24/02/2006

Val-Tilkin....même combat, même lunettes....

Pour un coup de pub, c’est un coup de maître : en consacrant un numéro « spécial liberté d’expression » à l’affaire des crobards danois, Charlie Hebdo a battu tous ses records de vente. Quatre cent mille exemplaires se seraient arrachés durant la seule journée du 8 février, mieux que pour les attentats du 11 septembre ou la mort du pape. Une semaine plus tôt, le moribond France-Soir s’était déjà refait une santé en balançant les fameux dessins sous gros titre à la Une, façon « J’accuse ». Du jour au lendemain, une poignée de vignettes assimilant les musulmans à des terroristes devenaient l’étendard des plus hautes vertus démocratiques...

Tu en as dans le froc, question amour de la liberté d’expression ? Prouve-le si t’es un homme, et reproduis-les illico, sinon t’es une mauviette. Quand Charlie s’y est mis à son tour, tout le monde les avait déjà vu dix fois, ces foutus dessins. Pas grave, on en presserait le jus jusqu’à la dernière goutte. Ça ne coûtait rien : leurs auteurs, roulés en boule quelque part au Danemark, ne penseraient certainement pas à réclamer leur copyright.

Le droit à la caricature est une liberté fondamentale et Charlie a bien raison de la défendre bec et ongles. Plus discutable est la posture qui consiste à se faire mousser en rempart contre le péril sarrasin. Depuis le 11 Septembre, l’hebdomadaire ne cesse de rhabiller le vieux tropisme anti-arabe aux couleurs plus tendance de l’islamophobie. Ses deux spécialistes en capillo-détection, Fiammetta Vener et Caroline Fourest, martèlent semaine après semaine que les barbus sont partout, chez les banlieusards, les altermondialistes, les pacifistes... Un jour, elles ont même cru dénicher un poil à barbe islamique dans la tonsure de la Ligue des droits de l’Homme.

Mais le plus prompt à se poser en héros de la résistance anti-terroriste, c’est le patron, Philippe Val. Ses fulminations incessantes contre quiconque s’écarte de l’axe du bien ont découragé jusqu’à ses lecteurs les plus fidèles. Même Pascal Boniface, directeur du très « expert » Institut de relations internationales et stratégiques, et à ce titre peu suspect de ben-ladisme, en est tombé de sa chaise. Philippe Val est un « vendeur de l’idéologie néo-conservatrice américaine », constate-t-il :

« Sharon et Bush sont ses héros positifs, ceux qui osent les critiquer sont selon lui complaisants avec les terroristes. Dans la grande bataille des idées à laquelle nous assistons, Val constitue un élément important. La tonalité ironique du journal, les dessins humoristiques lui permettent de vendre l’idéologie néo-conservatrice contenue dans ses éditoriaux à un électorat qui n’aurait pas naturellement penché de ce côté. » [1]

Il est vrai qu’on ne saurait faire grief à « l’ami Val », comme l’appelle Serge July [2], de bomber le torse contre les forces du mal. La liberté d’expression réside précisément dans le droit reconnu à chacun de l’accommoder à sa propre sauce, fût-elle pleine de grumeaux. L’ennui, c’est que ce droit si abondamment étalé par le directeur de Charlie Hebdo ne vaut que pour lui-même et ceux qui pensent comme lui. Ses ex-collaborateurs à Charlie en savent quelque chose : en cas de divergence, l’esprit des Lumières vire subitement au despotisme pas du tout éclairé.

Exemple : le chroniqueur Philippe Corcuff, « poussé vers la porte de sortie » après trois ans de loyaux services. Bien que partageant l’essentiel des lubies valiennes, et en dépit d’une élasticité idéologique qui lui permet d’aller de Bayrou à Krivine sans se déchirer un tendon, Corcuff a en effet fini - un comble ! - par passer pour extrémiste aux yeux de son employeur. Dans un communiqué publié le 3 décembre 2004, le sociologue revient sur l’un des désaccords qui ont motivé son départ :

« Recourant à des amalgames répétés entre l’islam comme religion, les différents courants de l’islam politique, l’intégrisme et le terrorisme, Charlie Hebdo - hormis quelques courageux résistants de la nuance et de la complication - s’est inscrit dans une croisade de la Civilisation (“européenne”) contre la Barbarie (“musulmane”). Dans cette perspective, on a été jusqu’à publiciser une fausse rumeur à propos du Forum Social Européen de Londres, où on a fait de ceux qui ne participaient pas à la nouvelle croisade (comme la LDH) des “alliés objectifs” des intégristes islamistes, en remettant ainsi à l’honneur une formule d’origine stalinienne. »

Pas d’accord ? Dehors !

Un an plus tôt, c’était le critique ciné Michel Boujut qui mangeait le bouillon pour cause d’hérésie. Dans un texte diffusé en mars 2003, il s’interroge :

« Opération épuration. Pfuitt... à la trappe ! [...] Je me pose une seule question, naïve comme toutes les vraies questions : peut-on être à la fois homme de morale (exigeante) dans ses éditos et homme de pouvoir (discrétionnaire) dans son “traitement des ressources humaines” ? Faire la leçon aux autres et se comporter comme ceux à qui on fait la leçon à longueur de colonnes ? Toujours cette foutue histoire de la paille et de la poutre. »

Fin 2000, Mona Chollet avait été virée elle aussi pour délit d’opinion : lors d’une réunion interne, elle avait osé contester un édito de Val qui qualifiait les Palestiniens de « non-civilisés ». « Il est tellement ignorant des autres cultures qu’il n’imagine pas qu’on puisse être “civilisé” autrement qu’en lisant Spinoza avec ses chats sur les genoux », dit-elle :

« Quelques jours après, il m’a convoquée, et il m’a annoncé qu’il arrêtait mon CDI après le mois d’essai, alors que j’étais pigiste depuis un an. Ça m’a sidérée. Il ne m’a pas dit pourquoi, mais ça crevait les yeux. Finalement il m’a dit : “je ne suis pas sûr que tu sois en accord avec la ligne que je veux donner au journal”. Je suis encore restée à Charlie quelque temps, mais en tant que pigiste, c’est-à-dire moins en position d’ouvrir ma gueule. »

Dans la ligne, le maquettiste Pierre-Yves Marteau-Saladin l’était lors de son embauche à Charlie. Croyant détecter en lui un serviteur de confiance, Val lui confie la mission secrète de moucharder les salariés suspects de dissidence et de lui rapporter leurs propos. C’est du moins ce que racontera le maquettiste une fois viré, écœuré par « l’état d’autocratie que Val a instauré ». Apparemment, l’indic n’a pas donné satisfaction.

« La liberté d’expression n’est pas négociable », bonimente Val à la télé. C’est vrai, à quoi bon négocier avec ses contradicteurs quand il suffit de s’en débarrasser ?

08:55 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook |

17/02/2006

article en chantier, pas commenter avant la fin...

là où je suis moins d'accord avec toi (et même Saïda Kada n'a rien trouvé à redire à celà) c'est que si l'image "les musulmans sont des terroristes..." c'est que les bombes posées le sont par des gens qui vont chercher leur légitimité dans cette même profession de foi "...J. TILKIN

"De plus je te parle de l'image pas du fond (JE N'AI JAMAIS DIS NI PENSE QUE L'IMAGE ETAIT JUSTE) , tu confonds tout ." ....le même...Jean..

"Arrête d'être aveugle et angélique, l'Islam est une excuse, le pouvoir et le pognon sont les moteurs ."...et toujours...Jean...

"Pour le reste, tu prends le problème à l'envers LA CAUSE C'EST LA VISION EXTREMISTE DE L'ISLAM , les attentats islamistes sont un effet .
Pour l'image, je NE CONFONDS RIEN si Mahomet est associé aux poseurs de bombes c'est que ceux qui les posent (et qui s'auto-proclament à tort martyrs ou kamikazes) se réclament de lui . Ce sont les poseurs de bombes qui crèent l'image , si ils se réclamaient de "caliméro" en posant les bombes LE RACCOURCI DEVIENDRAIT CALIMERO=BOMBES."...et je n'invente rien...TOUT est de toi...

....la manière dont s'est pratiquée l'intervention en Afghanistan (pas la suppression du régime des Talibans qui empiriquement est un bonne chose, à moins d'être nostalgique), ...

 

Si ils préfèrent un Emirat ou un Etat où s'applique la Charia , c'est leur problème tant que c'est chez eux (c'est juste que je n'aurais pas envie d'y vivre ni d'y être une femme) et que je pense que comme système c'est pas le top .

non , en niant la dangerosité des extrémistes tu foules du pied les morts des attentats de Madrid et de Londres

 

 

Mais je pense que l’idée généreuse de guerre contre le racisme se transforme petit à petit monstrueusement en une idéologie mensongère. L’antiracisme sera au vingt et unième siècle ce qu’a été le communisme au vingtième » (Haaretz) Alain F.
"Deux petites historiettes pour nous prouver que personne n'a le monopole de la connerie , du racisme et que finalement LE MIEUX EST L'ENNEMI DU BIEN ." J. tilkin

Mahmoud troudballe, président de l'Iran (quoique j'ai un peu l'impression qu'il se prend pour le Président Palestinien) et ses déclarations tapageuses . Il ne lui manque vraiment que le nez rouge et le l'entonnoir . Ses propos outranciers font qu'il fait partie de ces gens dont les propos déservent systématiquement la cause qu'il défend (un peu à la manière d'un Fielkenkraut) . De savoir que ce gars veut une bombe Boumboum me fait autant rire que de savoir que W. possède une clef qui tient le monde dans ses mains (in his hands he's got the Whole World in his hands, bisous Lulu) .

mon petit garçon, sache tout d'abord que les progrès sociaux je m'en cogne, j'estime que je n'ai pas besoin d'avoir la bouche ouverte et la main tendue , cependant quand je vois ce que je paye d'impots, je vois mal pourquoi j'en ferais la prime à quiconque ! Evidemment pour avoir un peu d'indépendance financière, il faut pouvoir se dire : mon salaire je le fais moi-même et je bosse pour ça . Celui qui décide le contraire et de faire de son 9h00'-17h00' le crédo de sa vie, libre à lui mais qu'il ne se plaigne pas .

