10/01/2006

propagande 2...le retour...

Déclenchée sous couvert de lutte contre le terrorisme, la réoccupation par l’armée israélienne des villes autonomes de Cisjordanie a provoqué un véritable bain de sang. Décidément, le général Ariel Sharon n’a vraiment pas changé.

Par Amnon Kapeliouk
Journaliste, Jérusalem. Auteur de la biographie Arafat l’irréductible, Fayard, Paris, 2004, et de Sabra et Chatila, enquête sur un massacre, Seuil, Paris, 1982.




Près de cinquante morts en neuf jours : c’est le bilan de l’opération lancée par le premier ministre israélien, le 18 octobre 2001, au lendemain de l’assassinat de son ministre (démissionnaire) du tourisme, Rehavam Zeevi. Comme dans l’immédiat après-11 septembre, l’armée israélienne a réoccupé six des villes autonomes de Cisjordanie, jusqu’à ce que les pressions américaines et européennes la contraignent, le 26 octobre, à annoncer son retrait. Sur place, elle a imposé un véritable siège aux populations civiles, « en violation - devait souligner le Quai d’Orsay - des dispositions du droit humanitaire international  (1 ». Symbolique apparaît, à cet égard, le sort de l’Hôpital de la Sainte-Famille, à Bethléem, placé sous protection française et pourtant exposé à plusieurs reprises à des tirs de chars...

Mais le pire a eu lieu à Beit Rima. Deux jours durant, les 23 et 24 octobre, les soldats israéliens avaient hermétiquement bouclé ce village autonome de Cisjordanie, interdisant même aux ambulances d’y pénétrer : le « ratissage » allait se solder par neuf morts - dont cinq policiers - et plusieurs dizaines de blessés. Quant aux assassins de Rehavam Zeevi, le service de sécurité intérieure, le Shin Bet, annonçait qu’ils avaient été arrêtés « récemment », c’est-à-dire avant l’opération...

C’est que le général Sharon ignore la résistance à l’occupation et à la répression : il conduit une « guerre contre le terrorisme ». C’est pourquoi il pratique les exécutions sommaires (plus de cinquante en un an d’Intifada), la destruction des maisons et des champs, l’arrachage de dizaines de milliers d’arbres, surtout des oliviers, et la confiscation des terres palestiniennes. Destructions d’un côté, constructions de l’autre : celles des colonies israéliennes créées dans les territoires occupés. Le bouclage des villes et des villages palestiniens est à l’origine d’un chômage sans précédent, qui atteint 50 % de la main-d’oeuvre. Nombre de femmes palestiniennes ont dû accoucher par terre, près de barrages israéliens dont les soldats se montrèrent inflexibles - deux bébés moururent à la naissance. Et, le 19 octobre, une femme enceinte est morte à un barrage - c’était le vingt-cinquième Palestinien décédé faute d’accès aux soins depuis le début de l’intifada.

Ce faisant, M. Sharon se situe dans le droit fil d’une vie tout entière consacrée au combat contre les Arabes. Des incursions au-delà des frontières, dans les années 1950, à la tête de l’unité militaire 101, de sinistre réputation, jusqu’à sa politique comme premier ministre, sa méthode n’a pas changé : l’usage de la force et de la destruction, sur fond de mépris pour la vie de ses adversaires arabes. Lors de son élection comme chef du gouvernement, en février 2001, certains espéraient voir un « nouveau Sharon », plus modéré, moins agressif, presque sage... Voeu pieux : on a retrouvé à la tête du pays le même Sharon qu’on connaissait depuis les opérations d’il y a presque cinquante ans.

L’une des premières se déroula dans le village palestinien de Qibya, en Cisjordanie, en octobre 1953. En représailles à une attaque meurtrière d’un groupe de Palestiniens infiltrés en Israël, l’état-major lui avait demandé de faire sauter quelques maisons dans le village et de faire fuir les habitants. Le jeune « Arik » Sharon préféra un autre plan : ses soldats emportèrent 600 kg d’explosifs et firent exploser quarante-cinq maisons avec leurs habitants. Soixante-neuf personnes, pour moitié des femmes et des enfants, périrent sous les décombres.

Rien là d’un cas isolé : les opérations menées par M. Sharon derrière les lignes de l’armistice avec les pays arabes se soldaient en général par des pertes très élevées du côté de l’adversaire - beaucoup plus que l’état-major ou le gouvernement ne l’avaient ordonné. En février 1955, l’assaut qu’il conduisit contre un camp militaire égyptien, à Gaza, provoqua la mort de trente-huit soldats égyptiens, presque tous tombés lors d’une embuscade tendue par des soldats de M. Sharon. C’est après ce camouflet que le président égyptien Gamal Abdel Nasser décida de conclure une importante transaction d’armes avec le bloc soviétique. En décembre de la même année, une attaque contre les positions syriennes, tout près du lac de Tibériade, se solda par la mort de cinquante-six soldats syriens. Le premier ministre de l’époque, David Ben Gourion, pourtant « faucon » notoire, s’inquiéta des résultats « trop bons » du jeune et bouillant officier. Le colonel Moshé Dayan lui explique : « Le "score" d’Arik se chiffre par dizaines de morts. Il n’a jamais achevé une opération avec moins de plusieurs dizaines de tués dans les rangs de l’ennemi (2).  »

Au début des années 1970, le général Sharon, commandant du secteur sud du pays, dirige la lutte contre les fedayins dans la bande de Gaza, occupée par Israël depuis 1967. Il établit une liste de plus d’une centaine de Palestiniens « recherchés » et les « liquide » sommairement l’un après l’autre. A la même époque, il expulse manu militari, de manière cruelle et sans ordre d’en haut, des milliers de Bédouins de la région de Rafah, au sud de la bande de Gaza ; les habitations de ceux-ci sont rasées, leurs puits d’eau bouchés. Une vague de protestations déferlera d’ailleurs en Israël contre cette « politique immorale » privant une population sous occupation de ses droits élémentaires.

Fin avril 1982, conformément au traité de paix israélo-égyptien, l’évacuation du Sinaï s’achève. Le dernier acte est écrit par M. Sharon, dans un rôle à la Néron (mais sans musique...) : la destruction complète de la ville de Yamit, construite durant l’occupation israélienne de la péninsule. Décidant (seul) que l’Egypte ne méritait pas de posséder cette belle ville, le ministre de la défense en ordonne la destruction. Quelques mois plus tard, la guerre du Liban (déclenchée en juin 1982) permettra de mieux comprendre le fil rouge menant de la destruction de Qibya à celle de Yamit et aux ravages provoqués par le même M. Sharon dans la capitale libanaise - une ville où se trouvaient, certes, les quartiers généraux des fedayins, mais aussi des centaines de milliers de citoyens, hommes, femmes, enfants, qui n’avaient rien à voir avec ce conflit.

« La guerre du Liban, écrivent les journalistes israéliens Zeev Schif (Haaretz) et Ehoud Yaari (de la télévision israélienne), est née dans l’esprit tumultueux d’un certain homme, résolu et sans bornes, qui a entraîné toute une nation dans la recherche vaine d’objectifs en partie imaginaires ; c’était une guerre fondée sur des illusions, son parcours a été parsemé de magouilles et sa fin inévitable pleine de déceptions (...). En utilisant un langage incisif, on pourrait affirmer qu’en préparant cette guerre et au cours des premiers mois de celle-ci s’est produit en Israël une sorte de putsch d’un type peu commun (...). Au lieu de s’emparer des institutions qui sont à l’origine des décisions étatiques ou de les dissoudre, comme le font les auteurs habituels de coups d’Etat, Sharon a élaboré une formule qui lui a permis de prendre en main le processus d’adoption des décisions. Il a privé les institutions démocratiques de leur pouvoir de contrôle et de supervision et a affaibli les freins qui font partie du système du pouvoir (3). »

L’invasion du Liban et le siège de Beyrouth (juin-août 1982) coûtèrent la vie à plus de 15 000 civils, libanais et palestiniens. Les avions attaquaient chaque jour la capitale. Au début d’août, les bombardements s’intensifièrent à tel point que le président Ronald Reagan protesta auprès de Menahem Begin contre ce qu’il qualifia d’« actes inadmissibles ». Le premier ministre israélien eut alors une démarche sans précédent : il enleva à son ministre de la défense le droit de faire bombarder Beyrouth par l’aviation.

