16/02/2006

la maladie de l'occident...

Après avoir analysé le « Proche-Orient éclaté », l’historien libanais Georges Corm nous offre une magistrale réflexion sur la « Question religieuse ».

C’est le propre des bons livres que de donner l’impression au lecteur de traiter l’actualité la plus brûlante. Mais c’est la qualité des livres importants de cumuler cet avantage avec celui d’échapper aux mouvements illusoires du quotidien pour nous parler de toute une époque. Le dernier essai de Geoges Corm entre dans cette catégorie des ouvrages qui tombent à point nommé, sans être jamais menacés de péremption. La Question religieuse au XXIe siècle semble avoir été écrit ces jours-ci pour s’inscrire dans le débat sur les trop fameuses caricatures de Mahomet. Sujet qui, évidemment, n’est pas évoqué, mais que ce livre nous permet de mettre en perspective. C’est qu’en poursuivant une réflexion entamée depuis de nombreuses années, l’économiste et historien libanais croise et recroise les événements qui font notre tout-venant. L’originalité de Corm est de refuser un postulat qui n’est pourtant plus guère discuté par grand monde : le supposé retour au religieux. Ce retour au religieux qui serait la caractéristique fondamentale de notre temps. Il ne s’agit évidemment pas de nier l’évidence ­ retour au religieux, il y a ­, mais de se demander si ce « retour » est la cause des bouleversements planétaires que nous observons, ou s’il est une conséquence de changements qui s’inscrivent dans la sphère politique. Pour répondre à cette question, l’auteur use d’un jeu de mots. Plutôt que de « retour à la religion », il préfère parler de « recours à la religion ». La formule nous ramène dans le champ de la politique. Ce sont les politiques qui sont les grands acteurs de cette évolution et, plus ou moins consciemment, la déterminent.

Ce ne sont pas les imams, les rabbins, les prêtres ou les chamans, ce sont bien les dirigeants des grandes puissances. En particulier, au tournant des années 1980 avec la globalisation libérale, la destructuration des politiques sociales, puis les guerres contre l’Irak. « Il y a trente ans seulement, le monde (était) sans dieu », note Georges Corm. Dans ce laps de temps microscopique, les grandes puissances, et en premier lieu les États-Unis, ont à la fois investi sur les dictatures locales et les féodalités religieuses. Tout plutôt que les oppositions démocratiques, laïques, toujours suspectes ­ et cela à juste titre ­ d’être à la fois sociales et antilibérales. Et cette destruction systématique des espaces démocratiques dans le tiers monde et, en particulier, dans le monde arabe ne s’est pas autolimitée aux institutions et aux forces politiques. La bataille mortifère a atteint les bases culturelles de notre monde, frappé d’obsolescence la grille de lecture politique et matérialiste, et poussé les oppositions dans des refuges à caractère identitaire, ethnique et religieux. Nous en sommes là. Et le mérite de Georges Corm est de nous montrer, au gré d’un périple historique magnifiquement documenté, que rien ne s’oublie et que tout se paie. Il puise son « archéologie des violences modernes » dans les guerres de religion en Europe, qui déjà étaient des guerres politiques. Pour Georges Corm, le tournant qui allait conduire à un retour au religieux s’est d’abord opéré en Occident. Non pas du fait des Églises, mais des politiques, des intellectuels et des historiens. Il pointe en particulier le renversement idéologique des années 1980 dans la lecture de l’histoire, et la révision du XVIIIe siècle français.

14:55 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

quaeps franchement, je me réjouis de le lire .

Écrit par : jean | 16/02/2006

jean franchement, je me réjouis que tu le comprennes...mais je doute...

Écrit par : quaeps | 16/02/2006

quaeps on verra , si je n'ai pas compris je dirai que tout vient de l'économie de marché et que la solution c'est l'international socialisme (comme ça Bourdieu me donnera 14) .

Écrit par : jean | 16/02/2006

jean bien, tu as enfin compris que le contrôle du proche-orient pour le pétrole était mis en place par le grand capital, il t'en a fallu du temps, n'oublie pas de continuer à charger l'Islam, c'est leur seule excuse...

Écrit par : quaeps | 17/02/2006

quaeps c'est quand même fou cette obsession que tu as de voulir me faire confondre Islam et islamisme, et de ne vouloir ne voir les sources de l'intégrisme que dans le 20e siècle (évidemment ça arrange ton discours pompeux) .

Écrit par : jean | 17/02/2006

jean TU CONFONDS VOLONTAIREMENT LES DEUX, DEPUIS LE DEBUT...
les sources de l'intégrisme religieux avant le 20 ème siècle sont tellement remplies par l'Eglise catholique que pour y trouver l'Islam, il faut vraiment chercher la petite bête...et pourquoi ne pas rechercher les causes de la politique US dans la bible...elles doivent y être pourtant...

Écrit par : quaeps | 17/02/2006

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