21/10/2005

tiens mange...ça te ferra du bien...

 
Amiante, plomb, dioxine, ogm, nucléaire : ils nous avaient pourtant prévenus !

Patrick Piro

Dans l’Antiquité grecque, la princesse Cassandre prédisait la chute de Troie. Las, nul ne voulut l’écouter. Aujourd’hui, les modernes Cassandre sont chercheurs ou citoyens, ils tentent d’attirer notre attention sur les risques environnementaux et sanitaires, et crient longtemps dans le désert avant d’être éventuellement entendus. Voici quelques-uns des combats de ces « lanceurs d’alerte », comme les nomment les Anglo-Saxons. Et l’analyse d’André Cicolella, l’un d’entre eux, qui plaide pour une protection légale de cette démarche.

Les effets nocifs de la poussière d’amiante ont entraîné un examen microscopique de la poussière minérale par l’inspecteur médical du ministère de la Santé. La nature irrégulière des particules, s’apparentant à du verre coupant, a été clairement décelée, et, lorsque les particules s’élèvent dans une pièce et qu’elles restent en suspension, quelle que soit leur quantité, leurs effets se sont révélés nocifs, comme on pouvait s’y attendre. » Voilà des propos dénués de toute ambiguïté, émis par l’inspectrice du travail britannique Lucy Deane, et dont la validité est désormais notoire ­ en France, le mésothéliome (« cancer de l’amiante ») pourrait tuer 100 000 personnes d’ici à 2025.

Pour saisir toute la portée de ces quelques lignes, il faut savoir qu’elles ont été rédigées en... 1898 ! Cette démonstration, déjà quasi aboutie, du caractère hautement toxique des poussières d’amiante devra attendre un siècle exactement avant de trouver sa conclusion opératoire : l’interdiction, en 1998, de l’usage industriel de cet isolant thermique. En cent ans, les évidences se sont pourtant accumulées avec constance : soupçons de lien avec l’apparition de fibroses (1906), de cancers (1935), etc.

Les anglophones ont inventé un nom pour désigner les individus de la catégorie de Lucy Deane : whistleblowers ­ lanceurs d’alerte, en français, selon le terme forgé par Francis Chateauraynaud, sociologue à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Caractéristiques : obstinés, souvent seuls, ils s’époumonent en pure perte pendant des mois, voire des années, pour dénoncer un risque environnemental ou de santé publique, avant d’être enfin entendus ­ par les courants dominants de la science, les autorités, la société ­, et éventuellement reconnus pour leur contribution décisive et désintéressée à la prise de décision qui s’imposait. Ce sont souvent des chercheurs (toxicologues, épidémiologues, etc.), qui mettent le doigt sur des phénomènes insoupçonnés, mais aussi des citoyens concernés, relais d’opinion et agitateurs ­ rôle classique ­, mais aussi, de plus en plus souvent, acteurs pointus de l’expertise.

S’ils ont surgi historiquement dans les pays anglo-saxons, où les préoccupations de santé publique ont été précoces (Grande-Bretagne, Allemagne, etc.), les lanceurs d’alerte se manifestent aujourd’hui partout dans le monde industrialisé. En France, dans l’histoire récente, ils ont pour noms Henri Pézerat (amiante), André Cicolella (éthers de glycol toxiques des peintures, vernis, etc.), Annie Pfohl-Leszkowitcz (mycotoxines des aliments), Pierre Aubineau, Roger Santini ou les parents d’élèves de Saint-Cyr-l’École (pathologies des ondes de téléphonie mobile), Jean-François Viel (cancers de La Hague), Marc-Édouard Colin (pesticides et abeilles), les collectifs de riverains des incinérateurs d’ordures ménagères, la Criirad et l’épidémiologue bielorusse Youri Bandazhevsky (maladies post-Tchernobyl), les faucheurs volontaires et le biologiste hongrois Arpad Pusztaï (risques des OGM), Yves Cochet (climat) et bien d’autres encore (1).

Parce que la Corse est une île...

Denis Sieffert

SNCM, SNCF... il y a comme une ressemblance. Après tout, la Société nationale Corse-Méditérranée, c’est un peu la Société nationale des « chemins de mer ». Il ne s’agit pas là d’un simple jeu de mots. Parce que la Corse est une région insulaire appartenant, jusqu’à nouvel ordre, à la République, celle-ci a le devoir d’assurer entre l’île et le continent ce qu’on appelle la continuité territoriale. Exactement comme le fait la SNCF sur la terre ferme. C’est la même obligation de service public. Les questions de gestion ne sont certes pas négligeables. Et il n’y a nulle fatalité pour un service public à devenir un gouffre financier. Mais, en l’occurrence, c’est à une tout autre logique qu’il convient de faire appel. En cédant l’entreprise publique SNCM à des intérêts privés - sur la nature desquels nous reviendrons -, l’État abdique de sa mission la plus élémentaire. On nous a assez dit, depuis l’affaire Michelin jusqu’aux récents licenciements chez Hewlett-Packard, que l’État ne pouvait pas agir sur une entreprise privée. On ne peut manquer aujourd’hui de transposer ce discours sur l’actuel conflit de la SNCM. Pour être tout à fait clair, disons-le autrement : imaginons que demain ou dans quelques mois les armateurs de la Corsica Ferries décident d’aller faire naviguer leurs bateaux ailleurs, et que Walter Butler, heureux repreneur pour 35 millions d’euros d’un fonds de commerce évalué à 450, veuille réaliser sa plus-value en revendant ses navires et en liquidant l’entreprise. Oui, imaginons, que pour des intérêts qui nous sont en tout point étrangers, une entreprise privée et l’autre qui le serait devenue cessent en même temps leur activité. Il y a fort à parier que nous aurions alors droit au discours d’un Premier ministre qui déplorerait que la Corse ne soit plus desservie par voie maritime, implorerait, gesticulerait, pétitionnerait, tout en s’excusant de son impuissance. Car la privatisation, c’est d’abord cela : la démission de l’État, son abandon des leviers de commande, son renoncement à agir. L’affaire de la SNCM est politique.

Pour autant, la logique comptable n’est évidemment pas méprisable. Le déficit devenu abyssal de la SNCM ne peut être paré de vertus, même au nom du service public. Mais il n’est pas inutile d’en chercher l’origine. Il n’y a pas dans cette affaire qu’un État-patron incompétent et des syndicats supposés rigides et bornés. Il y a d’abord et avant tout le résultat d’une déréglementation organisée depuis treize ans au niveau européen, à l’égal de ce qui s’est fait dans le trafic aérien. Depuis les injonctions européennes à ouvrir ce secteur à la concurrence - c’était en 1992 - jusqu’à la résistible conquête du marché par une société privée dont la flotte bat pavillon italien et qui n’est pas astreinte aux règles sociales de sa rivale.

On a ici comme en caricature l’utilisation de la déréglementation européenne pour légitimer une offensive contre des acquis sociaux. Les juristes ont un vieil adage pour définir ce genre de procédés : ils ont coutume de dire que « nul ne saurait se prévaloir de sa propre turpitude ». C’est pourtant ce que font le gouvernement français et la Commission européenne, qui tirent aujourd’hui argument de leur politique désastreuse pour exercer un chantage au dépôt de bilan et à la privatisation. Car cette affaire vient de loin. Elle symbolise toute la dérive libérale de l’Europe. Et elle préfigure le sort à venir des services publics. Le rapprochement entre SNCM et SNCF n’est pas de simple consonance. Les chemins de fer sont engagés sur la même pente libérale (voir l’article de Michel Soudais p. 7). « Europe libérale », « destruction du service public », ça ne vous rappelle rien ? À nous, ces mots rappellent furieusement un certain débat du printemps dernier. Comme si le conflit de la SNCM était la spectaculaire illustration pratique des craintes qui ont été exprimées par une majorité de Français au sujet de la construction européenne. Il y faut ajouter un autre aspect : dans cette affaire, le métier du principal repreneur n’est pas non plus indifférent. M. Walter Butler, que l’on sache, ne se passionne pas exagérément pour la marine et les équipages. Il dirige un fonds d’investissement. Et il n’a qu’une obsession : enrichir ceux qui lui confient leurs économies, et quelquefois leurs fortunes. Il est là aujourd’hui ; mais, comme le furet, il sera ailleurs demain. Sa présence dans cette affaire en souligne encore le caractère symbolique. Il n’est pas un entrepreneur, au meilleur sens du mot, mais un faiseur d’argent. Ses clients ne sont ni les passagers, ni les marins de la SNCM, ni les commerçants corses ou ceux de la région Paca, ni même le gouvernement français. M. Butler ne fait que passer. Que le gouvernement lui confie une mission de service public témoigne de la folie de l’époque. Et des renoncements de la politique. Il n’est donc pas étonnant que cette histoire de licenciements, de démantèlement de service public et d’affaire juteuse pour un fonds d’investissement ait été au cœur de l’imposante mobilisation sociale de ce mardi.

Notre ami Bernard Langlois connaît actuellement quelques ennuis de santé. Nous espérons qu’il pourra très bientôt reprendre son bloc-notes.


10:41 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

quaeps pas encore lu l'article, mais jusqu'à présent tu nous évitais quand même les fautes d'orthographe dans le titre de tes articles, la faute sans doute à tes "aucun professeurs n'ont..."
lirai plus tard promis . attention au format, obligé de glisser pour lire .
bisous petite crotte .

Écrit par : jean | 21/10/2005

jean 1 comme je l'ai dit précédemment, plus le temps...je ne regarde plus ce que je tape, je met deux articles ensembles...et ça va continuer...
2 aucuns professeurs ne me dictent rien, jamais, mais par contre, j'ai trouvé une prof de morale qui connait cronin et qui faisait lire, il y a quelques années "les clés du royaume" à ses élèves...de troisième année...tu vois, c'est bien, tu progresses....
3 plus le temps, non plus, de répondre à tes âneries(et pourtant les dernières sont belles...), je me contenterais donc de poster des articles...libre à toi de les lire ou de les commenter...
en fait, Wouf sait lire le blog, mais pas envoyer de commentaires, c'est donc à son attention que je posterais certains articles...en anglais...
bisous couilles molles....

Écrit par : quaeps | 21/10/2005

quaeps 1. ah tu regardais avant .
2. c'est en troisième que je l'ai lu pour la première fois (pour être exact en vacances entre la 3eme et la 4eme) .
3.alors ça n'a aucun intérêt .
Si Wouf a besoin de toi pour comprendre ce qui se passe, il me déçoit BEAUCOUP (je le croyais intelligent) .

Écrit par : jean | 21/10/2005

jean wouf est TRES intelligent, c'est pour ça qu'il demande de l'aide aux bonnes personnes...et que je fais pareil...

Écrit par : quaeps | 22/10/2005

quaeps en prenant l'arbitrage du polit-buro de politis et membre fondateur d'Attac (tu sais cette association où quand tu arrêtes de payer ta cotisation on t'enlève de la liste des fondateurs), bref de l'objectivité sincère...

Écrit par : jean | 22/10/2005

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