02/02/2006

enfin....

Le Hamas a donc remporté haut la main les élections législatives palestiniennes. Et, depuis une semaine, les grandes capitales occidentales, les États-Unis, l’Union européenne, et la plupart des états arabes manifestent bruyamment leur inquiétude. Disons-le tout net : cette tapageuse émotion a quelque chose de gênant. Car s’il est vrai que la situation qui résulte de ce scrutin ­ par ailleurs impeccablement démocratique ­ est inquiétante, elle l’est en premier lieu pour les Palestiniens eux-mêmes. Pour les femmes palestiniennes surtout, qui risquent de subir les contraintes du fondamentalisme religieux. De plus, les cris d’orfraie des responsables occidentaux pourraient presque laisser supposer que jusque-là tout allait bien. Un coup de tonnerre dans un ciel serein en somme. Or, la montée du Hamas était perceptible depuis trop longtemps pour que l’on feigne aujourd’hui de s’en étonner. Même si le score a de quoi surprendre. Et, contrairement à la batterie d’explications déployées ici ou là, elle n’est ni la conséquence d’un soudain basculement de tout un peuple dans l’islamisme radical, ni une adhésion massive à la violence terroriste, ni la manifestation d’une volonté de retour en arrière dans le déni d’existence d’Israël. À cet égard, une étude d’opinion réalisée au lendemain de l’élection par un institut privé de Ramallah, le Near East Consulting, en dit plus long que toutes les analyses. Elle révèle que 84 % des Palestiniens sont favorables à un règlement de paix avec Israël, contre 16 % d’un avis contraire. Et que 77 % de cette imposante majorité disent avoir voté pour le Hamas. Voilà la vérité complexe de ces élections : la plupart des électeurs du Hamas veulent la paix avec Israël. Ils n’ont pas voté pour la charte du mouvement fondamentaliste, qui prône toujours la destruction de l’État hébreu, ils ont émis un vote protestataire.

Mais contre quoi ont-ils donc protesté ? Là encore, une explication domine toutes les autres dans les commentaires : la corruption. C’est pour sanctionner la corruption que les Palestiniens auraient infligé une sévère défaite au Fatah et à l’Autorité palestinienne. Rien de cela n’est faux évidemment. Mais observons tout de même qu’entre la corruption du Fatah et la soudaine conversion de tout un peuple à un islam fondamentaliste, les explications présentent l’avantage de rester dans le champ clos de la société palestinienne. Comme si, dans tous les cas, les Palestiniens étaient à la fois les victimes et leurs propres bourreaux. Il n’y a dans ce paysage politique ni occupation israélienne, ni colonisation, ni oppression. Les Palestiniens sont seuls au monde. Ils font leur malheur. Et, naturellement, la question qui se pose, de Londres à Paris, de Washington à Jérusalem, est donc celle des sanctions. Faut-il couper les vivres au peuple de Gaza, privé de port et d’aéroport, interdit de commerce, condamné à un chômage endémique et maintenu sous le seuil de pauvreté ? Voilà l’urgente question qui taraude les grandes capitales depuis une semaine. La question dont débattait le fameux Quartette, lundi soir à Londres. Ce Quartette formé des États-Unis, de l’Union européenne, de la Russie et de l’ONU, fantomatique quand il s’agit de faire appliquer la « feuille de route » et d’imposer à Israël un simple gel de la colonisation, mais remobilisé en hâte pour punir les électeurs palestiniens.

Une analyse borgne qui ne veut pas voir la part écrasante des responsabilités d’Israël et de la communauté internationale dans cette situation. Et qui ne veut pas voir que, d’une certaine façon, l’aide internationale versée à la Palestine est le prix payé de l’inertie politique. C’est le loyer de l’injustice. Le monde préfère payer que de contraindre un tant soit peu Israël à appliquer les résolutions internationales. Mais cela ne règle évidemment pas la question nationale palestinienne. C’est ce qu’ont rappelé les électeurs qui ont porté leurs suffrages sur les candidats du Hamas. Ils ont sanctionné non pas la stratégie des dirigeants du Fatah dans leurs négociations avec Israël mais son échec. Cela fait dix-huit ans que ceux-ci ont reconnu le droit à l’existence d’Israël et renoncé à la grande Palestine mandataire. Cela fait dix-sept ans que Yasser Arafat a déclaré « caduque » la charte de l’OLP qui prônait la destruction de l’État hébreu. Et pour quel profit ? Cette concession historique n’a pas été payée en retour par la création d’un État. Tout au contraire, la colonisation a galopé dans les territoires. Un mur n’en finit pas de rogner sur les terres palestiniennes, à grands coups d’expulsions et de destructions. Les conditions de vie se sont dégradées. On entend ici et là que le « processus de paix » serait remis en cause par la victoire du Hamas. Mais qui donc a vu l’ombre d’un processus de paix depuis six ans ? En 2000, Yasser Arafat, l’homme de toutes les concessions historiques, a été frappé d’illégitimité. Son successeur, encore plus conciliant, n’a eu droit qu’à quelques poignées de main médiatiques. Puis plus rien, sinon une succession de rebuffades. L’unilatéralisme d’Ariel Sharon s’est ensuite chargé de ridiculiser tous ceux qui, du côté palestinien, avaient choisi la voie du dialogue. Au fond, les Palestiniens n’ont fait que prendre acte douloureusement de cette impasse.

10:36 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.