31/01/2006

lecture dans mes boules...de cristal...

.La victoire électorale écrasante du Hamas n’est qu’un des produits de l’utilisation soutenue - depuis les années 1950 - faite par les Etats-Unis, dans le monde musulman, du fondamentalisme islamique en tant qu’arme idéologique contre, à la fois, le nationalisme progressiste et le communisme [les PC staliniens]. Tout cela a été fait en collaboration étroite avec le royaume saoudien qui est, de fait, un protectorat des Etats-Unis presque depuis sa fondation. La promotion de l’interprétation la plus réactionnaire de la religion islamique - exploitant des croyances religieuses profondément enracinées dans des couches populaires - a conduit à ce que cette idéologie remplisse le vide laissé par l’épuisement - au cours des années 1970 - des deux courants idéologiques qu’elle a servi à combattre.

La route était donc pavée dans l’ensemble du monde musulman pour la transformation du fondamentalisme islamique en une expression prépondérante des amertumes et désillusions ayant un caractère de masse face aux attentes déçues, nationales et sociales. Cela se produisit au grand désarroi des Etats-Unis et de leur protectorat : l’Arabie saoudite. L’histoire des relations de Washington avec le fondamentalisme islamique est une des illustrations modernes et les plus frappantes de la métaphore de l’apprenti sorcier [1].


2. La scène palestinienne ne fit pas exception à cette architecture régionale d’ensemble, bien que le processus s’effectuât avec un certain décalage dans le temps. Initialement, le mouvement de guérilla palestinien occupa l’avant-scène suite à l’épuisement du nationalisme arabe plus traditionnel et en tant qu’expression d’une radicalisation. Toutefois, le mouvement connut une très rapide bureaucratisation stimulée par une injection impressionnante de pétrodollars. Il atteint des niveaux de corruption qui n’ont pas d’équivalent dans l’histoire des mouvements de libération nationale. Néanmoins, aussi longtemps que ce mouvement restait représenté sous les traits de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) - qui peut être décrite comme un « appareil d’Etat sans Etat à la recherche d’un territoire » -, le mouvement national palestinien pouvait toujours donner corps aux aspirations de la vaste majorité des masses palestiniennes, cela malgré ses nombreux tournants, contorsions et trahisons de ses engagements dont son histoire est parsemée.

Toutefois, lorsqu’une nouvelle génération de Palestiniens s’est engagée dans la lutte à la fin des années 1980, avec la [première] Intifada qui commença en décembre 1987, sa radicalisation s’engagea de plus en plus sur la voie du fondamentalisme islamique. Cela fut facilité par le fait que la gauche palestinienne - qui était la force dirigeante dans les premiers mois de l’Intifada - a gaspillé cette dernière possibilité historique en s’alignant elle-même plus d’une fois derrière la direction de l’OLP, assurant de la sorte sa propre déroute.

A une échelle plus petite, Israël a aussi joué sa propre version de l’apprenti sorcier en appuyant le mouvement islamique fondamentaliste en tant que rival de l’OLP, avant cette [première] Intifada.


3. En 1993, les Accords d’Oslo ont ouvert la phase finale de la dégénérescence de l’OLP dans la mesure où sa direction - ou, plus exactement, le noyau dirigeant de sa direction qui passa par-dessus les organes dirigeants officiels - se vit offrir une tutelle sur la population palestinienne de Cisjordanie et de Gaza. Cela s’effectua en échange de ce qui équivaut à une capitulation : la direction de l’OLP abandonna les conditions minimales qui étaient requises par les négociateurs palestiniens depuis l’occupation en 1967 des Territoires, avant tout l’engagement israélien de geler la construction des « colonies de peuplement » [« implantations »] qui organisaient la colonisation du pays et puis de les démanteler. Les conditions mêmes de cette capitulation - qui vouait les Accords d’Oslo à un échec tragique comme des critiques le prédisaient à juste titre depuis le début - ne pouvaient qu’aboutir à une accélération d’un changement de l’attitude politique des masses populaires. L’Etat sioniste utilisa à son avantage le calme dans les Territoires occupés depuis 1967, tel qu’imposé par l’Autorité palestinienne (AP) qui, elle, remplissait son rôle de force de police qu’Israël lui avait octroyé par procuration. L’Etat sioniste en profita pour intensifier fortement la colonisation et la construction d’une infrastructure qui visait à faciliter son contrôle militaire sur ces territoires. En conséquence, le discrédit de l’AP augmenta de manière inexorable. Cette perte de soutien populaire limita de plus en plus sa capacité à sévir contre le mouvement islamique fondamentaliste palestinien, ce qui lui avait été demandé [par l’Etat sioniste] et qu’elle avait mis en œuvre dès 1994. Cette fragilisation de sa base ne pouvait que rendre encore plus difficile l’objectif de marginaliser le mouvement islamique aux plans politique et idéologique. De plus, le déplacement de la bureaucratie de l’OLP de l’exil [entre autres, depuis la Tunisie] dans les Territoires - en tant qu’appareil dirigeant voué à la tâche de surveillance de la population qui menait l’Intifada - a conduit très vite à ce que la corruption atteigne des sommets « himalayens ». Cette corruption, la population des territoires a pu la constater depuis les premières loges.

En même temps, le Hamas comme l’essentiel des fractions du mouvement islamiste fondamentaliste - à la différence du « substituisme » strictement terroriste d’organisations parmi lesquelles al-Quaïda est devenu l’exemple le plus spectaculaire - manifestait une attention zélée à offrir des réponses concrètes aux besoins essentiels des couches populaires, en organisant des services sociaux, en cultivant une réputation d’austérité dans leur comportement et d’incorruptibilité.


4. La montée irrésistible d’Ariel Sharon à la tête de l’Etat israélien est le résultat de la provocation de septembre 2000 [en entrant sur l’esplanade des Mosquées], provocation qui déclencha la « Seconde Intifada » - un soulèvement qui, à cause de sa militarisation, ne possédait pas les traits les plus positifs de la dynamique populaire de la « première » Intifada. L’AP, étant donné sa nature, ne pouvait prendre appui sur l’auto-organisation des masses ; dès lors elle ne pouvait que s’engager sur la voie qui lui était la plus familière et la renforça : celle de la militarisation du soulèvement.

L’ascension de Sharon était aussi le produit de l’impasse auquel se heurtait le « processus d’Oslo » : c’est-à-dire l’affrontement entre, d’une part, l’interprétation sioniste du cadre d’Oslo - une version mise à jour du « plan Alon » de 1967, selon lequel l’Etat israélien abandonnerait les régions les plus habitées des territoires occupées à une administration palestinienne, tout en maintenant la colonisation et la militarisation de portions stratégiques des Territoires - et, d’autre part, celle de l’AP qui envisageait de recouvrer tout, ou presque tout, les Territoires occupés en 1967 ; sans cela elle savait qu’elle perdrait ce qui lui restait d’influence auprès de la population palestinienne.

La victoire électorale du criminel de guerre, Sharon, en février 2001 - un événement tout aussi « choquant » pour le moins, selon le langage médiatique, que la victoire du Hamas - renforça inévitablement le mouvement islamique fondamentaliste. Il est, d’une certaine manière, la contrepartie, en termes de radicalisation, de l’orientation sioniste dans un contexte de compromis historique [Oslo] mort-né. Tout cela a été accentué, évidemment, par l’accession ( résistible mais à laquelle il ne fut pas fait résistance) à la présidence des Etats-Unis de George W. Bush, accompagnée du déchaînement des ambitions impériales les plus échevelées suite aux attaques du 11 septembre 2001.


5. Ariel Sharon a joué finement sur la dialectique entre lui et son véritable opposant palestinien, le Hamas. Son calcul était simple : afin de mener à bien, de manière unilatérale, sa propre version dure de l’interprétation d’une « colonie de peuplement » [implantation] face aux Palestiniens, il avait besoin de réunir deux conditions : 1° réduire au maximum la pression internationale pouvant s’exercer sur lui - plus exactement celle des Etats-Unis, la seule qui importe en Israël ; 2° faire la démonstration qu’il n’existait aucune direction palestinienne qui pouvait « conclure des affaires » avec Israël.

Dans ce but, il devait mettre en relief la faiblesse et la douteuse capacité de l’AP à flanquer une correction au mouvement islamiste fondamentaliste, en sachant pertinemment que ce dernier représentait une abomination pour les Etats occidentaux.

Ainsi, chaque fois qu’une sorte de trêve, négociée par l’AP, était passée avec les organisations islamistes, le gouvernement Sharon s’adonnait à une « exécution extrajudiciaire » - en bon français : une exécution - afin de provoquer ces organisations à engager des représailles avec les moyens qui sont leurs « spécialités », leurs F-16 comme elles le disent : les attentats suicides.

Cela avait un double avantage : souligner l’incapacité de l’AP à contrôler la population palestinienne ; accroître la popularité de Sharon en Israël. En vérité, la victoire électorale du Hamas [en janvier 2006] est le résultat que la stratégie de Sharon cherchait à obtenir, comme divers observateurs perspicaces ne manquaient pas de le souligner.


6. Aussi longtemps qu’Arafat était vivant, il pouvait utiliser ce qui lui restait de son propre prestige historique. Contrairement à ce que de nombreux analystes ont affirmé, l’enfermement (la réclusion forcée) par Sharon d’Arafat au cours des derniers mois de sa vie n’a pas « discrédité » le dirigeant palestinien. En réalité, la popularité d’Arafat était historiquement au plus bas avant sa réclusion ; elle reprit vigueur après son « emprisonnement ».

En fait, la direction Arafat a toujours été directement nourrie par le caractère démoniaque que lui attribuait Israël. Sa popularité a augmenté lorsqu’il devint le prisonnier de Sharon. Voilà pourquoi le candidat d’Israël et des Etats-Unis, Mahmoud Abbas, n’était pas capable de prendre effectivement les affaires en main aussi longtemps qu’Arafat était en vie.

C’est aussi la raison pour laquelle, aussi bien l’administration Bush que Sharon ne voulaient pas laisser les Palestiniens organiser des nouvelles élections ­­- ce qu’Arafat ne cessait de réclamer au moment où sa représentativité était mise en cause [par Israël et les Etats-Unis] de manière hypocrite en invoquant la nécessité de mettre en œuvre, antérieurement, des « réformes démocratiques ». La nature même des « démocrates » soutenus par Washington et Israël - démocrates certifiés par ce qualificatif - est incarnée de manièrfe exemplaire par Muhammad Dahlan, le dirigeant le plus corrompu d’un des appareils de « sécurité » rivaux qu’Arafat gardait sous son contrôle, selon le modèle traditionnel des régimes autocratiques arabes.


7. La victoire électorale du Hamas constitue une claque retentissante pour l’administration Bush. C’est la dernière illustration spectaculairement projetée de la politique de l’apprenti sorcier conduite par les Etats-Unis dans le Moyen-Orient. C’est le dernier clou enfoncé dans le cercueil de la rhétorique néo-conservatrice, démagogique et mensongère ayant trait à l’apport de « la démocratie » dans le « Grand Moyen-Orient ». Il est certes trop tôt pour faire des prédictions fondées sur ce qui se passera sur le terrain. Il est néanmoins possible d’émettre quelques observations et d’avancer quelques pronostics.


Le Hamas n’a pas de motivation sociale à collaborer dans le cadre de l’occupation menée par Israël, du moins sous une forme ressemblant à celle qui trouvait sa racine dans l’appareil de l’OLP dont l’AP provenait. Le Hamas doit actuellement faire face à un certain désarroi sous l’effet de sa victoire. Il aurait certainement préféré la position beaucoup plus confortable d’être la principale force d’opposition parlementaire à l’AP. Dès lors, il faut beaucoup d’auto-illusion et de volonté de prédictions autoréalisantes pour croire que le Hamas s’adaptera aux conditions mises sur la table par les Etats-Unis et Israël. Une collaboration est d’autant moins crédible du fait que le gouvernement israélien, sous la direction du nouveau parti Kadima, fondé par Sharon, continuera sa politique, utilisant à fond le résultat des élections qui convient si bien à ses plans. Cela rend impossible un compromis avec le Hamas. Enfin, le Hamas doit faire face à un rival apte à la surenchère : le « Djihad islamique » qui a boycotté les élections.


Afin de tenter de sauver la composante palestinienne névralgique pour l’ensemble de la politique moyen orientale des Etats-Unis - composante que Washington a réussi à jeter dans une situation désespérée - l’administration Bush va certainement prendre en considération trois possibilités.

- La première consisterait à opérer un tournant majeur en direction du Hamas, un tournant acheté et effectué grâce à la médiation de l’Arabie saoudite. Cela est cependant peu vraisemblable pour les raisons mentionnées ci-dessus ; et le processus serait long ainsi que les résultats incertains.

- Une seconde consisterait à stimuler des tensions et des oppositions au Hamas afin de provoquer des nouvelles élections dans un futur pas trop lointain ; cela en utilisant l’avantage du vaste pouvoir présidentiel qu’Arafat s’était attribué et dont Mahmoud Abbas a hérité, ou, alors, en faisant que ce dernier démissionne et qu’une élection présidentielle doive se tenir. Pour qu’une telle opération soit couronnée de succès, ou ait un sens quelconque, il faut disposer d’une personnalité pouvant regagner une majorité en faveur de la direction palestinienne traditionnelle. Mais la seule personnalité disposant du minimum de prestige requis pour un tel rôle est, aujourd’hui, Marwan Barghouti, qui - depuis sa prison israélienne - a passé une alliance avec Dahlan, avant les élections. Il est dès lors envisageable que Washington exerce une pression sur Israël afin que Barghouti soit libéré.

- Une troisième option consisterait à mettre en place consiste en un « scénario algérien ». Je fais référence ici à l’interruption du processus électoral en Algérie, telle qu’elle fut dictée par la Junte militaire en 1992. Cette option est déjà envisagée selon divers articles de la presse arabe. L’appareil répressif de l’AP mènerait une attaque contre le Hamas, imposerait un état de siège et établirait une dictature militaire. Evidemment, une combinaison des deux dernières options (ou scénarios) est aussi possible, en reportant dans le temps la répression contre le Hamas, jusqu’à ce que les conditions politiques existantes soient plus propices à la dernière option.

Toute tentative des Etats-Unis et de l’Union européenne (UE) de soumettre par la faim les Palestiniens en interrompant l’aide économique qu’ils accordent conduirait à un désastre aussi bien au plan humanitaire qu’au plan politique. Un tel choix devrait rencontrer la plus ferme opposition.

La gestion catastrophique de la politique états-unienne, sous la direction Bush, au Moyen-Orient - couronnant des décennies de choix impériaux frappés de myopie et de « maladresses » - n’a pas fini de fournir tous ces fruits amers

Gilbert Achcar


13:20 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

le maître sera fier de toi, tu as bien appris ta leçon....

Tribunes et décryptages - 30 janvier 2006
Hamas : les prévisions déçues des experts médiatiques

Décryptage

« Séisme politique », « bombe électorale », « processus de paix compromis », « victoire des terroristes », la presse mainstream a réagit avec virulence et une apparente panique à la victoire électorale du Hamas aux élections législatives palestiniennes. La plupart des experts médiatiques n’avaient pas vu, ou pas voulu voir, le mouvement d’opinion des Palestiniens, rejetant le Fatah et ses dirigeants corrompus par les forces d’occupation. Bien que, selon des études concordantes, moins de 15 % des Palestiniens souhaitent une transformation de leur société sur le modèle islamiste, ils ont été cinq fois plus nombreux à voter pour le mouvement islamiste, qui incarne désormais à leur yeux la résistance à l’oppression. Le Fatah, dont l’idéologie laïque reste majoritaire, s’est irrémédiablement déconsidéré en prônant l’abandon de la lutte armée à peine Yasser Arafat inhumé.
La panique des éditorialistes « occidentaux » est à la hauteur de l’aveuglement des experts médiatiques qui pensaient les trucages électoraux suffisants pour relativiser la victoire du Hamas et l’empêcher d’obtenir la majorité des sièges. Aucun effort n’avait en effet été négligé par Israël et les États-Unis pour fausser le scrutin : financement massif du Fatah par l’USAID, assassinat de candidats islamistes par Tsahal, interdiction de vote imposée à 94 % des électeurs de Jérusalem Est par Israël. C’est pourquoi tous s’accordaient pour penser que le Hamas ne pourrait obtenir qu’un strapontin dans un gouvernement d’union nationale. Il serait alors obligé de se « responsabiliser », et de faire le chemin pratiqué par le Fatah avant lui. Il était même envisageable de voir imploser le Hamas entre un courant « pragmatique » converti aux vertus de la négociation telle qu’elle est envisagée dans la « feuille de route » et une aile armée radicale privée de soutiens et isolée.

