12/12/2005

le peuple élu....

L’évacuation de près de 8 000 colons de Gaza et de quatre colonies du nord de la Cisjordanie a été présentée au monde comme le début d’une ère nouvelle, celle de la fin de l’occupation de la bande de Gaza 38 ans après son invasion. Le processus de paix était ainsi supposé vivre un nouveau début, concret. Quant à la société israélienne, on la décrivait comme vivant un moment critique du fait de l’opposition d’un de ses secteurs, celui des colons. Enfin le personnage d’Ariel Sharon, considéré comme répugnant par beaucoup, était supposé montrer son bon fond, offrant le énième banc d’essai aux Palestiniens, responsables en fin de compte depuis vingt ans des échecs des tentatives de trouver un accord.

Les félicitations adressées au gouvernement israélien ont ainsi atteint des niveaux inouïs, à l’image de ce qu’ils furent en 1993 pour le gouvernement Rabin.

Les seules voix discordantes sont venues de la société palestinienne, civile et politique, ainsi que de la diaspora de la société civile - mais non politique - israélienne, en particulier de sa diaspora intérieure.

Dans le monde entier la fin de l’évacuation a provoqué un soupir de soulagement, faisant penser à une volonté de graver pour toujours l’événement, dans toute sa complexité.

Mais si tout va si bien au Moyen-Orient, que la bombe du conflit israélo-palestinien a enfin été désamorcée, comment est-il possible qu’on rencontre des commentateurs sceptiques ? S’agit-il là encore des habituels opposants professionnels, aspirant à tout prix à l’échec ? Non.

Ceux qui ne se sont pas laissés complètement étourdir par la propagande regardent le processus amorcé unilatéralement par Sharon pour ce qu’il est : une consolidation et une extension du projet colonial sioniste, dont l’objectif est la parcellisation de la Cisjordanie en la divisant entre enclaves palestiniennes sur un territoire israélien et en procédant à son annexion pure et simple, à son intégration au sein de l’État d’Israël. Dans ce projet Gaza ne revêt pas une grande importance. C’est pour cette seule raison que l’establishment israélien a réalisé ce projet déjà ancien.

Retrait ou rationalisation de l’occupation ? L’évacuation de Gaza est tout sauf une nouveauté. Déjà en 1979 le même Ariel Sharon, alors responsable de la colonisation au sein du premier gouvernement Begin, en avait présenté le projet. En d’autres termes, il s’agit de la partie intégrante de sa stratégie visant à réaliser une colonisation s’étendant du littoral méditerranéen jusqu’au Jourdain.

L’évacuation des colons ne signifie par ailleurs nullement la fin de l’occupation de la Palestine, ni même de la bande de Gaza. Rien n’a été dit sur le retrait définitif de l’armée, de même rien de ce qui est vital pour la survie des Palestiniens de Gaza ne sera géré par l’Autorité nationale palestinienne (ANP) : ni les frontières avec l’Israël et avec l’Égypte, ni les douanes, ni la circulation des personnes au travers des frontières, ni la gestion des ressources hydrauliques.

Ce silence sur le rôle d’Israël à Gaza après l’évacuation des colonies signifie que tant qu’il y n’aura pas d’accord avec les Palestiniens, aux conditions israéliennes, tous les carrefours vitaux du développement de cette zone seront toujours sous le contrôle de la législation israélienne, avec les conséquences qu’on imagine.

La réalisation du projet de retrait unilatéral et en tant que tel non négociable, et ne pouvant être cogéré avec quiconque - ni avec les Palestiniens, ni avec d’autres forces internationales - n’est rien d’autre que l’arrêt définitif, en ce qui concerne Israël, de tout dialogue ou compromis avec les Palestiniens. Pessimisme extrême ? Non, c’est la réalité crue. Ce projet n’ouvre nullement la voie, même pas en théorie, à une réduction à des proportions plus justes, ni même à la mise en débat, des projets de consolidation de la colonisation du reste de la Palestine, à commencer par Jérusalem-Est et ses banlieues. Pour que nulle doute ne demeure à ce sujet, au lendemain de l’évacuation de Gaza a démarré l’agrandissement de la colonie de Maale Adumim, ce qui intègre de fait Jérusalem-Est aux colonies déjà existantes.

