02/11/2005

libé ? le monde ? le nouvel obs ? le figaro ? marianne ? charlie hebdo ?

 
Criminel de guerre

Denis Sieffert

Un peu plus loin dans ce journal, le lecteur découvrira un portrait d’Ariel Sharon, souligné par ces mots tachés de sang : « Criminel de guerre en exercice ». L’affiche n’est pas d’un quelconque groupe extrémiste. Elle porte la double signature de la Fédération internationale des droits de l’homme, et de la Ligue des droits de l’homme qui - faut-il le rappeler ? - est née de l’affaire Dreyfus et de la lutte contre l’antisémitisme. Deux organisations qui n’ont pas pour habitude de céder à l’outrance. Eh bien, aussi étonnant que cela puisse paraître, cette image et ces mots, nous sommes pour l’instant les seuls à avoir accepté de les publier. S’il ne nous appartient pas d’expliquer, et encore moins de commenter, le refus de nos confrères, nous devons en revanche préciser le sens de notre démarche. Bien sûr, nous publions cette affiche d’abord et avant tout parce que nous pensons que Sharon est en effet un criminel de guerre ; que ce qu’il fait en ce moment même, à Naplouse, d’où nous parviennent des récits d’apocalypse, à Jénine, à Bethléem, à Ramallah, s’ajoutant à sa lourde responsabilité dans les massacres des camps de Sabra et de Chatila, en 1982, à l’anéantissement des villages de Qibya (52 morts au mois d’octobre 1953), à l’extermination de prisonniers de guerre à Mitla en 1956, et quelques autres ignominies commises sous son commandement, suffisent amplement à jeter l’opprobre sur ce personnage sans scrupules. Mais il est bien possible qu’il faille, en plus, montrer patte blanche. Toute vérité ne serait pas bonne à dire tandis que des énergumènes brûlent des synagogues dans nos banlieues. Dénoncer publiquement Sharon, à l’instar d’un Mladic ou d’un Milosevic, n’est-ce pas prendre le risque de légitimer les actes antisémites ? N’est-ce pas offrir un alibi à des jeunes gens peu regardants pour qui Sharon, Israël et le judaïsme font tout un ? C’est évidemment le piège dans lequel certains responsables communautaires aimeraient nous faire tomber. Pour éviter l’étiquette infamante, nous n’aurions donc plus qu’à nous taire. Beaucoup dans la société française - nos intellectuels médiatiques en particulier - ont déjà choisi cette courageuse solution. D’autres, ce qui n’est pas plus glorieux, parlent pour ne rien dire. Le procédé est d’ailleurs très au point : il s’agit de ne jamais dire un mot de trop sur Sharon sans, aussitôt, adresser un reproche symétrique à Arafat. Nous rejetons, pour notre part, ces arguments d’équilibristes. Et il faut le dire clairement : oui, Sharon est le premier responsable du chaos qui ensanglante le Proche-Orient. Les circonstances internationales lui permettent de réaliser une idéologie qui est la sienne depuis cinquante ans. Il massacrait déjà à Qibya, qu’Arafat n’était pas encore né à la politique. De nombreux commentateurs en font aujourd’hui le constat : l’armée israélienne traque et élimine de préférence ceux qui étaient les plus ouverts au dialogue, y compris ceux qui prenaient part aux réunions mixtes de sécurité ; elle met à sac les lieux de culture, détruit les infrastructures, s’acharne sur les symboles de ce qui était il y a quelques semaines encore un espoir d’État. C’est une armée coloniale dont la mission est somme toute assez simple : rendre impossible pour dix ans au moins toute ébauche d’État palestinien. Et rendre impensable une totale décolonisation des territoires de 1967.

Dénoncer cette idéologie ultra-colonialiste, souligner l’écrasante responsabilité de Sharon, c’est mener le combat contre un courant politique. Un courant héritier de Shamir et de Jabotinsky, que la gauche israélienne, autrefois, ne craignait pas de qualifier de fasciste. C’est proposer une grille de lecture rationnelle pour des événements qui ont toutes les apparences de la folie. C’est tout le contraire de ce que certains manifestants, hélas à l’appel du Crif, ont fait dimanche dans les rues de Paris. Tenir d’une main un bout de banderole condamnant l’antisémitisme et de l’autre un panneau encourageant Sharon au massacre est un crime moral. Car ce qui se passe aujourd’hui laissera des traces profondes. Ici, et dans tout le monde arabe. Il n’y a rien de plus vain que de souhaiter que le conflit israélo-palestinien ne s’exporte pas chez nous. Quand l’actualité s’ennuie, on nous rebat les oreilles de « village global », et de distances abolies. Vouloir dresser une ligne Maginot de l’information et de la conscience est aussi désespéré que les efforts de la sorcière de la légende qui tentait d’endiguer les flots de l’océan avec son balai. Nul ne peut m’empêcher de penser que le Palestinien de Naplouse, dénudé, agenouillé, marqué d’un numéro, et dont la maison a été mise à sac et pillée, est mon proche voisin. Comme le gamin israélien brûlé par la bombe du kamikaze. La grande différence entre notre démarche, d’une part, et celle de Sharon, des antisémites et de certains dirigeants du Crif, d’autre part, c’est que nous, nous refusons de collectiviser la faute. Le criminel de guerre n’est jamais pour nous ni un peuple, ni une religion, ni même un État. À l’heure où nous écrivons ces lignes, Colin Powell, le secrétaire d’État américain, baguenaude au Maroc, laissant le temps à Sharon d’une dernière curée. Vendredi, il sera à Jérusalem. Viendra l’heure des bilans, des révélations monstrueuses, des regrets, des commissions d’enquête, des hontes.


17:19 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

quaeps Tenir d’une main un bout de banderole condamnant l’antisémitisme et de l’autre un panneau encourageant Sharon au massacre est un crime moral .

Comme quoi tout le monde est capable d'avoir (rarement dans le cas de ton ami Si Fier) des paroles intelligentes .

Écrit par : jean | 02/11/2005

jean tout le monde...sauf toi...

Écrit par : quaeps | 03/11/2005

quaeps venant de toi je le prends comme un compliment !

Écrit par : jean | 03/11/2005

jean venant de toi, ça ne me surprends pas...c'est un peu ton histoire...

Écrit par : quaeps | 03/11/2005

jean ton dernier commentaire est tellement vide que tu devrais t'en servir comme signature !

Écrit par : quaeps | 03/11/2005

jean je réponds au tien, je m'abaisse quoi...

Écrit par : quaeps | 04/11/2005

quaeps c'est bien t'es en position, suce maintenant !

Écrit par : jean | 04/11/2005

jean non, j'ai des carries et elle risquerait de se perdre dedans....

Écrit par : quaeps | 05/11/2005

quaeps t'inquiète pour tes carries j'ai la pommade

Écrit par : jean | 05/11/2005

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