Cette approche était développée par le professeur d’Oxford, Hussein Agha, et l’ancien envoyé spécial de Bill Clinton pour les relations israélo-arabes, Robert Malley. Dans une tribune publiée dans The Guardian, le Boston Globe, l’International Herald Tribune et The Age, les deux auteurs faisaient part de leur espoir d’intégrer en douceur le Hamas à la politique suivie par le Fatah, un point de vue que les deux analystes avaient déjà développé en mai 2005. Jusqu’alors, le Hamas pouvaient être loué pour les services rendus aux Palestiniens. Mais MM. Agha et Malley, assuraient qu’une fois associé au pouvoir, il serait à son tour rendu responsable des mauvaises conditions de vie de la population et que, pour les améliorer, il devrait adoucir sa position vis-à-vis d’Israël ou exploser entre une aile radicale et un courant plus accommodant avec Tel-Aviv.
Cette analyse sera également développée par Robert Malley seul dans Le Monde. Dans cette adaptation de la précédente tribune, l’auteur se montrait plus précis sur les méthodes d’intégration du Hamas, préconisant un soutien financier de l’Union européenne aux municipalités contrôlées par le parti islamiste en échange de l’abandon de la violence.

Le citoyen israélo-arabe, professeur à l’université américaine de Paris, Marwan Bishara anticipait lui aussi un bon score du Hamas, mais laissant cette formation minoritaire, dans La Vanguardia et Le Figaro. Pour l’analyste le score du Hamas le pousserait à participer au gouvernement de l’Autorité palestinienne, à faire taire son opposition aux négociations et à soutenir Mahmoud Abbas qui s’en trouverait relégitimé face aux Israéliens. L’auteur demandait donc, suite aux élections, la rédaction d’un programme d’union nationale associant les principales forces politiques palestiniennes.
Partant d’une estimation comparable des résultats, l’ancien ministre jordanien de l’Information en Jordanie, Saleh Alkallab pensait pour sa part dans Asharqalawsat que le Hamas ne participerait pas au gouvernement, même s’il excluait moins que MM. Agha et Malley qu’il puisse gagner les élections. Il espérait qu’en cas de victoire du Hamas, un gouvernement d’union nationale se formerait et il prédisait que le mouvement islamiste devrait suivre la même politique que le Fatah. Avant toute chose, l’auteur souhaitait éviter une confrontation entre les différents groupes palestiniens.

Comme on le voit, la plupart des analystes médiatiques, espérait surtout que les élections ne changent pas grand chose à la politique suivie par l’Autorité palestinienne et que Mahmoud Abbas sorte renforcé, d’une manière ou d’une autre, de ce scrutin.
Pour le député du Yahad et principal négociateur israélien des « accords de Genève », Yossi Beilin, un renforcement de Mahmoud Abbas est avant tout essentiel pour l’avenir électoral de son parti et de la gauche israélienne qui prépare les élections du 28 mars. Dans La Vanguardia, il pronostique une victoire de Kadima, le parti d’Ariel Sharon et Ehud Olmert. Toutefois, ce parti ne pourra pas gouverner seul. M. Beilin estimait donc que si une coalition « pragmatique » l’emportait en Palestine, Kadima s’allierait avec les travaillistes et son parti et des négociations pourraient reprendre. En revanche, si le Hamas l’emportait, Kadima s’allierait sans doute avec le Likoud sans possibilité de négociation. Ce faisant, le député israélien reconnaissait implicitement que les personnes à la tête de l’Autorité palestinienne n’avaient pas d’importance, tout dans les relations israélo-palestiniennes dépend de la coalition au pouvoir en Israël.

Bien loin de cette approche consensuelle, l’éditorialiste palestinien d’Alquds- Alarabi, Abdel Bari Atouan, faisait part, avant les élections de son désir de changement, un éditorial lucide préfigurant l’opinion palestinienne majoritaire qui allait s’exprimer dans les urnes. L’auteur appelait ainsi à une alternance politique sans parler d’une victoire du Hamas, demandant que le prochain gouvernement mette fin à la corruption, juge les responsables corrompus et négocie avec Israël mais sans remettre en cause le droit au retour ou la création d’un État palestinien ayant comme capitale Jérusalem.
Il s’agissait de la même position que celle défendue par le Hamas, mais notons que cette ligne était également défendue par une minorité de membres critiques du Fatah qui, elle, a plutôt bien résisté au raz-de-marée vert.
Parmi elle, l’ancienne représentante de l’Autorité palestinienne pour les affaires de Jérusalem et nouvelle représentante de l’Autorité palestinienne en France, Hind Khoury, dénonçait dans le Guardian la campagne d’intimidation et les tracasseries administratives qui ont empêché 94 % des Palestiniens de Jérusalem Est de se rendre aux urnes. Faisant sienne la rhétorique états-unienne sur la réforme palestinienne prémisses à la paix, elle affirme que ce n’est pas ainsi que la paix progressera.

Toutefois, la rhétorique de la « démocratisation » du Proche-Orient a ses limites et la réaction des États-Unis et de Tel-Aviv aux résultats des élections l’a bien vite montré.
Avant le scrutin, l’USAID, avait ainsi largement financé la campagne du Fatah afin de contrer l’extrême popularité de son concurrent islamiste. Sitôt les résultats connus, les États-Unis et leurs alliés ont remis en cause la poursuite de l’aide humanitaire versée à l’Autorité palestinienne, tandis qu’Israël a d’ores et déjà gelé les fonds de l’Autorité palestinienne, interdisant également aux élus du Hamas de se déplacer entre Gaza et la Cisjordanie. Ainsi, après avoir réussi à acheter des leaders du Fatah, mais avoir échoué à acheter les électeurs palestiniens, Washington et Tel-Aviv ont décidé de ruiner l’Autorité palestinienne et d’empêcher le gouvernement issu des urnes d’exercer ses responsabilités.
Le président états-unien George W. Bush a commenté les résultats électoraux lors d’une conférence de presse. Il les déplore sans les remettre en cause et affirme que les États-Unis ne discuteront jamais avec un groupe prônant la destruction d’Israël. Il dément avoir aidé le Fatah via l’USAID, mais réitère son souhait de voir Mahmoud Abbas rester en poste. Il est intéressant de noter que la position de George W. Bush est totalement paradoxale. En effet, le Hamas ne prévoit pas la destruction d’Israël dans sa charte, en revanche, le Fatah de Mahmoud Abbas avait fait de cette destruction un de ses objectifs, objectif qui fut abandonné après la signature des accords d’Oslo entre Rabin et Arafat en 1993. Il est donc non seulement possible de négocier avec un groupe affirmant souhaiter la destruction d’Israël mais cette remarque ne s’applique pas au Hamas.
Les médias mainstream n’ont pas relevé cette incohérence. La plupart ont au contraire abondé dans le sens du président états-unien en adaptant à la nouvelle majorité parlementaire palestinienne le mythe de « l’absence de partenaire arabe » dans les négociations de paix qui avait autrefois si bien fonctionné contre Yasser Arafat. La plupart des quotidiens ont ainsi dramatisé la victoire du Hamas, consacrant une bonne part de leurs pages à la dénonciation des crimes du Hamas et aux condamnations, justifiées, des attaques contre les civils mais sans se donner la peine de rappeler le contexte de l’occupation et les crimes commis par Tsahal.

L’ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien, Shlomo Avineri, insiste lui aussi sur l’absence de « partenaire arabe » dans une tribune diffusée par Project Syndicate. Ce texte a été publié dans le Jordan Times, le Korea Herald, le Daily Star, sans doute d’autres publications qui nous ont échappé et un grand nombre de sites internet. Comme toujours, grâce à sa capacité de diffusion, Project Syndicate devrait profondément influencer le débat médiatique. Nous nous attendons à retrouver la prose de M. Avineri dans de nombreux journaux dans les jours à venir et, surtout, de la voir adoptée par de nombreux analystes. Pour l’auteur, la victoire du Hamas démontre non seulement qu’il n’y a pas de possibilités de parvenir à une paix négociée avec les Arabes mais que le fossé entre Israéliens et Palestiniens se creuse de plus en plus. Il s’appuie sur ce point de vue pour soutenir Kadima et la politique de désengagement unilatéral, c’est-à-dire, l’application de la politique du « pré carré » : le contrôle du plus grand territoire possible avec le minimum de troupes.

Sans surprise, l’extrême droite états-unienne va encore plus loin. L’administrateur de l’U.S. Institute of Peace et président du Middle East Forum, Daniel Pipes, appelle ainsi à un isolement du Hamas et de l’Autorité palestinienne dans le National Post et The Australian. Pour lui, cette élection est comparable à celle d’Hitler en 1933 en Allemagne, il appelle donc à ce que « l’Occident » punisse les Palestiniens pour leur choix. Il estime également qu’il faut tirer les conséquences de cette élection pour toute la région et qu’il faut ralentir le processus de « démocratisation » du Proche-Orient afin de faciliter l’éradication de « l’islam radical ». L’auteur marque donc son opposition au soutien d’une partie des élites états-uniennes à des mouvements fondamentalistes pour remodeler la région.
Partageant les conclusions de Daniel Pipes, l’analyste néo-conservateur Joel Mowbray a lui aussi demandé l’isolement de l’Autorité palestinienne tout en se réjouissant de la victoire du Hamas dans le Washington Times. Pour lui, Le Fatah était pire que le Hamas puisqu’il était apparemment engagé dans la feuille de route tout en menant des opérations terroristes avec les Brigades des martyrs d’Al Aqsa, Israël avait des devoirs vis-à-vis de cette organisation qu’il n’a plus avec le Hamas, il y a donc une raison de se réjouir.

Abdel Bari Atouan a vu le programme politique qu’il appelait de ses vœux arriver au pouvoir mais il s’alarme dans Al Quds Al Arabi de l’attitude « occidentale ». Il estime que la situation actuellement en Palestine rappelle celle de l’Algérie en 1991 : les Palestiniens, comme les Algériens à l’époque, ont voté contre un régime corrompu. Mais à la différence des militaires algériens, Mahmoud Abbas a accepté les résultats. Ce sont Israël, les États-Unis et l’Union européenne qui le refusent, tout comme les régimes arabes qui utilisent la peur des islamistes pour rester au pouvoir. Le Hamas va être privé de ressources par les pays arabes, l’Union européenne et les États-Unis. L’auteur conclut qu’il pourrait alors se tourner vers l’Iran.

Ancien porte-parole de la Muslim Association of Britain et directeur de l’Institute of Islamic Political Thought, Azzam Tamimi se réjouit dans The Guardian de la victoire du Hamas et tente de remettre en cause un certains nombre de lieux communs concernant ce parti diffusés par la presse mainstream. Pour lui, les théories des experts énoncées avant le scrutin sur les intentions des Palestiniens n’ont aucun sens. Il estime que les Palestiniens ont voté pour retourner le principe du processus de paix. Jusqu’ici les discussions israélo-palestiniennes, quand elles avaient lieu se fondaient sur le principe que les Palestiniens étaient les agresseurs et que le principal problème était le terrorisme. Il faut que désormais les négociations partent du principe qu’Israël est l’agresseur et que le principal problème est l’occupation. L’auteur rappelle que le cheikh Yassine avait déclaré qu’un retour aux frontières de 1967 mettrait un terme à l’action militaire du Hamas pour au moins une génération, ces déclarations avaient été confirmées par l’interview de Moshir al-Masri, porte-parole du Hamas, que nous avions diffusée sur notre site. Par conséquent, l’auteur conclut qu’il faut accepter de négocier avec le Hamas comme Londres négocie avec l’IRA.

 

La revue annuelle Global Agenda Magazine, éditée à l’occasion du Forum de Davos 2006, a publié un article politique du généticien Mazin Qumsiyeh invitant la communauté internationale à boycotter Israël pour faire cesser le régime d’apartheid envers les Palestiniens. Le scandale soulevé par cette proposition a contraint la direction du Forum économique mondial à retirer immédiatement le magazine de la distribution et à présenter des excuses aux dirigeants israéliens.
Nous reproduisons intégralement cet article.
 

Des millions d’activistes en sont arrivés à voir un lien organique entre l’occupation et la colonisation de la Palestine et diverses questions globales urgentes allant de la guerre contre l’Irak à la pauvreté mondiale.

Comment en sommes-nous arrivés au point que les drapeaux palestiniens dominent les rassemblements anti-guerre et les manifestations contre les institutions financières mondiales dominées par les États-Unis ? Pourquoi ces activistes voient-ils l’hypocrisie de la politique étrangère américaine en ce qui concerne Israël/Palestine comme le talon d’Achille qui pourrait permettre la réussite de la remise en question de son hégémonie ? Comment en sommes-nous arrivés au point que les Églises traditionnelles et plus de 30 campus américains mènent des campagnes actives de désinvestissement et de boycott envers Israël ? Pourquoi est-ce que les États-Unis et Israël sont isolés dans les forum internationaux, et parmi l’opinion publique mondiale ?

Les racines du sionisme

Pour répondre à ces questions, nous devons d’abord comprendre l’histoire du sionisme et les racines de l’énigme israélo-palestinienne et ensuite voir comment nous pourrions avancer vers une paix juste et durable en Israël/Palestine, ce qui est la clef de la paix et de la justice ailleurs.

Début 1840, le gouvernement impérial britannique a employé le lieutenant-colonel George Gawler, un fondateur des colonies pénitentiaires britanniques en Australie, pour étudier la faisabilité de la colonisation juive en Palestine. En 1845, Gawler a publié Pacification de la Syrie et de l’Orient : Observations et suggestions pratiques, en vue de la création de colonies juives en Palestine, plus sobre et intelligent des remèdes aux misères de la Turquie d’Asie. En 1852, des officiels britanniques ont fondé l’Association pour la promotion de colonies juives en Palestine. Cette association évolua par la suite en Fonds pour la Palestine, le premier projet concret du sionisme moderne.

Les premières colonies sionistes ont été établies en Palestine en 1880. Le mouvement s’est développé en 1896 avec la publication de Die Judenstaat par Theodore Herzl, un journaliste hongrois-juif, et la formation de l’Organisation sioniste mondiale. Aujourd’hui, les sionistes répugnent à utiliser le terme colonisation mais les premiers sionistes comme Herzl et Ze’ev Jabotinsky parlaient ouvertement de colonisation juive. Jabotinsky, dont l’image et la philosophie dominent le parti au pouvoir en Israël, le Likoud, devait dire en 1923 : « La colonisation sioniste, même la plus restreinte, doit être terminée ou effectuée au mépris de la volonté de la population autochtone. Cette colonisation peut, donc, se poursuivre et se développer seulement sous la protection d’une force indépendante de la population locale - un mur de fer que la population autochtone ne peut pas franchir. »

Évolution des méthodes

Les sionistes ont su faire évoluer leurs méthodes au cours des années. Il y a eu trois mutations importantes dans la stratégie puisque le mouvement a commencé vers la fin du dix-neuvième siècle. Le premier fut un changement de soutien. L’évolution de la protection britannique à la protection états-unienne fut le plus visible entre les années 30 et les années 60. La seconde fut l’acceptation du Fatah et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) comme groupes avec qui négocier sur l’établissement d’une autonomie pour les Palestiniens dans les régions tronquées de la Cisjordanie et de Gaza. Le troisième changement stratégique fut l’idée d’un mini-État palestinien comprenant des ghettos déconnectés en Cisjordanie et à Gaza, sur moins d’un cinquième de la Palestine historique, occupée par Israël en 1967, sur le modèle des Bantoustans Sud-Africains.

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Affiche française (1976)

Cependant, en dépit de ces changements stratégiques, le programme sioniste d’aujourd’hui est constant dans ses objectifs originaux, objectifs qui sont partagés par toutes les principales factions de la politique israélienne (Likoud, Travaillistes, Shas et d’autres partis religieux). Son programme consensuel comprend : le rejet du retrait total de tous les secteurs illégalement occupés en 1967 ; le rejet du droit au retour des réfugiés dans leurs foyers et sur leurs terres ; le rejet des concepts de la pleine souveraineté ou d’autodétermination pour les Palestiniens, et un refus de changer les lois fondamentales d’Israël qui discriminent les non-juifs.

Objectif inchangé

Ainsi, alors que la stratégie peut changer, les objectifs du sionisme politique restent inchangés : exigence du contrôle sioniste et un maximum de terres avec un minimum de Palestiniens (une géographie maximum avec une démographie minimum). Entre 1947 et 1949, cela a été réalisé par le déplacement pur et simple de 70 % des autochtones palestiniens du secteur qui devait devenir Israël en 1949. Plus de 530 villages et villes palestiniens ont été complètement dépeuplés et rayés de la nouvelle carte israélienne. Même les historiens sionistes israéliens comme Benny Morris le reconnaissent maintenant.

Selon la plupart des historiens et le matériel déclassifié, Israël a initié la guerre de 1967 pour acquérir plus de terres, dont une partie pour négocier et d’autres pour des raisons stratégiques et économiques. Immédiatement après, une nouvelle phase de colonisation a commencé dans les secteurs occupés de Cisjordanie (y compris à Jérusalem-Est). Un total de 450 000 colons sont entrés dans ces secteurs au cours des 39 dernières années : 39 ans en 2006 (alors que 2 % ont été retirés de Gaza l’année dernière, 4 % de plus se sont installés dans d’autres secteurs).

Amis états-uniens

Des gardiens parmi les médias américains s’assurent que le sionisme politique n’est pas remis en cause. Le seul débat autorisé dans les pages du New York Times ou dans les principales émissions de télévision se situe entre différentes branches et stratégies du sionisme. D’un autre côté, nous voyons littéralement des millions de gens en Amérique et dans le monde entier, qui utilisent internet, lisent entre les lignes, et remettent en cause le récit sioniste. Nous voyons des milliers de juifs tirer la même conclusion que Gilad Atzmon, le musicien et écrivain, Ilan Pappe, un historien israélien, et Jeff Halper, un anthopologiste israélien : Ce sionisme politique est le problème. Ils articulent un discours optimiste de post-sioniste basé sur la justice universelle et les droits de l’homme. Ils posent la question : Si l’apartheid était le problème en Afrique du Sud, pourquoi est-ce une solution en Israël/Palestine ?

Ceux qui préconisent le sionisme politique ne peuvent pas le défendre sur ses propres mérites aussi ils se concentrent à détourner l’attention et modifier la réalité. Le meilleur exemple est d’ignorer la cause de la maladie et de focaliser l’attention sur l’un de ses nombreux symptômes : la violence des autochtones contre les colons (mais pas la violence énormément plus mortelle des colonisateurs sur les autochtones). L’idée est que si nous calomnions les autochtones et que nous les rendions moins qu’humains, nous ne serons pas critiqués pour le fait que nous les tuions et que nous prenions leurs terres.

C’est une vieille stratégie pour justifier le pillage. Elle a été utilisée par le gouvernement français en Algérie, par les colonisateurs européens en Amérique, par l’apartheid en Afrique du Sud, par les États-uniens au Vietnam, et dans des centaines d’autres endroits où les intérêts coloniaux et économiques occidentaux venaient en conflit avec les droits des peuples autochtones.

Apartheid israélien

Le sionisme suppose non seulement que les juifs (y compris les convertis) apprécient des droits ethniques, nationaux ou historiques en Palestine, mais que ces droits soient supérieurs à ceux de la population autochtone. À la différence de l’Afrique du Sud où le travail des noirs était nécessaire, le sionisme a voulu faire partir les autochtones. Tout simplement, le but du sionisme était de créer un État par et pour les « juifs de partout » à l’exclusion de la majeure partie des autochtones et ensuite de s’assurer que la minorité qui était restée n’ait aucune chance d’être traitée à égalité.

Amnesty International a constaté : « En Israël, plusieurs lois sont explicitement discriminatoires. Celles-ci remontent à la création d’Israël en 1948 qui, poussée principalement par le génocide raciste enduré par les juifs en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, a été basée sur la notion d’un État juif pour les juifs ». Certaines des lois d’Israël reflètent ce principe et en conséquence discriminent les non-Juifs, en particulier les Palestiniens qui vivaient sur ces terres depuis générations. Divers secteurs de la loi israélienne discriminent les Palestiniens. La « loi du retour », par exemple, fournit automatiquement la citoyenneté israélienne aux immigrés juifs, tandis que les réfugiés palestiniens qui sont nés et ont été élevés dans ce qui est maintenant Israël se voient refuser même le droit de rentrer chez eux. D’autres dispositions accordent explicitement un traitement préférentiel aux citoyens juifs dans l’éducation, le logement public, la santé, et l’emploi.

(JPEG)
« Pas d’armes pour l’Afrique du Sud » (1974)
Israël et l’Afrique du Sud ont développé ensemble leur programme d’armement et leurs services de communication.

Le sionisme a représenté une entreprise britannique coloniale plus tard envisagée comme l’une des nombreuses réponses possibles à la discrimination en Europe. D’autres réponses à la discrimination comme le socialisme et l’humanisme étaient en effet disponibles et avaient au moins une force égale. Le sionisme peut être vu comme une réponse nationaliste, ethnocentrique et chauvine du XIXème siècle - la plupart du temps Ashkenazes (d’Europe centrale) - aux nationalismes européens chauvins et ethnocentriques de l’époque. C’est en ce sens une tentative d’assimilation par certains Juifs d’un modèle colonial européen désormais démodé.

Dans ce sens, il n’est pas étonnant que le lobby sioniste ait poussé les États-Unis dans une ère néo-coloniale perpétuant ces formes démodées de relations humaines. Dans une société qui prône l’égalité et la séparation des Églises et de l’État, une campagne médiatique concertée justifie l’invasion « préventive » d’autres pays, l’apartheid religieux, le sectarisme, le nettoyage ethnique, et la construction de murs autour d’un peuple « indésiré » et ghettoisé. Les apologistes du sionisme ne trouvent pas contradictoire de parler d’égalité en Amérique et en Europe et de soutenir la discrimination et l’exclusion des réfugiés palestiniens (parce qu’ils ne sont pas Juifs) en Palestine/Israël. Des centaines de millions de dollars sont dépensés par des groupes allant de la Ligue Anti-Diffamation (ADL) au Comité juif américain aux affaires publiques américano-israéliennes (AIPAC) en passant par les think tanks de la capitale de notre nation pour promouvoir des idées en faillite.

Les efforts impitoyables de nombreuses personnes pour défendre l’apartheid et la séparation peuvent seulement être décrits comme des symptômes de dissonance cognitive au mieux et de racisme au pire. Dans leur monde Orwellien, l’occupation devient « sécurité », une guerre implacable de colonisation et d’occupation devient « démocratie avancée », un « processus de paix », un mur d’apartheid devient une « clôture de sécurité », être anti ou post-sioniste est transformé en anti-juif, et « modération » devient un mot de code pour le saccage du droit international et des droits de l’homme de base.

Nos exigences

En juillet 2005, plus de 170 organisations de la société civile palestinienne ont publié un document historique. Il énonce les violations persistantes des lois et des conventions internationales et humanitaires par Israël des et invite « les organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retrait d’investissement contre Israël tels que ceux appliqués à l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid ».

L’appel déclare que : « Ces mesures punitives non-violentes devraient être maintenues jusqu’à ce qu’Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international en :
- Mettant fin à son occupation et à sa colonisation de tous les terres arabes et en démantelant le Mur ;
- Reconnaissant les droits fondamentaux des citoyens arabo-palestiniens d’Israêl à une égalité absolue ;
- Respectant, protégeant et favorisant les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU.
 »

Nous proposons que la société civile mondiale prenne cet appel au sérieux et construise une coalition ouverte à tous pour un mouvement mondial contre le sionisme ou un mouvement mondial contre l’apartheid israélien. Cela aurait le mérite d’apporter la paix et la justice à toutes les peuples indépendamment de leur religion ou de leur appartenance ethnique. Ce serait également une contribution significative pour dénoncer les programmes de domination et d’hégémonie au Proche-Orient menés par le gouvernement états-unien, révélés bien à propos par son soutien du sionisme.

 Mazin Qumsiyeh
Professeur de biologie aux universités de Duke et de Yale. Son le dernier livre s’intitule : Partage de la terre de Canaan : Droits de l’homme et la lutte Israelo/Palestinienne. Il est impliqué dans de nombreuses campagnes soutenant les droits des Palestiniens.

08:43 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (28) |  Facebook |

30/01/2006

le chauchemar....

Once we recognize that, we're able to begin talking about where Iraq is going. For example, there's a lot of talk about the United States bringing [about] a sovereign independent Iraq. That can't possibly be true. All you have to do is ask yourself what the policies would be in a more-or-less democratic Iraq. We know what they're likely to be. A democratic Iraq will have a Shiite majority, [with] close links to Iran. Furthermore, it's right across the border from Saudi Arabia, where there's a Shiite population which has been brutally repressed by the U.S.-backed fundamentalist tyranny. If there are any moves toward sovereignty in Shiite Iraq, or at least some sort of freedom, there are going to be effects across the border. That happens to be where most of Saudi Arabia's oil is. So you can see the ultimate nightmare developing from Washington's point of view.

 

 

j'ai fait court, comme tu adores l'anglais...

 

En ce qui concerne le retrait, prenez n’importe quelle édition de n’importe quel journal ou magazine. Ils disent tous que les Etats-Unis veulent instaurer un état démocratique et souverain en Irak. En fait, c’est hors de question. Que serait la politique d’ un Irak indépendant et souverain ? S’il est plus ou moins démocratique, le pays serait gouverné par une majorité Chiite. Ceux-ci chercheront naturellement à resserrer leurs liens avec l’ Iran chiite. La plupart des religieux viennent d’Iran. La brigade Badr, qui contrôle en gros tout le sud, est entraînée par l’Iran. Ils ont des liens étroits qui ne feront que se renforcer. Ce qui donne une alliance informelle Irak/Iran. De plus, juste de l’ autre côté de la frontière avec l’Arabie Saoudite, il y a une population chiite qui a été sévèrement réprimée par la tyrannie intégriste soutenue par les Etats-Unis. Tout mouvement vers l’ indépendance en Irak aurait de fortes chances de les encourager, et c’est déjà en cours. Et il se trouve que c’est là que se trouve la majorité du pétrole Saoudien. Alors, vous pouvez imaginez le parfait cauchemar pour Washington, à savoir une alliance chiite qui contrôlerait la majorité du pétrole mondial, indépendante de Washington et probablement tourné vers l’est, où la Chine et d’autres sont impatients de nouer des relations, et qui sont déjà en train de le faire. Pour Washington, ce n’est même pas concevable. Au stade où en sont les choses, les Etats-Unis préféraient une guerre nucléaire à une telle situation.

Noam Chomsky

14:52 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

28/01/2006

on en apprends tous les jours....quand on a envie d'apprendre...

[Le gouvernement iranien a finalement mis au point l’ultime arme « nucléaire » qui pourrait rapidement détruire le système financier qui soutient l’Empire Américain. L’arme d’une bourse que l’Iran a prévu d’ouvrir en mars 2006. Elle sera basée sur un mécanisme de négoce de pétrole en euros. En termes économiques, la danger pour le dollar est bien plus grand que celui représenté naguère par Saddam, parce que cela permettrait à n’importe qui, désireux d’acheter ou de vendre du pétrole en euros, de court-circuiter complètement le dollar. ]




Le projet d’une bourse iranienne du pétrole accélérerait la chute de l’empire américain.



Gold-Eagle, 19 janvier 2006.


1) L’économie des Empires

Un état-nation taxe ses propres citoyens, tandis qu’un empire taxe d’autres états-nations. L’histoire des empires, du grec au romain, de l’ottoman au britannique, nous enseigne que la base économique de tout empire est la taxation d’autres nations. La capacité impériale de taxer s’est toujours accompagnée d’une économie plus efficace et plus puissante, et comme conséquence, une puissance militaire plus efficace et plus puissante. Tandis qu’une partie du prélèvement était affectée à l’amélioration du niveau de vie de l’empire, une autre partie était affectée au maintien de la domination militaire nécessaire pour pouvoir prélever les taxes.

Historiquement, la taxation des états sujets a pris différentes formes - généralement sous la forme des métaux or ou argent, là où ils servaient de monnaie, mais aussi sous forme d’esclaves, de soldats, de récoltes, de bétail, ou autres ressources agricoles et naturelles, et tous les biens exigés par l’empire que l’état-sujet pouvait fournir. Historiquement, la taxation impériale s’est toujours exercée d’une manière directe : l’état-sujet remettait ses biens directement à l’empire.


Pour la première fois dans l’histoire, au vingtième siècle, les Etats-Unis ont pu taxer le monde entier d’une manière indirecte, par l’intermédiaire de l’inflation. Ils n’ont pas mis en place un prélèvement direct, comme tous les empires qui les ont précédés, mais ont distribué leur propre devise, le dollar US, aux autres nations en échange de biens avec comme conséquence prévue une inflation et une dévaluation de ces dollars qui étaient ensuite récupérés en échange d’une quantité inférieure de biens - la différence constituant la taxe impériale US. Voici comment ils ont procédé.

Au début du vingtième siècle, l’économie US a commencé à dominer l’économie mondiale. Le Dollar US était indexé sur l’or et par conséquence sa valeur ne connaissait pas de fluctuations, puisqu’elle correspondait toujours à la même quantité d’or. La Grande Dépression, précédée par une inflation entre 1921 et 1929 et l’explosion des déficits budgétaires, a provoqué une nette augmentation de la quantité de monnaie en circulation, rendant ainsi impossible l’indexation du dollar sur l’or. Ce qui amena Roosevelt en 1932 à supprimer l’indexation du dollar sur l’or. Jusqu’à là, les Etats-Unis dominaient le monde, mais uniquement d’un point de vue économique. Ils n’étaient pas encore un empire. En distribuant des dollars convertibles en or, des dollars à valeur constante, les Etats-Unis ne pouvaient tirer des bénéfices économiques de leurs échanges avec d’autres pays.

D’un point de vue économique, l’Empire Américain est née en 1945 avec (les accords de) Bretton Woods. Le dollar US n’était pas totalement convertible en or, mais était encore convertible en or uniquement pour les gouvernements étrangers. Le dollar devint ainsi la monnaie de réserve du monde. Ceci fut rendu possible parce que, pendant la deuxième guerre mondiale, les Etats-Unis avaient fourni des biens à ses alliés en exigeant de l’or en guise de paiement. Les Etats-Unis ont ainsi accumulé une bonne partie de l’or mondial.

La constitution d’un empire n’aurait pas été possible si, après les accords de Bretton Woods, la quantité de dollars en circulation avait été limitée à celle de l’or disponible, afin de pouvoir garantir la parité. Mais la politique « du beurre et des canons » des années 60 était une politique impériale : le volume des dollars fut sans cesse accru pour financer la guerre du Vietnam en même temps que le projet de Grande Société du président Lyndon B. Johnson. La plupart de ces dollars étaient mis en circulation à l’étranger en échange de biens et n’étaient pas rachetés pour la même valeur. L’augmentation des quantités de dollars détenus par des étrangers, alimentée par les déficits US endémiques, équivaut à une taxe : la taxe classique « par l’inflation » qu’un pays impose à ses propres citoyens, mais cette fois-ci imposée par les Etats-Unis au reste du monde.


En 1970-71, lorsque les pays étrangers demandèrent le remboursement de leurs dollars en échange d’or, le gouvernement des Etats-Unis fit faux bond, le 15 août 1971. Alors que l’histoire officielle raconte la « suppression de la parité entre le dollar et l’or », il s’agissait en réalité d’un refus de payer, de rembourser en or, ce qui revient à un acte de mise en faillite de la part du gouvernement des Etats-Unis. C’est ainsi que les Etats-Unis se déclarèrent Empire. Ils avaient accaparé d’énormes quantités de biens du reste du monde, sans intention ou capacité de les payer, et le monde ne pouvait que constater son impuissance.

A partir de ce moment, pour maintenir l’Empire Américain et continuer à taxer le reste du monde, les Etats-Unis devaient obliger le reste du monde à continuer d’accepter, en échange de biens, les dollars qui se dévaluaient en permanence. Le reste du monde devait ainsi accumuler de plus en plus de dollars dévalués. Pour qu’ils continuent d’accumuler tous ces dollars, il fallait trouver et donner au monde une raison économique de posséder tant de dollars. Cette raison fût le pétrole.

En 1971, lorsqu’il devint évident que le gouvernement US était incapable de racheter ses dollars avec de l’or, un accord avec l’Arabie Saoudite fut instauré en 1972-73 : les Etats-Unis soutenaient le règne de la Maison des Saoud qui, en échange, n’accepterait que le dollar US comme monnaie de paiement pour leur pétrole. Le reste de l’OPEC suivit. Le monde était donc contraint d’acheter en dollars le pétrole aux pays arabes et devait donc posséder des dollars pour pouvoir payer. Et parce que la demande de pétrole dans le monde était sans cesse croissante, la demande de dollars ne pouvait qu’augmenter. Si les dollars ne pouvaient plus être échangés pour de l’or, ils pouvaient désormais être échangés pour du pétrole.

L’idée derrière cet accord était de faire en sorte que le dollar soit désormais soutenu par le pétrole. Et tant que cette situation perdurait, le monde devait accumuler de plus en plus de dollars, parce qu’il leur fallait ces dollars pour acheter ce pétrole. Tant que le dollar restait le seul moyen de paiement du pétrole, sa domination était garantie et l’Empire Américain pouvait continuer à taxer le reste du monde. Si le dollar, pour une raison ou une autre, devait perdre le soutien du pétrole, l’Empire Américain cesserait d’exister. Ainsi, la survie de l’Empire dépend de la vente du pétrole en dollars. Cela implique aussi que les réserves de pétrole soient situées dans des pays trop faibles politiquement ou militairement pour demander le paiement du pétrole dans une autre devise. Si quelqu’un demandait à être payé autrement qu’en dollars, il fallait le convaincre, par des pressions militaires ou économiques, de changer d’avis.


Un qui a effectivement demandé des Euros en échange de son pétrole fût Saddam Hussein, en 2000. D’abord il fut l’objet de risées. Ensuite on a tenté de l’ignorer. Enfin, lorsqu’il devint évident qu’il ne plaisantait pas, on exerça des pressions politiques pour lui faire changer d’avis. Lorsque d’autres pays, comme l’Iran, voulaient être payés en d’autres devises, notamment en euros et yens, le danger pour le dollar devint évident, et une opération punitive fut organisée. La guerre de Bush en Irak n’a rien à voir avec les armes nucléaires de Saddam, ni la défense des droits de l’homme, ni la démocratie, ni même le contrôle des puits de pétrole ; il s’agit de défendre le dollar, c’est-à-dire l’Empire Américain. Il s’agit de donner une leçon à tous ceux qui seraient tentés de demander à être payés autrement qu’en dollars.

Nombreux sont ceux qui ont critiqué Bush pour avoir mené une guerre en Irak dans le but de prendre le contrôle des puits de pétrole. Cependant, ils n’expliquent pas pourquoi Bush voudrait prendre le contrôle de ces puits - il aurait pu se contenter d’imprimer des billets pour rien et acheter tout le pétrole dont il avait besoin. Il devait donc y avoir une autre raison pour envahir l’Irak.

L’histoire nous enseigne qu’un empire doit entrer en guerre pour une de ces deux raisons : (1) pour se défendre ou (2) pour tirer profit d’une guerre ; dans le cas contraire, comme le démontre Paul Kennedy dans son magistral « The Rise and Fall of the Great Powers », un éparpillement excessif de ses forces militaires drainerait ses ressources économiques et précipiterait sa chute. D’un point de vue économique, pour qu’un Empire puisse déclencher et mener une guerre, les bénéfices tirées doivent surpasser le coût militaire et social. Les bénéfices tirés des puits Irakiens ne compensent pas les coûts militaires à long-terme. Bush est donc entré en Irak pour défendre son Empire. Et ceci est confirmé par le fait que deux mois après l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis, le programme Nourriture contre Pétrole fut interrompu, les comptes bancaires Irakiens en euros furent convertis en dollars, et le pétrole fut de nouveau vendu exclusivement en dollars US. Il n’était plus possible d’acheter du pétrole à l’Irak avec des euros. La suprématie globale du dollar fut restaurée de nouveau. Bush descendit victorieusement d’un avion de combat et déclara que la mission était accomplie - entendez par là qu’il avait réussi à défendre le dollar US, donc l’Empire Américain.


2) une bourse iranienne du Pétrole Iranienne

Le gouvernement iranien a finalement mis au point l’ultime arme « nucléaire » qui pourrait rapidement détruire le système financier qui soutient l’Empire Américain. L’arme d’une bourse que l’Iran a prévu d’ouvrir en mars 2006. Elle sera basée sur un mécanisme de négoce de pétrole en euros. En termes économiques, la danger pour le dollar est bien plus grand que celui représenté naguère par Saddam, parce que cela permettrait à n’importe qui, désireux d’acheter ou de vendre du pétrole en euros, de court-circuiter complètement le dollar. Dans ce cas, il s est probable que pratiquement tout le monde adopterait avec enthousiasme l’euro comme monnaie de paiement du pétrole.

Les européens n’auraient plus à acheter ou vendre des dollars pour payer le pétrole, et pourraient payer avec leur propre devise. L’adoption de l’euro pour payer le pétrole donnerait à la monnaie européenne un statut de devise de réserve au détriment de celle des Etats-Unis.

Les Chinois et les Japonais seraient particulièrement heureux d’adopter ce nouveau monnaie d’échange pour le pétrole, parce que cela leur permettrait de réduire considérablement leurs énormes réserves de dollars et de diversifier avec des euros, se protégeant ainsi des dévaluations successives du dollar. Ils pourraient décider de garder une petite partie de leurs dollars et de carrément se débarrasser d’un autre partie. Une partie serait gardée pour régler quelques futurs achats en dollars, mais leurs réserves seraient désormais constitués en euros.

Les Russes ont un grand intérêt à adopter l’euro - la majeure partie de leurs échanges s’effectuent avec les pays européens, les pays exportateurs de pétrole, avec la Chine et avec le Japon. L’adoption de l’euro faciliterait d’emblée les échanges avec les deux premiers blocs, et facilitera à terme les échanges avec la Chine et le Japon. De plus, il semblerait que les Russes détestent posséder des dollars qui se dévaluent, car ils viennent de se convertir à la religion de l’or. Les Russes ont aussi ranimé leur nationalisme et ils ne seraient que trop heureux d’adopter l’euro si cela pouvait donner un coup de poignard dans le dos des étasuniens, et c’est avec un sourire aux lèvres qu’ils observeraient les étasuniens perdre leur sang.

Les pays arabes exportateurs de pétrole, face à leurs montagnes de dollars dévalués, adopteraient l’euro avec enthousiasme afin de diversifier leurs. Comme les Russes, leurs échanges s’effectuent principalement avec les pays européens, et ils préféreraient la devise européenne, plus stable. Sans parler du djihad contre l’ennemi infidèle.

Seuls les Britanniques se trouveraient entre le marteau et l’enclume. Ils ont toujours eu un partenariat privilégié avec les Etats-Unis, mais ont toujours subi une attraction naturelle vers l’Europe. Jusqu’à présent, ils ont eu de nombreuses raisons pour rester aux côtés du vainqueur. Néanmoins, quand ils assisteront à la chute de leur vieil allié, se tiendront-ils toujours fermement à ses côtés ou délivreront-ils le coup de grâce ? Il ne faut cependant pas oublier que les deux principales places boursières de pétrole dans le monde sont le NYMEX de New York et le International Petroleum Exchange (IPE) à Londres et les deux sont contrôlés par les Etats-unis. Il semblerait donc plus probable que les Britanniques devront couler avec le navire ou alors se tirer une balle dans le pied en portant atteinte aux intérêts de leur propre IPE. Il faut noter ici qu’au delà de toute la rhétorique autour du maintien de la livre sterling, il est très probable que les Britanniques n’ont pas adopté l’euro principalement parce que les étasuniens ont fait pression. Dans le cas contraire, l’IPE aurait basculé vers l’euro, portant ainsi un coup mortel à leur partenaire stratégique.


En tout état de cause, et quelque soit la décision britannique, si la bourse iranienne du pétrole devait voir le jour, les entités qui comptent - les Européens, les Chinois, les Japonais, les Russes et les Arabes - adopteront avec enthousiasme l’euro, scellant ainsi le destin du dollar. Chose que les Etats-Unis ne peuvent se permettre et ils recourront, si nécessaire, à toute une série de stratégies pour déstabiliser ou interrompre les opérations de la bourse iranienne :

- Le sabotage - par un virus informatique, une attaque contre le réseau, les communications ou un serveur, par différentes failles de sécurité ou une attaque de type 11 septembre contre le site principal et les sites de secours.

- Un coup d’état - de loin la meilleure option à long terme pour les Etats-Unis.

- Une négociation acceptable des conditions et des restrictions - autre excellente solution pour les Etats-Unis. Bien sûr, le coup d’état est nettement préférable pour les Etats-Unis car cela garantirait une neutralisation totale de la bourse qui ne représenterait plus une menace pour leurs intérêts. Cependant, si le coup d’état ou le sabotage échouent, alors la négociation devient à l’évidence la meilleure solution de rechange.

- Une résolution de guerre à l’ONU - difficile à obtenir étant donné les intérêts en jeu chez les états membres du Conseil de Sécurité. Mais tout le discours fébrile autour d’un développent d’armes nucléaires en Iran est clairement destiné à préparer une telle éventualité.

- Une Frappe Nucléaire Unilatérale - un choix stratégique terrible pour toutes les raisons liées à l’éventualité suivante : la Guerre Totale Unilatérale. Les Etats-Unis feront probablement appel à Israël pour mener ce sale boulot.

- Une Guerre Totale Unilatérale - à l’évidence, la plus mauvaise des solutions. D’abord, les ressources militaires US ont déjà été entamées par deux guerres. Ensuite, les Etats-Unis dégraderont encore plus leurs relations avec d’autres nations importantes. Troisièmement, les grands pays possesseurs de dollars pourraient riposter en se débarrassant discrètement de leurs montagnes de billets verts et empêcher ainsi les Etats-Unis de financer leurs nouveaux projets militaires. Enfin, l’Iran a des alliances stratégiques avec de puissantes nations, ce qui pourrait les entraîner dans la guerre ; l’Iran a une telle alliance avec la Chine, l’Inde, et la Russie, connue sous le nom de Groupe de Coopération de Shanghai, ou Coop de Shanghai, et un pacte avec la Syrie.


Quelque soit le choix, d’un point de vue purement économique, si la Bourse iranienne de pétrole devait prendre son envol, elle serait adoptée par de grandes puissances économiques et précipiterait la chute du dollar. La chute du dollar accélérerait l’inflation aux Etats-Unis et ferait monter les taux d’intérêts US. A ce stade, la Fed (banque centrale US - NDT) se retrouverait à devoir choisir entre Charybde et Scylla - entre la déflation et l’hyperinflation - et serait rapidement obligée de prendre soit sa « médecine habituelle », de ralentir l’inflation en augmentant les taux d’intérêt, provoquant ainsi une dépression économique majeure, un effondrement de l’immobilier, un implosion des valeurs boursières et un effondrement financier total, ou bien de choisir une voie de sortie « à la Weimar » par l’inflation, ce qui écornera les rendements des placements à long terme, fera décoller les hélicoptères noiera le système financier sous des tonnes de liquidités, mettra fin aux LTCM ( ? du traducteur ) et provoquera l’hyperinflation de l’économie.

La théorie autrichienne sur la monnaie, le crédit et les cycles nous enseigne qu’il n’y a rien entre Charybde et Scylla. Tôt ou tard, le système monétaire devra basculer d’un côté ou de l’autre, obligeant la Fed à faire un choix. Il ne fait aucun doute que le commandant en chef Ben Bernanke, grand connaisseur de la Grande Dépression et fin pilote de (l’hélicoptère) Black Hawk, choisira l’inflation. Hélicoptère Ben, inconscient de la Grande Dépression telle qu’elle est analysée par Rothbard, a néanmoins retenu les leçons sur le pouvoir destructeur de la déflation. Le Maestro lui a enseigné que la panacée à tout problème financier, dans tous les cas, c’est l’inflation. Il a même enseigné aux japonais sa méthode originale pour lutter contre la déflation. Comme son mentor, il a rêvé de livrer une bataille au sein d’un hiver de Kondratieff. Pour éviter la déflation, il fera appel à la planche à billets, il fera décoller les hélicoptères des quelques 800 bases étasuniennes à l’étranger et, si nécessaire, il monétisera tout ce qui lui tombera sous la main. Son œuvre ultime sera la destruction par hyper inflation de la devise étasunienne. Et de ses cendres renaîtra la nouvelle devise de réserve du monde, cette relique barbare qu’on appelle l’or.

Krassimir Petrov

(FIN)

About the Author : Krassimir Petrov (Krassimir_Petrov@hotmail.com..) has received his Ph. D. in economics from the Ohio State University and currently teaches Macroeconomics, International Finance, and Econometrics at the American University in Bulgaria. He is looking for a career in Dubai or the U. A. E.

-  Source : www.gold-eagle.com/editorials_05/petrov011606.html



-  Traduction Viktor Dedaj pour Cuba Solidarity Project
http://perso.club-internet.fr/vdedaj/cuba/


[Mais, par une bizarrerie qui n’est qu’apparente, les plus contents à l’heure actuelle sont probablement à Washington. Le Financial Times, insoupçonnable d’anti-américanisme, n’a-t-il pas écrit que les plus durs dans l’administration Bush -les Cheney, les Rumsfeld, les néo et les théo-cons- espéraient une victoire de Ahmadinejab ? ] Le cri de l’Iran, par Maurizio Matteuzzi.


[L’agressivité des USA s’explique par la peur de voir émerger un pôle indépendant pouvant contrer leurs ambitions au Moyen-Orient. L’Iran a les moyens et l’intention de devenir ce pôle. Notamment avec son projet d’une bourse pétrolière, avec des échanges en euros, qui pourra concurrencer les autres bourses pétrolières (la britannique IPE, l’américaine NYMEX) et mettre en question la domination du dollar sur le marché pétrolier international.]
Iran : la fabrication d’une crise, par Marc Botenga.



Iran : les USA achèvent les préparatifs en vue d’ une attaque, par Wayne Madsen.


Désagréger la Russie et l’Iran : un objectif pour les Etats-Unis ? par Jean-Marie Chauvier.

Géopolitique et « révolutions des couleurs » contre la tyrannie : L’importance stratégique du pipeline de Bakou.


Le Venezuela retire ses capitaux des USA, par Philippe Grasset.

Est-ce que Washington pourra tolérer une alliance pétrolière entre le Venezuela et la Chine ? par Seth R.DeLong.


12:41 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

qui c'est les plus fort...évidement....

La victoire sans appel du Hamas aux élections législatives du 25 janvier 2006 a suscité bien des commentaires et des mises en garde indignées des Etats-Unis et de l’Union européenne, France comprise.

Un certain nombre de remarques préliminaires sont cependant nécessaires pour replacer cet événement dans son contexte.

Le scrutin, tenu sous occupation étrangère, a suscité une très forte mobilisation de la population palestinienne. Plus des trois-quarts des électeurs se sont rendus dans les bureaux de vote. C’est incontestablement une victoire pour la démocratie et la preuve que les Palestiniens y sont attachés. Et les quelque 900 observateurs internationaux ont témoigné de la régularité du scrutin.

Les électeurs ont exprimé leur rejet de la politique suivie par l’Autorité palestinienne et le Fatah sur au moins deux niveaux. D’abord une condamnation de leur incapacité à créer des institutions solides, à éradiquer la corruption, à améliorer la vie quotidienne. Tout le monde en Palestine est conscient des contraintes permanentes d’une occupation qui se poursuit depuis bientôt quarante ans, mais, même en tenant compte de ces conditions, le bilan de l’Autorité apparaît négatif. Il l’est aussi dans le domaine des négociations avec Israël depuis les accords d’Oslo de 1993. Tout le pari de M. Mahmoud Abbas, élu président de l’Autorité en janvier 2005, était qu’une position « modérée » de sa part relancerait le « processus de paix » ; il n’en a rien été. M. Ariel Sharon, qui avait longtemps affirmé que Yasser Arafat était l’obstacle à la paix, n’a rien offert à son nouvel interlocuteur : le retrait unilatéral de Gaza s’est accompagné – c’était tout le but de la manœuvre - de l’accélération de la colonisation et de la construction du mur de l’apartheid – malgré la condamnation du Tribunal international de La Haye. Les barrages et contrôles continuent à rendre impossible la vie quotidienne des Palestiniens, le nombre de prisonniers politiques s’élève à plusieurs milliers, etc.

Il est donc assez étrange d’entendre les dirigeants américains, européens et français s’interroger doctement sur la « poursuite du processus de paix ». Ce processus n’existait pas avant les élections – il avait en fait cessé avec l’élection de M. Sharon.

Une autre réflexion mérite d’être faite. Les électeurs ont voté pour le Hamas non pas parce qu’ils adhéreraient à son programme « historique » d’élimination de l’Etat d’Israël, non parce qu’ils souhaiteraient une relance des attentats-kamikazes (les récentes enquêtes d’opinion montrent au contraire une volonté de paix et de négociation), mais parce qu’ils veulent en finir avec la gestion catastrophique de l’Autorité palestinienne. On peut espérer d’ailleurs que le tremblement de terre du 25 janvier suscitera une recomposition de la vie politique palestinienne permettant une stratégie plus efficace contre l’occupation.

Quelques remarques sur le Hamas lui-même sont aussi indispensables. Cette organisation est incontestablement populaire, implantée en Cisjordanie et à Gaza. Elle fait partie du paysage politique. Comme dans beaucoup d’autres pays arabes, il est illusoire de penser pouvoir avancer vers la démocratie en excluant les islamistes. Le Hamas dispose de trois atouts majeurs auprès de la population : sa participation à la résistance à l’occupation ; son réseau d’aide sociale ; le dévouement incontestable de ses cadres. Mais l’exercice du pouvoir sera un défi redoutable. Rappelons, par ailleurs, que, sur le plan économique, le Hamas se situe plutôt à droite de l’échiquier, favorable au libéralisme ; et sur le plan des mœurs, il est extrêmement conservateur, ce qui suscite de l’inquiétude, notamment chez une partie des femmes.

Le Hamas est aussi une organisation qui sait être pragmatique : ainsi, il avait refusé de participer aux précédentes élections de 1996, sous prétexte qu’elles se déroulaient dans le cadre des accords d’Oslo ; il a désormais modifié sa position, alors que les conditions n’ont pas changé. Il a aussi su nouer des alliances avec des notables locaux très respectés, accepter des chrétiens sur ses listes, gérer avec compétence les municipalités qu’il a conquises, etc.

Il est difficile de savoir ce qui va se passer dans les mois à venir. Pourtant, si la France a un rôle à jouer, c’est de rappeler que toute solution du conflit passe par l’application des résolutions de l’ONU : retrait total d’Israël de tous les territoires occupés en 1967, y compris Jérusalem-Est ; création d’un Etat palestinien indépendant ; droit d’Israël à la paix et à la sécurité. Affirmer vouloir obtenir du Hamas qu’il reconnaisse l’Etat d’Israël, conformément au droit international, sans répéter dans le même temps que l’impasse actuelle réside dans le refus permanent de cet Etat de mettre en œuvre les résolutions de l’ONU, ne ferait que confirmer que Paris renonce à tout rôle indépendant au Proche-Orient.

Alain Gresh
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Silvia Cattori : Après le meurtre du Cheikh Yassine, leader spirituel du Hamas, en 2004, les autorités israéliennes ont justifié sa liquidation en affirmant qu’il était le Ben Laden palestinien. Ils ont répandu l’idée que le mouvement islamique du Hamas était lié à Al Quaida. A l’extérieur, quand les journalistes parlent du Hamas, c’est généralement pour présenter ses membres comme des « terroristes », et non pas comme des résistants. On vous a reproché d’avoir refusé le processus de paix d’Oslo, ce en quoi les faits vous ont donné raison. L’idée est largement répandue que « le Hamas n’accepte pas l’existence d’Israël…qu’aucun juif ne pourra rester en Palestine… que tout juif est une cible et doit être éliminé ». Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de vouloir « jeter les juifs à la mer » et de refuser « le droit d’Israël à exister » ? Pouvez-vous préciser votre position politique sur ces points ?

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Moshir al-Masri, porte-parole du Hamas

Moshir al-Masri : Tout d’abord, permettez-nous de remercier tous les journalistes étrangers qui partagent les souffrances et la tristesse du peuple palestinien, qui sont dotés d’une conscience humaine, qui comprennent l’injustice qui pèse sur notre peuple et le défendent. Merci à tout journaliste, homme ou femme, qui accomplit sa mission professionnelle de manière objective et fidèle, sans biais pro-israélien.

En ce qui concerne le rejet de l’existence d’Israël et le refus du maintien des juifs en Palestine, permettez-nous de faire une distinction entre les juifs en tant que tels, c’est-à-dire en tant qu’adeptes d’une religion, que nous respectons et avec lesquels nous avons en partage une histoire honorable à travers l’histoire musulmane, et une occupation présente sur notre territoire. Le problème n’est donc pas un problème avec les juifs. Nous souhaitons la bienvenue aux juifs qui veulent vivre avec nous ; c’est là en l’occurrence une attitude permanente que nous constatons tout au long de l’histoire de l’Islam, y compris déjà à l’époque de notre Prophète, Muhammad. Non ; le problème, c’est qu’il y a une occupation qui pèse sur notre terre. Notre problème est donc avec cette occupation. Par conséquent, notre résistance est légale, en vertu de toutes les lois et règlements internationaux. D’ailleurs, la quasi-totalité des révolutions, dans le monde, ont eu pour finalité de chasser une occupation de leur territoire. Cela a été le cas au cœur de l’Europe et en Amérique et, par conséquent, nous avons le droit de nous défendre et de chasser l’occupant de notre sol. Des allégations sont soulevées, autour du mouvement Hamas, selon lesquelles ce mouvement chercherait à « jeter les juifs à la mer ». Ce sont là des propos fallacieux, infondés. Nous respectons le judaïsme en tant que religion et les juifs en tant qu’êtres humains. En revanche, nous ne respectons pas une occupation qui nous chasse de nos terres et exerce à notre encontre toutes les formes d’agression, au moyen des armes les plus atroces, utilisées contre notre peuple palestinien. Il en découle que la présence de cette occupation, on ne saurait l’accepter. Permettez-moi de vous donner un exemple, à ce sujet : si un homme possède une maison et que quelqu’un vienne occuper cette maison, et si ensuite le voleur accepte tout au plus de concéder une toute petite pièce de cette maison à son légitime propriétaire, au cours de ce qu’il appelle lui-même des « négociations », en lui disant : « tout le reste m’appartient », quelqu’un peut-il accepter une telle situation ? Est-il acceptable d’être chassé de chez soi et ensuite de reconnaître que sa maison appartient à celui qui l’a volée ? Et d’aller, par-dessus le marché, négocier avec le voleur pour tenter de récupérer une minuscule chambre, et supporter ses atermoiements ? Alors même qu’en plus, le voleur tue vos enfants, défonce vos cultures et détruit votre gagne-pain ? Non. Aucune religion n’accepte cela. Ni aucune personne dotée de raison.

S.C. - Fin 2002, quand j’ai rencontré le Dr Rantissi vous n’étiez pas encore forcés de vivre cachés. Depuis 2003, les choses se sont considérablement durcies : le Hamas a été inscrit sur la liste noire des organisations « terroristes » ; il y a eu l’assassinat du Dr Rantissi et de centaines d’autres cadres importants. Comment ressentez-vous le fait qu’aucune instance, aucun Etat occidental ne prenne en compte la gravité des violations de la légalité internationale par Israël, et fasse de vous un ennemi ? Que dans le cas d’Israël qui bafoue les principes de justice et la vie humaine, qui a violé plus de 65 résolutions du Conseil de Sécurité, le droit international ne s’applique pas ?

Moshir al-Masri : En ce qui concerne la classification du Hamas dans les mouvements « terroristes », je répondrai qu’assurément cette qualification n’est ni fondée, ni admissible : le Hamas exerce une résistance honorable et équilibrée. Dire de lui qu’il s’agirait d’un mouvement « terroriste » est inacceptable. Nous ne sommes pas des « terroristes », nous ne prônons pas l’assassinat, nous ne volons pas autrui et nous ne sommes pas les occupants, que je sache, pour être ainsi qualifiés ? ! ? Nous nous défendons face aux incursions, face aux arrestations, face aux assassinats ciblés, face à l’utilisation par Israël des armes les plus cruelles pour frapper sans pitié et arbitrairement des civils. Nous avons le droit de nous défendre. Mais il est évident que les Etats-Unis sont ouvertement de parti pris en faveur d’Israël. Et puis il y a aussi cette faiblesse de l’Europe face à la position américaine. Nous ne pouvons que constater qu’il en découle une connivence européenne avec Israël, fondée sur l’alignement pro-israélien de l’administration américaine. Nous appelons les citoyens du monde entier à réexaminer la nature du conflit palestino-sioniste et à comprendre, devant la trêve que nous avons observée et que les Israéliens ont violée, que le problème n’est pas du côté du peuple palestinien, pas du côté de sa résistance légitime, mais bien du côté de l’agression dont notre peuple est victime.

S.C. - Au moindre acte de résistance non violente ou violente, Israël vous envoie ses bombardiers. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il vous harcèle pour vous pousser à la faute et justifier ensuite aux yeux du monde l’usage de la force. Face à la domination d’Israël, à qui les instances étatiques internationales donnent carte blanche pour vous massacrer, n’est-il pas suicidaire de vouloir riposter par les armes ?

Moshir al-Masri : Au sujet de ce qu’on a coutume d’appeler « l’équilibre des forces », permettez-nous d’insister sur le fait que tout pays occupé, dès lors qu’il lutte contre une occupation militaire, ne bénéficie certainement pas d’un rapport de force favorable. Sinon, si les forces étaient équilibrées, l’armée d’occupation ne pourrait pas maintenir une minute de plus son occupation du pays en question et de son peuple… Bien entendu, les forces sont totalement déséquilibrées, et nous sommes faibles. Mais faibles, nous le sommes en raison de notre manque d’armes, et certainement pas dans notre détermination et notre volonté de tenir face aux armes israéliennes ultramodernes et sophistiquées. Nous avons la volonté des montagnes. Nous avons pour nous le droit, et nous sommes prêts à tout sacrifier, je dis bien tout, pour recouvrer notre droit usurpé et violé. Par conséquent, cet équilibre des forces, il est vraisemblable que nous parviendrons, petit à petit, à le créer… De son début, jusqu’à son terme, l’Intifada a changé de tactique militaire, passant d’un mode d’action à un autre, jusqu’à être en mesure de porter des coups à l’ennemi et à arrêter son agression permanente contre notre peuple.

S.C. - Quelle a été la politique de Yasser Arafat vis-à-vis du Hamas ? Et quelle est aujourd’hui celle d’Abou Mazen ?

Moshir al-Masri : La politique vis-à-vis du mouvement Hamas du président disparu Abu Ammar [Yasser Arafat] – que Dieu l’accepte dans Sa miséricorde ! – était une politique fluctuante, variant d’un instant à l’autre. Une chose est sûre : en 1996, l’Autorité palestinienne a eu une politique faite d’arrogance et d’arbitraire à l’encontre du Hamas ; elle a jeté en prison ses militants et ses dirigeants, qu’elle a pourchassés jusqu’à imposer l’assignation domiciliaire au Shaïkh Ahmad Yassine. Nous avons patienté, nous avons surmonté nos blessures. Non pas par faiblesse, mais par respect pour le sang palestinien et afin de préserver l’union nationale. A l’inverse, il y a eu des périodes où la relation entre le Hamas et le président Abu Ammar était une relation solide : il y avait alors interaction. Cette relation, on le voit, n’était pas monocolore : au contraire, elle a pris de multiples colorations, des plus variées… En ce qui concerne, cette fois, nos relations avec le président Abu Mazen [Mahmud Abbas] : jusqu’ici, le président Abu Mazen est un homme faible. Nous sommes tombés d’accord avec lui sur beaucoup de points, mais les décisions prises n’ont pas trouvé de traduction concrète sur le terrain et, jusqu’à présent, il est impossible de procéder à une véritable évaluation de sa politique. D’une part parce que l’expérience n’est pas assez longue pour permettre cette évaluation, mais surtout, d’autre part, parce qu’Abu Mazen n’a mis en application réelle aucun projet politique sur l’arène palestinienne, à l’aune duquel nous soyons en mesure de le juger…

S.C. - Plus de 650 000 Palestiniens sont passés par les prisons israéliennes et beaucoup ont été soumis à des tortures traumatisantes. Il y a actuellement en Israël 9 200 prisonniers palestiniens. Comme vous le savez, la police du Shabak se sert de techniques sophistiquées pour les dégrader, les humilier, les transformer en collaborateurs. On peut s’étonner que l’Autorité palestinienne n’ait pas exigé avec plus d’insistance la libération des prisonniers, comme préalable à toute négociation ! Des centaines de militants du Hamas et du Jihad ont été arrêtés, au cours des derniers mois, en Cisjordanie. Ces arrestations et ces assassinats auraient-ils pu réussir de manière si massive, sans la collaboration des services de sécurité palestiniens avec le Shin Beth ?

Moshir al-Masri : En ce qui concerne les arrestations et les assassinats « ciblés », il faut savoir qu’ils n’auraient jamais pu se produire sans la coopération des services de sécurité palestiniens avec le Shin Bet. Nous affirmons qu’il y a eu un pacte, par lequel l’Autorité palestinienne s’est liée les poings face à l’ennemi israélien et qu’aux termes de ce pacte, il y avait une coordination sécuritaire qui a placé l’arène palestinienne dans une terrible impasse et dans des dissensions intestines. Les arrestations, les chasses à l’homme, les assignations domiciliaires n’ont pu être imposées aux militants et aux dirigeants du Hamas qu’en raison de cette coopération sécuritaire entre [responsables] palestiniens et israéliens. En ce qui concerne les assassinats ciblés et les arrestations, il est évident qu’il existe tout un réseau de traîtres, qui vont et viennent librement en Palestine. Ce sont eux qui jouent un rôle essentiel direct dans les opérations d’élimination israéliennes. Il en va de même des incursions et des rafles. Malheureusement, l’Autorité palestinienne n’a pas été à la hauteur de ses responsabilités, dans ce domaine, et nous n’avons pas voulu nous charger de cette tâche d’ordre public, afin de ne pas créer des dissensions dans l’arène palestinienne, et aussi afin qu’on ne puisse pas dire de nous que nous aurions été un Etat dans l’Etat. Nous ne dirigeons nos armes que contre ceux qui nous agressent et il incombe à la justice palestinienne de prendre ses responsabilités et de régler tout problème interne. Il est évident que l’Autorité palestinienne s’est elle-même liée les mains, en signant des accords qui nous interdisent de pourchasser les traîtres, qui pratiquent l’assassinat de nos concitoyens en désignant aux forces d’occupation les endroits où se cachent des Palestiniens [résistants] pourchassés, qu’elles recherchent afin de les arrêter, voire, plus fréquemment encore, de les assassiner.

S.C. – Il est apparu que l’Autorité palestinienne, après avoir mis son peuple dans une situation impossible - en l’appelant à la cessation de la lutte armée avant même la libération nationale – et après avoir signé avec Israël des traités « entre deux parties », a fait disparaître le terme « ennemi israélien » de son vocabulaire. Récemment le « droit au retour », a également été évacué du vocabulaire des dirigeants palestiniens qui parlent maintenant « d’une solution au problème des réfugiés » mais pas de droit. Pendant ce temps, l’argent se déverse à flot dans les caisses d’Abou Mazen. Est-ce un hasard ? Cet argent n’est-il pas destiné à acheter toute une élite politique et une classe moyenne susceptibles de renoncer à la lutte nationale de libération ? Quelle est aujourd’hui la position du Hamas vis-à-vis de l’Autorité palestinienne ?

Moshir al-Masri : En ce qui concerne la modification de la terminologie et de l’utilisation, ou de l’interdiction, de l’expression « ennemi israélien », l’Autorité palestinienne a œuvré, de conserve avec l’ennemi israélien, en vertu d’un accord sécuritaire conclu entre eux, à faire disparaître beaucoup de concepts et à tenter de les effacer de l’esprit des diverses générations de Palestiniens. Mais l’Intifada bénie d’Al-Aqçâ a remis ces définitions et ces concepts à l’ordre du jour, d’une manière encore plus forte qu’auparavant et, cela, grâce surtout aux agissements de l’occupant, faits de crimes et de massacres des plus horribles perpétrés contre les enfants de notre peuple.

Oui, il y a une faiblesse insigne, dans l’action de l’Autorité palestinienne, à bien des égards. Et comme par hasard, ce sont ses responsables qui veulent changer le vocabulaire. Mais les définitions du peuple ne sont pas celles des représentants de l’autorité. Il en va de même en ce qui concerne le droit au retour des réfugiés palestiniens. Quand un responsable palestinien parle de « résoudre le « problème » des réfugiés », on peut voir là une concession exorbitante, provenant de ce côté-là… Nous parlons ici des millions d’enfants de notre peuple (plus de cinq millions de Palestiniens) qui sont exilés, chassés, éparpillés dans la quasi totalité des pays du monde et qui ont le droit de revenir chez eux, sur leurs terres, dans leur patrie dont on les a chassés par la force. Ce sont là les termes qu’utilisent le peuple et les combattants. Ce que disent certains responsables palestiniens n’est pas représentatif de l’ensemble des palestiniens.

S.C. - Le Congrès pour le « droit au retour » réuni à Nazareth en décembre 2005, a mis en garde ceux qui veulent vous imposer la reconnaissance de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif et évacuer le droit au retour. Ce droit demeure-t-il pour vous la pierre d’achoppement, « un droit inaliénable » sur lequel nul ne peut revenir ?

Moshir al-Masri : En ce qui concerne l’imposition d’une reconnaissance arabe et palestinienne de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif et la reconnaissance du fait accompli, je pense que cette reconnaissance de l’Etat d’Israël est extrêmement dangereuse, car elle signifie l’abandon du droit palestinien, et elle signifie que la politique du fait accompli s’est imposée définitivement au monde arabo-musulman. Nous accueillons à bras ouverts les juifs en tant que tels, mais nous n’accueillons pas à bras ouverts une occupation qui écrase notre terre et notre peuple. Comme je l’ai déjà dit, nous ne pouvons accepter d’être chassés de chez nous, de nos maisons, de nos terres, après quoi nous reviendrions prendre possession d’une portion congrue de ces terres et nous reconnaîtrions au voleur la propriété de tout le reste, en disant que cela lui revient de droit et en consacrant ce droit devant le monde entier. C’est la raison pour laquelle, nous, au Hamas, nous mettons en garde toutes les parties prenantes contre les conséquences terribles qu’aurait le fait de tomber dans le piège israélien consistant à consacrer la politique israélienne des faits accomplis.

S.C. - L’autorité palestinienne a tout misé sur la création d’un Etat palestinien indépendant. Mais les Palestiniens étaient-ils prêts à accepter un Etat sur 8 % des terres historiques pour tout règlement des torts causés par Israël depuis 1948 ? Un Etat unique où juifs et non juifs vivent avec des droits égaux ne serait-il pas une solution plus équitable ?

Moshir al-Masri : Je tiens à dire que le mouvement Hamas croit aux solutions par étapes, mais pas aux solutions basées sur des concessions. C’est ce qu’avait affirmé le Shaïkh Yassine, fondateur et dirigeant du Hamas, il y a plus de quinze ans. Il avait dit : « Nous pouvons accepter la création d’un Etat en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et à Jérusalem Est, avec le retour des réfugiés et la libération de tous les prisonniers. C’est alors que nous pourrons signer une trêve sur le long terme, pour dix ans s’il le faut, voire même plus ». Mais il est évident que l’ennemi sioniste veut perpétuer son occupation. La preuve en est que Sharon, après avoir vendu son retrait de Gaza, en le présentant comme une « concession douloureuse », revient à Gaza et y assassine, y bombarde, y frappe, et revient au nord de la bande de Gaza pour y établir un no man’s land. On le voit : il ne connaît que le langage de l’occupation. Il ne sait pas ce que veut dire une trêve, comme le montre sa violation de la trêve actuelle, et il ne connaît pas le langage de la paix. Il ne connaît que le langage du crime et de la terreur contre notre peuple. Par conséquent, nous confirmons notre adhésion à des solutions par étapes, mais, en contrepartie, nous ne saurions reconnaître l’occupation de notre territoire. C’est pourquoi le reste du monde doit se rassembler afin de se tenir aux côtés de notre peuple endeuillé et meurtri, dont le territoire est occupé, dont les lieux saints sont violés et dont les enfants sont les victimes de la pire agression. Quant à la création d’un Etat qui réunirait les juifs et les Palestiniens, nous n’avons cessé d’affirmer – mais je veux bien le réaffirmer encore une fois – que nous avons vécu avec les juifs tout au long de l’histoire islamique, qu’en tant que Dhimmis, dans l’Etat musulman, ils bénéficiaient des mêmes avantages et ils étaient soumis aux mêmes obligations que nous ; ils faisaient partie de notre patrie. Encore une fois : le problème n’est pas avec les juifs. Le seul problème que nous ayons, c’est avec l’occupation israélienne.

S.C. - Après le retrait des colons de Gaza, la communauté internationale a considéré ce retrait comme une avancée vers la paix. Or ; où est la paix ? Votre mouvement a affirmé que Gaza était libérée. Or, ceux qui l’ont visitée récemment ont rapporté que le million et demi de Palestiniens qui l’habitent, demeurent sous le contrôle absolu d’Israël ; surveillance et coercition qui vont encore s’accroître par la construction par Israël de la triple barrière munie de mitrailleuses télécommandées, de détecteurs électroniques et optiques. Plutôt que de parler de libération, pourquoi n’avoir pas dénoncé le fait que les habitants de Gaza sont emmurés derrière des barrières, dans un camp de concentration ?

Moshir al-Masri : Oui. Il est clair que ce qu’a voulu vendre Sharon, c’est un mensonge. En effet, le retrait de la bande de Gaza n’est pas un véritable retrait, ni un retrait total. Israël continue à occuper l’espace aérien de Gaza : ses avions ne cessent de survoler Gaza, les bombardements continuent et les simulacres d’attaques aussi, ainsi que les assassinats ciblés depuis les airs, par drones et missiles. Il en va de même de l’encerclement terrestre et maritime, y compris du point de passage de Rafah, qui est l’unique issue laissée au peuple palestinien vivant dans la bande de Gaza : il est truffé de caméras, il y a des commissions sécuritaires mixtes, qui interrogent toute personne qui entre dans la bande de Gaza ou qui en sort, même s’il n’y a plus de présence militaire israélienne effective. Il en résulte que nous vivons dans une immense prison, dans la bande de Gaza, et que l’ennemi israélien n’a fait aucune concession. Il ne s’est retiré de Gaza que sous les coups de la résistance : il a lui-même reconnu ne plus pouvoir supporter le fardeau sécuritaire qui pesait sur ses épaules en raison de son occupation de la bande de Gaza, en particulier dans les colonies, en butte aux frappes de la résistance palestinienne, en dépit des moyens rudimentaires de celle-ci, qui a néanmoins réussi à atteindre l’ennemi israélien en lui infligeant une dure leçon et en lui apprenant que la terre palestinienne ne saurait tolérer la perpétuation de son occupation par Israël.

S.C. - Contrairement à l’ANC en Afrique du Sud, ni Arafat ni Abou Mazen n’ont jamais appelé au boycott international, ni à la lutte civile, ni à des sanctions punitives contre Israël. Le président de l’Université palestinienne Al Quds s’est même élevé contre le boycott des universités israéliennes lancé par des Britanniques. Comment expliquez-vous une telle soumission à Israël, alors que les Palestiniens attendent de leurs autorités qu’elles défendent leur cause ?

Moshir al-Masri : Il est clair que l’Autorité palestinienne est en train de connaître une dérive dangereuse et que certains de ses dirigeants s’accrochent à leur fauteuil. Ils sont prêts à faire toutes les concessions possibles et imaginables. C’est ce dont nous nous sommes rendu compte, avec le genre d’accord qu’ils ont signés : il n’y avait pas de position solide de l’Autorité palestinienne qui fût en mesure de mettre un terme à l’agression sioniste contre le peuple palestinien. Le discours dominant, c’était celui des concessions : c’est cette langue des concessions qui s’est imposée la plupart du temps, à un point tel que le président d’une université palestinienne a osé protester, vous avez tout à fait raison, contre le boycott des universités israéliennes, comme si nous vivions avec Israël dans un même cadre, en oubliant totalement notre sang versé, la confiscation de nos terres et la mise sous occupation de toutes les possibilités du peuple palestinien ! Oui, hélas, il y a une soumission, de la part de l’Autorité, à l’administration israélienne, en échange de non-concessions israéliennes vis-à-vis de l’Autorité. Et cela, parce que celle-ci s’est liée les mains avec des accords dont elle est incapable de s’extraire, au moment même où Sharon et consorts nient les accords dont il est question, en déclarant que les accords d’Oslo n’ont plus d’existence pratique, sur le terrain.

S.C. - Les parlementaires européens - gauche et droite - ont voté en 2004, à une large majorité, une résolution dite " Paix et Dignité au Proche-Orient" qui exige de l’Autorité palestinienne de mener une lutte contre les actes de terrorisme. Cette résolution :
- « réitère sa ferme condamnation ainsi que le rejet de tout acte de terrorisme commis par des organisations terroristes palestiniennes contre le peuple israélien, et exige que l’Autorité nationale palestinienne mène une lutte sans merci contre ces actes de terrorisme jusqu’au démantèlement total de ces organisations »
- « déclare expressément que le terrorisme palestinien, que ses victimes soient civiles ou militaires, non seulement est responsable de nombreuses victimes innocentes, ce qui le rend des plus condamnables, mais en plus nuit gravement au processus de paix que l’on veut reprendre ». _ Que dites-vous à l’Europe ?

Moshir al-Masri : En ce qui concerne les « terroristes », et l’affirmation selon laquelle la résistance non seulement tuerait des innocents, mais ferait obstacle au processus de paix, nous disons : « Observons attentivement et précisément la scène palestinienne et les événements qui s’y sont produits depuis la signature de l’accord de paix entre Palestiniens et Israéliens. Qui a commencé à tuer ? Qui a perpétré des massacres le premier ? Comment l’Intifada d’Al-Aqçâ, que nous continuons à vivre aujourd’hui, a-t-elle débuté ? Ne serait-ce pas, par hasard, avec la visite provocatrice de Sharon à la Mosquée Al-Aqçâ, bénie et sainte pour les musulmans et pour le peuple palestinien ? Les fidèles [musulmans] ayant protesté, les forces de l’occupation ont abattu des dizaines d’entre eux, en quelques instants. C’est alors que les foules se sont levées, partout, afin de défendre leurs lieux saints, comme c’était leur droit et leur devoir. La première Intifada, quant à elle, n’avait-elle pas éclaté après qu’un colon eut écrasé volontairement sept ouvriers palestiniens à Jabalya ? Par conséquent, nous défendons notre peuple, et ceux qui nous qualifient de « terroristes » se trompent ; ils doivent reconsidérer leur appréciation. Nous ne sommes pas des « terroristes ». Nous prônons la vie, nous prônons un projet de libération, nous défendons la dignité et la légitime fierté. Il faut que le monde européen cesse d’être le complice de l’Amérique, dans son alignement patent sur l’ennemi israélien. Si vous étudiez et examinez précisément les problèmes en jeu sur l’arène palestinienne, vous comprendrez que, dans la quasi totalité des cas, c’est l’occupation qui provoque les problèmes.

S.C. - Le récent succès électoral du Hamas a jeté un vent de panique au sein de l’Autorité palestinienne. Pensez-vous qu’après avoir régné durant douze ans en maître absolu, s’être enlisée dans des négociations « de paix » qui ne menaient qu’à plus de souffrances pour les Palestiniens, sera-t-elle capable de renoncer aux privilèges acquis aux dépens de son peuple et d’accepter le message que ce dernier lui envoie ?

Moshir al-Masri : Nous pensons qu’un des principes de la démocratie, c’est l’acceptation des résultats des élections. La nation n’est le monopole de personne, elle appartient à tout le monde. Le mouvement Hamas tient à rassurer tout le monde, l’Europe, l’Amérique et le monde entier, ainsi que l’Autorité palestinienne : nous n’avons nullement l’intention de prendre la place de qui que ce soit dans ces élections, ni de contester quiconque. Nous voulons consacrer une nouvelle étape, celle de la participation politique, afin d’en finir avec l’exclusive dans la prise de décision politique palestinienne. Cette étape sera aussi celle de l’union nationale face aux défis propres à cette étape : ce peuple qui a fait les plus grands sacrifices pour contraindre l’occupant à se retirer d’une partie de son territoire doit aujourd’hui pouvoir vivre une vie tranquille et décente, loin des manifestations d’anarchie et d’insécurité, provoquées la plupart du temps par les services dits « de sécurité » eux-mêmes, loin du système du piston et des pots-de-vin, loin de la perte des repères, du vide devant l’inconnu, qui dominent actuellement la scène palestinienne. C’est la raison pour laquelle le Hamas a voulu participer sans plus tarder aux élections législatives, afin de tenter de sauver la scène palestinienne de cette situation délétère.

S.C. - C’est pour le peuple palestinien une situation on ne peut plus déprimante. Rien de ce que l’Autorité palestinienne avait promis n’a été réalisé. Mais si les Palestiniens lui ont tourné le dos, cela ne veut pas dire, pour autant, qu’ils adhèrent à votre programme ?

Moshir al-Masri : Il est clair qu’en raison de la monopolisation du pouvoir par l’Autorité palestinienne, qui prend seule toutes les décisions concernant l’avenir du peuple palestinien depuis dix ans, et d’autre part du succès du mouvement Hamas et de son programme en matière de résistance légitimement reconnue par le droit international et du fait que ce mouvement a été le porteur des préoccupations du peuple palestinien et de la bannière du changement et de la réforme, on a assisté à un rassemblement populaire autour du Hamas. De plus, le peuple palestinien est un peuple musulman en majorité. Or, le Hamas est un mouvement musulman, qui veut que notre peuple vive l’Islam comme une réalité concrète autant que cela nous est possible. Il est clair que l’Autorité palestinienne n’a pas tiré les leçons de ses erreurs, et que sa situation est déplorable. Elle est même incapable de tenir tête à ceux de ses membres qui pratiquent des enlèvements d’étrangers, qui nuisent à l’image honorable de notre peuple, ou qui pratiquent les occupations de diverses institutions, le racket et l’intimidation. Tout ceci fait que l’Autorité palestinienne traverse une période de grande faiblesse et de décomposition. C’est la raison pour laquelle nous avons tenu à participer aux élections, afin que l’Autorité recouvre son prestige et que le droit retrouve sa primauté. Nous voulons créer une Autorité palestinienne respectable, afin que le peuple palestinien puisse la respecter.

S.C. - Sauf à Ramallah, durant l’année écoulée, lors des élections locales, le Hamas a récolté plus de 50 % des voix. Le FPLP, parti de gauche, a dans certaines villes fait alliance avec vous. Cela tend-il à démontrer qu’il ne s’agit pas de voter pour une religion mais pour des hommes et des femmes intègres qui, contrairement aux cadres du Fatah, n’ont jamais abandonné la lutte de libération ?