Mais ce n’est pas tout. Le projet réalisé par Israël s’inscrit parfaitement dans une stratégie qui vise à ne pas renoncer au plan de transfert des Palestiniens en Jordanie, dont ils deviendraient ainsi la majorité et seraient libres de renverser la monarchie hachémite pour y établir un État palestinien. C’est une très vieille stratégie. Mais elle a un défaut ou, selon la logique prédominante dans la classe politique israélienne, elle rencontre un obstacle : comment faire pour que les Palestiniens acceptent un transfert massif ? Les décennies de résistance ont montré qu’ils n’ont nullement l’intention d’abandonner leur propre terre. Pour réaliser ce projet - qui dessine une parfaite continuité de Ben Gourion à Sharon - il est nécessaire que le contexte international permette une épuration ethnique d’envergure, pire même que celle des années 1947-1949 qui a permis l’expulsion de 800 000 Palestiniens.

Le contexte international qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001 a déjà permis à Israël de réaliser beaucoup de choses. Avant tout il a privé de légitimité toute forme de lutte armée et de résistance à l’occupation militaire, lui permettant d’inscrire d’office le conflit israélo-palestinien dans le cadre général de guerre préventive mondiale contre le terrorisme ». Il ne s’agit pas là d’un détail analytique. C’est sur cette base que, depuis septembre-octobre 2001 jusqu’à aujourd’hui (évacuation de Gaza comprise), les intérêts de l’impérialisme occidental, en particulier de celui des États-Unis et ceux d’Israël, ont coïncidé de manière croissante. Mais ils ne sont pas pour autant identiques et si cette absence d’identité parfaite ne remet pas en cause l’appui unilatéral offert à l’État d’Israël, il ne lui garantit nullement l’impunité dans le cas d’une expulsion généralisée et violente de la population palestinienne, inévitablement accompagnée par des massacres.

Une des caractéristiques de Sharon, comme de nombreux dirigeants israéliens, c’est d’avoir toujours deux plans de bataille, si possible interconnectés mais légèrement différents, de manière à en réaliser le maximum s’il n’est pas possible de les réaliser en entier. Le Mur de séparation comme le retrait unilatéral de Gaza et des quatre colonies dans le Nord de la Cisjordanie sont l’épicentres de ce plan de réserve qui permet, pour le moment, de coloniser et de fait annexer au-delà de 30 % de la Cisjordanie, sans s’en prendre aux zones à la plus haute densité de population palestinienne.

Cela permet, selon les plans israéliens, de mettre fin de manière définitive aux aspirations palestiniennes à un État indépendant sur ces 22 % de la Palestine historique que représentent les territoires occupés au cours de la guerre de 1967.


Les Palestiniens face au retrait Si les Palestiniens résidant à Gaza sont certainement très soulagés par le départ des colons et de l’armée israélienne, ils resteront malheureusement enfermés dans une immense prison, entourée de toutes parts et toujours à la merci de l’arbitre israélien. Ils ne seront pas libres de se mouvoir en dehors de la bande de Gaza, ni aujourd’hui, ni dans l’avenir. Cela signifie que toute leur activité économique continuera de dépendre de l’autorisation israélienne. Ainsi les difficultés pour les travailleurs palestiniens employés hors de Gaza (la majorité de la force de travail de Gaza actuellement) sont loin de trouver une fin - au contraire, on peut craindre qu’elles ne s’aggravent. Car cela fait de nombreuses années - depuis le début de la première Intifada en 1987 - qu’Israël a entamé une politique de substitution de la main-d’œuvre palestinienne avec des immigrés provenant d’autres pays. Aujourd’hui Israël est donc moins que jamais dépendant de la main-d’œuvre en provenance de Gaza.

C’est un moment très difficile qui commence sans aucun doute tant pour l’Autorité palestinienne que pour le peuple palestinien dans son ensemble.

Les difficultés sont diverses. En premier lieu, avant tout dans la bande de Gaza, la répression israélienne a de fait décapité les directions politiques, aussi bien celle de l’Autorité palestinienne que celle des organisations politiques islamiques et surtout celle de l’opposition politique laïque et progressiste. De cette manière la classe politique palestinienne à Gaza échappe en réalité à tout contrôle. Risque-t-on de voir Gaza sombrer dans un scénario somalien ? Espérons que non, mais on ne peut écarter ce risque.

Ce que l’on sait, car c’est ce qu’enseigne toute l’histoire de la résistance du peuple palestinien (à Gaza et en Cisjordanie comme à l’extérieur), c’est que ce dernier a démontré une capacité surprenante de réflexion et de mobilisation politique collective, en vue de la réalisation de ses propres objectifs nationaux, y compris au cours des périodes les plus difficiles - et nous avons sans aucun doute affaire à une telle période aujourd’hui.

L’assassinat de Musa Arafat (cousin de Yasser et ex-chef de la sécurité intérieure à Gaza) et l’enlèvement (aussi bref que bizarre) de Lorenzo Cremonesi (envoyé spécial du quotidien italien Corriere della Sera) ont fait apparaître les tensions latentes au sein du groupe dirigeant lié à l’ANP. Entre autres, ce que la révolte de l’Intifada d’Al Aqsa, commencée en 2000, a démontré, c’est que le conflit n’est pas un match ANP-Hamas. En ce sens le véritable défi que doivent affronter les Palestiniens n’est pas de savoir qui sera capable de faciliter la réalisation du plan d’ensemble israélien (qui pourrait même conduire au démantèlement d’autres colonies, si cela apparaissait utile), mais quelle sera la capacité de l’ANP et des autres forces politiques, sociales et culturelles de reprendre l’initiative. Car l’enjeu n’est pas de s’opposer à un redéploiement tactique de l’occupation, mais bien de mettre en crise les instruments dont l’État d’Israël s’est doté à partir de la construction du Mur. Comme l’observe Bashir Abu Manneh, un intellectuel palestinien vivant à New York, « Sharon a obtenu et consolidé un résultat quadruple du Plan de retrait : il a nié les droits nationaux palestiniens et tout dialogue de paix avec l’Autorité palestinienne créée à Oslo ; il s’est assuré le contrôle des divergences et de la fragmentation internes ; il a entravé la diplomatie internationale et rétabli la réputation d’Israël en tant qu’État fort, cohérent et efficace ; et il a réduit la pression du sionisme messianique sur l’État et la société israéliens. » [1]

Comme le débat interne le montre clairement, un autre problème des Palestiniens consiste à faire que les résultats obtenus par Sharon avec son mouvement tactique puissent être renversés. Cela passe aussi et surtout à travers une modification des formes de lutte et par une réorganisation sociale et politique pour pouvoir faire front à la nouvelle situation. sans cela, le risque est que le retrait ne se transforme en un piège qui serait pire que ne l’étaient les illusions de l’après-Oslo.

Un autre défi se pose aux Palestiniens, sûrement avec plus de force que dans le passé : le débat avec la société israélienne pour faire agir les contradictions de celle-ci.

La société israélienne et les colons Les contradictions de la société israélienne sont multiples et de plus en plus aiguës. Certains des intellectuels juifs israéliens les plus désenchantés ont depuis longtemps tiré la sonnette d’alarme à ce propos. Ils parlent, sans prendre de gants, de vocation suicidaire, dénoncent le syndrome de Masada d’une société qui cherche une normalité, se veut normale, mais qui ne l’est pas et ne pourra le devenir tant qu’elle ne retrouvera pas un équilibre en ce qui concerne son propre rapport avec le peuple qu’elle occupe militairement, réprime socialement, culturellement et politiquement, exploite économiquement et exproprie de son territoire : les Palestiniens.

Ces contradiction - il faut le dire clairement - ne seront pas résolues par l’évacuation des colons de Gaza. Ces derniers ont depuis longtemps été un poids pour la société israélienne dans son ensemble, non pas que la majorité des Israéliens ait remis en cause l’idée coloniale sur laquelle se fonde leur existence comme État, mais parce que la résistance des Palestiniens de Gaza, le fait qu’ils n’ont pas pris la fuite après les raids aériens, après les milliers de démolitions de maisons, la destruction de milliers de vergers et d’oliveraies et la destruction d’hectares de cultures a fait comprendre que la tactique de la guerre n’était pas payante.

Nous aurions tort de sous-estimer le fait, que pour défendre les 7 500 colons de Gaza, l’armée ait dû employer des milliers de soldats et que ces derniers ont fini par poser la question : Pourquoi faire ? Ce fut une forme élémentaire de compréhension que la formule « l’occupation c’est la sécurité » ne fonctionnait pas. Dans certains cas - pas nombreux, mais significatifs - les soldats engagés à Gaza ont dénoncé les brutalités de l’armée et le fait d’être contraints d’exécuter des ordres totalement insensés et cruels. Pour empêcher des enfants de se rendre à l’école à travers un territoire interdit par l’armée d’occupation ils ne trouvaient d’autre solution que de décharger leurs mitraillettes avec des viseurs à distance... Des dizaines d’enfants palestiniens sont morts parce qu’un commandant lassé des heures de garde dans le sable les avait visés, couvert par le principe de la « sécurité contre les kamikazes ».

Nombreux ont été surpris de devoir prévenir les actions violentes des colons « contraints à abandonner leurs propres maisons et ce qu’ils avaient édifié », sur une terre prise à d’autres, en rasant les maisons d’un autre peuple... Lors de l’évacuation l’armée a été expédiée contre les colons désarmés, avec l’ordre de ne pas user de la violence : « rappelez vous toujours que ce sont vos frères... » Voilà les termes les plus hypocrites d’une direction qui a durant des décennies ordonné des expulsions et des rafles de masse de personnes désarmées. De pauvres idiots ont cru qu’une armée, accueillie avec du vitriol par les colons furieux barricadés dans la Synagogue de Neve Dekalim, serait capable de fraternité.

Ces embrassades entre frères étaient la énième mauvaises plaisanterie pour ceux qui savent que les soldats israéliens - quand il vont bien - connaissent seulement le coup de fusil et les cris incompréhensibles de l’argot de l’occupant qui ne cherche pas à être compris, pas plus entre Israéliens que face aux Palestiniens.

Mais même ceci relevait de la grande mise en scène, non pas à usage interne, mais à usage externe. L’objectif était de montrer que l’État d’Israël, « l’unique véritable démocratie au Moyen-Orient », parvient à gérer un moment de tension avec des chants, des prières collectives et seulement quelques insultes - excessives mais si compréhensibles, en face de lui il n’y a que la barbarie destructrice.

«  Je méprise le racisme qui se cache derrière les mots “Un Juif n’expulse pas un autre Juif” [slogan des colons], qui témoigne d’une croyance en la supériorité d’une race, en la souveraineté d’un peuple de chefs au nom du Dieu. Et un Juif assassin d’un premier ministre Juif, ça va ? » L’auteur de ces mots n’est pas un Palestinien. C’est Avraham Burg, un Israélien, Juif religieux, ancien président travailliste de la Knesset (le parlement israélien) et de l’Agence juive mondiale. Ils ont été publiés dans Haaretz, le principal quotidien israélien, le 18 août 2005 [2] .

Quant aux heurts entre Israéliens laïques et religieux nationalistes, tellement mis en avant, Burg observe : « Lorsque les colons me menacent d’une “guerre fratricide”, je dis stop ! Sont-ils mes frères ? Non ! Je n’ai pas d’autres fratrie génétique que mes deux sœurs. Mais j’ai des frères et sœurs spirituels qui partagent mes opinions, mes valeurs. Si tu es un homme mauvais, un oppresseur pleurnichard et un occupant surarmé, tu n’es pas mon frère, même si tu observes le Shabat et toutes les autres règles de la religion. Et si un foulard couvre tes cheveux pour montrer que tu es pieuse alors que la tête sous le foulard te sert à sanctifier “la terre juive” au détriment de la vie humaine, tu n’est pas ma sœur mais mon ennemie. » [3]Ces mots d’Avraham Burg éclaircissent beaucoup de choses.

Un des stéréotypes les plus diffusés et qui a du mal à disparaître, voudrait que la société israélienne, les Juifs d’Israël, ou du moins l’immense majorité d’entre eux, forment un bloc unique tant social que politique et culturel, entièrement consacré à la construction d’une État ethniquement homogène, au nom du sionisme, de la religion et du mythe sécuritaire. Ce qui émerge au cours des vingt dernières années montre au contraire que la société israélienne est beaucoup plus bariolée et complexe. Je ne peux ici approfondir cet aspect comme il le mériterait. Mais on peut sans aucun doute avancer que la société israélienne est depuis longtemps déjà au bord d’un conflit intérieur. Et le fait qu’un Juif en tue un autre n’est pas une nouveauté (l’histoire de la construction de l’État d’Israël est pleine de tels épisodes).

La crise de cette société est profonde et elle indique que ce ne sont pas les Palestiniens, prêts aux compromis (comme l’a indiqué la signature des accords d’Oslo en 1993 et leur suite), qui risquent de mettre le feu à une guerre civile culturelle, mais que celle-ci sera d’abord sociale et politique.

Après la faillite de tous les accords, la direction politique israélienne tente de récupérer les vieux mythes. Lorsque, en 2000-2001, Ehud Barak disait « nous sommes une villa dans le cœur de la jungle », il tentait d’effacer complètement le coup de la période précédente. « La villa c’est la modernité, le confort, la civilisation, la culture. La jungle c’est la barbarie. La jungle c’est l’État sauvage par définition. “Nous sommes au cœur de la jungle” signifie que le monde arabe en entier, et aussi le monde musulman, qui nous entoure est une immense barbarie alors que nous sommes le seul terrain civilisé dans la jungle et que nous sommes menacés par la barbarie. Et parce que nous sommes l’unique villa dans la jungle (...) tout nous est permis. Face à la jungle il n’y a pas de négociation possible, pas de dialogue imaginable. Il n’y a pas de coexistence, car la jungle est envahissante, elle agit constamment pour étouffer la villa. C’est pour cela que nous sommes en guerre de manière permanente, une guerre généralisée et préventive contre cette jungle qui, si nous ne l’arrêtons pas, envahira la villa. » Il ne s’agit pas là encore des mots d’un Palestinien, mais d’un Juif israélien, d’un fils de la diaspora et de la société israélienne post-1967 : Michel Warschawski [4] .

En ce qui concerne sa société, il ajoute avec amertume : « La violence mise en actes durant quatre ans et demi dans la bande de Gaza et en Cisjordanie est littéralement sans précédent dans le conflit israélo-palestinien. Il ne s’agit pas seulement d’un saut quantitatif, mais d’une saut qualitatif. C’est une violence qui déshumanise l’adversaire. face aux soldats israéliens, âgés de 18-19 ans, il n’y a plus d’hommes, de femmes, d’enfants ou de vieillards mais seulement une menace terroriste qu’il est nécessaire d’éradiquer. (...) Ce qui devient une norme, un code de comportement ou de non-comportement devant les Palestiniens devient aussi, peu à peu, le code de comportement intérieur [de la société israélienne]. Elle devient une société brutale, vulgaire. Une société au sein de laquelle toute notion de cohabitation civique disparaît. » [5]

On demandera : qu’est ce que tout cela a à voir avec le retrait unilatéral ? C’est, de concours avec le contexte international mentionné, l’élément qui a permis sa réalisation.

Les déclarations d’Ariel Sharon, au lendemain de son discours à l’ONU, où il menace d’empêcher la tenue des élections palestiniennes, prévues pour janvier 2006, si le Hamas est présent dans la compétition électorale, indiquent d’une manière encore plus évidente si possible, qu’Israël a intérêt à une implosion totale de la société palestinienne. Le sociologue palestinien Jawad, de l’Université Bir Zeit, parle d’un « sociocide ». C’est un néologisme fort laid qui, néanmoins, éclaire le sujet : Israël mise aujourd’hui sur la destruction de toute possibilité, présente et future, d’organisation politique, sociale, économique et culturelle du peuple palestinien.

En ce sens, les Palestiniens sont confrontés à un très grand défi. Ils doivent affronter une crise intérieure sans accepter le terrain qu’Israël tente de leur imposer - guerre civile ou collaborationnisme - mais en expérimentant tant dans la bande de Gaza qu’en Cisjordanie une large démocratisation. Cette dernière constitue le seul véritable antidote au chaos et à la corruption. Développer la dialectique du social et du politique, surtout en ce moment, n’est pas un luxe mais une inéluctable nécessité pour le peuple palestinien.

Cinzia Nachira, rédactrice de la revue Guerre & Pace, est membre du Comité politique national du Parti de la refondation communiste (PRC) pour le courant Erre (Resistenze-Ricerche-Rivoluzioni) qui regroupe les militants de la IVe Internationale en Italie.


-  Source : www.inprecor.org




08:51 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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