dr-wiengarten.de. Anmeldefrist: 17.12.2007.

Erreiche da niemanden, ans Handy geht der nicht. Habe nun auch gehört das gegen den wegen Betrug ermittelt wird.

Kann mir jemand helfen? Wie erreiche ich den?

Danke schonmal!!

Écrit par : ifrogmolan | 07/12/2011

Merci pour toutes ces informations

Écrit par : Devis électricité | 11/09/2014

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