« Sa promesse ne vaut rien »

A la mi-septembre 1982, deux semaines après le départ des combattants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de la capitale libanaise, M. Sharon occupe celle-ci avec ses soldats, violant ses propres promesses. Vingt-quatre heures plus tard, les Phalangistes - une milice maronite d’extrême droite alliée de l’Etat hébreu - entrent, sous les yeux et avec l’aide de l’armée israélienne et de M. Sharon personnellement, dans les camps palestiniens de Sabra et de Chatila, au sud de la ville. Les tueurs commencent alors à en massacrer systématiquement la population. Quant aux soldats du général Sharon, ils se trouvent autour des deux camps. Le QG israélien surplombe même la scène du massacre, l’un des plus horribles dans les annales du conflit israélo-arabe (4). Deux heures après le début de la tuerie, des rapports terribles parviennent déjà au commandement israélien. Mais personne ne bouge. Le carnage ne s’arrête que quarante heures plus tard, sur un terrible bilan : plus de mille tués, pour la plupart des femmes, des enfants et des personnes âgées. Des centaines d’autres habitants des camps ont été enlevés par les assaillants : vingt ans après, ils sont toujours « disparus ».

Une commission d’enquête israélienne conclut que le général Sharon portait une responsabilité personnelle dans le massacre et recommanda de lui retirer ses responsabilités de ministre de la défense (5). Il dut ainsi abandonner ce poste tant convoité par les militaires.

Quant au médiateur américain, M. Philip Habib, qui avait organisé le départ de l’OLP de Beyrouth, il était fou de rage. « Sharon est un assassin, animé par la haine contre les Palestiniens. J’ai donné à Arafat des garanties que les Palestiniens [restant à Beyrouth] ne seraient pas touchés, mais Sharon ne les a pas honorées. Une promesse de cet homme ne vaut rien (6). »

Ce trait de caractère, M. Sharon le présente tout au long de sa carrière militaire et politique. Même David Ben Gourion, qui admirait ce jeune et hardi militaire, s’est un jour demandé si « Arik » finirait par dire la vérité...

Amnon Kapeliouk.

Voir aussi :
- Enfer de l’occupation, par Marina Da Silva
> Conflit israélo-arabe
> Israël
> Palestine
> Territoires occupés


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(1) AFP, Paris, 25 octobre 2001.

(2) Uzi Benziman, Sharon ne s’arrête pas au (feu) rouge (en hébreu), Editions Adam, Tel-Aviv, 1985, p. 62.

(3) Zeev Schif, Ehoud Yaari, Guerre trompeuse (en hébreu), Editions Schocken, Tel-Aviv, 1984, p. 380.

(4) Amnon Kapeliouk, Sabra et Chatila - Enquête sur un massacre, Seuil, Paris, décembre 1982.

(5) « Une responsabilité - écrivait la Commission Kahane - doit être imputée au ministre de la défense pour avoir négligé le danger d’actes de vengeance et de massacres de la part des Phalangistes contre la population des camps de réfugiés et avoir omis de prendre en compte ce danger lorsqu’il décida de faire entrer les Phalangistes dans les camps. En outre, une responsabilité doit être imputée au ministre de la défense pour n’avoir pas ordonné les mesures appropriées afin de prévenir ou de réduire le danger de massacre comme condition pour l’entrée des Phalangistes dans les camps. Ces fautes constituent un non-accomplissement de la mission dont le ministre de la défense était chargé. »

(6) Patrick Seale, Assad (traduction en hébreu), Editions Maarakhot (Tsahal, ministère de la défense d’Israël), Tel-Aviv, 1993, p. 383.




LE MONDE DIPLOMATIQUE | novembre 2001 | Page 23
http://www.monde-diplomatique.fr/2001/11/KAPELIOUK/15774

TOUS DROITS RÉSERVÉS © 2006 Le Monde diplomatique.

« Meurtrier », « Assassin », « Criminel de guerre », « Terroriste », « Commandant en chef d’un escadron de la mort », voilà les mots que vous ne trouverez pas pour désigner Ariel Sharon dans les tribunes hagiographiques diffusées par la presse atlantiste après l’attaque cérébrale qui a touché le Premier ministre israélien. Cela ne nous surprend malheureusement pas. Nous avons déjà exposé dans cette rubrique la façon dont Ariel Sharon a été présenté comme un « homme de paix » après le retrait israélien de Gaza bien qu’il ait indiqué que celui-ci visait uniquement à rendre possible le maintien de l’occupation illégale de larges pans de la Cisjordanie. Par la suite, du fait de son différend avec des leaders plus extrémistes que lui et qui persistaient à rêver du Grand Israël, Ariel Sharon a été présenté comme « un centriste ».
Tout au long de sa carrière militaire puis politique, Ariel Sharon s’est rendu coupable (personnellement ou en donnant les ordres) d’exactions et de meurtres de masse contre les populations arabes, bien souvent contre des civils. Il n’a pas cessé de violer le droit international et de bafouer les résolutions de l’ONU, privant des populations entières de tout espoir de justice. Ces crimes sont cependant à peine évoqués dans la presse atlantiste qui préfère dresser le portrait d’un nationaliste devenu pragmatique sur ses vieux jours et qui aurait donné une chance à la paix en orchestrant le retrait israélien de Gaza. Aucun journal ne rappelle que depuis ce retrait, c’est l’aviation et l’artillerie lourde qui bombardent les villes palestiniennes. Ce faisant, les chroniqueurs, éditorialistes et experts font preuve d’un infini mépris pour les vies arabes.

Pour reprendre la formule consacrée : « au moment où nous écrivons ces lignes, Ariel Sharon lutte contre la mort », mais ces nécrologues n’ont pas attendu l’issue du combat pour commenter au passé, mais de façon laudative, l’action politique du général Sharon.
Le débat dans la presse atlantiste oppose les hagiographes optimistes aux hagiographes pessimistes. Ils ressassent les lieux communs sur le conflit israélo-palestinien : Sharon avait changé et était devenu un homme de paix, le désengagement de Gaza était un grand pas vers la paix entrepris par un homme courageux, les Arabes ont raté les occasions de faire la paix. Toutefois, pour une partie des commentateurs, la stratégie politique mise en place par le Premier ministre ne lui survivra pas tandis que pour les autres, ce projet est sur de bons rails.

L’ancien ministre britannique conservateur des Affaires étrangères, Malcolm Rifkind, déplore la disparition d’Ariel Sharon dans The Independent, événement qu’il compare à l’assassinat d’Yitzhak Rabin. Paradoxalement, l’auteur ne cache pas grand chose des exactions commises par celui dont il regrette la disparition. Il rappelle l’invasion du Liban, le massacre de Sabra et Chatila, l’intensification de la colonisation et la provocation d’Al Aqsa. Mais, cependant, il estime que seul Sharon était en mesure de faire accepter aux Israéliens un État palestinien.
Le psychiatre et éditorialiste néoconservateur, récent promoteur de l’usage de la torture dans la « guerre au terrorisme », Charles Krauthammer, se lamente dans le Washington Post de la disparition d’Ariel Sharon de la vie politique. Pour lui, il s’agit du pire désastre pour Israël depuis 60 ans. Bigre ! Personnalisant à l’extrême la politique israélienne, il estime qu’il sera très difficile pour Kadima, le parti fondé par le Premier ministre israélien, de poursuivre la politique « géniale » d’Ariel Sharon.
Théoriquement éloigné des thèses et des orientations de M. Krauthammer, le Rabbin Michael Lerner, rédacteur en chef du magazine de la gauche juive états-unienne Tikkun Magazine et président de l’association pacifiste juive Rabbis for Peace, suit, au nom de la paix, le même raisonnement que l’éditorialiste néo-conservateur. Dans le quotidien australien The Age et le quotidien états-unien The Berkeley Daily Planet, il affirme prier pour qu’Ariel Sharon se rétablisse et puisse reprendre le combat politique. Il rappelle avoir été longtemps l’adversaire du Premier ministre mais estime, contre toute vraisemblance, que ce dernier est aujourd’hui un des rares hommes capables de ramener la paix au Proche-Orient.

Adoptant une vision sensiblement identique d’Ariel Sharon et de sa politique, certains analystes jugent que la politique suivie par Ariel Sharon se poursuivra après sa mort ou sa retraite.
Yoel Marcus éditorialiste du quotidien de référence de la gauche israélienne, Ha’aretz, salue le « Charles De Gaulle israélien », l’homme élu par l’extrême droite qui aura organisé le désengagement de Gaza. Il déplore que les Palestiniens n’aient pas su saisir « l’occasion ». Mais, affirme-t-il, poussant toujours plus loin la logique culturaliste concernant la soi-disant absence de partenaire pour la paix, « les Arabes seront toujours les Arabes ». Il déplore la perte du « géant de 1948 » mais estime que Kadima est le fruit d’un moment politique, et non d’un homme, et que la politique d’Ariel et que celle-ci se poursuivra.
Le directeur du Centre Global Research in International Affairs, Barry Rubin, partage ce point de vue dans une tribune diffusée par Project Syndiacteet n’ayant été, pour l’instant, publié que par le Korea Herald. Fidèle au point de vue qu’il avait développé au moment de la création de Kadima, il estime que ce parti reflète un nouveau consensus dans la société israélienne et que, par conséquent, il est promis à la victoire lors des prochaines élections. Il loue l’action du Premier ministre et estime que son parti pourra continuer sans lui.

Bien qu’ultra dominant dans la presse occidentale, la représentation positive du Premier ministre israélien est nuancée par certains auteurs courageux et très isolés.
Ainsi, l’éditorialiste de gauche d’Ha’aretz, Gideon Levy, publie un point de vue contradictoire à celui de son collègue Yoel Marcus. En effet, il juge pour sa part que le bilan de la politique d’Ariel Sharon pour Israël est globalement négatif. Il rappelle que c’est le Premier ministre qui a développé la colonisation des territoires occupés, lancé l’invasion israélienne du Liban et participé au renforcement du Hamas. L’auteur croit voir dans le désengagement de Gaza un regret de la première politique mais il note que le Hamas continuait de bénéficier de la politique d’Ariel Sharon et qu’aujourd’hui, les tensions avec l’Iran sont à leur paroxysme. Notons que, bien que remettant en cause la politique suivie par Ariel Sharon, l’auteur ne le fait que sous l’angle des intérêts israéliens. Le point de vue arabe ne semble pas avoir sa place dans la presse « occidentale ».
Yasser Abed Rabbo, ancien ministre de l’Autorité palestinienne et négociateur de l’initiative de Genève, est l’un des rares dirigeants arabes à pouvoir s’exprimer sur le sujet dans une interview accordée au journal Le Monde. Et encore, il s’excuse presque de ne pas se joindre au choeur des pleureuses et tente de rappeler pourquoi les Palestiniens n’ont pas noté le « changement » de fin de carrière d’Ariel Sharon. Il évoque le raid de Qibya, le massacre de Sabra et Chatila et l’opération de Jénine. Des éléments expliquant que contrairement à l’opinion occidentale, les Palestiniens ne voient pas la disparition d’Ariel Sharon comme celle d’un homme de paix. L’auteur espère toutefois, sans sembler trop y croire que son successeur n’aura pas le même comportement et que la vie politique israélienne changera après la mort de son patriarche comme se fut le cas de l’Autorité palestinienne.

Rappelons qu’Ariel Sahron débuta sa carrière dans l’organisation terroriste Haganah. Au début des années 50, il dirige un escadron de la mort, l’Unité 101, qui assassine des civils arabes pour contraindre leurs familles à abandonner leurs terres. C’est à la tête de cet escadron qu’il massacre de toute la population du village jordanien de Qibya. Devenu général à la suite d’actes de bravoure lors de la Guerre des Six jours, il pénètre avec ses unités au Liban, agissant de sa propre initiative et désobéissant aux ordres de l’état-major. Parvenu à Beyrouth, il encercle les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila et commence l’extermination de la population. Ne disposant pas d’hommes en nombre suffisant, il confie aux milices chrétiennes du mercenaire Elie Hokeiba le soin d’achever le travail. Jugé pour crime de guerre par un tribunal israélien, il se voit interdire toute fonction ministérielle. Au début du XXIe siècle, il se livre à de nouvelles provocations qui suscitent la seconde Intifada. On découvre alors que le jugement qui lui interdit d’être ministre ne lui interdit pas d’être Premier ministre. Promettant de réprimer l’Intifada qu’il a provoquée, il devient Premier ministre. Il rompt alors avec les partisans du Grand Israël et organise un redéploiement de Tsahal de manière à occuper le plus de territoires possible, tout en rendant leur défense opérationnelle. Se moquant de la communauté internationale, il construit donc un Mur pour modifier unilatéralement les frontières, puis retire les colons et ses troupes derrière ce Mur, annexant définitivement une partie des territoires palestiniens. Simultanément, il participe à une opération de nettoyage politique prévoyant l’élimination physique de Yasser Arafat et d’autres leaders, la censure des candidatures palestiniennes les plus représentatives et le trucage des élections palestiniennes, l’élection par défaut de Mahmoud Abbas, enfin la création de Kadima.

Si on cherche une critique virulente de l’action du Premier ministre en « Occident », c’est vers les mouvements sionistes les plus radicaux qu’il faut se tourner.
Le révérend fondamentaliste et dirigeant de la Christian Coalition, Pat Robertson, a profité de son émission sur la Christian Broadcasting Corporation pour expliquer les « raisons » de l’attaque cérébrale subie par le Premier ministre israélien. Selon l’auteur, Ariel Sharon (pourtant âgé de 77 ans) est victime d’une vengeance divine pour avoir organisé le désengagement de Gaza. M. Robertson est membre d’un courant sioniste chrétien qui estime que la création d’Israël en 1948 est la marque de l’approche de la « fin des temps ». Lecteur littéral de la Bible, il estime que, quand le temple de Jérusalem sera reconstruit sur les ruines de la mosquée d’Al-Aqsa, le Christ reviendra pour établir son règne, détruire les musulmans et les libéraux et convertir les juifs. L’auteur a accusé, par le passé, les « libéraux » d’être responsables des attentats du 11 septembre 2001, présentés comme une punition divine, et a appelé à assassiner le président du Vénézuéla, Hugo Chavez, accusé d’être « communiste ».
Ce point de vue pourrait prêter à sourire si le révérend Robertson n’avait pas tant de fidèles, notamment parmi le parti républicain états-unien.

Réseau Voltaire


 

13:57 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook |

Commentaires

quaeps le général Ariel Sharon n’a vraiment pas changé : maintenant oui quand même c'est un légume .

Écrit par : jean | 10/01/2006

jean il faut bien être dur pour protéger Israel de tout ces arabes qui lui veulent du mal...la doublepensée est un art et tu es un artiste...

Écrit par : quaeps | 10/01/2006

quaeps tu te drogues ?

Écrit par : jean | 10/01/2006

quaeps « Meurtrier », « Assassin », « Criminel de guerre », « Terroriste », « Commandant en chef d’un escadron de la mort », voilà les mots que vous ne trouverez pas pour désigner Ariel Sharon dans les tribunes hagiographiques diffusées par la presse atlantiste après l’attaque cérébrale qui a touché le Premier ministre israélien.
Ces qualificatifs , si ils sont justifiés, n'ont à mon avis pas à apparaître en ce moment (un peu de dignité devant un vieillard légumisant n'abaisse personne) , c'était bien avant qu'il fallait les utiliser .

Écrit par : jean | 10/01/2006

jean mais comme par hasard (cfr. Orwell), c'est le genre de terme l'on réservait plutôt à abdelmachin...ton dada...
le cheik Yasinne (chef sprirituel du Hamas et belle ordure aussi) était un légume, et Sharon lui a administré une magistrale leçon de dignité qui devrait aussi nous inspirer....

Écrit par : quaeps | 10/01/2006

quaeps 1. Non ton pote Ahmenijab (si c'est de lui dont tu parles), est un trou du cul pas un criminel de guerre ni un terroriste .
2. cheik Yasinne avait toute sa tête (enfin si on peut dire), quant à la "leçon de dignité qui devrait aussi nous inspirer", libre à toi d'en faire une de tes valeurs je ne mange pas de ce pain là .

Écrit par : jean | 10/01/2006

jean 1 non abdelmachin est un criminel tout court(cfr. ton blog), qui VEUX détenir l'arme atomique(cfr. ton blog) pour détruire Israel (cfr. tes dires chez mon frère)...neu-neu...
2 cheik Yasine avait la même chose dans la tête que Sharon(je parles de Sharon maintenant)...tes valeurs aménageables sont un sujet d'émerveillement constant pour moi...continue...

Écrit par : quaeps | 11/01/2006

quaeps 1. ce que je t'ai dit chez ton frère c'est , "je crois que la question de savoir si ton nouveau meilleur ami veut la bombe atomique vaut quand même la peine d'être posée . Ce à quoi tu m'a répondu "non" et "de toutes façons si il la veut il a ses raisons" . Position pour le moins schizophrénique .
2. je ne savais pas que danser autour d'une tombe ou d'une ambulance était pour toi une valeur morale indispensable , maintenant je le sais .

Écrit par : jean | 11/01/2006

jean 1 non, je t'ai IMMEDIATEMENT répondu en allant sur ton blog pour te montrer que tu ne te posais pas du tout la question, tu l'AFFIRMES...menteur....
maintenant, pose-toi la question de savoir pourquoi la presse occidentale a crucifié abdelmachin (avec ton aide précieuse) et qu'elle n'a pas employé les termes exact pour désigner Sharon que, selon toi ..."c'était bien avant qu'il fallait les utiliser . "....
2 joli noirblanc...élémentaire...

Écrit par : quaeps | 11/01/2006

quaeps 1. pourquoi se poser la question ? pourquoi être pour d'un côté et contre de l'autre ? c'est stupide !
2. quand m'as-tu vu me réjouir ou exulter de la mort de quelqu'un ou de ses souffrances ? toi, tu sais faire ça, moi non .

Écrit par : jean | 11/01/2006

jean 1 "pourquoi se poser la question ?" J. Tilkin...bel arrêtducrime...un classique...
2 "à Castro qui ne mérite que de crever comme il fait crever son peuple"...j'avais oublié quelle belle âme tu es...

Écrit par : quaeps | 12/01/2006

quaeps 1. décidément il faut toujours te parler comme à un enfant de trois ans , "pourquoi se poser la question , sous-entendu alors que tout le monde connait la raison" .
et la question que je te pose , et à laquelle évidemment tu ne répondra jamais, est pourquoi appliques-tu les méthodes que tu dénonces ?
2. c'est pas pour ça que le jour où celà arrivera que tu me verras faire des grands "yes" comme je te l'ai déjà vu faire à l'annonce de la maladie ou de la mort de certains .
De plus, je préfèrerais voir Castro s'effacer que de le voir mourir .

Écrit par : jean | 16/01/2006

quaeps lire réponse par raison , oeuf corse .

Écrit par : jean | 16/01/2006

jean 1 et quel est donc la réponse...va-y fais-moi plaisir...
je ne les appliques pas, je les dénonces, d'ou l'article neu-neu...et encore un noirblanc....
2 c'est celà oui....

Écrit par : quaeps | 17/01/2006

Les commentaires sont fermés.