 

ben enfin un qui a tout compris, vive Staline, quel con . lenoir fait attention à ce que tu dis l'URSS c'est comme Hitler, IN-DE-FEN-DA-BLE

 


j'étais contre l'intervention u.s. mais la chute de Saddam est empiriquement une bonne chose

 

et voilà "c'est celà oui" à la rescousse des kurdes et des pauf Irakiens opprimés . Il vaut mieux qu'ils soient opprimés chez eux, que chez nous en train de nos imposer leur Islam de cinglés . vive le porc, l'alcool, les cheveux des filles et les musulmans revendicatifs chez eux .

 

je dresse simplement un constat Saddam était un dictateur et donc un ennemi de l'humanité .

 

Staline était un dictateur doublé d'un monstre qui a eu peu d'égal dans l'histoire de l'humanité

 

le communisme n'est pas la pire des choses qui puisse arriver aux gens de droite, mais à l'humanité (non pas par son idée, mais par la nature humaine) . ouvre les yeux .

non non, pas poour moi, tous dans des avions et retour à la case départ . Beaucoup de ces gars se feraient vite couper les mains en terre sainte . et plus de problème avec les "islamistes radicaux", qu'ils se tuent entre eux, prient entre eux et coupent le clito de leurs femmes entre eux

 

ok, mais je te promets que le communisme est à bannir au même titre que le fascisme, son application fait vraiment beaucoup de mal aux gens .


quaeps, je comprends ton désarois mais ce n'est pas du faux communisme mais le communisme appliqué par des hommes .

 

tu me suis très mal, je t'ai dit de toutes les façons possibles que j'étais contre un retour du catholicisme en politique, et de toute autre religion d'ailleurs . si les gens veulent être catho, musulman, orthodoxe, communiste ou que sais-je dans la sphère privée c'est leur droit le plus strict . j'entends simplement qu'ils ne l'impose pas à d'autres, ce qui n'empêche qu'ils ont le droit et de s'en réclamer et de vouloir en faire connaître les valeurs de façon pacifique et non invasive

 

Fraîchement élu Président de la République Islamique d'Iran, Mahmoud Ahmadinejad est accusé de traîner quelques belles casseroles derrière lui . Les deux plus belles étant sans conteste la participation à la prise d'otages de l'ambassade US à Téhéran en 1979/80 et la participation à l'assassinat d'un leader Kurde à Vienne en 1989 . 

 

La première question à se poser est : ces accusations sont-elles fondées ? A franchement parler, il m'étonnerait qu'elles ne le soient pas .

 

il  ne faut pas oublier que l'Angleterre est en guerre en Irak et que la guerre ça tue, et là elle a tué où on l'attendait pas (trop)

Des bombes sont aussi tombées sur Bagdad et ont également tué des civils, ce qui est évidemment insupportable . La différence est évidemment de s'en prendre à des civils de façon délibérée et de vouloir faire le plus de victimes possibles, et ça c'est de la sauvagerie .

 

je suis d'accord avec toi, les anglais n'ont pas grand chose à faire en irak mais comme ils y sont, ils ne peuvent pas se permettre de baisser leur culotte sous la menace .

il n'y a pas de faux communisme, le tour de force est d'arriver à faire croire le contraire .
comme le disait de bonne foi un éditorialiste de l'humanité : "85 millions de mort, ne doivent pas mettre en cause le communisme" . c'est ça le tour de force du communisme, faire croire que ses "dérives" ou atricités ne lui appartiennent pas , mais sont des corruptions du système alors qu'elles en sont les conséquences

 

mais elle n'a pas pu aller plus loin, càd rééducation ou extermination des "ennemis" (les riches), puis des autres ennemis (les petites propriétaires terriens), puis les intellectuels,...tu connais certainement mieux que moi le système que tu chéris donc je n'irai pas plus loin .

c'est bien le communisme qui honteusement et hypocritement dit s'inspirer des lumières, Démocrite,..

je sais en tout cas ce qu'il donne partout où il s'est instauré

 

le fait que tu confondes encore fascime et marxisme(après de NOMBREUSES discussions sur le sujet...) montre soit une mauvaise volonté de ta part, soit une inculture crasse...
fondements du fascisme ET du communisme, ce qui ne veut pas dire que l'on confond les deux

Faire appel aux grands du passé je te l'ai déjà dit en se les appropriant à tort il y a deux mots pour qualifier ça, fascisme ou communisme .
oui, le gouvernement américain vis-à-vis des Cubains est immoral, pas par rapport à Castro qui ne mérite que de crever comme il fait crever son peuple .
une petite différence quand même entre les deux régimes, aux usa tous les 4 ans les gens ont le choix entre la peste et le choléra, à Cuba ils ont le choix entre Castro et Castro ou la prison .
si les européens avaient agi comme ça avec Hitler er Lénine ça aurait évité des gros emmerdements

une Nomenklatura bien domestiquée et une armée lobotomisée ainsi qu'un enseignement habilement dirigé suffisent souvent à maintenir une dictature .

parle de choses sérieuses, pas de communisme .

je veux bien te dire que le communisme, dans un livre c'est très beau, mais je remarque que partout où il a été mis à l'épreuve du terrain, il a fait souffrir (euphémisme) des millions de gens ; d'où ma volonté de ne jamais revoir un système s'en réclamant .

. si il y a une alternative rejeter le communisme . quelle tête ferais-tu si quelqu'un te disait "regarde le fascisme c'est pas si mal, les allemands ont tous eu une voiture et des supers autoroutes, donc il suffit de trier !" . moi en tous cas ça ne me ferait pas rigoler .

 

 je souhaite que les victimes de Lenine t'entendent .

ne te vexe pas des gens finiront bien par présenter des alternatives intelligentes et appliquables sans que la moitié de la population en souffre, arrête d'emplyer des termes malpolis (communisme) .

En réalité il n'y a qu'un Etat pour lequel je peux comprendre que le politique et le spirituel se confondent .

quant à chercher des mouches dans le Coran, c'est encore une fois un raccourci réducteur, ma démarche étant plutôt de savoir sur quels textes peuvent se baser les gros cons de jihadis

 

par hasard.... le livre de laurent concerne Bush, tu es tombé sur les évangélistes PAR HASARD...tu ne t'y est pas INTERRESSE, ils sont venu à toi...par hasard...et par hasard, ils semblent te faire BEAUCOUP MOINS peur que les Islamistes....

 

Oui, ils me font moins peur que les jihadi, peut-être à tort, tout comme ils te font plus peur que les jihadi, peut-être à tort .

 

Je sais que toi tu appelles ces choses des traditions et qu'on doit les admettre ; pour faire un petit parallèle je viendrais sur le fait de battre une femme, chez nous c'était encore généralement très bien toléré il y a moins d'un siècle et maintenant ça ne l'est plus, doit-on pleurer devant cette tradition disparue ? Pourquoi l'admettre parce que le mari est musulman ?
Tout qui ne condamne pas l'excision est un gros enculé, bien sûr ce sont les mentalités qui doivent changer, malheureusement ça ne peut se faire qu'à terme, et qu'en attendant il faut aussi protéger des fillettes .

prêche ou discours dont tu dis à chaque fois "oui, ce sont des cinglés isolés", alors que ce sont des députés, des hommes politiques, des imams qui ont une large audience,...Le savoir et s'en rendre compte n'implique évidemment pas de vouloir combattre les raisons qui font qu'il y a une large audience à ce type de discours . Les fautes occidentales tu les connais mais ne croit pas qu'elles sont les seules , p.e. le fait de maintenir un seuil d'éducation très bas (chez les hommes et encore plus chez les femmes) est loin d'être le fruit du hasard et arrange encore plus les "fous de dieu" que les occidentaux . Il est clair que ce raisonnement est universel et également un but politique .

Bien sûr, rayons Israël de la carte, quittons les Terres Saintes (Andalousie compris tant pis pour les Espagnols), et il n'y aura plus de jihadi

 

Le fait que le vernis religieux des dirigeants des jihads cache du politique, je crois que je le sais depuis que je suis né (j'exagère), malheureusement ce n'est pas le cas pour les gens qu'ils manipulent .

 

 

Sourate IV verset 89, mais ce n'est pas le fait que celà soit écrit qui est important, l'important est de savoir pourquoi des gens peuvent le croire et/ou le prendre au premier degré .

 

 

pas du tout en rapport avec la prise de la Mecque, mais j'aime ton probablement

 

L’Ayatollah Ruhollâh Mussavi Khomeyni (1912-1989), fondateur de la République islamique iranienne en 1979, Imam de l’Islam shi’ite iranien, est très clair à ce sujet qui nous dit que « La foi et la justice islamique exigent de ne pas laisser survivre, dans le monde musulman, les gouvernements anti-islamiques ou ceux qui ne se conforment pas entièrement aux lois islamiques ». Pour lui tout pouvoir laïque est un pouvoir satanique, « le mal suprême qui doit être impitoyablement combattu et déraciné ... c’est non seulement notre devoir en Iran, mais c’est aussi le devoir de tous les musulmans du monde, dans tous les pays musulmans, de mener la Révolution Politique Islamique à la victoire finale" (Principes politiques, philosophiques, sociaux et religieux de l’Ayatollah Khomeyni, Ed. Libres-Hallier, Paris, 1979, pp. 26-27).

Le Coran indique qui doit combattre et de quelle manière. Lutter pour le triomphe universel de l’Islam est un devoir pour tous les musulmans, mais si les volontaires, les mudjahidin, les combattants dans le chemin (voie) de Dieu, sont suffisamment nombreux, il y a dispense pour les autres.
Selon le Coran la supériorité du croyant sur l’infidèle est évidente, ce qui signifie que si le croyant est vaincu c’est que Dieu le veut, qui récompense le combattant tué, un martyre, par les bienfaits du Paradis.
La guerre elle-même est réglementée : il faut avertir l’infidèle avant de l’attaquer, afin qu’il puisse accepter la conversion. S’il refuse, le combat est une nécessité car l’essence de l’homme raisonnable est d’être musulman. S’il s’est égaré dans une autre religion ou dans l’athéisme il faut le rappeler à la raison, qui est d’être muslim, c’est à dire soumis à Dieu.

la haine que tu portes à Israël, te fais perdre en lucidité .

 

des choses intéressantes polluées par des idées nauséabondes fleurant bon la censure, les idées de Goering, Staline et Sarkozy réunies (mot pour mot d'ailleurs) .
mais bon, ces idées ont le mérite d'exister et d'amener un autre éclairage .

même si tu écris ce commentaire 1 heure avant de t'excuser de citer ce gros putois, il est dommage de constater que ta haine te fait admirer un nazi de la pire espèce .


 

 

13:29 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

16/02/2006

un peu d'humour...

Condoleezza Rice demande 75 millions de dollars au Congrès pour lutter en faveur de la démocratie en Iran

WASHINGTON (AP) - La Secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a demandé mercredi au Congrès de débloquer 75 millions de dollars (63 millions d'euros) supplémentaires pour aider les efforts en vue de promouvoir la démocratie en Iran.

Cette rallonge, qui devrait être incluse dans une ligne budgétaire extraordinaire que la Maison Blanche doit réclamer bientôt au Congrès, devrait être consacrée à des programmes de radio et télévision par satellite, ainsi qu'à des bourses pour aider les Iraniens à faire des études à l'étranger.

"Les Etats-Unis veulent tendre la main aux Iraniens et soutiennent leur désir de réaliser leur propre liberté et de garantir leur démocratie et leurs droits de l'Homme", a témoigné Mme Rice devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat.

Ces deux dernières années, le Département d'Etat a investi plus de quatre millions de dollars (3,3 millions d'euros) dans des projets destinés à soutenir la démocratisation en Iran. Selon Condoleezza Rice, Washington travaille actuellement avec des ONG à renforcer un réseau de soutien aux dissidents et militants des droits de l'Homme en Iran, tout en finançant des programmes de formation de syndicalistes et leur protection contre le "régime extrémiste" aux commandes à Téhéran.

Alors que l'Iran a déclaré avoir repris ses opérations d'enrichissement de l'uranium, la cheffe de la diplomatie américaine a jugé qu'il "a désormais dépassé le stade où il défie ouvertement la communauté internationale". Elle s'est refusée à aborder la question d'éventuelles sanctions envisagées par Washington, tout en réaffirmant la nécessité pour la communauté internationale de parler d'une seule voix sur ce dossier. AP

nc/v

17:43 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

voilà, en gros, ce que tu n'as JAMAIS compris....

[ Rares sont les Américains qui s’opposent publiquement aux campagnes militaires des États-Unis.

William Blum, ancien fonctionnaire du département d’ État, journaliste et essayiste, n’hésite pas à s’en prendre à son propre gouvernement. Depuis le 11 septembre, il prononce des discours sur les campus universitaires pour dénoncer la politique étrangère des États-Unis et expliquer pourquoi il ne se considère pas comme un patriote. ]



Une fois n’est pas coutume, une traduction partielle vite fait sur le pouce du dernier rapport de W. Blum.

Rappelons qu’il est l’auteur de "Guerres Scélérates" et "Etat Voyou". Qu’on se le dise.



Le rapport Anti-Empire. Certaines choses que vous devez savoir avant la fin du monde, par Wiliam Blum.


14 février 2006


Comment j’ ai passé mes 15 minutes de célébrité

Au cas où vous ne le sauriez pas encore, le 19 janvier de cette année, le dernier message d’Oussama Ben Laden fut diffusé et dans son message il déclarait : "si vous (les américains) êtes sincères dans votre volonté de paix et de sécurité, nous vous avons répondu. Et si Bush décide de poursuivre avec ses mensonges et son oppression, alors il serait utile de lire le livre "Etat Voyou" (titre français - NDT), qui dit dans son introduction ...." Puis il poursuivit en citant le début d’un paragraphe que j’avais écrit (et qui n’apparaît en fait que dans l’édition britannique), et qui fut ensuite traduit en arabe, et qui dit ceci :

"Si j’étais le président, je pourrais arrêter le terrorisme contre les Etats-Unis en quelques jours. Définitivement. D’abord je demanderais pardon - très publiquement et très sincèrement - à tous les veuves et orphelins, les victimes de tortures et les pauvres, et les millions et millions d’autres victimes de l’Impérialisme Américain. Puis j’annoncerais la fin des interventions des Etats-Unis à travers le monde et j’informerais Israël qu’il n’est plus le 51ème Etat de l’Union mais - bizarrement - un pays étranger. Je réduirais alors le budget militaire par au moins 90% et consacrerait les économies réalisées à indemniser nos victimes et à réparer les dégâts provoqués par nos bombardements. Il y aurait suffisamment d’argent. Savez-vous à combien s’élève le budget militaire pour une année ? Une seule année. A plus de 20.000 dollars par heure depuis la naissance de Jésus Christ.
Voilà ce que je ferais au cours de mes trois premiers jours à la Maison Blanche.
Le quatrième jour, je serais assassiné. "

Dans les heures qui ont suivi, j’ai été pris d’assaut par les médias et je suis passé dans de nombreuses émissions de télévision, des douzaines de programmes radio. De longs articles ont été publiés dans le Washington Post, Salon.com et ailleurs. Au cours des dix dernières années, le Post n’avait jamais daigné publier une seule de mes lettres qui rectifiaient des erreurs dans leurs articles. Maintenant j’avais ma photo sur la une.

De nombreux médias voulaient me faire dire mon dégout pour le "parrainage" de Ben Laden. Je ne l’ai pas dit parce que je ne le pensais pas. Après les deux premiers jours d’interview, j’ai réussi à affiner ma réponse qui ressemblait généralement à quelque chose comme ça :

"Il y a deux choses. D’un côté, je méprise totalement l’intégrisme religieux et les sociétés qui en résultent, tels les Talibans en Afghanistan. D’un autre côté, je suis membre d’un mouvement qui a la prétention de ralentir, sinon d’arrêter, l’Empire Américain, de l’empêcher de continuer à faire ce qu’il fait partout dans le monde, bombarder, envahir, renverser des gouvernements, et torturer. Pour avoir une chance de succès, nous devons faire passer notre message au peuple Américain. Et pour faire passer notre message au peuple américain, nous devons avoir accès aux médias. Ce qui vient de m’arriver me donne l’occasion de m’adresser à des millions de personnes, chose que je n’aurais jamais pu faire en d’autres circonstances. Pourquoi n’en serais-je pas satisfait ? Pourquoi laisserais-je passer un telle occasion ? "

La Célébrité - le summum culturel de la civilisation moderne - est un phénomène particulier. Elle ne vaut rien si on n’en fait pas quelque chose.

Les auditeurs qui appelaient les émissions où je passais, et où j’étais parfois l’invité principal, en plus de nombreux courriers électroniques, m’opposaient deux arguments.

1 Où, en dehors des Etats-Unis, pouvais-je trouver la liberté de dire ce que j’étais en train de dire dans un médium national ?

A part leur ignorance profonde quant aux nombreux pays où l’expression est au moins aussi libre qu’ici (surtout depuis le 11 septembre), ce qu’ils sont en train de dire en réalité est que je devrais être reconnaissant d’avoir la liberté d’expression et que je devrais montrer ma gratitude en n’exerçant pas cette liberté. Au fond, c’est ça qu’ils sont en train de dire.

2 L’Amérique a toujours fait de merveilleuses choses à travers le monde, comme le Plan Marshall, la défaite du communisme et les Talibans, la reconstruction de pays et la libération de l’Irak.

J’ai déjà abordé ces mythes. Comme les particules sub-atomiques, ils réagissent différemment lorsqu’on les examine. Par exemple, dans mon dernier rapport j’ai fait remarquer que la plupart des "pays détruits" l’avaient été par des bombes américaines, et que l’Amérique n’en avait reconstruit aucun. En ce qui concerne les Talibans, les Etats-Unis ont renversé un gouvernement laïque, favorable aux droits de la femme. Ce qui permit aux Talibans de prendre le pouvoir. Ainsi les Etats-Unis peuvent difficilement se vanter d’avoir chassé les talibans dix ans plus tard, pour les remplacer par une occupation US, un président marionnette US, un éventail de seigneurs de guerre et des femmes enchaînées.

Mais essayez donc d’expliquer de telles finesses en une minute ou deux dans une émission de radio ou télé. Cependant, je crois que j’ai miraculeusement réussi à faire passer certaines informations et idées dans l’inconscient collectif américain.

Certains animateurs et de nombreux auditeurs étaient clairement peinés de m’entendre dire que les terroristes anti-américains ripostaient contre le mal que nous avions fait à leur pays, et qu’ils n’étaient pas que de simples méchants, des fous d’une autre planète [1] . Beaucoup ont cru que j’étais un partisan du Parti Démocrate et ils ont alors commencé à s’en prendre à Bill Clinton. Lorsque j’ai fait remarquer que je n’étais pas du tout un partisan des Démocrates ou de Clinton, ils restaient généralement bouches bées pendant quelques secondes avant de passer à un autre délire. Ils ne savent même pas qu’il existe tout un monde là-bas dehors au-delà des Républicains et des Démocrates.

Récemment, on a entendu et lu dans les médias américains que les musulmans qui protestaient contre les caricatures danoises étaient des gens rétrogrades, qu’ils brandissaient des panneaux réclamant la décapitation de ceux qui insultent l’Islam. Mais un auditeur d’une émission à laquelle je participais a dit "Qu’il fallait s’occuper de mon cas," et une des centaines de courriers désagréables que j’ai reçus commençait par "Mort à toi et à ta famille."

Un de mes moments préférés : dans une émission de radio en Pennsylvanie, nous parlions du conflit Israelo-Palestinien.

L’animatrice (avec une pointe d’angoisse dans sa voix) : "Mais qu’est-ce que Israël a bien pu faire aux Palestiniens ? "

Moi : "Vous étiez dans le coma ces 20 dernières années ?"

Ca c’est une question que j’aurais pu poser à pas mal de ceux qui m’ont interviewé ces dernières semaines. En fait, 60 ans aurait été plus correct.


Des élections qu’ on ne m’ a jamais apprises à l’ école.

Toute leur vie, on enseigne aux américains la signification et le caractère sacré des élections libres. On ne peut pas avoir cette chose appelée "démocratie" sans cette chose appelée "élections libres". Et lorsqu’on a ce truc appelé "élections libres", c’est pratiquement synonyme que l’autre chose appelée démocratie. Et qui est le plus grand champion d’élections libres dans le monde ? Et bien, c’est le professeur lui-même, le pays béni de Dieu, notre bon vieux Etats-Unis d’Amérique.

Mais que faisait le pays béni de Dieu pendant toutes ces années où nous absorbions et prêtions serment sur ce message ? Le pays béni de Dieu était en train de s’ingérer dans des élections libres dans tous les recoins du globe, sans blague.

Le dernier exemple en date sont les récentes élections en Palestine, où l’Agence pour le Développement International (US-AID acronyme anglais- NDT) a injecté deux millions de dollars (une somme énorme dans cette zone) afin de faire basculer l’élection en faveur de l’Autorité Palestinienne et son aile politique, le Fatah, pour empêcher le groupe Hamas d’accéder au pouvoir. L’argent était dépensé dans différents programmes sociaux afin d’accroître la popularité de l’AP. Les projets ne mentionnaient rien qui puisse révéler l’implication de US-AID et ne correspondaient pas aux définitions d’un programme de développement. De plus, les Etats-Unis ont financé de nombreuses publicités dans les journaux vantant ces projets, au nom de l’AP, sans mentionner l’Agence.

"Un programme de communication est intégré dans chacun des projets afin de souligner le rôle de l’AP dans la réponse aux besoins de la population," indiquait un rapport sur ces projets. "Le plan est d’annoncer un projet chaque jour au cours de la prochaine semaine, à compter du 13 janvier, afin qu’il y ait un flot ininterrompu d’annonces sur les choses positives qui sont réalisées dans les zones palestiniennes au cours de cette semaine cruciale avant les élections."

Selon la loi électorale palestinienne, le financement des campagnes et des candidats par des sources étrangères est interdit [2]. Ce qui est aussi le cas dans la loi électorale Américaine.

Depuis la victoire du Hamas, les Etats-Unis ont clairement fait savoir qu’ils ne reconnaissaient pas le résultat comme une victoire de la démocratie et qu’ils n’avaient aucune intention de nouer des relations diplomatiques normales avec le gouvernement. (Israël a pris une position similaire, mais il ne faut pas oublier qu’Israël a financé et soutenu l’émergence du Hamas à Gaza à ses débuts, en espérant contrer l’OLP ainsi que la gauche palestinienne.)

Selon mes chiffres, Washington s’est ingéré dans plus de 30 élections à l’étranger depuis la deuxième guerre mondiale - de l’Italie en 1948 et les Philippines et le Liban dans les années 50, au Nicaragua, Bolivie, et Slovaquie dans les années 2000 - la plupart de ces ingérences ont été effectuées d’une manière encore plus flagrante qu’en Palestine [3]. Certaines des techniques employées ailleurs ont été appliquées aux Etats-Unis même, alors que notre système électoral, qui faisait jadis tant la fierté du pays, glissait lentement d’un système de "Un homme, une voix" vers une système de "Un dollar, une voix".


Bientôt dans un pays (ou ville) proche de chez vous.

Le 13 janvier, les Etats-Unis d’Amérique, dans toute sa sagesse effrayante, trouva bon d’envoyer un avion sans pilote au-dessus d’un village éloigné situé dans la nation souveraine du Pakistan pour y tirer un missile Hellfire sur une résidence afin de tuer quelques "méchants".
Plusieurs maisons furent incendiées, 18 personnes furent tuées, dont un nombre inconnu de "méchants". Les derniers rapports semblent indiquer que ce nombre inconnu est voisin de zéro, puisque la cible principale, le numéro deux d’Al Qaeda, Ayman al-Zawahiri, n’en faisait pas partie. Le scandale est toujours vif au Pakistan. Aux Etats-Unis, le Sénat a réagi d’une manière typiquement américaine :

"Nous nous excusons, mais je ne peux pas dire que nous ne recommencerons pas," déclara le Sénateur John McCain, de l’Arizona.

"C’est regrettable, mais que pouvons-nous faire d’autre ?" a dit le sénateur Evan Bayh de l’Indiana

"Pour ce que j’en sais, la frappe était justifiée selon nos sources de renseignement," a dit le sénateur Trent Lott du Mississippi. [4]

Des attaques similaires par des avions drones et des missiles ont déjà semé la colère parmi des populations et dirigeants en Afghanistan, en Irak et au Yemen. Il n’est pas rare que la destruction de la cible soit si complète qu’il est impossible de déterminer qui a été tué, ni combien ont été tués. Amnesty International a protesté auprès des Busheviks après chaque frappe de Predator. Un rapport de l’ONU au lendemain de la frappe de 2002 au Yemen l’a qualifié de "précédant alarmant (et) un exemple clair d’assassinat extra-judiciaire" en violation du droit international et des accords internationaux. [5]

Peut-on imaginer le cas d’Américains tirant un missile sur une maison à Paris ou Londres ou Ottawa juste parce qu’on soupçonnerait la présence de hauts dirigeants d’Al Qeada ? Même si les Etats-Unis connaissaient leur présence avec certitude, et non par simple spéculation comme dans les cas mentionnés ci-dessus ? Et bien, probablement pas, mais on n’est jamais vraiment sûr de rien avec ces Superarrogants-Superfrimeurs-Cowboys-sous-stériodes. Après tout, ils l’ont déjà fait chez eux, en Pennsylvanie. Le 13 mai 1985, une bombe fut larguée d’un hélicoptère de la police et incendia tout un pâté de maisons, détruisant quelques 60 habitations, tuant 11 personnes, dont plusieurs enfants en bas age. La police, le bureau du maire, et le FBI étaient tous impliqués dans un effort pour déloger une organisation appelée MOVE de la maison où ils vivaient.

Les victimes étaient tous noirs bien sur. Alors posons la question autrement. Peut-on imaginer que les officiels Américains tirent un missile sur un quartier résidentiel de Beverly Hills ou un quartier chic de Manhattan ? La réponse juste après la pub.

(...)

William Blum

15:11 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

la maladie de l'occident...

Après avoir analysé le « Proche-Orient éclaté », l’historien libanais Georges Corm nous offre une magistrale réflexion sur la « Question religieuse ».

C’est le propre des bons livres que de donner l’impression au lecteur de traiter l’actualité la plus brûlante. Mais c’est la qualité des livres importants de cumuler cet avantage avec celui d’échapper aux mouvements illusoires du quotidien pour nous parler de toute une époque. Le dernier essai de Geoges Corm entre dans cette catégorie des ouvrages qui tombent à point nommé, sans être jamais menacés de péremption. La Question religieuse au XXIe siècle semble avoir été écrit ces jours-ci pour s’inscrire dans le débat sur les trop fameuses caricatures de Mahomet. Sujet qui, évidemment, n’est pas évoqué, mais que ce livre nous permet de mettre en perspective. C’est qu’en poursuivant une réflexion entamée depuis de nombreuses années, l’économiste et historien libanais croise et recroise les événements qui font notre tout-venant. L’originalité de Corm est de refuser un postulat qui n’est pourtant plus guère discuté par grand monde : le supposé retour au religieux. Ce retour au religieux qui serait la caractéristique fondamentale de notre temps. Il ne s’agit évidemment pas de nier l’évidence ­ retour au religieux, il y a ­, mais de se demander si ce « retour » est la cause des bouleversements planétaires que nous observons, ou s’il est une conséquence de changements qui s’inscrivent dans la sphère politique. Pour répondre à cette question, l’auteur use d’un jeu de mots. Plutôt que de « retour à la religion », il préfère parler de « recours à la religion ». La formule nous ramène dans le champ de la politique. Ce sont les politiques qui sont les grands acteurs de cette évolution et, plus ou moins consciemment, la déterminent.

Ce ne sont pas les imams, les rabbins, les prêtres ou les chamans, ce sont bien les dirigeants des grandes puissances. En particulier, au tournant des années 1980 avec la globalisation libérale, la destructuration des politiques sociales, puis les guerres contre l’Irak. « Il y a trente ans seulement, le monde (était) sans dieu », note Georges Corm. Dans ce laps de temps microscopique, les grandes puissances, et en premier lieu les États-Unis, ont à la fois investi sur les dictatures locales et les féodalités religieuses. Tout plutôt que les oppositions démocratiques, laïques, toujours suspectes ­ et cela à juste titre ­ d’être à la fois sociales et antilibérales. Et cette destruction systématique des espaces démocratiques dans le tiers monde et, en particulier, dans le monde arabe ne s’est pas autolimitée aux institutions et aux forces politiques. La bataille mortifère a atteint les bases culturelles de notre monde, frappé d’obsolescence la grille de lecture politique et matérialiste, et poussé les oppositions dans des refuges à caractère identitaire, ethnique et religieux. Nous en sommes là. Et le mérite de Georges Corm est de nous montrer, au gré d’un périple historique magnifiquement documenté, que rien ne s’oublie et que tout se paie. Il puise son « archéologie des violences modernes » dans les guerres de religion en Europe, qui déjà étaient des guerres politiques. Pour Georges Corm, le tournant qui allait conduire à un retour au religieux s’est d’abord opéré en Occident. Non pas du fait des Églises, mais des politiques, des intellectuels et des historiens. Il pointe en particulier le renversement idéologique des années 1980 dans la lecture de l’histoire, et la révision du XVIIIe siècle français.

14:55 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

12/02/2006

déjà posté, jamais commenté, trop clair sans doute...

. Pour en finir avec l'intimidation.

Commençons par une histoire impossible. Imaginons que l'Afrique, par miracle, soit devenue riche et puissante, et que l'Europe soit devenue pauvre, divisée et sans indépendance réelle. Imaginons aussi que, lassés des massacres à répétition dont ils sont l'objet, les Tutsis décident de fonder un foyer ailleurs. Certains de leurs chefs désignent la Wallonie comme étant ce nouveau foyer. D'autres Africains, pour résoudre ce que certains appellent le "problème Tutsi", approuvent ce projet. Ainsi un flot de Tutsis commencent à s'installer dans cette région avec armes et bagages, en proclamant que les habitants qui s'y trouvent n'ont qu'à aller ailleurs. Avec leurs richesses, leur détermination et leurs armes, les Tutsis arrivent rapidement à s'emparer des fermes, des forêts et des villes et d'en chasser la majorité des indigènes, soit par des moyens légaux soit par l'intimidation. Une bonne partie de la Wallonie devient le nouvel État Tutsi, lequel se vante d'être particulièrement bien gouverné et démocratique. Toute l'Afrique l'admire.

Pourtant, à la surprise des Africains, la plupart des Wallons s'opposent à cet arrangement. Désemparés, soutenus parfois par d'autres Européens qui sont néanmoins divisés et dont les dirigeants sont faibles et indécis, ils se livrent à plusieurs barouds d'honneurs qui ne font que permettre à l'État Tutsi de s'agrandir. Les Africains n'arrivent pas à comprendre pourquoi les Belges et les autres Européens sont incapables d'apprécier la supériorité du système introduit sur leur continent par les Tutsis. Alors que les Tutsis du monde entier sont invités à venir s'y installer, on explique aux habitants expulsés qu'il existe déjà des états francophones où ils peuvent aller. Tous ceux qui, en Europe ou ailleurs, dénoncent cette situation risquent d'être traités de racistes "anti-Tutsis". Lorsque, parqués dans certains lambeaux de l'ex-Wallonie, complètement entourés par l'armée Tutsi, un certain nombre d'autochtones se lancent dans des actions violentes et désespérées, les commentateurs rivalisent de théories sur les particularités de la culture des Wallons qui les poussent à un tel fanatisme.

On peut douter que notre principale préoccupation, si par impossible nous nous trouvions dans une telle situation, serait "de mettre fin à la violence" des habitants originaux de la Wallonie, de mettre sur le même pied les deux camps ou d'amener tous les Belges et plus généralement les Européens à garantir avant toute autre chose la sécurité de l'État Tutsi à l'intérieur de "frontières sûres et reconnues". Pourtant, la responsabilité de la Belgique dans les malheurs des Tutsis, à travers sa politique coloniale, est incomparablement plus grande que celle, inexistante, des Palestiniens dans les persécutions des Juifs en Europe.

Le but de cette fable n'est nullement de comparer ou de prétendre établir une équivalence entre deux histoires tragiques, celle des Juifs et des Tutsis, mais uniquement d'illustrer le fait que l'attitude des Arabes vis-à-vis d'Israël n'est pas nécessairement due à une culture ou à une religion violente et étrange, mais est celle que n'importe qui pourrait avoir, une fois mis dans une situation semblable à la leur1.. C'est surtout cette situation qui est étrange. Le reconnaître ne signifie pas qu'on puisse ou qu'on doive revenir sur ce qui a été fait dans le passé. Comme le souligne ailleurs Norman Finkelstein, avec le temps, le fait accompli, même initialement injuste, devient irréversible2.. Mais si l'on veut arriver à une paix véritable, non seulement entre Arabes et Israéliens, mais aussi entre l'Occident et le monde arabo-musuman, alors il faut commencer par comprendre pourquoi les autres voient le monde comme ils le voient, et par identifier honnêtement l'agresseur et l'agressé3..

Cette fable veut aussi illustrer le fait que, tant que l'on voit le conflit en termes de lutte contre le terrorisme, de conflits entre états, ou même de violation des droits de l'homme, on en omet un élément essentiel, à savoir que l'État d'Israël est une continuation du colonialisme européen. C'est cet aspect (souvent invisible en Europe) qui le rend odieux aux yeux de tant de personnes dans le monde arabo-musulman, et dans le reste du tiers-monde4.. N'importe quel enfant à Rabat sait que s'il a été possible de créer l'État d'Israël comme il l'a été et là où il l'a été, c'est parce que la population indigène qui a fait les frais de cette opération était constituée d'Arabes (comme lui) et non pas d'Européens organisés au sein d'états puissants et qui se considèrent comme supérieurs. Et, cela, c'est difficile à accepter.

On peut discuter pour savoir si le sionisme est un racisme, mais ce qui est certain, c'est que ce projet doit son triomphe à la fois à la volonté des puissances européennes (et, ensuite, des États-Unis) de contrôler une région ayant une grande importance stratégique et aux préjugés racistes partagés par presque tous les Européens de l'époque. Comme le fait remarquer l'écrivain palestinien Edward Said, « si l'on pense à Churchill, Weizman, Einstein, Freud, Reinhold Niebuhr, Eleanor Roosevelt, Truman, Chagall, les grands chefs d'orchestre Otto Klemperer et Arturo Toscanini, plus des dizaines et des dizaines d'autres en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en France et ailleurs en Europe, et que l'on essaie de produire une liste de gens soutenant les Palestiniens qui aurait pu contrebalancer cet immense déploiement d'influence et de prestige, on ne trouve presque rien »5.. Et la situation n'a pas radicalement changé depuis lors. Indépendamment de toute donnée démographique, si un livre affirmait, entre autres amabilités, que les Juifs, ou les Noirs, ou les Asiatiques « se multiplient comme des rats », il ne recevrait pas l'accueil qu'a reçu celui d'Oriana Fallaci, La rage et l'orgueil, et qui dit exactement cela des « fils d'Allah »6.. Le racisme anti-musulman est le seul qu'il soit encore possible d'afficher ouvertement sans craindre l'opprobre.

Pour illustrer l'injustice infligée par les Occidentaux au monde arabe et au reste du monde, on peut aussi procéder à des comparaisons basées sur des événements réels. Que se passerait-il si l'on appliquait à l'invasion américaine de l'Irak les principes qu'eux-mêmes ont invoqués lors de l'invasion du Koweit par l'Irak ? Il faudrait bombarder longuement les États-Unis, détruire leur potentiel industriel, leur imposer un embargo provoquant d'innombrables morts, jusqu'à ce qu'ils éliminent toute trace de leurs armes de destruction massives. Ou encore, imaginons que, par souci pour les Palestiniens, l'on convoque les dirigeants israéliens dans un palais en Arabie Saoudite, leur ordonnant d'accepter immédiatement le déploiement de troupes arabes en Israël même, et que, suite à leur refus prévisible, on les bombarde jusqu'à ce qu'ils abandonnent les territoires occupés. Il n'est pas certain qu'une telle démarche susciterait l'enthousiasme de tous ceux qui ont applaudi en 1999, lorsque les Occidentaux ont agi de façon analogue envers la Yougoslavie7..

Il faut aussi replacer le conflit dans un cadre plus large. L'expulsion des Palestiniens a été une catastrophe non seulement pour eux, mais aussi pour les pays avoisinants. Quel pays européen accepterait sur son sol des dizaines de milliers d'étrangers armés vivant dans des camps ? Quels effets de déstabilisation cette situation a-t-elle pu avoir sur des sociétés fragiles comme le Liban ou la Jordanie ? C'est très bien de dire que les pays arabes auraient dû les intégrer, mais que faisons-nous ici avec les réfugiés qui sont nos alliés politiques, comme les Kosovars albanais, les Kurdes irakiens ou les Afghans ? On tente de s'en débarasser dès que possible - il est entendu que les pays riches ont le droit de refuser « d'accueillir toute la misère du monde », mais que ce droit est impossible à appliquer dans bien des pays pauvres. Et que dire de l'action d'Israël dans le reste du monde ? De l'Afrique du Sud au Guatemala, nombreux sont les endroits où Israël a soutenu des régimes abominables de façon plus ouverte que les États-Unis ne pouvaient le faire. Notons que, en parallèle à cette politique israélienne, bon nombre de ceux qui défendent Israël ont tendance à soutenir les États-Unis face au tiers-monde, même en dehors du Moyen-Orient8.. Enfin, il y a la question de la course aux armements. Les principaux responsables en sont ceux qui sont en tête de cette course, car ils incitent ainsi les autres à éternellement tenter (à tort ou à raison) de ratrapper leur retard. C'était le cas des États-Unis face à l'URSS dans le passé et aujourd'hui face au reste du monde. Et localement, au Moyen-Orient, c'est le cas d'Israël face aux pays arabes. Cette dynamique, qui contribue à la militarisation de sociétés peu développées, sortant à peine de jougs coloniaux, comme l'Égypte, la Syrie ou l'Irak, y a sans doute renforcé l'emprise de dictatures sur les méfaits desquels les humanistes occidentaux versent ensuite des larmes de crocodiles.

Ce qui précède sont pratiquement des banalités ; néanmoins, les énoncer n'est pas facile. Lorsque des Juifs comme Norman Finkelstein osent critiquer la politique du mouvement sioniste, on essaie de les faire taire en les accusant d'une étrange maladie psychologique, la "haine de soi". Et, pour ce qui est des non-Juifs, un seul mot suffit : antisémitisme. Toutes ces « explications » données sans preuves, ne servent qu'à éviter d'aborder les arguments rationnels qu'on peut avancer en faveur de telle ou telle attitude politique. Même si Finkelstein se haïssait lui-même, cela ne prouverait nullement que ce qu'il écrit est erroné.

Il y a un argument fréquemment utilisé par les sionistes, lié d'ailleurs à l'accusation d'antisémitisme ou de haine de soi qui mérite néanmoins qu'on y prête attention. C'est celui de l'indignation sélective. Comment les Européens osent-ils critiquer Israël, alors que ce sont eux qui sont responsables du malheur des Juifs ? Quant aux Américains, il n'y a qu'à voir ce qu'ils font en Afghanistan, en Irak ou ont fait dans le temps au Viêt-Nam9.. Je ne pense pas, contrairement à beaucoup d'entre eux, que les Européens ou les Américains puissent simplement répondre qu'ils ne sont pas responsables du passé ou de ce que font par ailleurs leurs gouvernements. C'est sur un passé sanguinaire que nous avons édifié notre niveau de vie ainsi que des institutions stables ; nous ne pouvons pas simplement oublier ce que notre développement a coûté, et continue d'ailleurs à coûter, aux autres. De plus, nous sommes en premier lieu responsables de l'action de nos gouvernements, puisque ce sont ceux-là que nous pouvons en principe influencer le plus facilement. Par conséquent, la critique concernant l'indignation sélective est valide lorsqu'elle s'adresse à ceux qui se focalisent sur l'État d'Israël et sur lui seul, en oubliant le reste des interventions américaines et occidentales dans le monde, lesquelles font bien plus de dégats que ce que ne peut faire Israël. La réponse juste consiste à d'adopter une perspective anti-impérialiste globale à l'intérieur de laquelle la critique d'Israël a une place incontournable. C'est dans cette perspective que s'inscrit Finkelstein, même si, étant donné que l'État d'Israël prétend parler au nom de tous les Juifs et surtout au nom des survivants de l'holocauste et de leurs familles, il concentre son travail sur le conflit israélo-palestinien.

Ces dernières décennies, on a vu se multiplier des organismes, essentiellement basé dans les pays riches, observant et dénonçant les violations des droits de l'homme dans les pays pauvres, ces derniers étant d'ailleurs souvent des ex-victimes de la violence coloniale des premiers. Ce dont le monde aurait besoin aujourd'hui c'est, en parallèle avec ces associations, d'un observatoire de l'impérialisme, qui dénonce non seulement les guerres et leurs propagandes mais toutes les manœuvres, toutes les pressions économiques et autres grâce auxquelles prospère et se perpétue l'injustice du monde. Cet observatoire pourrait tenter de contrer la masse de désinformations et de réécritures de l'histoire qui caractérisent la perception occidentale des rapports entre nous et le reste du monde. Le présent ouvrage, en nous donnant une analyse réaliste du conflit israélo-palestinien, à la fois sur son l'histoire et sur le présent, est un pas dans cette direction.

II. Qui est Norman Finkelstein ?

L'industrie de l'holocauste est le seul livre que j'ai lu deux fois d'affilée, et d'une seule traite10.. D'une part, parce que j'étais surpris par son contenu ; en effet, lorsque les banques suisses ont été attaquées par des associations se réclamant des survivants de l'holocauste, je sympathisais spontanément avec ces dernières, et voilà qu'un fils de tels survivants (son père a été à Auschwitz, sa mère à Majdanek) montrait qu'en fait le procès intenté à ces banques était très discutable. Mais, surtout, le ton du livre, la hargne, l'indignation de l'auteur face à l'exploitation de la souffrance juive à la fois par des intérêts privés et par les apologistes de l'État d'Israël possède une force morale absolument fascinante. Bien entendu, la presse s'est acharnée sur cet ouvrage, Le Monde allant jusqu'à lui consacrer deux pages de commentaires négatifs (à part un court article favorable de Raul Hilberg, un des premiers historiens de l'holocauste), tout en évitant soigneusement d'aborder réellement les arguments de Finkelstein.

Lorsqu'il travaillait à sa thèse à l'université de Princeton, Finkelstein découvrit le caractère frauduleux d'un livre (From Time Immemorial, de Joan Peters) qui prétendait montrer que la Palestine était relativement peu peuplée lorsque les sionistes y sont arrivés et qui avait été applaudi par une bonne partie de l'intelligentsia11.. Il fit part de cette trouvaille à une vingtaine d'universitaires qui avaient exprimé de la sympathie pour la cause palestinienne. Un seul lui répondit : c'était Noam Chomsky. Il l'encouragea à approfondir ses recherches mais l'avertit aussi de ce qui allait se passer et que le reste de la vie de Finkelstein allait confirmer.

En cherchant à publier sa découverte, Finkelstein rencontra un rabbin se décrivant lui-même comme « sioniste libéral », qui se disait impressionné par son érudition, et qui demanda à Finkelstein s'il faisait partie de l'équipe de Chomsky. Lorsque Finkelstein exprima son admiration pour Chomsky, les contacts furent immédiatement rompus. Néanmoins, sans les encouragements de Chomsky, Finkelstein n'aurait sans doute pas persévéré. Mais trouver quelqu'un qui accepte de diriger la thèse d'un tel étudiant n'est pas facile. En effet, Finkelstein ne se contentait pas de dénoncer les erreurs de Joan Peters mais attaquait aussi la culture intellectuelle qui l'avait portée au pinacle. Les professeurs, l'un après l'autre, tous de gauche bien sûr, évitaient de porter ce fardeau. Il a ainsi appris une leçon importante de la vie universitaire : trop souvent, les gens de gauche n'y ont pas plus de principes que ceux de droite. Être de gauche à l'université revient, dans la plupart des cas, à exprimer de nobles sentiments sans lien avec une quelconque action politique et à se donner ainsi bonne conscience à peu de frais. L'impact de Chomsky sur Finkelstein (comme d'ailleurs sur l'auteur de cette préface) s'explique en grande partie par le contraste entre sa rigueur intellectuelle et morale et le mélange de prétention et de vacuité qui caractérise une bonne partie de la gauche intellectuelle.

Depuis la défense de sa thèse portant sur le sionisme, en 1988, et jusque récemment, Finkelstein a travaillé essentiellement comme professeur auxiliaire, c'est-à-dire payé à l'heure, sans contrat au-delà de l'année en cours, sans assurance médicale et souvent sans bureau. Un jour, ayant eu un accident, il se rendit à l'infirmerie de son université. Après avoir attendu son tour pour voir un médecin, on lui expliqua que les auxiliaires n'avaient droit à être vu que par des infirmières.

Notons qu'aux États-Unis, pas mal de cours sont donnés par de tels auxiliaires et l'on peut craindre que les autorités européennes ne découvrent un jour ou l'autre la nécessité de « réformes » généralisant chez nous ce système.

Jamais Finkelstein n'a donné de cours sur sa spécialité, le Moyen-Orient, et jamais il n'a reçu d'argent pour effectuer des recherches sur ce sujet. Néanmoins son livre sur l'industrie de l'holocauste a été traduit en quinze langues. Il enseigne aujourd'hui dans une université catholique, qui a au moins le courage de le garder, contrairement à la plupart des universités où il a travaillé précédemment et qui ont fini par l'exclure, malgré les nombreux éloges des étudiants sur la qualité de son enseignement. Pendant qu'il donnait son derniers cours (d'ailleurs filmé par les autorités) dans un de ces établissements frileux, la police à cheval attendait hors du bâtiment. Dans un autre, les étudiants, ayant plus d'humour que les autorités académiques, lui ont offert à cette occasion une peinture représentant un homme montant au ciel sur un escalier où était déployé un drapeau rouge. Lors de ses nombreuses mésaventures universitaires, il a pu constater l'absence de soutien de la part des professeurs et des étudiants les plus verbalement à gauche.

On pourrait transposer à Norman Finkelstein les propos suivants de l'écrivaine indienne Arundhati Roy : « Quand j'ai commencé à lire Chomsky, je me suis dit que son déploiement d'arguments, leur quantité, leur implacabilité, étaient un peu, comment dire, insensés. Un quart des arguments qu'il avait amassé auraient suffi à me convaincre. J'avais l'habitude de me demander pourquoi il devait travailler tant. Mais maintenant je comprends que l'amplitude et l'intensité du travail de Chomsky est un baromètre de l'amplitude, de l'étendue et de l'implacabilité de la machine de propagande à laquelle il fait face »12.. Beaucoup d'universitaires affirment qu'un autre monde (à venir) est possible. Peut-être ; mais un autre monde académique serait déjà réalisé si des gens comme Finkelstein ou Chomsky étaient pris comme modèles plutôt que d'être marginalisés, démonisés ou réduits à l'état de parias.

Les parents de Finkelstein n'ont jamais voulu profiter de ce qu'il appelle l'industrie de l'holocauste, bien qu'ils auraient pu le faire. En effet, cette « industrie », identifiant communisme et fascisme, était parfaitement fonctionnelle dans le discours de la guerre froide et heurtait la mémoire de ceux qui, comme eux, n'ont jamais oublié que c'était l'Union Soviétique qui avait vaincu le nazisme et libéré les survivants d'Auschwitz. Pendant la guerre du Viêt-Nam, sa mère ne supportait pas de regarder les actualités, car elle voyait dans les bombardements américains une continuation de ce dont elle avait elle-même souffert. Il est d'ailleurs curieux qu'on reproche souvent à Finkelstein de nier ou de minimiser l'holocauste, alors qu'en réalité il est obsédé par cette tragédie, comme l'était d'ailleurs sa mère. Mais la leçon que Finkelstein et ses parents ont tiré des souffrances juives est radicalement universaliste : s'opposer à toute injustice, et plus particulièrement à celles dont nous sommes les plus directement responsables, c'est-à-dire celles liées à l'impérialisme occidental, comme le Viêt-Nam ou la Palestine.

Finkelstein est d'ailleurs un des rares intellectuels à se poser réellement des questions éthiques. Un des rares ? Les librairies ne sont-elles pas remplies de livres « éthiques », condamnant le totalitarisme, dénonçant le fanatisme musulman (et parfois même américain) ou l'aveuglement passé des communistes ? Mais les questions que se pose Finkelstein sont différentes. Lorsqu'il enseigne à des enfants noirs et qu'il essaie d'établir des contacts avec la communauté noire américaine, il sait que, dans une société raciste, toute démarche de ce genre est inévitablement déséquilibrée : je peux montrer mes bons sentiments et ma générosité en allant vers l'autre, mais lui ne le peut pas. Il n'a pas de solidarité à m'offrir. Finkelstein se rend chaque année en Palestine, mais il sait qu'il peut sortir de cet enfer- les Palestiniens pas. Quel droit a-t-il alors de condamner les attentats-suicides ? Quelles que soient les réponses que l'on apporte à ce genre de questions, ce sont les seules qui méritent d'être posées. La réflexion de Finkelstein illustre bien l'idée que la morale est quelque chose que l'on s'impose à soi-même, pas quelque chose qu'on fait aux autres.

Évidemment, le ton de Finkelstein est dur et sans concession. Mais il faut savoir que des sionistes lui envoient des messages lui souhaitant de mourir du cancer, et vite, ou se réjouissant de la leucémie réelle dont souffre Edward Said13.. Un jour, en demandant un document à une secrétaire dans son université, il remarqua que son dossier contenait une épaisse liasse de coupures de presse le dénonçant. De plus, les invitations qu'il reçoit pour parler du Moyen-Orient sont parfois annulées pour ne pas « offenser les sensibilités juives », ce qui le rend particulièrement hostile au politiquement correct et à la censure, quelqu'en soient les cibles.

Norman Finkelstein est avec William Blum14., Noam Chomsky, Alexander Cockburn15., Barbara Ehrenreich16., Edward Herman17., Diana Johnstone18., Michael Parenti19., James Petras20. et bien d'autres, une de ces voix de l'autre Amérique qui ont été si longtemps et si efficacement étouffées en France. Aujourd'hui, alors que l'agressivité américaine se déploie partout avec insolence, on commence à se rendre compte, avec un certain retard, que ces gens qui depuis longtemps nous avertissent de la menace pesant sur l'ensemble du genre humain et causée par l'extraordinaire concentration de pouvoir économique, militaire et culturel entre les mains de la minuscule élite qui contrôle leur pays, n'ont peut-être pas tout à fait tort.

Jean Bricmont

N. Finkelstein: "Tuer l'espoir", une introduction au conflit israélo-palestinien, Aden, Bruxelles, 2003

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Notes

1 Je veux aussi souligner qu'il n'est pas dans mon intention de discuter ici de la question relativement compliquée de la légitimité des migrations ou de l'accueil qu'il serait souhaitable d'accorder aux immigrés et aux réfugiés. Notons seulement que ceux-ci viennent ici désarmés et sans l'intention de créer un état sur notre sol, ce qui est tout différent de ce qu'a été le projet sioniste. De plus, il ne faut pas oublier que ce projet, qui devait entraîner inévitablement un conflit avec les Palestiniens, a pris forme bien avant le nazisme (dès la fin du 19ème siècle) et ne peut par conséquent pas être justifié par les atrocités commises par celui-ci.

2 Néanmoins, le problème posé par cet argument est qu'il risque d'être utilisé pour légitimer l'annexion de facto d'une partie des territoires occupés.

3 Il n'il y a d'ailleurs pas qu'Israël. Pensons à la trahison des Arabes par les Anglais et les Français après la fin de l'Empire turc, au renversement de Mossadegh en Iran, à Suez, à la guerre d'Algérie, à la création du Koweit, au soutien constant à la monarchie saoudienne, aux interventions au Liban, à l'embargo contre l'Irak et aux deux guerres du Golfe. Tout cela pour contrôler leurs ressources naturelles ou protéger nos avant-postes coloniaux.

4 Voir Maxime Rodinson, Peuple juif ou problème juif ?, Paris, Maspero, 1981, pour une discussion plus approfondie de la continuité entre colonialisme et Israël.

5 Edward W. Said, The end of the peace process. Oslo and after, New York, Vintage Books, 2001, p. 217.

6 Voir le chapitre 7, « Deux poids deux mesures », du courageux livre de Pascal Boniface, Est-il permis de critiquer Israël ?, Robert Laffont, Paris, 2003, pour plus de détails sur la réception du livre de Fallaci.

7 Les accords de Rambouillet, dont la non-signature par la Yougoslavie a servi de prétexte à la guerre du Kosovo, prévoyaient le déploiement sur tout le territoire yougoslave de troupes de l'Otan (annexe B, section 8 ).

8 Pour ne prendre qu'un exemple, dans La défaite de la pensée (Paris, Gallimard, 1987, p. 103), le philosophe Alain Finkielkraut s'oppose à l'idée, proposée par l'Unesco, d'un nouvel ordre mondial de l'information, qui permettrait le développement des agences et des médias du tiers- monde. Lorsqu'on voit comment les journalistes occidentaux ont couvert la crise irakienne, on peut penser que ce nouvel ordre serait bien nécessaire. Mais inévitablement, il offrirait aussi une autre perspective sur le conflit israélo-palestinien.

9 Une autre version de cet argument consiste à dire que ceux qui s'indignent de la situation en Palestine feraient mieux de se préoccuper du Tibet ou de la Tchétchénie. Mais ici la réponse est facile : contrairement à la situation en Palestine, personne ou presque ne défend chez nous la position russe ou chinoise. De plus, les gouvernements occidentaux ne soutiennent pas la Russie ou la Chine comme il le font avec Israël et il leur faut bien tenir compte des rapports de force.

10 Norman Finkelstein, L'industrie de l'holocauste. Réflexions sur l'exploitation de la souffrance juive. Paris, La Fabrique, 2001.

11 Entre autres par des historiens et intellectuels tels que Saul Bellow, Lucy Dawidowicz, Barbara Tuchman et Elie Wiesel. Voir Norman Finkelstein, Image and reality of the Israel-Palestine conflict, London, Verso, 1995, chapitre 2, pour une analyse détaillée du livre de Peters, du soutien qu'elle a reçu et des difficultés rencontrées par Finkelstein pour faire connaître et admettre la fraude.

12 Préface par Arundhati Roy à la nouvelle édition de Noam Chomsky, For Reasons of State, New York, The New Press, 2003.

13 Voir son site : http://www.normanfinkelstein.com/

14 Voir William Blum, L'État voyou, Paris, Parangon, 2001, et William Blum, Killing Hope. U.S. military and CIA interventions since World War II, Monroë (Maine), Common Courage Press, 1995, à paraître en français chez Parangon.

Voir aussi : http://members.aol.com/bblum6/American_holocaust.htm

15 Voir http://www.counterpunch.org/

16 Voir Barbara Ehrenreich, Nickel and dimed. Undercover in low wage USA, Londres, Granta books, 2002.

17 Voir Noam Chomsky, Edward Herman, La fabrique de l'opinion publique, la politique économique des médias américains, Paris, le Serpent à Plumes, 2003.

18 Voir Diana Johnstone, Fool's crusade. Yugoslavia, NATO and Western delusions, Londres, Pluto Press, 2002

19 Voir Michael Parenti [http://www.michaelparenti.org/], Le choc des idéologies, le fascisme rationnel et le renversement du communisme, Bruxelles, EPO, 2003.

20 Voir James Petras, Henry Veltmeyer, La face cachée de la mondialisation. L'impérialisme au XXIème siècle, Paris, Parangon, 2002.

18:01 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (31) |  Facebook |

10/02/2006

cherche bien, tu devrais trouver les mêmes dans la meuse...

La période que nous traversons semble à priori plus propice aux questions sans réponses qu’aux certitudes établies pour toute éternité. On en finirait pas d’énumérer les motifs d’inquiétude voire de désespérance.

- Un syndicalisme affaibli, divisé, qui ne gagne pas parce que s’avérant incapable de généraliser des conflits locaux ou sectoriels pourtant durables et porteurs d’enjeux de société.

- Un espoir né du 29 mai qui semble tué dans l’œuf par une droite sûre d’elle qui impose à un train d’enfer le remodelage de la société, cassant les droits des salariés et des citoyens et s’attachent à faire exactement le contraire de ce pourquoi les français ont voté au mépris de toute démocratie et de prise en compte de leur avis.

- Une gauche se divisant en deux : la gauche atone ayant perdu ses repères et se laissant chaque jour un peu plus pénétrer par l’idéologie droitière qu’il s’agisse des questions sécuritaires, d’économie ou de rapports internationaux, la gauche anticapitaliste incapable de peser dans le débat français parce que semblant se complaire dans une attitude groupusculaire.


Pour ne prendre que 3 exemples :

- Comment ne pas se désoler du fait que dans l’affaire ARCELOR la gauche ne propose, ni ne mène bataille pour la nationalisation de la sidérurgie française, le PCF se limitant pour sa part à la notion vague de prise de participation significative de l’Etat dans le seul ARCELOR ? Si au lieu, comme elle le fait, d’en appeler à la commission européenne ( sic !), la gauche - à partir de l’idée toute simple du respect de la souveraineté des peuples et de la possession des richesses par ceux qui les produisent - était capable de faire claquer une telle proposition ne serait-elle pas mobilisatrice ? N’ouvrirait-elle pas par cette seule bataille une perspective politique ? La mobilisation d’un peuple pour conserver à son profit collectif l’exploitation de son sol contre les appétits des multinationales serait elle une spécificité génétique bolivienne ? Nous ne le pensons pas.

- Il y a 30 ans le discours de Jacques Chirac tendant à légitimer l’emploi de l’arme atomique contre d’autres peuples aurait suscité la colère et la gauche aurait été capable de mobiliser des millions de gens qui auraient manifesté dans la France entière alors que là Fabius approuve et que pour le reste cette déclaration semble passer comme une lettre à la poste puisque même à l’assemblée il ne s’est pas trouvé un seul député pour s’émouvoir de ces propos présidentiels suicidaires pour l’humanité. Comment ensuite s’étonner des réactions de colères de peuples qui n’en finissent pas de subir les méfaits de l’impérialisme : guerres, occupations, extension de la pauvreté, pillage des richesses et mépris de leurs valeurs ? Quand les médias nous occupent avec une histoire de caricature elles occultent, volontairement ou non, ce contexte international d’oppression, et la portée du discours du président français dans ce moment là. Quant à ceux qui parlent de manipulations intégristes nous leur répondons que l’intégrisme progresse là où le politique ne semble plus en mesure d’apporter ni espoir futur, ni solutions concrètes immédiates.

- Enfin combien semblent surréalistes les manœuvres et autres intrigues des personnes en vues de la gauche « d’en haut » qui tournent autour de la conquête du pouvoir. 2007 semble faire perdre la tête à nombre d’individus et plonger les directions dans les mêmes travers que ceux du passé. Alors que dans ce pays il n’y a jamais eu en proportion aussi peu de votants, il n’y a à la fois jamais eu autant de candidats à la candidature - qui en plus s’adonnent au spectacle désolant d’échanger entre eux coups bas et petites phrases dont la presse raffole - et à la fois aussi peu de travail politique « en bas » pour permettre au peuple de se réapproprier la politique et impulser ses propres débats. Ce devrait pourtant être la tâche principale d’une gauche qui aurait tiré les leçons de 2002.

Alors faut-il désespérer de tout et se mettre à cultiver notre jardin chacun seul dans son coin ? Certainement pas et ce pour plusieurs raisons.

- La première évidemment parce que ce ne serait pas une attitude révolutionnaire ! Nous sommes par nature des gens irraisonnables qui ne se satisfont pas de la réalité et au contraire ne renoncent jamais à la changer. Comme l’ont si bien repris les traminots : « Utopistes debout ! »

- La deuxième a trait à la situation internationale qui, si elle porte en elle de grands motifs d’inquiétude, porte aussi de grandes raisons d’espérer. Semaine après semaine les nouvelles qui nous viennent d’Amérique du Sud sont autant de signes que le capitalisme et l’impérialisme ne sont pas invincibles. Les peuples mettent en échec l’Empire qui peine de plus en plus à imposer son ordre mondial.

- Plus près de nous la troisième raison d’espérer est la mobilisation de la jeunesse contre le CPE. Par leur unité et leur dynamisme les mouvements de jeunesse ont bousculé les organisations syndicales et obligé celles-ci à une mobilisation unitaire qu’elles n’avaient pas eu (et que la CGT avait appelé de ses voeux) contre le CNE projet analogue et tout autant destructeur de droits. La presse pourra toujours ergoter sur le nombre de manifestants et Villepin proclamer qu’il écoute ceux qui ne parlent pas, la mobilisation est bien là et à nous tous de tout mettre en œuvre pour lui permettre de s’amplifier. A Marseille où cette mobilisation était particulièrement forte les jeunes Rouges Vifs y ont particulièrement bien tenu leur place et leur autocollant décoiffant s’est arraché sur la manif...

- Il y a enfin une raison sans doute moins spectaculaire mais bien réelle et de fond, c’est la mobilisation qui perdure de ceux et celles qui à gauche refusent l’avenir que l’on veut leur imposer au nom d’une Europe des marchés. Le 31 janvier, dans une salle comble, avait lieu à Marseille un débat public (le terme conférence conviendrait mieux) sur la directive Bolkestein. Dans l’excellente introduction de Raoul Marc Jennar (ce qui n’est pas pour nous surprendre vu la qualité de ce qu’il nous envoie et que nous diffusons toujours intégralement et ce bien avant la création du site Rouge Midi), celui-ci mettait bien en lumière la logique qui sous tend la création de l’UE depuis le traité de Rome jusqu’à la directive en passant par Maastricht.

C’est cette logique là qu’il faut combattre. Comme le capitalisme l’Europe ou plus exactement cette Union Européenne là n’est pas amendable. Ceux qui discourent sur l’Europe sociale devraient y réfléchir à deux fois s’ils veulent offrir au peuple une réelle perspective de changement de société. Notre analyse d’avant 29 mai se trouve de fait aujourd’hui confortée. Il n’y aura pas d’alliance internationale progressiste (qu’elle soit au niveau de continent ou au niveau de la planète) si on ne part pas d’un certain nombre de fondamentaux que le capitalisme veut balayer.

Cette soirée a mis en évidence, une fois de plus, un peuple de gauche sans parti, qui espère en regardant du côté du Venezuela ou de la Bolivie, qui refuse le retour à la gauche plurielle, qui sait bien tout en en étant partie prenante que le mouvement syndical ou associatif a ses limites, un peuple qui ne veut plus lors des échéances électorales avoir à choisir entre la peste et le choléra, qui ne croit pas aux essais de dentifrice de Ségolène, qui s’essaie modestement à bâtir au quotidien une conscience, un débat, des solutions locales tout en pensant global et...qui cherche....

Dans un pays où la représentation politique est délégitimée il n’y a rien de plus urgent, si l’on veut éviter les catastrophes politiques possibles, à reconstruire une force révolutionnaire qui ait l’adhésion du peuple. Un parti, une union, un front peu importe la forme, mais une force qui agisse, soit visible et pèse. Ce rassemblement là il est encore à construire. Il se devine dans les luttes et les perspectives qu’elles ouvrent, du CPE à la paix en passant par le droit au logement ou la défense des services publics : nous en sommes.

13:09 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |