25/10/2005

en prévision du retour de Lionel....

Il y a un peu plus de six mois, le 11 septembre dernier, les Américains se sont demandé : Pourquoi nous détestent-ils tant ?
Ils : les autres pays du monde.
George Bush leur a répondu : « Parce que nous sommes bons. »

Dimanche 21 avril, bien des électeurs hostiles à l'extrême droite se sont demandé : pourquoi nous détestent-ils tant ?
Ils ?
Les 36% de chômeurs qui ont voté Le Pen ou Mégret.
Les 28% d’ouvriers qui ont voté Le Pen ou Megret.
Et Le Pen est également arrivé en tête chez les intérimaires et chez les jeunes de 18 à 24 ans, très largement.

Pourquoi les détestent-ils, et nous aussi peut-être ?
Il serait préférable que notre réponse ne soit pas : parce que nous sommes bons.
Il serait également souhaitable qu’après avoir claironné « Nous sommes tous américains », on n’en vienne pas à proclamer qu’on a « honte d’être Français ».

Que pouvons-nous dire ?
Que peuvent les intellectuels qui veulent concilier travail d’analyse, de recherche ou de création, et combat politique à un moment où la situation politique et sociale déjà n’est pas sereine ?
Aux grandes époques, les meilleurs d’entre eux n’ont pas insulté le peuple ou proclamé qu’ils allaient partir à l’étranger. Ils se sont battus là où ils se trouvaient.
Et, là où nous sommes, nous devons d’abord réfléchir à ce qui s’est passé depuis 1974, depuis que l’extrême droite est passée de 0,7% des voix à, peut-être, 30% dimanche prochain. Et que la gauche socialiste et communiste, qui, autour d’un seul candidat, totalisait 45% des voix, n’en rassemble plus que 20% et se retrouve écartée du second tour.

Une chose paraît claire : ni Le Pen ni l’ordre social actuel n’ont rien à redouter d’une critique « morale » du fascisme, par exemple, qui exonèrerait ou ferait corps avec les dominants. Ce Front républicain jouerait alors le rôle d'une entreprise de blanchiment politique et social des politiques néolibérales.
Résister, c’est très bien. Mais le meilleur endroit pour le faire n’est pas forcément devant une caméra avec la cohorte des branchés, des friqués et des médiatisés. Ni en compagnie du patronat dont l’expérience historique est plus celle de la Collaboration que celle de la Résistance.

Aujourd’hui, la lucidité est et doit être notre première forme de résistance.
Elle nous permettra peut-être de comprendre ce qui s’est passé dimanche dernier.

« La France va mieux » nous expliquait Lionel Jospin et le Parti socialiste.
Non, elle ne va pas bien.
En tout cas, une certaine France, qui ne lit pas Le Monde, surtout le week-end avec son supplément tout en anglais, qui n’est pas branchée sur Internet, qui ne dispose pas de stock options, qui se moque de Bernard-Henri Lévy et de Philippe Sollers, qui ne trouve pas la mondialisation heureuse.
Cette France-là ne va pas bien.

Et, à défaut de pouvoir le signifier en votant pour une gauche de gauche, elle marque son désespoir en votant, par désespoir, pour celui qui à ses yeux représente le Grand Réprouvé d’un système politique et médiatique qu’elle exècre — et que cette France-là, qui ne va pas bien, exècre parfois pour de bonnes raisons, ce n’est pas moi qui vous dirait le contraire.

Je me trompe peut-être mais je ne crois pas que ce soit en offrant un score de maréchal à un président discrédité, en mettant en scène notre ralliement à un candidat plombé par les affaires et par le cynisme de son manque de conviction aveuglant, un homme que Jean-Marie Le Pen avec son sens politique habituel et pervers a déjà qualifié de « candidat de Jean-Marie Messier », de « candidat des gamelles et de l’établissement », je ne crois pas que ce soit de cette manière, et avec le Medef, qu’on fera reculer le Front national.
On peut — et on va peut-être — par sentiment du devoir voter Chirac, par urgence démocratique. Mais mieux vaudrait dans ce cas ne pas s’en vanter.
Et, surtout, éviter de trop se mêler aux privilégiés qui prétendent donner des leçons de morale aux désespérés, qui clament qu’ils ont honte de la France, et qu’ils vont se délocaliser à l’étranger comme n’importe quel Vivendi.

Honte ? Non.
Ou alors, il fallait avoir honte avant.
Quand, par exemple, en 1998, Lionel Jospin a refusé de revaloriser les minimas sociaux, comme le lui demandaient les chômeurs en lutte, alors même que deux ans plus tard son ministre des finances, Laurent Fabius, baisserait l’impôt sur le revenu acquitté par les plus riches.
C’était la première fois dans l’histoire de la gauche au pouvoir qu’un gouvernement socialiste réduisait la tranche marginale de l’IRPP.
C’est à ce moment-là qu’on attendait que BHL, Jean-Marie Colombani le directeur du Monde, Pierre Arditti, Karl Zéro et quelques autres nous disent qu’ils avaient « honte d’être Français ».

Résumant un peu brutalement le bilan du gouvernement de la gauche plurielle, un syndicaliste a expliqué il y a quelques semaines : « Le bilan de Jospin : un RMI à 2402 francs en 1997 et à 2660 francs cinq ans plus tard. »
C’est de cela qu’il fallait avoir honte.

Dans la Revue socialiste, organe théorique du PS, le rédacteur en chef, se gargarisait l’année dernière des réussites du gouvernement de la « gauche plurielle » : « En matière de privatisations, la "gauche plurielle" a réalisé en trois ans un programme plus important que n’importe quel autre gouvernement français. »
C’est de cela qu’il fallait avoir honte, de cet abaissement devant les forces du marché et de l’argent.

Il y a cinq ans, au moment de l’arrivée au pouvoir de la gauche plurielle, Alain Bocquet, président du groupe communiste, déclarait sur France Inter : « Je souhaite que le mouvement populaire ne pose pas les valises dès lundi matin. Oser s’attaquer à la dictature des marchés financiers. Si on ne s’attaque pas au mur de l’argent, tout le reste est de l’illusion. »
Ce mur de l’argent, on l’a conforté.
C’est de cela qu’il faut avoir honte

Il y a quelques mois, DSK dont on nous disait qu’il serait peut-être le premier ministre d’un président Jospin, théorisait : « Il faut, pour l’emporter, se tourner davantage vers les classes moyennes. » C'est-à-dire ceux qui disposent « d’un patrimoine immobilier et quelquefois financier, qui sont les signes de leur attachement à l’"économie de marché". »
Quant aux autres, ceux, sans patrimoine financier, qui en partie ont voté Le Pen dimanche 21 avril, Dominique Strauss Kahn nous disait : « Du groupe le plus défavorisé, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine à une démocratie parlementaire. Non pas qu’il se désintéresse de l’Histoire, mais ses irruptions s’y manifestent parfois dans la violence. »

Quand un dirigeant de gauche s’intéresse davantage à ceux « qui disposent d’un patrimoine financier » qu’au « groupe le plus défavorisé », pas étonnant que l’irruption de ce groupe dans l’arène électorale ne soit pas tout à fait sereine.
Et ce n’est pas d’abord d'eux, les plus défavorisés, qu’il faut avoir honte.
   

 
Serge Halimi   

13:22 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

Commentaires

quaeps "l’extrême droite est passée de 0,7% des voix à, peut-être, 30% dimanche prochain. " Ben non 17% (alarmisme et mensonge sont les mamelles de ton ami) .
"En tout cas, une certaine France, qui ne lit pas Le Monde" : ah les crapules qui lisent Le Monde, et je suppose que ton ami considère les ouvriers trop cons pour lire autre chose que L'Equipe, quelle suffisance !
"se tourner davantage vers les classes moyennes. » C'est-à-dire ceux qui disposent « d’un patrimoine immobilier" : ah les crapules qui payent leurs maisons à crédit, qu'on leur coupe la tête, ça leur apprendra à vivre !
"la gauche socialiste et communiste, qui, autour d’un seul candidat, totalisait 45% des voix" : quand y a-t-il eu candidature commune pour une présidentielle ??????????

Écrit par : jean | 26/10/2005

jean tonton en 65....

Écrit par : quaeps | 26/10/2005

jean En septembre 1965 François Mitterrand annonce sa candidature à la Présidence de la République. Le Parti communiste soutient la candidature de François Mitterrand qui devient le « candidat unique de la gauche » opposé au général de Gaulle pour la première élection présidentielle au suffrage universel (modification de la Constitution approuvée par le referendum du 28 octobre 1962). La Charte de la Fédération de la gauche démocrate et socia1iste est signée le 10 septembre. La FGDS rassemble Parti Radical, SFIO, UDSR, CIR et divers clubs (UCRG d'Alain Savary notamment). François Mitterrand est élu président de la FGDS le 9 décembre. Il obtient 31,7% au premier tour et 44,8% au second tour de l'élection présidentielle (5 et 19 décembre 1965) contraignant 1e Général de Gaulle à un bal1otage inattendu . La FGDS et le PCF concluent un accord électoral en décembre 1966 : les socialistes n 'acceptent plus seulement les voix du PCF, ils acceptent de discuter avec lui. Après les élections de mars 1967 (la majorité gaulliste garde la majorité mais avec un seul siège) et à la veille de l'explosion sociale de mai 1968, le bilan des convergences et des divergences jette les bases d 'un futur programme commun de la gauche (23 février 1968). Les divergences portent essentiellement sur l'Europe et la politique internationale, le PCF s'alignant systématiquement sur les positions de l'URSS.

Écrit par : quaeps | 26/10/2005

quaeps et plus jamais depuis, par contre si on totalise les %ages de tous les candidats de gauche (folklo ou non) on est de loin plus haut que les 20% annoncés par ta menteuse .

Écrit par : jean | 26/10/2005

quaeps je parlais bien sûr du 1er tour des élections présidentielles de 2002 .
Pour le reste ta pleureuse fait un amalgame joyeux entre 1er et 2eme tour, il parle des 45% de la Mitte au deuxième tour en 65, qu'il compare à des résultats d'un premier tour, joli mélange .

Écrit par : jean | 26/10/2005

jean Dans cette hypothèse le score actuel de Jean –Marie Le Pen peut s’élever à 26% des intentions de vote.
Si l’on suit ce modèle, Jean-Marie Le Pen pourrait atteindre 28% des suffrages exprimés contre 72% à son concurrent, ce que confirme le niveau d’électeurs qui n’excluent pas de voter pour lui (25% dans cette enquête).
trouvé sur le site de l'ipsos...de dangereux alarmistes....comme chacun le sait....

Écrit par : quaeps | 26/10/2005

jean Et que la gauche socialiste et communiste, qui, autour d’un seul candidat, totalisait 45% des voix, n’en rassemble plus que 20% et se retrouve écartée du second tour.
jospin 16,18% et hue 3,37%...apprends à compter....et à réfléchir...

Écrit par : quaeps | 26/10/2005

jean Et que la gauche socialiste et communiste, qui, autour d’un seul candidat, totalisait 45% des voix, n’en rassemble plus que 20% et se retrouve écartée du second tour.
jospin 16,18% et hue 3,37%...apprends à compter....et à réfléchir...

Écrit par : quaeps | 26/10/2005

jean l'ipsos s'est plantée et de toutes façons ces sondages ne pouvaient être connus entre les deux tours car interdits de publication dans cette période il me semble .
Quant au deuxième point, si c'est vraiment comme ça qu'ils ont raisonné ils feraient bien de trouver un pré pour aller brouter .

Écrit par : quaeps | 26/10/2005

coller la gauche socialiste et communiste, qui, autour d’un seul candidat, totalisait 45% des voix , AU DEUXIEME TOUR EN 1865 (choix entre 2 candidats) .
n’en rassemble plus que 20% , AU PREMIER TOUR EN 2004 (choix entre 458 candidats de gauche) .
Je te signale aussi que comme candidat Hue c'est comme si tu mettais personne et que le communisme a perdu de son coté "romantique" depuis que plus personne (?) n'a d'illusions sur la "patrie des prolétaires"

Écrit par : jean | 26/10/2005

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