Moshir al-Masri : Le fait que le Hamas conclut des alliances avec le Front Populaire de Libération de la Palestine ou d’autres organisations, confirme qu’il n’est pas un mouvement sectaire, ni sclérosé, ni replié sur lui-même. Le Hamas est un mouvement qui s’affirme comme une page ouverte à tous, comme un mouvement prêt à s’allier avec tous les enfants de notre peuple palestinien, afin de défendre les intérêts supérieurs de notre peuple, dans le cadre d’un changement et d’une réforme réels dans l’arène palestinienne. C’est de là que découle le soutien apporté par le Hamas à une candidate de gauche à la mairie de Ramallah, soutien qui n’est pas un cas unique, loin de là. Nous disons à tous que nous ne voulons prendre la place de personne, nous ne voulons évincer personne. Nous voulons vivre une existence digne et tranquille, à l’abri de tous les phénomènes que connaît la scène palestinienne depuis dix ans. Nous voulons convenir d’une stratégie bien définie qui protège les droits du peuple palestinien et préserve ses avancées, sans considération sur les appartenances de ces alliés : il suffit qu’ils soient Palestiniens et qu’ils veuillent servir la cause du peuple palestinien.

S.C. - Pourquoi avez-vous pris le parti de participer à ces élections alors que le Jihad islamique, lui, s’est abstenu ? Des élections sous occupation ne détournent-elles pas les Palestiniens de l’essentiel ? La priorité n’est-elle pas de nouer le dialogue inter-palestinien pour relancer la lutte nationale ?

Moshir al-Masri : Quelles sont les priorités du Hamas, dans la période actuelle ? Mettons les points sur les « i » : le Hamas a trois priorités, dont aucune n’est caduque, ni moins importante que les autres. La première priorité, c’est le renforcement de l’unité interne, étant donné que c’est cette unité qui est à même de protéger l’arène palestinienne contre tout développement dangereux. La seconde, c’est le renforcement de la participation politique, qui représente une option susceptible de sauver la scène palestinienne du marasme actuel. Le troisième point, c’est le renforcement du programme de la résistance en tant que choix stratégique de notre peuple, tant qu’une occupation continuera à peser sur notre terre et tant que se poursuivra l’agression continue contre notre peuple. Ce choix a été celui de toutes les révolutions de par le monde, y compris en Europe et en Amérique. Il s’agit d’un choix reconnu par le droit international.

S.C. - La participation du Hamas aux élections législatives palestiniennes, dans les territoires sous contrôle de l’Autorité Palestinienne, a été mise en cause par Javier Solana. Celui-ci, reprenant la menace des Etats-Unis, a fait pression sur les Palestiniens en affirmant que si le Hamas remportait les élections, l’aide financière de l’Europe serait suspendue. Ce qui indique que l’Europe ne reconnaît pas aux Palestiniens le droit de choisir leurs propres représentants ni celui de résister. Ce chantage, qui menace les Palestiniens d’un étranglement financier, donc de les rendre encore plus faibles face à l’occupant, empêchera-t-il les Palestiniens de voter pour les candidats du Hamas ou du FPLP ?

Moshir al-Masri : En ce qui concerne la question de savoir si les menaces européennes et les menaces américaines de couper les aides sont susceptibles de dissuader notre peuple de soutenir le Hamas, je répondrai que je pense que les déclarations tant européennes qu’américaines à cet effet ont coïncidé avec la quatrième étape des élections municipales palestiniennes, en particulier dans les plus grandes villes. Or, quel en a été l’effet ? Le Hamas a remporté les élections dans les plus grandes villes palestiniennes, comme Naplouse, El-Biréh, Ramallah ou Jénine. Par conséquent, notre peuple palestinien est un peuple qui compte essentiellement sur Dieu – Qu’Il soit exalté ! – et qui connaît ce verset coranique « C’est dans le ciel que se trouve la véritable vie qui vous a été promise ». Le peuple sait très bien qu’il y a un complot international ourdi contre lui. Par conséquent, il veut choisir ceux qui seront capables de porter sa préoccupation et ceux dont il sait, de confiance, qu’ils seront dignes de la mission qu’il leur aura confiée, par la grâce de Dieu ! Nous, au Hamas, nous avons fait nos preuves, au fil des années, dans de nombreuses institutions, syndicats, coopératives, ou autres, et nous avons donné un exemple à suivre. C’est en connaissance de cause que le peuple palestinien nous a élus, c’est en raison de sa confiance. Par conséquent, la provocation de l’administration américaine qui, aux dires des responsables de l’Autorité palestinienne, n’accorde au peuple palestinien que des miettes qui ne représentent pratiquement rien dans le budget palestinien et la position européenne, voire même les déclarations de Javier Solana dont je ne pense pas qu’elles reflètent une position européenne bien étudiée qui représente vraiment tous les Etats membres de l’Union européenne, vous savez… Disons que je ne considère pas que la dernière position adoptée par le Quartette soit une position d’une grande fermeté. Il s’agit plutôt de l’expression d’un recul : après avoir refusé la participation du Hamas aux élections, certains partenaires internationaux ont dépassé ce blocage, après avoir constaté la détermination et la volonté des Palestiniens, ainsi que l’unanimité sur la nécessité de la participation de tous à ces élections. Les puissances étrangères opposées à notre participation ont commencé à brandir la menace de la suspension des aides économiques, puis elles ont cessé de le faire après avoir constaté que cela ne dissuaderait en rien les Palestiniens de voter pour le Hamas. Elles se sont alors contentées de formuler des mises en garde contre la participation du Hamas à tout gouvernement palestinien à venir. Je suis persuadé que les partenaires internationaux se verront contraints de composer avec une réalité nouvelle pour eux : le mouvement Hamas est une composante authentique du peuple palestinien, il fait partie de ceux qui déterminent la décision politique palestinienne.

S.C. - La position du Quai d’Orsay, était plus nuancée que celle de Solana : « Nous pensons qu’il est important que le processus électoral qui a été engagé dans les territoires palestiniens puisse se dérouler normalement…Le Hamas demeure inscrit sur la liste « des organisations terroristes de l’Union européenne, tant qu’il n’aura pas renoncé à la violence et reconnu l’Etat d’Israël. Pour notre part, nous suivons avec intérêt ce qui se passe et cette évolution du Hamas sur le plan politique ». Vous paraît-il possible de renoncer à la lutte armée et de reconnaître l’existence de l’Etat juif d’Israël ?

Moshir al-Masri : En ce qui concerne la reconnaissance de l’Etat d’Israël et le renoncement à la lutte armée, je réponds : comment le Liban s’est-il libéré ; comment beaucoup de pays européens se sont-ils libérés, et comment l’Amérique du Nord s’est-elle libérée ? N’est-ce pas en chassant les puissances qui les occupaient ? Cela fait dix ans que nous essayons de négocier : pour quel résultat ? Le résultat, n’est-ce pas l’inconnu ? Le résultat, n’est-ce pas le vide ? Qu’est-ce que l’Autorité palestinienne a récolté ? Qu’est-ce que le peuple palestinien a récolté ? Rien, sinon des malheurs, la destruction, le recul de la cause palestinienne pour des lustres… On ne peut pas continuer à faire ce genre d’expérience vouée à l’échec ni accepter une occupation qui s’incruste, qui continue à tuer, à massacrer, à perpétrer la terreur contre le peuple palestinien. Nous disons que le Hamas est un mouvement ouvert, prêt au dialogue avec qui le souhaite à la lumière des intérêts supérieurs du peuple palestinien. Mais un dialogue avec l’occupation sioniste, c’est un dialogue qui a échoué, bien qu’il ait été tenté sur la base des plus grandes concessions de notre part, en échange de rien du tout, du côté israélien.

S.C. - De savoir que les dirigeants des pays démocratiques ont systématiquement refusé de sanctionner Israël qui viole les Conventions de Genève - démolitions de maisons, exécutions sommaires, arrestations arbitraires, assassinats d’enfants - et aussi de savoir que les associations en faveur de la Palestine ont collaboré avec l’Autorité palestinienne qui était un système corrompu et répressif, vous choque-t-il ? Ne pensez-vous pas que votre meilleure arme est de mieux expliquer à l’opinion internationale quel type de soutien les Palestiniens sous occupation militaire attendent ?

Moshir al-Masri : Oui, cela me choque. Effectivement, nous avons besoin d’une vaste campagne médiatique. Mais il est évident que les sionistes, leurs séides et leurs amis possèdent des moyens d’information extrêmement puissants qui écrasent les nôtres. Israël a violé la quasi totalité des résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu, ainsi que toutes les Conventions de Genève, en perpétrant les pires crimes terroristes contre notre peuple : destruction de maisons, de terres agricoles, assassinat délibéré d’enfants innocents et, cela, sans qu’il ne juge le moindre soldat responsable de ces assassinats, notamment d’enfants, comme celui du jeune Muhammad Al-Durra, auquel le monde entier a assisté : on l’a vu crier, supplier. En vain. Le résultat ? Le soldat responsable d’avoir tué délibérément a été emprisonné pendant un mois à peine. Cela équivalait purement et simplement à se gausser du sang palestinien répandu. Oui ; il nous faut dénoncer toutes ces exactions israéliennes, toutes les violations israéliennes des résolutions du Conseil de sécurité, et aussi celles des Conventions de Genève. Nous avons besoin des efforts des journalistes européennes et européens, des juristes, de toutes les personnes et instances porteuses du sens du mot « humanité », qui comprennent ce que l’occupation signifie et qui connaissent l’horreur du crime et du terrorisme sionistes à l’encontre de notre peuple, afin qu’ils fassent comprendre au monde, autant qu’il leur est possible, quelle est la véritable situation. Nous savons qu’il existe une connivence entre les régimes politiques européens et l’ennemi israélien, mais nous savons aussi qu’il y a chez vous, en Europe, des gens qui défendent les valeurs humaines, et nous leur serrons fraternellement la main, en les priant de multiplier les contacts avec nous.

S.C. - Autrement dit, Israël aura le beau rôle aussi longtemps que l’opinion n’aura pas compris que la racine de ce conflit ce n’est pas la religion mais la lutte d’un peuple pour garder sa terre, et aussi l’expulsion des trois quarts des Palestiniens, en 1948, pour installer, à leur place, des gens de confession juive venus de partout. Tant que ce déni de l’histoire perdure il est facile à Israël de renverser les responsabilités et d’accuser de terrorisme ceux qui relèvent la tête. Si vous obtenez une majorité aux élections législatives, êtes-vous prêts à rencontrer les responsables politiques européens pour leur rappeler que le point central du conflit est l’expropriation et l’épuration ethnique des Palestiniens par Israël ? Et de façon plus générale, que pensez-vous faire ?

Moshir al-Masri : Si nous remportons la majorité lors des élections législatives, nous aviserons. Mais, sur le plan du dialogue avec l’Europe et les États-Unis, le Hamas n’a d’hostilité envers personne, et nous sommes prêts à dialoguer avec qui voudra dialoguer avec nous. Nous avons dialogué avec l’Europe, notamment avec des parlementaires européens, et nous avons instauré un dialogue avec des universitaires américains, à Beyrouth (mais il ne s’agit pas de personnes détentrices d’un quelconque pouvoir exécutif aux États-Unis). Le Hamas est un mouvement ouvert à tous, et certainement pas un mouvement rigoriste, ni un mouvement complexé. Bien entendu, le Hamas est un mouvement porteur d’un projet islamique, qui veut que tout le monde vive en liberté et dans la dignité, et donc que notre peuple vive libre et dans la dignité. Ce que nous demandons au monde, c’est de ne pas s’aligner, de ne pas persister dans son alignement patent, meurtrier et provocateur sur l’ennemi sioniste, au prix des intérêts nationaux du peuple palestinien. Nous sommes prêts à dialoguer avec tout partenaire, mis à part Israël, qui perpétue l’occupation et l’agression contre notre peuple palestinien, afin d’expliciter ce qui doit et peut l’être et de mettre tout un chacun au courant de ce qui se passe sur la scène palestinienne, et aussi afin de rappeler à nos partenaires que le problème, c’est l’occupation et l’agression, et en aucun cas notre peuple ni sa résistance légitime. Le problème est du côté de ceux qui sont venus chasser notre peuple de chez lui et en occuper les terres. Par conséquent, nous sommes persuadés que le monde libre doit s’efforcer de faire en sorte que le peuple palestinien vive libre, dignement, comme il vit lui-même.

Nous vous remercions tous.

 

12:30 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

27/01/2006

peut-être un nouvel auteur à ajouter à ma bibliothèque...

Pour Emmanuel Todd, historien et démographe, l’allongement de la scolarité délimite de nouvelles fractures au sein de la société. Propos recueillis par Louis Maurin.

Qu’est-ce qui pousse à agir les jeunes de banlieues dans la flambée de violence de novembre dernier ? Vous avez parlé d’une « aspiration à l’égalité ».

Il est absurde d’opposer les manifestations de 68 qui auraient été porteuses d’un message et les dernières violences, destructrices sans motif ni sens. Ces jeunes, plus jeunes que ceux de 68 il faut le rappeler, portaient une parole, de leur âge, mais qui a toujours mis en avant le « respect », la liberté, l’égalité. Leur rapport à la société est conflictuel, politique, finalement très français.

A partir du moment où on est passé de quelques voitures détruites à un mouvement national, il devenait évident que celui-ci prenait du sens. Par rapport aux jeunes des banlieues, on a deux sortes de réaction. Soit on rejette ces jeunes, soit on est généreux. Le mouvement de violence est l’expression d’un rapport de force : l’alternative de repression n’a pas d’issue aujourd’hui, elle ne peut à terme que déboucher sur une sorte de guerre civile. Cette jeunesse est une composante trop importante de notre société pour qu’elle puisse la rejeter, certains ne l’ont pas encore compris.

Ce conflit s’intègre dans un contexte de montée des inégalités

Il s’inscrit dans un cadre général de perspectives de vies écrasées, de taux de chômage élevés, de montée des écarts qui pèse sur l’ensemble de la société, des catégories populaires aux couches moyennes. C’est un processus de déplacement de la richesse vers le haut qui semble ne pas avoir de fin. A sa racine, on trouve le libre échange qui met en concurrence les facteurs de production au niveau mondial, et qui fini par imposer aux plus pauvres des pays riches de s’aligner sur le tiers-monde pour rester compétitifs.

Pourquoi ce mouvement inégalitaire est-il accepté ?

Au coeur du phénomène, on a l’allongement des scolarités. Du XVIIIe au milieu du XXe, on a eu un fort mouvement dont l’objet était l’alphabétisation des masses. Et, finalement, dans la plupart des milieux on allait jamais très loin à l’école. Il fallait savoir lire et écrire. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, on croyait que l’on allait désormais vers un monde de progrès. Mais l’allongement des scolarités a conduit à une nouvelle stratification de la société entre ceux qui disposent d’un diplôme de l’enseignement supérieur, les classes moyennes qui se sont arrêtées avant, et les 20 % de ceux qui ne disposent d’aucun diplôme. Couplé avec la montée de l’individualisme, on a un processus qui légitime de façon puissante les inégalités. Le capital culturel global s’accroît, mais sa répartition demeure davantage inégalitaire. C’est cette bourgeoisie culturelle qui défend le libre échange comme seule solution possible au fonctionnement de l’économie.

Vous avez toujours souligné le rôle des structures familiales profondes dans l’explication des comportements. Quel rôle jouent-elles en l’occurrence ?

Il me semble que la famille souche comme on la connaît en Allemagne ou en Suède, qui reste soudée, moins éclatée, est un meilleur soutien éducatif et produit plus d’égalité, accepte moins le décrochage. A l’inverse, la famille nucléaire de type anglo-saxon protège moins, tolère beaucoup plus l’inégalité. Le type familial individualiste avec un héritage égalitaire qui est celui au fond du bassin parisien me paraît assez bien expliquer les revendications à l’égalité en France.

Ceci dit, j’ai changé de position sur le monde anglo-saxon : je pense qu’on y a atteint certaines limites. Les anglais sont en train d’arrêter les frais, et d’une certaine façon les américains sont tombés dans une certaine forte de folie de violence, religieuse, qui est une forme de régression. L’anthropologie de la famille donne des clés pour comprendre certaines situations, par exemple l’implantation du communisme sur les fondements de la famille communautaire. Mais je ne prétends pas non plus qu’elle explique toutes les transformations sociales.

La montée des inégalités est-elle un phénomène inéluctable ?

Aujourd’hui les forces hostiles à l’ultra-libéralisme me semblent majoritaires sur des bases différentes dans bien des pays, que ce soit en Allemagne, en Pologne ou au Royaume-Uni, où soit dit en passant on ne rêve que de reconstruire les services publics. Mais ces forces sont divisées : en 2005 les jeunes de banlieues, en 2002 c’étaient les ouvriers avec le Front national et la petite bourgeoisie de l’Etat au moment du référendum.

La montée des inégalités a forcément un terme, puisque sa fin théorique c’est « un individu possède tout », ce qui n’est pas concevable. Il me semble que l’unification de la contestation peut se faire sur une base générationelle : il y aura un moment où les jeunes se penseront comme unifiés et où on aura un basculement. A ce titre la Seine Saint Denis ou le Nord me semblent former des sortes de laboratoire.

Il y a deux solutions. Si on ne touche pas au libre échange, on va vers davantage de tensions et d’affrontements, de plus en plus de violences, quels que soient les niveaux de vie. On propose aux gens une vie sans avenir, sans sécurité. L’alternative c’est l’existence d’un processus politique, qui s’avère capable de prendre en compte la demande sociale et par un protectionnisme européen raisonné réintroduise de la sécurité.

Propos recueillis par Louis Maurin


11:16 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

23/01/2006

j'ai perdu, il y a un an, tu étais un débutant, maintenant, tu fais partie de l'élite...échec et mat...

Absentes des catégories socioprofessionnelles découpées par l’INSEE, les élites se repèrent aux niveaux les plus élevés de la stratification sociale. L’ordinaire des classifications les place au sommet de tous les groupes sociaux auxquels sont attribués indistinctement des fonctions de direction économique, politique et culturelle et des mérites intellectuels et moraux supérieurs. Certes, quelque chose comme des élites existe objectivement dont l’histoire peu dessiner les figures et la sociologie construire le concept. Celui-ci invite à distinguer grossièrement (sans prétendre à la rigueur des désignations) l’oligarchie managériale, la noblesse d’Etat, l’académie chercheuse et universitaire et les chefferies éditoriales.

Mais les « élites » existent aussi à l’état pratique dans les discours qu’elles tiennent sur elles-mêmes. « Élite » n’est donc pas seulement un vocable historien ou sociologique (au demeurant fort controversé) : c’est un mot de la tribu ou des tribus réparties sur le territoire de la domination. C’est surtout un titre de noblesse : un produit de la lutte des classements qui permet de s’assigner une fonction sociale éminente en la construisant dans les mots, de revendiquer un mérite hors du commun en se proposant de le distribuer chichement, de se qualifier en disqualifiant.

Quand les élites parlent des élites, elles ne disent de quel or elles sont faites que pour disqualifier le vil plomb qu’aucune alchimie ne peut transmuer : le peuple précisément ou, du moins, le peuple dont parlent les élites, quand elles s’en abstraient pour se distinguer de lui, et qui n’est souvent à leurs yeux que cette masse informe qui ne devient un peuple véritable que par le travail des élites. Mais un peuple qui, quand il les déçoit, ne se distingue plus alors de la populace.

Les places et les rôles étant ainsi distribués, les façons de dire le monde social contribuent symboliquement à le façonner. Si l’efficacité de ce travail symbolique de construction du monde social n’est pas absolue, on se tromperait gravement en postulant son innocuité : ce ne sont pas seulement des mots que vent emporte. « Dire, c’est faire », non pas parce que ce faire serait logé dans les mots, mais parce que les mots confortent des rapports de domination dont ils sont les auxiliaires.

La construction médiatique des élites

Le poids des mots serait cependant bien léger si les médias ne jouaient pas un rôle plus grand que jamais dans l’exposition, la construction et la promotion des « élites ». Pour chaque postulant ou pour chaque titulaire, posséder ou acquérir un capital de notoriété médiatique est devenu une condition d’exercice de l’influence à laquelle il prétend. Non que les élites doivent leur position de domination à leur présence dans les médias, mais parce que ceux-ci la confortent en remplissant une double fonction de consécration d’une appartenance et légitimation d’une domination.

Consécration, d’abord. Les tenanciers de l’espace médiatique, en effet, disposent d’un quasi monopole de ratification et de distribution du capital médiatique. En consacrant les élites qui les consacrent, ils consacrent du même coup leur appartenance aux élites dont ils parlent, même quand il leur arrive d’affecter de les évaluer de l’extérieur. Cette alchimie n’est en rien mystérieuse : même si les élites économiques, administratives, politiques et médiatiques se distinguent par les atouts dont elles disposent dans les jeux de pouvoir qu’elles se réservent ou qui leurs sont réservés, les trajets sociaux - économiques, culturels, scolaires - qui décident de leurs différences sont loin d’abolir leurs proximités ; et leurs conflits s’éteignent quand une commune opposition aux dominés scelle leur appartenance à la classe dominante. Autour des « élites » auxquels elle s’associe en marquant leur territoire, la petite troupe qui régente les médias monte la garde [1].

Légitimation, ensuite. La consécration, en effet, ne suffit pas. Pour se croire légitimes et tenter de passer pour telles, les élites doivent croire et faire croire, avec le concours des médias, que leur domination est d’autant plus juste (et éthérée) qu’elle n’est autre que celle des idées justes. Les élites sociales sont par définition - la définition qu’elles donnent d’elles-mêmes - des élites éclairées. Elles se rassemblent au sein d’un cercle : le cercle de la Raison. Au centre de ce cercle, les distributeurs de légitimité médiatique qui, se posant en arbitres du débat public, le réserve à leurs pairs - experts, managers, leaders - qui partagent avec eux l’ethnocentrisme de classe non dénué d’arrogance qui nourrit leurs dénonciations du « populisme ».

Si les prétendues élites, du moins dans les rubriques et les émissions de débat, peuvent prétendre se réserver l’accès à l’espace médiatique dominant, ne concédant à leurs contestataires que quelques strapontins, ce serait donc en vertu des privilèges du savoir. En janvier 2005, Alain Duhamel entérinait ainsi cette prétention : « Il y a beaucoup de partisans du oui, c’est le cas de la majorité des éditorialistes. Mais c’est le propre de la majorité des élites françaises, comme au sein de tous les pays européens d’ailleurs. Ce qui ne signifie pas qu’il y ait une domestication de la pensée ; ils bénéficient simplement d’une meilleure information que les autres et suivent de plus près les débats - c’est leur métier » [2]. S’arrogeant ainsi le monopole de la « raison », la confrérie des élites, toutes fractions confondues, s’arroge du même coup le monopole de la « pédagogie ». On a vu avec quel talent et quelle efficacité lors de la récente campagne référendaire.

Toute autorité désavouée devient dès lors, à ses propres yeux, une élite menacée. On comprend ainsi pourquoi les éditorialistes et chroniqueurs tous-médias préfèrent le terme d’ « élite » à tous ceux qui pourraient suggérer une forme quelconque de domination ou, plus simplement, de privilèges. Pour ces Élites à majuscule, en charge de leur propre béatification, les élites vivent en état d’apesanteur sociale ou, ce qui revient au même, en état de grâce permanente, excepté quand l’histoire ou la sociologie viennent leur rappeler que les mérites qu’elles s’attribuent ne sont pas indépendants des privilèges sociaux dont elles bénéficient ; ou quand le peuple les prend à partie, faute d’avoir compris tous les bienfaits qu’il doit à ceux qui ont en charge de le guider. Face à ces rappels désobligeants ou dans ces moments douloureux, l’élite ne peut, pour parler d’elle-même, que se désigner par son titre de noblesse et déplorer que toute critique de la domination menace les « élites » de destruction.

Tel sociologue peut même apporter le renfort de sa science à ces diagnostics éminemment cultivés. Ainsi, dans El Pais, 28 mai 1998, Alain Touraine stigmatisait : « une vague de pamphlets [édités par Pierre Bourdieu] qui connaissent un grand succès de diffusion et qui n’ont aucune valeur scientifique bien qu’ils arborent l’étendard de la science. Tout cela participe d’un nouveau populisme contre les élites. » Et l’on en finirait pas de passer en revue la cohorte des journalistes-philosophes et des philosophes-journalistes qui s’épanchent dans les médias pour déplorer le « populisme » qui dans la langue des « élites » ne désigne plus seulement les tentatives de flatter les passions du peuple, mais toute tentative de faire droit à ses légitimes résistances et de défendre, avec lui, ses intérêts.

Comme l’explique Annie Collovald, ces usages du terme « populisme », qui fonctionne à l’insulte et aux préjugés sociaux, « participent d’une redéfinition de l’acceptable et de l’inacceptable en politique » en autorisant le retour des thèses les plus réactionnaires « justifiant la supériorité morale des élites sociales et politiques établies  » [3]. Avec leur prodigalité coutumière, la plupart des éditorialistes attribuent ce « populisme », non seulement au Front National, mais à tous ceux qui contestent des politiques précises et des dominations parfaitement identifiables, et non les élites comme telles. Ce faisant, dans la lutte des mots, l’élite ne flatte qu’elle-même et défend le peuple contre lui-même, avec cette générosité dont le peuple lui-même se montrerait désormais incapable. C’est du moins ce que soutenait l’un des princes de l’éditorialisme, Serge July, dans Libération du 30 mai 2005 : « - « l’épidémie de populisme emporte tout sur son passage [...] même la générosité ».

La promotion de l’intellectuel médiatique

Dans ces jeux de consécrations et de légitimations croisées, les intellectuels occupent une position particulière. Se portant garant du règne de la raison, ils sont, en quelque sorte, l’élite de l’élite. Pourtant, les intellectuels ne forment pas une catégorie sociale homogène, sociologiquement identifiable et statistiquement dénombrable : ils semblent n’exister d’abord que par la mission qu’ils s’attribuent ou la méfiance qu’ils inspirent, les interventions qui les mobilisent ou les dénonciations qui les stigmatisent ; ils ne prennent corps que sur la scène publique et, par conséquent, se définissent moins par le métier qu’ils exercent que par la fonction politique qu’ils remplissent. Sur la scène publique ou, plus exactement sur l’une des scènes publiques : la scène médiatique où prospèrent les intellectuels fascinés par les feux de la rampe.

Gilles Deleuze et Pierre Bourdieu ont, chacun à leur façon, dit l’essentiel de ce qu’il fallait dire de ces penseurs à grande vitesse qui, du philosophe spécialisé en opinions sur tout à l’expert généraliste en opinions sur le reste, sont constamment branchés sur l’appareil médiatique [4]. Libres tanceurs des gouvernants dont ils sont les conseillers, ces prestataires de service auprès des médias sont pour la plupart, pour reprendre une expression de Gérard Noiriel, des « intellectuels de gouvernement », parfois recrutés pour remplir de prétendues missions de salubrité publique. A quelle fin ?

Luc Ferry, sitôt après avoir été évincé du gouvernement, a reçu de Jean-Pierre Raffarin la mission de présider le Conseil d’analyse de la société et s’est confié à... Thierry Ardisson, en prenant l’exemple de la « réforme » des retraites : « Ce qui a permis malgré tout de convaincre, c’est qu’il y avait eu avant des comités, des conseils qui s’étaient réunis. Et d’une certaine façon, les élites, notamment journalistiques savaient qu’il n’y avait pas autre chose à faire. Et ça c’est très utile. On a besoin, si on veut un jour proposer de vraies réformes, que, au moins, la partie éclairée de l’opinion publique soit formée [5]. » Il est donc « très utile » que les médias soient approvisionnés en « experts », cette denrée dont ils raffolent.

Alain Garrigou résume bien la fonction de ce marché relativement nouveau : « Il fut un temps où « s’affubler en journaliste » était mal considéré dans les milieux de la politique et de l’université. Aujourd’hui, des professeurs de Sciences Po ou d’établissements parisiens courent de plateau en plateau, d’interview en interview, d’éditorial en éditorial. [...] Leurs incontinences ne composent pas pour autant une cacophonie, car ils disent à peu près tous la même chose. S’ils se sont beaucoup dépensés pour le « oui » au référendum, le hasard n’y est pour rien : choisis en fonction de leur proximité des grands partis politiques, leur parrainage s’effectue aussi par fréquentation et anticipation. [6] »

Mais ce qu’il est vrai des « intellectuels de gouvernement, peut l’être aussi des « intellectuels critiques », invités à mesurer eux-mêmes l’impact de leur contribution au débat public à sa visibilité médiatique.

Contestation ou complaisance ?

Certes, bien que la frontière ne soit pas étanche, les intellectuels médiatisés - dont parlent les médias ou qui s’expriment dans les médias - ne sont pas forcément des intellectuels médiatiques, d’autant plus dévoués aux médias que c’est moins de leurs œuvres ou de leurs créations qu’ils attendent leur notoriété que de leur exposition médiatique. Et les « intellectuels critiques », attachés à leur autonomie ne se confondent pas avec les « intellectuels de gouvernement », d’autant plus dépendants des « élites » qu’ils ont pour fonction de les soutenir et de les légitimer dans les médias. Mais pourquoi les premiers accepteraient-ils sans broncher le statu quo médiatique ? [7]. Dans l’espoir d’en bénéficier ?

La campagne référendaire de 2005 l’a montré une fois de plus : les médias dominants imposent, sous couvert d’ « équité », de « pédagogie » et de « démocratie », un pluralisme tronqué, une propagande masquée et un débat démocratique amputé [8]. Un débat réservé, pour l’essentiel, du moins dans l’espace médiatique, aux prétendues élites dont la domination - toutes catégories mêlées - ne peut être contestée sans remettre en cause l’ordre médiatique qui les soutient.

Dès lors, faut-il vraiment que les mouvements contestataires se comportent comme s’ils avaient des « élites » de rechange à proposer et que les intellectuels qui participent à leurs combats paient du prix de leur silence sur les médias dominants les interventions, généralement furtives que ces médias leur concèdent ? Ou bien, au contraire, ne vaudrait-il pas mieux (puisque ce ne sont pas les élites comme telles que ces mouvements contestent, mais les rapports de domination dont elles sont les acteurs et les rouages), traiter ces médias pour ce qu’ils sont : une composante de l’ordre social que ces mouvements combattent pour le transformer et, avec lui, l’ordre médiatique existant ?

Et dans ce but, n’est-il pas urgent de constituer, comme le souhaitait Pierre Bourdieu, un intellectuel collectif en mesure d’adopter une position commune, concertée avec les journalistes réfractaires, pour tenter d’obtenir, avec tous les acteurs concernés, d’autres conditions d’expression dans les médias ? Des conditions qui permettent de faire entendre la parole de ceux qui en sont trop souvent privés, et pas seulement celle des porte-parole qui, parlant pour les autres parlent souvent à leur place, quand ce n’est pas contre eux, comme le font les élites médiatiques, précisément.

Henri Maler

-  Cet article paru, sous le titre « Pour une critique des élites médiatiques », dans Nouveaux regards n°31, octobre-décembre 2005, revue de l’Institut de recherche de la FSU dans le cadre d’un dossier intitulé « Elites et domination » qui comprend des contributions d’Annie Collovald (« Elites et domination »), Christophe Charle (« Crise de l’élite, persistance de la domination »), Rémi Lefèbvre (« Professionnalisation d’un parti politique ») Anne-Catherine Wagner (« Une élite syndicale en Europe », Pascal Boniface (« Les élites politiques, soft power et hard power »)

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[1] Serge Halimi, Les Nouveaux chiens de garde, édition revue et augmentée, collection Raison d’agir, novembre 2005.

[2] Sur le site « expression-publique.com », janvier 2005.

[3] Annie Collovald, « Les mésusages politiques du populisme », Flash de la fondation Copernic, juin 2005.

[4] Gilles Deleuze, « À propos des nouveaux philosophes et d’un problème plus général », supplément au n°24, mai 1977, de la revue bimestrielle Minuit ; Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Liber éditions, 1996.

[5] Émission « Tout le monde en parle », France 2, 22 janvier 2005. Cité par Serge Halimi, op.cit.

[6] Alain Garrigou, « Paroles d’experts », Le Monde diplomatique, juillet 2005.

[7] Pierre Rimbert, « Les rapports entre journalistes et intellectuels : cul et chemise ? », novembre 2004, sur le site d’Acrimed

[8] Henri Maler et Antoine Schwartz (Pour l’association Acrimed), Médias en campagne. Retours sur le référendum de 2005, Editions Syllepse, novembre 2005.


 

18:06 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |