08/02/2006

attention "pensée unique"....

On dit que Voltaire et Zola, quand on voulut les intéresser l’un au sort de Calas, un marchand protestant, et l’autre un officier juif, éprouvait l’un et l’autre peu de sympathie pour les individus en question. Ce fut en découvrant l’énormité du dossier qu’ils s’engagèrent avec la détermination que l’on sait. Il est toujours dans la vie un événement qui nous conduit à opérer une "révolution intellectuelle" sur la manière dont nous regardons ce à quoi nous sommes le plus attachés. il en fut ainsi en ce qui me concerne quand je découvris la manière injuste dont on traitait Cuba qui avait choisi de résister.

Cette expérience d’un autre peuple, d’une autre manière d’envisager la vie, des milliers de Français l’ont faite et l’injustice avec laquelle on traite ce pays les rend fous. Et à partir de ce constat, s’opère chez beaucoup une véritable révolution intellectuelle.

A partir de là personnellement j’ai vu beaucoup de choses sur mon pays, (et d’abord sur les communistes français dont j’ai toujours cru qu’ils étaient le plus haut niveau de conscience), il m’est apparu inculte, donneur de leçon, incapable de mesurer les enjeux réels et d’autant plus sentencieux qu’il n’a plus aucun moyen réel de transformer une situation pourtant de plus en plus insupportable.

Aujourd’hui ce constat ne cesse de se renouveler y compris dans la manière dont on interprète la réaction des peuples du Moyen orient devant les caricatures de Mahomet.





1) Ignorance, perte des enjeux réels et parcellisation du monde :

Il y a disparition à la fois du coeur et de la raison, cela va ensemble. Le coeur, imaginer la douleur, la crainte dans laquelle vivent des hommes et des femmes que l’on occupe, massacre, menace du feu du ciel, alors qu’ils n’ont accompli aucun crime qui mérite un tel traitement. Croire qu’une femme à qui on tue son enfant peut se sentir émanciper par une armée d’occupation et qu’elle ne revendiquera pas des voiles noirs de deuil pour hurler sa colère, est ignorer tout sentiment humain.

Perte de la raison dans la manière dont aujourd’hui tout le monde tel une bande de chiens rongeant un os, se jette sur des choses qui doivent être expliquées dans un contexte plus larges, les petites phrases, les réactions devant une caricature.

Chacun se complaît dans la fange de sa propre étroitesse toujours disposée à donner des leçons, pour mieux masquer l’incapacité dans laquelle il est d’infléchir l’essentiel pour lui-même sans parler des autres, comme par exemple, l’acceptation d’une monarchie nucléaire, son budget national qui passe dans l’escarcelle des trusts de l’armement, les dangers de guerre nucléaire. Pas une manifestation, pas une intervention de député contre non seulement l’incroyable doctrine nucléaire française, mais la transformation dans le plus grand secret de toute la force de frappe française, sur fond de privatisations. Le passage à un complexe militaro-industriel qui gouvernait notre destin, comme il a déjà la haute main sur notre information.

Le tout dans un contexte où un peuple, le peuple iranien, voulait prevenir l’épuisement prévisible de ses champs pétroliers, pour garantir à son peuple une énergie plus durable, une revendication au développement, à la souveraineté. Et la France cancanière s’est tue. Mais quand il s’agit de raconter sur les moeurs et les coutumes d’un peuple dont elle ignore tout, elle se déchaîne.

Nous en sommes arrivés à un point d’obscurantisme tel que nous ne franchissons plus la barrière des idées reçues sur les peuples, la simple discussion sur le fanatisme supposé des peuples musulmans ou sur la "dictature à Cuba" est impossible. Là encore je retrouve Spinoza et je pense qu’il existe en France et sans doute en Europe "une religion démocratique et laicarde, doublée de xénophobie" qui a toujours accompagné les pires exactions colonialistes et les guerres colonialistes. Du temps d’Aragon, dont le père chassait les congrégations et dans le même temps envoyait son fils à la boucherie de 14-18, les communistes étaient capables de réunir "celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas". Parce que les communistes en ce temps là savaient où était l’ennemi et ils savaient que la gauche a toujours été enchaînée à la pire réaction par l’acceptation d’un tel dévoiement de la raison qu’elle prétendait défendre.

Mieux aujourd’hui comme le sentiment de l’injustice, de l’oppression monte dans notre peuple, pour éviter tout retournement de l’opinion vers l’idée que nous pourrions nous unir contre les mêmes, on s’applique à embellir ces idées reçues de rituels, des faux débats avec experts patentés, vraies censures, uniformisation de la presse dite libre, et le fin du fin le rituel électoral, qui ne laisse aucun temps de repos et oblige chacun à la courte vue, et à des jeux de sérail à l’échelle de la nation.

Toutes ces cérémonies sont destinées à conférer à cette "démocratie-là", les signes extérieurs de la réalité du droit du citoyen qui lui voue alors un respect religeux, et considère comme des infidèles méritant la mort, les peuples incroyants. "La simple discussion" des bases réelles d’une telle aliénation "passe pour sacrilège et où tant de préjugés absorbent le jugement, que la saine raison ne saurait plus se faire écouter, fut-ce pour suggérer un simple doute"(Spinoza).

Je suis effrayée par la manière dont l’esprit public français est désormais prêt à accepter jusqu’au bombardement nucléaire sur l’Iran et plus généralement l’horreur ordinaire sur l’Irak, sur les Palestiniens, au nom du fait d’abord que ces peuples ne seraient pas "démocratiques". Et quand ceux-ci se sont pliés au rituel, leurs choix deviennent le signe de leur barbarie "fanatique" et justifie désormais le meurtre de masse.

Plus personne ne s’interroge sur la nature de la menace réelle, de deux "fanatismes", le notre, nous peuples occidentaux, et le leur, peuples qui n’ont cessé de subir dans leur chair, le poids des horreurs que notre "civilisation" ne cesse d’engendrer. Dans la balance, le poids de leurs mots, de leurs croyances fantasmées, pèse aux yeux du Français plus lourd que tous nos actes. Et justifie leur adhésion bruyante ou silencieuse à ce qui leur est présenté comme le moyen d’endiguer une confuse menace.

Et on en arrive à cette énormité, que chacun ignore le martyre subi par ces peuples, la bombe atomique possible sur l’Iran et ne voit plus qu’une incapacité de ces peuples à apprécier les fins traits d’humour dont nous faisons notre ordinaire.


2) Car de cet usage du fait divers, on passe à l’adhésion au crime.

Et dans les temps où l’on déchaîne les passions contre le malade pédophile, tout en acceptant parfaitement un tourisme de masse de même nature sur le tiers-monde, on perd le sens des réalités au point de s’accommoder de l’assassinat ne fut-ce que d’un seul enfant par le recours systématique aux bombardiers, voire à la bombe nucléaire. Avez-vous vu ce film de Fritz Lang, M le maudit ? Comment il décrit le déchaînement nazi sur le malade, pour mieux occulter l’horreur du système qui s’organise en coulisse, celui des enfants en chambre à gaz ?

Recemment une brave femme, qui n’aurait pas fait de mal à une mouche, me disait son horreur des pédophiles : "Il faut les stériliser disait-elle" et sans me laisser le temps de répondre, elle a ajouté tranquillement : "C’est comme ces Africains qui font tant d’enfants et qui sont incapables de les nourrir, il faut les stériliser".

Excès me direz-vous d’une vieille femme timorée, mais qu’en est-il quand nous fermons les yeux sur le crime des trusts pharmaceutiques qui prive un contient entier des moyens de soigner une épidémie de sida, au nom de la rentabilité ? Quand nous enfermons les migrants dans une clandestinité qui en fait le meilleur agent de la diffusion de ce mal. Quand nous refusons de voir notre responsabilité dans cette bande d’enfants fous de drogue qui se battent le plus souvent autour d’enjeux de pillages occidentaux ? Quand nous refusons de considérer que ce ne sont plus les êtres humains, mais la planète dans laquelle, nous vivons tous qui est menacée d’être stérilisée ? Et que l’on a réduit notre pensée au fait divers ou à la peur irrationnelle des victimes ?

Toute la manière dont nous "consommons" les peuples est frappé par l’ignorance, l’arrogance, le droit du plus fort assorti d’une étroitesse morale, voire d’une conception de plus en plus aliénée de la raison. Parce que l’athéisme qui ignore ou veut ignorer les causes de ses propres malheurs et de ceux de l’humanité, a toute chance de n’être à son tour qu’un fanatisme supplémentaire, et dans ce cas de l’occident plus dangereux parce qu’il a plus de moyens matériels pour dévaster.

Désormais les Français en sont à combattre pour leur propre servitude et celle des autres peuples, comme s’il s’agissait de leur salut et pensent non s’avilir, mais s’honorer au plus haut point lorsqu’ils sacrifient leur emploi, leur pouvoir d’achat, l’avenir de leurs enfants, pour appuyer les bravades sanglantes d’une caste impérialiste. Ils n’en sont pas encore à partir aux frontières en chantant la marseillaise comme dans les boucheries impérialistes, mais ils en sont déjà à tolérer ce que font des mercenaires en leur nom, et celui de "leur civilisation". Ils en sont avec étroitesse et superstition, inculture et suffisance, à justifier moralement tous les crimes de leurs autocrates.

Le pire est sans doute la manière après avoir ainsi réduit les enjeux réels, ils se déchaînent sur des enjeux à leur portée, petites phrases, port du voile, l’antisémitisme, etc... L’effet loupe sur le détail, pour mieux obscurcir les causes et le contexte... le fait, mieux le signe fonctionne alors comme un stimuli, qui déclanche le réflexe conditionné, le renouvelle autant qu’il le faudra même par le mensonge éhonté. Ignorant là encore la grande idée spinoziste, distinguer les paroles des faits. Contribuant ainsi à préparer les esprits à l’horreur d’un bombardement nucléaire sur l’iran. Parce que tout le contexte a été effacé de leur esprit malade.

En particulier le fait que nos sociétés occidentales sont majoritairement la proie de leur propre fondamentalisme, non seulement au point de sanctifier un pape par acclamations télévisuelles, mais si l’on considère les Etats-Unis d’accepter un Président qui croit aux pires errances de la secte à laquelle il appartient. Une société où la science elle-même, ses applications, ne sont plus l’objet d’un débat démocratique, mais l’utilisation meurtrière de découvertes dont on ignore les conditions réelles de production, un retour vers la magie.La magie noire.

Interrogez-vous, ne sommes-nous pas devenus aux yeux du monde, avec nos caricatures, nos rires pré-enregistrés, cet "homme qui rit dans les cimetières" ?

Non le débat ne porte pas sur notre passé, sur les "bienfaits" de la colonisation, mais bien sur notre présent et sur ce que nous sommes encore et toujours disposés à cautionner.


3) Repenser le monde et nous-mêmes.

J’ai toujours pensé que les Cubains avaient raison de distinguer les dirigeants du peuple des Etats-Unis, cela est bon pour eux, pour leur équilibre, pour la rationalité tranquille avec laquelle ils prennent les pires coups. Mais d’un autre côté, il faut bien s’interroger sur ce qui pousse un peuple, le degré d’alienation qu’il a atteint, pour offrir au monde la bande de cinglés meurtriers qui dirige les Etats-Unis. Et il faudrait bien que les Français s’interrogent sur eux-mêmes, sur le système qui les a réduit au stade d’inhumanité où ils en sont, comment les a-t-on crétinisé de la sorte ? Et quand à la veille de l’élection présidentielle, on contemple le pannel qui est offert au choix citoyen, on se dit qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de France.

Avant de relire le Manifeste du parti Communiste de Marx, son analyse de la mondialisation capitaliste, je vous en prie faites un détour par Spinoza qui a nourri Marx.

Et à partir de là, peut-être vous sera-t-il possible d’opérer la révolution galilenne, pour laquelle plaide Spinoza, celle qui a voulu que pour prendre ses responsabilités politiques, échapper à la soumission "religieuse", l’être humain admette que le soleil ne tournait pas autour de la terre, mais que c’était l’inverse. J’affirme que tant que nous n’opérerons pas nous peuples occidentaux la même révolution galiléenne dans notre pensée politique, nous serons des prédateurs fanatiques, incultes. Il faut penser le monde en abandonnant notre centralité illusoire, le monde ne tourne pas autour de nous, Dieu ou l’impérialisme ne nous en pas réservé l’usage exclusif,mais nous tournons avec le monde et il faut en envisager une gestion politique avec tous.

La politique c’est l’usage de la responsabilité de chacun individuellement ou collectivement. D’abord en ne considérant pas qu’il y aurait un BIEN ou un MAL, mais en mesurant ce qui est bon ou mauvais et pour qui ça l’est.

Créez les conditions réelles du développement matériel et spirituel et après laissez chaque peuple maître de ses propres combats pour la raison. Ceci est encore plus vrai pour l’émancipation féminine.

Danielle Bleitrach


12:10 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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