29/09/2005

je sais, tu es piéton...

Issus des plantes, les biocarburants seraient « écologiques », « bons pour l’agriculture », « presque rentables ». Bref, une « alternative au pétrole ». Hélas, ce sont des idées fausses, qui entretiennent l’illusion d’une perspective face à la hausse du prix de l’essence et à la menace d’une pénurie. La seule solution, nous explique Yves Cochet, c’est la modification de nos modes de vie, vers plus de sobriété. Démontage en sept points de quelques entourloupes.

Et le miracle des biocarburants sera... Alors qu’ils étaient jusque-là considérés par le gouvernement avec le manque d’enthousiasme qui frappe les énergies renouvelables dans leur ensemble, les voici promus au rang de sauveurs du peuple durement frappé par les tarifs vertigineux des carburants automobiles. Plus propres, neutres quant à l’effet de serre, plus compétitifs, source d’indépendance énergétique accrue, ballon d’oxygène pour l’agriculture... Bref, n’hésitent pas à prophétiser avantageusement certains experts et syndicats agricoles, il est possible de faire de ces biocarburants, issus des plantes (voir ci-contre), le « pétrole vert » de la France.

Mi-septembre, le Premier ministre, Dominique de Villepin, annonçait une série de mesures comprenant d’importants engagements concernant les biocarburants. Ainsi, alors que leur fraction atteint péniblement 0,8 % des carburants consommés, la France ambitionne désormais de devancer ses obligations européennes pour atteindre 5,75 % dès 2008 (au lieu de 2010), puis 10 % dès 2015. Pour soutenir cette cadence, le Premier ministre a annoncé qu’un quota supplémentaire de 1,8 million de tonnes de biocarburants serait partiellement exonéré de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (Tipp) (1). Ce qui nécessitera la construction d’une douzaine de nouvelles unités de production, pour lesquelles l’appel d’offres sera lancé à la fin de l’année.

De quoi rendre l’optimisme à des Français inquiets, qui commencent à limiter l’usage de leur voiture pour réduire leurs frais ? On peut très sérieusement en douter. Voici sept assertions fausses, ou très partiellement correctes, sur lesquelles surfent divers groupes d’intérêt, gouvernement, lobbies agricoles, pétroliers, collectifs d’usagers d’automobiles, etc., pour défendre des intérêts catégoriels ou édulcorer à bon compte une vérité : la soudaine passion française pour les carburants de terroir a tout de la poudre aux yeux.

Ils sont le pétrole vert de demain

Comment y croire ? Les biocarburants font bien partie des solutions intéressantes pour contrecarrer la montée de l’effet de serre. Mais ils ne sauraient jouer qu’un rôle très modeste, et n’ont en aucun cas la capacité d’amortir la pénurie pétrolière annoncée.

Les objectifs affichés par le gouvernement s’arrêtent à 10 % de pénétration, et les projections les plus optimistes ne vont pas au-delà de 20 %. La raison : manger ou conduire, il faudra rapidement choisir. Pour atteindre le taux de pénétration de 10 %, il faudra y consacrer 10 % des superficies cultivables. À imaginer qu’elles soient intégralement dédiées à la production de biocarburants, elles ne couvriraient que la moitié des besoins des véhicules en France. Même à imaginer une croissance spectaculaire des rendements à l’hectare, l’utilisation de toutes les terres arables de la planète ne suffirait pas à pallier une disparition du pétrole.

Ensuite, les biocarburants demanderont encore une dizaine d’années de développement avant d’arriver à maturité. D’ici là, la moitié du pétrole consommé sur la planète devra avoir été extrait de réserves nouvelles. Autant dire que sans une diminution radicale de la consommation des véhicules, mais surtout du nombre de kilomètres parcourus avec des moteurs à explosion, la « victoire » des biocarburants sera vaine.

Ils deviennent compétitifs

Afin de favoriser leur compétitivité, l’essence et le gazole verts bénéficient de larges dégrèvements de la Tipp, qui vont de 0,33 euro par litre de diester à 0,37 euro par litre d’éthanol, quand la Tipp s’élève à 0,41 euro par litre de gazole et 0,589 par litre de super sans plomb.

Pour autant, le compte est loin d’y être, même si, avec le baril de pétrole à 65 dollars, certains biocarburants commencent à tirer leur épingle du jeu. Il faudrait attendre un baril à 100 dollars (ce qui est probable) pour qu’ils « menacent » le pétrole. Autre facteur adverse : l’euro fort ­ monnaie de facturation des biocarburants domestiques ­ les pénalise face à l’or noir, payé en dollars.

Leur rendement s’améliore

C’est vrai, et des progrès restent à accomplir, par exemple lorsque l’on saura utiliser l’intégralité d’une plante pour la transformer en biocarburant (aujourd’hui, environ 40 % de sa masse part en déchets ou en sous-produits agricoles ou industriels). Parviendra-t-on cependant à dépasser le seuil de rentabilité énergétique ? Des chercheurs étasuniens ont calculé que l’énergie dépensée par le processus de fabrication du bioéthanol était de 29 % supérieure à l’énergie contenue dans ce biocarburant !

Il existe bien une solution radicale, pour les moteurs diesels en tout cas : utiliser directement des huiles végétales pures (HVP) obtenues par simple pression de graines de colza ou de tournesol ­ investissement dérisoire ­, au lieu du diester vert qu’elles servent à fabriquer. Or, ces HVP ­ auxquelles Bruxelles a accordé le statut de carburants, recommandant leur défiscalisation afin d’en faciliter la pénétration sur le marché ­ peuvent sans inconvénient être utilisées directement en mélange dans le gazole (voire en substitution), comme c’est autorisé au Brésil ou aux États-Unis... mais pas en France (voir l’article sur Valénergol p. 16). Sauf ­ dérogation prévue par la prochaine loi d’orientation agricole ­ si c’est pour l’autoconsommation d’un agriculteur dans ses machines agricoles, et sur l’exploitation qui aura produit l’huile végétale !

Lire la suite dans Politis n° 869

(1) Ajoutées aux 500 000 tonnes potentiellement bénéficiaires aujourd’hui, et aux 800 000 tonnes prévues à l’horizon 2006-2007 par le gouvernement Raffarin en avril dernier.


11:54 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/09/2005

mon ami Vidal, pour un texte qui me fait penser à ce que tu m'a dit avant hier:" tu as vu les palestiniens comme ils ont brulé les synagogues dans la bande de gaza"...

L’expulsion des Palestiniens revisitée par les nouveaux historiens israéliens

Par Dominique Vidal*

* Rédacteur en chef adjoint du Monde diplomatique.

 “ La guerre d'indépendance de 1948 n'est pas achevée. ” Que signifie cette phrase qu’Ariel Sharon répète régulièrement depuis son élection, en février 2001 ? Quelle que soit l’interprétation qu’on en donne – et nous pourrons, si vous le voulez, en débattre tout à l’heure -, elle souligne en tous cas toute l’actualité du travail de ceux qu’on appelle les “ nouveaux historiens ” israéliens et qui ont révélé à leurs concitoyens ce qui s’était vraiment passé en 1948.

Je veux le dire d’emblée : certains considèrent le travail de ces historiens comme nuisible, parce qu’ils entacheraient l’image d’Israël. Je pense l’inverse : c’est l’honneur de la démocratie israélienne que d’avoir été capable de réviser l’histoire de ses origines et de celles du problème palestiniens. Comme c’est l’honneur de la démocratie française que d’avoir, non sans retard, réécrit l’histoire de ses pages noires, comme celles de l’Occupation ou – mais il reste beaucoup à faire - celles des guerres coloniales.

Mais venons-en à la première guerre judéo-palestinienne, puis israélo-arabe. Entre le plan de partage de la Palestine adopté par l’Assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947 et les armistices de 1949 consécutifs à la première guerre israélo-arabe, plusieurs centaines de milliers de Palestiniens ont dû quitter leurs foyers.

Pour les historiens palestiniens et arabes, il s’agit d’une expulsion. La majorité de ces 700 000 à 900 000 réfugiés ont été contraints au départ, au cours des affrontements judéo-palestiniens, puis de la guerre israélo-arabe, dans le cadre d’un plan politico-militaire jalonné de nombreux massacres ([1]).

Selon l’historiographie israélienne traditionnelle, au contraire, les réfugiés - 500 000 au maximum - sont partis volontairement, répondant aux appels des dirigeants arabes qui leur promettaient un retour rapide après la victoire. Non seulement les responsables juifs n’auraient pas planifié d’éviction, mais les rares massacres à déplorer - en premier lieu celui de Deir Yassine, le 9 avril 1948 - auraient été le fait des troupes extrémistes affiliées à l’Irgoun de Menahem Begin et au Lehi d’Itzhak Shamir.

Dès les années 1950, quelques personnalités israéliennes isolées contestaient cette thèse. Depuis la seconde moitié des années 1980, elles ont été rejointes dans leur critique par un certain nombre de journalistes et de chercheurs : Simha Flapan, Tom Segev, Avi Schlaïm, Ilan Pappé et surtout Benny Morris, qui, avec The Birth of the Palestinian Refugee Problem, a “ fondé ” la nouvelle histoire ([2]).

Avant d’aborder les thèses des “ nouveaux historiens ” concernant l’exode palestinien et d’en évoquer certaines limites, il importe de comprendre l’origine de leurs travaux. En fait, deux phénomènes se sont conjugués pour les stimuler. Le premier, c’est bien sûr l’ouverture, trente ans après, des archives israéliennes, publiques et privées, concernant cette période : les chercheurs y puisent l’essentiel de leurs sources. C’est d’ailleurs à la fois leur force et leur faiblesse : ils semblent ignorer presque entièrement les archives des Etats arabes, il est vrai peu accessibles, de même que la mémoire orale des Palestiniens, que malheureusement peu d’historiens, arabes compris, se sont attachés à recueillir. Or, comme le note à juste titre l’historien palestinien Nur Masalha, “ l’histoire et l’historiographie ne devraient pas nécessairement être écrites, exclusivement ou essentiellement, par les vainqueurs ([3]) ”. Mais la plongée dans les archives n’aurait sans doute pas été si fructueuse si les dix années suivant leur mise à disposition n’avaient pas été marquées par la guerre du Liban et le déclenchement de la première Intifada, qui accentuèrent, en Israël même, le clivage entre camp nationaliste et camp de la paix. Bref, les “ nouveaux historiens ” réécrivirent l’histoire des origines du problème palestinien alors même que celui-ci revenait au premier plan et appelait des solutions nouvelles - le 15 novembre 1988, le Conseil national palestinien, d’un même mouvement, proclamait l’Etat palestinien, reconnaissait l’Etat d’Israël et condamnait le terrorisme.

Dans un article de la Revue d’études palestiniennes ([4]), un des pionniers de cette “ nouvelle histoire ”, Ilan Pappé, mettait l’accent sur le rôle du dialogue israélo-palestinien engagé à l’époque, “ essentiellement mené, précisait-il, sous la conduite des universitaires. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est à la faveur de ce dialogue que la plupart des chercheurs israéliens travaillant sur l’histoire de leur pays et qui n’étaient pas liés aux groupes politiques radicaux ont pris connaissance de la version historique de leurs homologues palestiniens. Bon nombre d’entre eux se sont aperçus à l’occasion de cette rencontre de la réelle valeur de travaux universitaires jusque-là considérés comme de pure propagande. Certains chapitres déplaisants, voire choquants, de l’histoire israélienne ont été révélés. Mais, plus que tout, les chercheurs israéliens ont pris conscience de la contradiction fondamentale entre les ambitions nationales sionistes et leur mise en œuvre aux dépens de la population locale de Palestine ”.

Encore une précision : dans La nouvelle judéophobie, Pierre-André Taguieff affirme que les “ nouveaux historiens ” dont je fais état dans mon livre seraient tous des intellectuels d’extrême gauche. C’est ridicule. Le seul qui puisse être “ étiqueté ” ainsi est Ilan Pappé, qui ne cache pas ses sympathies pour les Parti communiste israélien. Mais il n’y en a aucun autre. Pionnier de ce courant, Benny Morris, qui a toujours affiché ses convictions sionistes, est de plus, ces dernières années, redevenu “ casher ” aux yeux de l’establishment : s’il n’a pas renié ses travaux historiques, il a beaucoup évolué politiquement, allant jusqu’à soutenir l’ex-gouvernement d’union nationale d’Ariel Sharon et à se prononcer explicitement pour un nouveau “ transfert ”…

Curieusement, jusqu’en 1998, aucun des ouvrages des “ nouveaux historiens ” sur la guerre de 1948 - les premiers sont pourtant parus depuis 12 ans - n’avait eu l’heur de plaire aux éditeurs français. C’est pourquoi j’ai décidé, avec mon confrère Joseph Algazy, journaliste au quotidien Haaretz, de pallier cet “ oubli ”. Synthétiser en quelques minutes des années de recherches historiques est une impossible gageure. Disons, pour nous en tenir à l’essentiel, que les “ nouveaux historiens ” ébranlent en particulier trois grandes thèses :

- La première, c’est la menace mortelle qui aurait pesé sur Israël à l’époque. Contrairement à l’image d’un frêle État juif à peine né et déjà confronté aux redoutables armées d’un puissant monde arabe, les “ nouveaux historiens ” établissent la supériorité croissante des forces israéliennes (en effectifs, armement, entraînement, coordination, motivation...) à la seule exception de la courte période qui va du 15 mai au 11 juin 1948.

Mais il y a plus. Israël dispose à l’époque d’une carte maîtresse, étudiée par Avi Shlaïm dans Collusion across the Jordan : l’accord tacite passé le 17 novembre 1947 (douze jours avant le plan de partage des Nations unies) par Golda Meïr avec le roi Abdallah de Transjordanie. La Légion, seule armée arabe digne ce nom, s’engageait à ne pas franchir les frontières du territoire alloué à l’État juif en échange de la possibilité d’annexer celui prévu pour l’État arabe.

Assuré, dès février 1948, du feu vert explicite du secrétaire au Foreign Office, Ernest Bevin, ce plan sera effectivement mis en œuvre. Comme le Haut comité arabe (palestinien) et l’ensemble des Etats arabes, la Transjordanie a rejeté le plan de partage de l’ONU. Si bien que la Légion arabe participe à la guerre à partir du 15 mai 1948. Mais elle ne pénètrera jamais en territoire israélien et ne prendra jamais l’initiative d’une bataille d’envergure - sauf à Jérusalem.

D’ailleurs, le schéma du 17 novembre 1947 se substituera bel et bien, à la fin des hostilités, au plan de partage du 29 : la Jordanie occupera et annexera la partie arabe de la Palestine, moins les zones conquises par Israël (qui a augmenté sa superficie d’un tiers) et la bande de Gaza occupée par l’Égypte...

- La deuxième thèse ébranlée concerne la volonté de paix qu’aurait manifestée Israël au lendemain de la guerre. Organisée par la Commission de conciliation sur la Palestine des Nations unies, la conférence de Lausanne a notamment été étudiée par Avi Shlaïm dans le livre déjà cité et par Ilan Pappé dans The Making of the Arab-Israeli Conflict. Ses conclusions contredisent largement la thèse traditionnelle.

Les archives montrent que, dans une première phase, Israël fait preuve d’ouverture : le 12 mai 1949, sa délégation ratifie, avec celles des Etats arabes, un protocole réaffirmant à la fois le plan de partage des Nations unies et le droit au retour des réfugiés. Mais, ce même 12 mai 1949, l’Etat juif est admis à l’ONU. Dès lors, confiera peu après Walter Eytan, codirecteur général du ministère israélien des Affaires étrangères, “ mon principal objectif était de commencer à saper le protocole du 12 mai, que nous avions été contraints de signer dans le cadre de notre bataille pour être admis aux Nations unies ([5]).  De fait, Lausanne finira dans l’impasse.. Et Eliahou Sasson, le chef de la délégation israélienne, confiera : “ Le facteur qui bloque, c’est aujourd’hui Israël. Par sa position et ses demandes actuelles, Israël rend la seconde partie de la Palestine inutilisable pour tout projet, sauf un - son annexion par un des États voisins, en l’occurrence la Transjordanie ([6]). ”

Particulièrement significative est la manière dont David Ben Gourion rejette l’offre étonnante du nouveau président syrien, Husni Zaïm, qui propose non seulement de faire la paix, mais aussi d’accueillir 200 000 à 300 000 réfugiés palestiniens. Le temps que Tel-Aviv prenne conscience de l’intérêt de la suggestion, il est trop tard : Zaïm est renversé par un coup d’État militaire...

- Mais le mythe plus sérieusement ébranlé concerne l’exode des Palestiniens. Résumons. Benny Morris le montre, les archives réfutent formellement la thèse de l’appel arabe à la fuite. “ Il n’existe pas de preuve attestant, écrit-il, que les États arabes et le Haut Comité arabe [HCA, palestinien] souhaitaient un exode de masse ou qu’ils aient publié une directive générale ou des appels invitant les Palestiniens à fuir leurs foyers (même si, dans certaines zones, les habitants de villages spécifiques ont reçu de commandants arabes ou du HCA l’ordre de partir, essentiellement pour des raisons stratégiques) ([7]). ”. Quant aux fameuses exhortations qu’auraient diffusées les radios arabes, on sait depuis l’étude de leurs programmes enregistrés par la BBC qu’il s’agit d’inventions pures et simples ([8]).

Certes, dans les semaines suivant le plan de partage, il y eut 70 000 à 80 000 départs volontaires, pour l’essentiel de riches propriétaires terriens et des membres de la bourgeoisie urbaine. Mais après ? Le premier bilan dressé par les Services de renseignement de la Hagana, daté du 30 juin 1948, estime à 391 000 le nombre de Palestiniens ayant déjà quitté le territoire alors aux mains d’Israël. “ Au moins 55 % du total de l’exode ont été causés par nos opérations ”, écrivent les experts, lesquels ajoutent les opérations des dissidents de l’Irgoun et du Lehi “ qui ont directement causé environ 15 % de l’émigration ” et les effets de la guerre psychologique de la Hagana : on arrive ainsi à 73 % de départs directement provoqués par les Israéliens. Dans 22 % de cas, le rapport met en cause les “ peurs ” et la “ crise de confiance ” répandues dans la population palestinienne. Quant aux appels arabes locaux à la fuite, ils n’entrent en ligne de compte que dans 5 % des cas....

A partir de la reprise des combats, en juillet 1948, la volonté d’expulsion ne fait plus le moindre doute. Un symbole : l’opération de Lydda et de Ramleh, le 12 juillet 1948. “ Expulsez-les ! ” a dit David Ben Gourion à Igal Allon et Itzhak Rabin. De fait, la violente répression (250 morts,) est suivie de l’évacuation forcée, accompagnée d’exécutions sommaires, de quelque 70 000 civils palestiniens - soit près de 10 % de l’exode total de 1947-1949 ! Des scénarios similaires seront mis en œuvre jusqu’à la fin 1948 au Nord (la Galilée) au Sud (la plaine côtière et le Néguev)…

Ces Palestiniens qu’on expulse, on confisque en même temps leurs biens, grâce à la loi sur les  propriétés abandonnées ”, votée en décembre 1948. Israël mettra ainsi la main sur 73 000 pièces d’habitation dans des maisons abandonnées, 7 800 boutiques, ateliers et entrepôts, 5 millions de livres palestiniennes sur des comptes en banque et - surtout - 300 000 hectares de terres ([9]). Au total, plus de 400 villes et villages arabes disparaîtront ou deviendront juifs.

Dans 1948 and After, Benny Morris revient plus longuement sur le rôle joué par Yosef Weitz, alors directeur du département foncier du Fonds national juif ([10]). Dans son Journal, le 20 décembre 1940, ce militant aux convictions tranchées confiait sans détours : “ Il doit être clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays (...) et la seule solution, c’est la Terre d’Israël sans Arabes (...) Il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins (...) Pas un village ne doit rester, pas une tribu bédouine. ”

Ce programme radical, sept ans plus tard, Yosef Weitz va pouvoir l’appliquer lui-même. Dès avril 1948, il obtient la constitution d’“ un organisme qui dirige la guerre avec pour but l’éviction d’autant d’Arabes que possible ”. Informel jusqu’à fin juin, officiel ensuite, le “ Comité du transfert ” supervise la destruction des villages arabes abandonnés ou leur repeuplement par de nouveaux immigrants juifs.

Encore un aspect, qui revêt, avec l’action d’aujourd’hui des colons en Cisjordanie, une certaine actualité: les moissons, sur lesquelles Benny Morris revient en détail dans 1948 and After ([11]). Début mai, atteste l’historien, ordre est donné aux agriculteurs juifs de reprendre la culture des terres appartenant à des réfugiés. Suit un autre en juin : les soldats israéliens peuvent tirer sur les Palestiniens tentant de revenir sur leurs terres pour moissonner. Symboliquement et matériellement, il revient donc à Israël d’engranger le produit des semailles palestiniennes. Pire : si les Israéliens n’en ont pas les moyens, les cultures doivent être détruites ! Conclusion de Benny Morris : “ La moisson des champs arabes au début de l’été 1948 devint ainsi une étape majeure dans le processus d’acquisition par les juifs et d’expropriation des terres arabes palestiniennes abandonnées. ”

Bref, quand David Ben Gourion, le 16 juin 1948, déclare au Conseil des ministres vouloir éviter “ à tout prix ” le retour des réfugiés, il s’agit, non d’une phrase en l’air, mais d’un programme politique très concret...

Le débat le plus vif porte sur la nature de la politique arabe du Yichouv et de ses forces armées durant les six premiers mois de 1948. Dans son premier livre, Benny Morris s’en tenait à une thèse “ centriste ” : “ Le problème palestinien est né de la guerre, et non d’une intention, juive ou arabe ([12]). Il a nuancé cette appréciation dans son deuxième livre, 1948, en définissant le transfert comme “ un processus cumulatif, aux causes enchevêtrées, mais [avec] un déclencheur majeur, un coup de grâce [en français dans le texte], en forme d’assaut de la Hagana, de l’Irgoun ou des Forces de défense d’Israël dans chaque localité ([13]) ”. Benny Morris récuse cependant l’affirmation arabe de l’existence d’un plan d’expulsion et tend à disculper David Ben Gourion ?. Ce faisant, notons néanmoins qu’il contredit nombre d’éléments que lui-même rapporte :

- Benny Morris souligne en effet l’engagement de longue date de Ben Gourion en faveur du projet de “ transfert ” (suggéré, en 1937, par la Commission britannique Peel). Il nous apprend de surcroît, archives à l’appui, que les textes du mouvement sioniste comme les Journaux de ses dirigeants ont été systématiquement expurgés pour gommer toute allusion à ce “ transfert ”.

- Benny Morris décrit en permanence Ben Gourion menant d’une main de fer l’entreprise d’expulsion des Arabes et de confiscation de leurs biens et insiste également sur ce qu’il appelle le “ facteur atrocité ”. L’historien montre en effet que, loin de représenter une “ bavure ” extrémiste, le massacre de Deir Yassine a été précédé et suivi de nombreux autres commis par la Hagana, puis par Tsahal, de la fin 1947 à la fin 1948.

- Dans le livre collectif La guerre de Palestine, qui vient de paraître en français ([14]), Benny Morris évoque les archives devenues récemment accessibles : “ Les nouveaux documents  ont révélé des atrocités dont je n’avais pas eu connaissance quand j’ai écrit The Bith (…) Ces atrocités sont importantes pour qui veut comprendre pourquoi les diverses phases de l’exode arabe se sont précipitées ”.

- S’agissant du plan Dalet, mis en œuvre à partir de la fin mars 1948, Benny Morris hésite. A la page 62 de The Birth, il estime que “ le plan D n’était pas un plan politique d’expulsion des Arabes de Palestine ”. Mais, page 64, il écrit : “ A partir du début avril, il y a des traces claires d’une politique d’expulsion à la fois au niveau national et local en ce qui concerne certains districts et localités stratégiques-clés. 

Et pourtant, dans sa contribution à La Guerre de Palestine, Benny Morris va beaucoup plus loin : “ A n’en pas douter, la cristallisation du consensus en faveur du transfert chez les dirigeants sionistes a permis de préparer l’accélération de l’exode palestinien en 1948. De la même façon, une partie encore plus importante de cet exode a été déclenchée par des actes et des ordres d’expulsion explicites provenant de troupes israéliennes, bien davantage que cela n’était indiqué dans The Birth ([15]). ”

Le fait que les archives n’aient pas révélé de directive globale dans ce sens ne suffit pas à nier le phénomène et les responsabilités de la direction du Yichouv. Encore faut-il mesurer que cette dernière s’est appuyée sur un consensus extrêmement solide au sein de son appareil politique et militaire.

Résumons : moins de trois ans après la libération des camps d’extermination, l’immense majorité des juifs de Palestine considèrent qu’ils poursuivent le combat pour la survie. D’autant qu’ils vivent le refus arabe du partage comme une nouvelle menace pour leur existence, et ignorent le caractère favorable des rapports de force. Ne l’oublions pas : près d’un combattant juif sur deux est, à l’époque, un survivant de la Shoah. Après une phase défensive, ils passeront donc sans état d’âme à l’offensive, pour atteindre l’objectif qui se trouvait depuis si longtemps, bi-nationalistes mis à part, au cœur du mouvement sioniste : un Etat juif aussi grand et homogène que possible.

Comme l’écrit Benny Morris, “ Ben Gourion voulait clairement que le moins d’Arabes possible demeurent dans l’État juif. Il espérait les voir partir. Il l’a dit à ses collègues et assistants dans des réunions en août, septembre et octobre. Mais (...) Ben Gourion s’est toujours abstenu d’émettre des ordres d’expulsion clairs ou écrits ; il préférait que ses généraux “comprennent” ce qu’il souhaitait les voir faire. Il entendait éviter d’être rabaissé dans l’histoire au rang de “grand expulseur” et ne voulait pas que le gouvernement israélien soit impliqué dans une politique moralement discutable ([16]). ”

Un dernier mot à propos des enjeux actuels de ce débat historique. La postface rédigée par mon confrère Joseph Algazy éclaire, je crois, l’insertion des “ nouveaux historiens ” dans un mouvement qui va bien au-delà : la recherche ce qu’on appelle “ post-sionisme ”. Pour résumer, Israël doit-il en rester au sionisme traditionnel, et notamment s’attacher à demeurer un État juif ? Ou bien doit-il se doter d’une identité nouvelle, et en premier lieu devenir l’État de tous ses citoyens ? Inutile de souligner combien cette bataille est inséparable de celle qui oppose camp de la paix et camp nationaliste...

Mais la connaissance et la reconnaissance des conditions de cette double naissance - celle d’Israël et celle du problème des réfugiés palestiniens - est surtout au cœur de l’éventuelle réconciliation entre les peuples. La paix entre eux passe évidemment, à mes yeux, par la création d’un État palestinien souverain. Mais la réconciliation exige beaucoup plus : que toutes les parties au conflit assument leur histoire.

L’article qu’Edward Saïd a donné, au mois d’août 1998, au Monde diplomatique mérite, de ce point de vue, d’être relu avec la plus grande attention. Dans cette réponse à ses amis arabes fascinés par Roger Garaudy, le grand intellectuel palestinien écrit notamment : “ La thèse selon laquelle l’Holocauste ne serait qu’une fabrication des sionistes circule ici et là de manière inacceptable. Pourquoi attendons-nous du monde entier qu’il prenne conscience de nos souffrances en tant qu’Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre conscience de celles des autres, quand bien même il s’agit de nos oppresseurs, et si nous nous avérons incapables de traiter avec les faits dès lors qu’ils dérangent la vision simpliste d’intellectuels “ bien-pensants ” qui refusent de voir le lien qui existe entre l’Holocauste et Israël. ”

“ Dire que nous devons prendre conscience de la réalité de l’Holocauste – poursuit Saïd -  ne signifie aucunement accepter l’idée selon laquelle l’Holocauste excuse le sionisme du mal fait aux Palestiniens. Au contraire, reconnaître l’histoire de l’Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous rend crédibles pour ce qui est de notre propre histoire ; cela nous permet de demander aux Israéliens et aux juifs d’établir un lien entre l’Holocauste et les injustices sionistes imposées aux Palestiniens. ([17])! ”

Reste à préciser jusqu’à quel point les travaux des “ nouveaux historiens ” ont pénétré leur société. De prime abord, ils ont surtout choqué nombre de leurs concitoyens. Et pour cause : ce n’est sur une page d’histoire parmi d’autres qu’ils ont contribué à rétablir la vérité. Non, ce qui a été mis à nu, c’est bel et bien le “ péché originel ” d’Israël – pour reprendre l’accusation lancée par l’historien “ orthodoxe ” Shabtai Teveth contre Benny Morris. Le droit des survivants du génocide hitlérien à vivre en sécurité dans un Etat devait-il exclure celui des filles et fils de la Palestine à vivre, eux aussi, en paix dans leur Etat ? La réponse à cette question concerne le passé, bien sûr, mais aussi le présent. Car l’injustice commise ne peut-être réparée qu’en réalisant, avec un demi-siècle de retard, le droit des Palestiniens à une patrie.

Plus que les querelles de spécialistes, cet enjeu explique pourquoi le contre-feu s’organise, dès le début des années 1980. À peine les premiers articles de Benny Morris parus, ils suscitent une polémique, qui ne cessera pas. À l’origine de ces brûlots, on trouve d’“ anciens historiens ”, qui campent sur leurs positions de l’époque, s’accrochant au caractère soi-disant volontaire de l’exil des Palestiniens et niant toute responsabilité des dirigeants du Yichouv, puis d’Israël. Tel ou tel pan de la version orthodoxe sera défendu, à des degrés divers, par Shabtaï Teveth, mais également par de plus jeunes spécialistes, comme Anita Shapira, Avraham Sela, Itamar Rabinovich ou Efraïm Karsh.

Parallèlement à ce débat d’idées, les coups bas ne manquent pas. Ainsi ses œuvres vaudront à Benny Morris de perdre son poste de journaliste au Jerusalem Post. Et il lui faudra douze ans pour décrocher un poste universitaire, en l’occurrence à l’université David Ben Gourion de Beersheva. Mais les descendants du père fondateur exigeront – en vain – du recteur de ladite université qu’il licencie Benny Morris ou modifie le nom de son université ! L’intéressé, on l’a vu, a évolué depuis.

C’est qu’entre-temps, l’affrontement autour des thèses des “ nouveaux historiens ” a pris un caractère public. Après avoir été cantonné aux publications spécialisées, le plus souvent confidentielles, le débat a gagné les journaux, et notamment dans le quotidien Haaretz. Il est alimenté par la parution de plusieurs livres – à l’époque en anglais, soulignons-le : les premières traductions en hébreu n’apparaîtront qu’au début des années 1990.

Avec le cinquantième anniversaire de l’Etat d’Israël, en avril-mai 1998, c’est l’apogée : même la très conformiste série télévisée Tekuma (Renaissance), consacrée à l’histoire d’Israël, fait brièvement état, dans son émission sur 1948, de l’expulsion par Israël des civils palestiniens – avec des images inédites qui frapperont évidemment ses centaines de milliers de téléspectateurs…

Désormais, les thèses des “ nouveaux historiens ”, si elles restent sans doute minoritaires, apparaissent incontournables : impossible de les ignorer. A preuve le nouveau manuel d’histoire d’Eyal Nave, publié à la rentrée de 1999. Tout en préservant, sur l’essentiel, la vision traditionnelle de la première guerre israélo-arabe, cet ouvrage n’en signale pas moins que le rapport de forces, à l’époque, était très favorable aux armées juives, et que celles-ci ont bien chassé nombre de Palestiniens.

Moins médiatisé, mais plus significatif encore est le livre intitulé La lutte pour la sécurité d'Israël ([18]). Ses auteurs - un groupe de chercheurs issus des services de renseignement de l’armée, qui ont eu le privilège d'accéder à des documents couverts par la loi sur les secrets officiels - n'hésitent pas à égorger quelques-unes des vaches sacrées du pays. Ainsi, le livre ne souscrit pas à la thèse officielle selon laquelle les forces armées d'Israël étaient, en 1948, très inférieures à celles des armées arabes - selon les auteurs, Tsahal avait 32 000 combattants contre 32 500 pour l'ensemble des forces arabes, néanmoins mieux armées - et reconnaît que le départ des Palestiniens n'a pas été volontaire.

L’arrivée au pouvoir d’Ariel Sharon et de son gouvernement a évidemment entraîné un net raidissement. Une des premières décisions de la nouvelle ministre de l’Éducation du gouvernement Sharon Pérès, Limor Livnat, a été de supprimer le manuel d’Eyal Navé. Et Ilan Pappé ait été convoqué au printemps 2002 par le doyen de l’Université de Haïfa, où il enseigne, à une sorte de procès au terme duquel il risquait d’être exclu. Son crime ? Avoir appuyé Theodor Katz, dont la thèse démontre que l’armée israélienne a perpétré un massacre dans le village de Tantura, le 22 mai 1948. Devant la levée de boucliers nationale et internationale, le doyen a dû reculer. Mais nombre d’universitaires redoutent que l’extrême droite ne tente d’imposer une sorte de maccarthysme…

C’est dire combien la droite et l’extrême droite redoutent l’influence qu’exercent désormais les “ nouveaux historiens ”. La percée de ceux-ci ne signifie cependant pas que, dans son immense majorité, la société israélienne ait répondu aux questions que lui pose son histoire. Sur l’essentiel, je crois qu’elle reste indécise : favorable à la paix, elle hésite à en payer le prix ; hostile à l’oppression religieuse, elle n’est pas pour autant prête à la séparation de la synagogue et de l’Etat ; rétive aux discriminations, elle envisage pourtant de retirer leur droit de vote aux citoyens arabes…

Faute de mesurer cette valse-hésitation structurelle, on ne saurait d’ailleurs comprendre la schizophrénie conjoncturelle qui caractérise ces dernières mois l’opinion israélienne – et, paradoxalement, il en va de même de l’opinion palestinienne. Comme l’écrivait avec humour le pacifiste Uri Avnery, Israël est le seul pays au monde à compter deux fois plus d’habitants que les statistiques ne l’indiquent. Et pour cause : à en croire les sondages, 100% des Israéliens - ou presque - soutiennent Ariel Sharon dans sa politique antiterroriste, mais 100 % des Israéliens - ou presque - se prononcent pour une paix fondée sur le retrait des colons et des soldats des Territoires occupés et la création d’un Etat palestinien… A l’exagération près, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Autrement dit, de part et d’autre, entre aspirer à la paix et être prêt à en payer le prix, il existe encore un fossé. Dans lequel, depuis deux ans, 2 029 Palestiniens et 678 Israéliens sont morts…

Merci de votre attention.

 



([1]) C’est notamment la thèse défendue, dès 1961, par Walid Khalidi (Middle East Forum, novembre 1961, republié avec un nouveau commentaire par le Journal of Palestine Studies, vol. XVIII, n° 69, 1988) et, plus récemment, par Elias Sanbar (Les livres de la Revue d’études palestiniennes, Paris, 1984).


([2]) Leurs livres les plus importants sont : Simha Flapan, The Birth of Israel, Myth and Realities, Pantheon Books, New York, 1987 ; Tom Segev, 1949. The First Israelis, Free Press MacMillan, New York Londres, 1986 ; Avi Schlaïm, Collusion across the Jordan. King Abdallah, the Zionist Movement and the Partition of Palestine, Clarendon Press, Oxford, 1988 ; Ilan Pappé, Britain and the Arab-Israeli Conflict, 1948-1951, MacMillan, New York, 1988, et The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, I. B. Tauris, New York, 1992 ; et Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, Cambridge University Press, Cambridge, 1987, et 1948 and After. Israel and the Palestinians, Clarendon Press, Oxford, 1990.


([3]) Nur Masalha, “ 1948 and After revisited ”, Journal of Palestine Studies 96, vol. XXIV, n° 4, été 1995.


([4]) Ilan Pappé, “ La critique post-sioniste en Israël ” La Revue d’études palestiniennes, n° 12, été 1997.  


([5]) Ilan Pappé, The Making, op. cit., p. 212.


([6]) Cité par Avi Shlaïm, Collusion...., op. cit., p. 474-475.


([7])The Birth..., op. cit, p. 129.


([8]) Voir Erskine Childers, “ The Other Exodus ”, The Spectator Magazine, Londres, 12 mai 1961, cité par Nadine Picaudou, Les Palestiniens, un siècle d’histoire, Éditions Complexe, Bruxelles, 1997, p. 115.


([9]) Cité par Simha Flapan, op. cit., p. 107.


([10]) Benny Morris,1948…, op. cit., chapitre 4.


([11]) 1948..., op. cit, chapitre 6.


([12]) Benny Morris, The Birth..., op. cit., p. 286.


([13]) Benny Morris, 1948..., op. cit., p. 32.


([14]) Eugene L. Rogan et Avi Shlaim, La Guerre de Palestine. Derrière le mythe 1948, Autrement, Paris, 2002, pp. 38 à 65.


([15]) Op. cit., p. 64.


([16]) Benny Morris, The Birth..., op. cit., pp. 292-293.


([17]) Edward Saïd, “ Israël-Palestine : pour une troisième voie ”, Le Monde diplomatique, août 1998.


([18]) Colonel (de réserve) Benny Michalson, lieutenant-colonel (de réserve) Abraham Zohar et lieutenant-colonel (de réserve) Eppi Meltser, La Lutte pour la sécurité d'Israël (en hébreu), édité par l'Association israélienne d'histoire militaire, filiale de l'université de Tel-Aviv, avec la collaboration du département d'histoire de l'armée israélienne, 1999, 324 pages, 169 shekels.

 




21:45 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

et encore un ss...ami de Said...ami de...

CR: You're in New York because of our mutual friend, Edward Said, who passed away a month ago?

NC: Yes.

CR: Tell me, what would you most want to say to him?

NC: Edward and I were close friends for years. We had a lot of mutual interests. We've…

CR: Would that be culture, music, politics…

NC: Culture, politics. Mainly political interests, including his prime concern and mine, the Middle East, and much broader questions of justice, freedom and oppression, which he was much involved in. And our paths often crossed. We were close personal friends. And he began arranging, it must have been around twenty, twenty-five years ago, meetings between high officials in the Palestine Liberation Organization when they were visiting New York, meetings with friends of his who were sympathetic to the Palestinians. These were critical for the PLO to get constructive discussions going, and I was involved in some of those meetings.

NC: Noam Chomsky


15:46 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

encore un nazi...qui admire Israel Shamir...

Israël-Palestine, une troisième voie




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La décision prise, cet été, par le gouvernement israélien d’accélérer la judaïsation de Jérusalem-Est confirme l’échec des accords d’Oslo. Cette impasse ravive le débat entre intellectuels arabes sur les responsabilités qui leur incombent. Ainsi nombre d’entre eux - à de très rares et courageuses exceptions près - saluent en Roger Garaudy, dont souvent ils ne connaissent pas les derniers livres, un défenseur de l’islam victime de la censure occidentale. Très critique envers ce dernier ainsi qu’à l’égard de ses partisans arabes, notamment égyptiens, Edward W. Saïd revient ici sur la question de l’engagement moral et politique de l’intellectuel arabe ou israélien.

Par Edward W. Said
Décédé le 25 septembre 2003, Edward W. Said était professeur de littérature comparée à l’université Columbia (Etats-Unis), auteur notamment de Culture et impérialisme, Fayard-Le Monde diplomatique, Paris, 2000. Il a publié son autobiographie, A Contrevoix, au Serpent à plumes (Paris) en 2002.




MAINTENANT qu’Oslo s’est révélé foncièrement inopérant et impraticable, il serait pour le moins souhaitable que les défenseurs arabes, israéliens et autres de cet accord se décident à faire un effort de clarté. Un certain nombre de points préliminaires semblent s’imposer à cet égard ; pour commencer, que le terme de « paix » est un mot désormais discrédité, voire frauduleux, dont l’usage a montré qu’il ne constitue aucune garantie contre l’avènement de nouvelles entreprises de répression et de destruction à l’encontre du peuple palestinien. Comment peut-on décemment continuer à parler de « paix » alors qu’Israël ne cesse, à force de pouvoir et d’arrogance, de démolir, d’interdire, de confisquer les terres, de procéder à des arrestations et de pratiquer la torture (1) ?

L’historien romain Tacite disait de la conquête de l’Angleterre qu’ « ils [les soldats romains] avaient créé la désolation et lui avaient donné le nom de paix ». C’est très exactement ce qui se passe aujourd’hui dans les territoires occupés, et ce avec la collaboration de l’Autorité palestinienne, des Etats arabes (à peu d’exceptions près), d’Israël et des Etats-Unis.

Il est, d’autre part, inutile et vain de penser que l’on peut sortir de l’impasse par un retour au passé. Nous ne pouvons ni revenir aux jours d’avant la guerre de 1967 ni accepter le recours à des slogans de rejet et de ségrégation, prétendument inspirés de l’âge d’or de l’islam. Comme le disent aussi bien Israël Shahak (2) qu’Azmi Bishara (3), il faut, pour défaire l’injustice, créer davantage de justice et non pas de nouvelles formes de surenchère du type : « Ils ont un Etat juif, nous voulons un Etat islamique. » Sans compter qu’il est stupide de vouloir imposer un boycottage à tout ce qui est israélien (mode de pensée actuellement en vogue dans plus d’un cercle d’intellectuels progressistes arabes), et de prétendre que c’est là que se trouve la vraie voie du nationalisme.

Et le million de Palestiniens qui sont citoyens israéliens, faut-il aussi les boycotter, comme ce fut le cas dans les années 50 ? Et les Israéliens qui appuient notre combat, faut-il qu’ils soient boycottés parce qu’ils sont israéliens ? Une telle attitude équivaut à nier le triomphe du peuple sud-africain sur l’apartheid et à faire fi de toutes les victoires de la justice dues à la coopération politique non violente entre gens de même opinion situés des deux côtés d’une frontière mobile. Comme je l’ai écrit récemment (4), nous ne pouvons gagner cette bataille en souhaitant que les juifs s’en aillent ou en prônant l’islamisation : nous avons besoin de ceux qui de l’autre côté de la frontière sont partisans de notre lutte. Nous nous devons de franchir cette ligne de séparation que les accords d’Oslo ont, entre autres, consacrée et qui maintient une situation d’apartheid entre juifs et Arabes en Palestine. La franchir et non pas la renforcer.

Enfin, et ce point est sans doute le plus important, il y a une différence majeure entre un comportement politique et un comportement intellectuel. Le rôle de l’intellectuel est de dire aussi pleinement, aussi honnêtement et aussi directement que possible la vérité. Cela implique qu’il ne se soucie ni de plaire ou déplaire au pouvoir, ni de s’inscrire dans la logique d’un gouvernement, ni de répondre à un intérêt de carrière. Le comportement politique repose, en revanche, sur des considérations d’intérêts et de maintien de pouvoir. Il est évident, à cet égard, que la poursuite de la voie tracée par les accords d’Oslo place les Etats arabes, l’Autorité palestinienne ainsi que le gouvernement israélien dans une position strictement politique et non pas intellectuelle.

Prenez, par exemple, la déclaration conjointe des Egyptiens (Société du Caire pour la paix) et des Israéliens (La Paix maintenant) (5), retirez- en les phrases redondantes sur la « paix » et constatez le résultat : vous avez là non seulement un endossement d’Oslo, mais aussi un retour à l’esprit des accords de Camp David entre Anouar El Sadate et Menahem Begin à la fin des années 70, ici décrits comme un modèle de courage, d’une importance décisive. Tout cela est très bien, à cela près que l’on est tout de même en droit de se demander ce qu’il en est des Palestiniens dans cette affaire. Ni la question de leur autodétermination ni celle de leur territoire ne sont mentionnées dans ce fameux « modèle de courage » que sont les accords de Camp David.

Que penserait-on si une poignée d’Israéliens et de Palestiniens formulaient ensemble de vibrantes proclamations de paix israélo-syriennes en lieu et place de ces deux gouvernements ? Au nom de quoi deux parties, l’une étant l’oppresseur des Palestiniens et l’autre s’arrogeant le droit de parler pour eux, seraient-elles habilitées à concevoir l’issue d’un conflit qui ne les oppose pas directement ? Sans compter que, s’il devait s’agir d’en appeler à l’actuel gouvernement israélien, cela équivaudrait à demander au comte Dracula de nous vanter les vertus du régime végétarien ! Bref, un tel comportement politique ne fait qu’abonder dans le sens d’un processus agonisant, celui d’Oslo, et hypothèque les chances d’une vraie paix, en opposition à la paix frauduleuse américano-israélienne. Néanmoins, il est intellectuellement irresponsable de revenir au confort de l’esprit de boycottage qui se répand actuellement dans un certain nombre de pays arabes. Cette sorte de tactique (pas plus maligne que l’entêtement d’une huître à chercher son chemin dans le sable) constitue une pure régression.

Israël n’est ni l’Afrique du Sud, ni l’Algérie, ni le Vietnam. Et, que cela nous plaise ou non, les juifs ne sont pas des colonialistes ordinaires. Oui, ils ont souffert de l’Holocauste, oui, nombre d’entre eux sont victimes d’antisémitisme. Non, ces faits ne leur donnent pas le droit d’exercer ou de poursuivre une politique de dépossession à l’encontre d’un peuple qui ne porte aucune responsabilité dans l’histoire de leurs malheurs. Je le dis et le répète depuis vingt ans : nous n’avons pas d’option militaire dans ce conflit et n’en aurons pas de sitôt. D’ailleurs, en dépit de leur énorme pouvoir, les Israéliens n’ont pas réussi, de leur côté, à obtenir la sécurité qu’ils souhaitaient. Il ne faut pas oublier non plus que les Israéliens ne sont pas tous les mêmes, et que nous nous devons, quoi qu’il arrive, d’apprendre à vivre avec eux de la manière la moins injuste ou, mieux encore, la plus juste possible.

La troisième voie dont je parle se démarque aussi bien de la faillite d’Oslo que des politiques rétrogrades de boycottage. Elle nécessite, tout d’abord, d’être conçue en termes de citoyenneté et non de nationalisme, dans la mesure où la notion de séparation (Oslo) et d’un nationalisme théocratique triomphaliste, qu’il soit juif ou musulman, ne répond ni ne traite des réalités qui nous attendent. Ce concept de citoyenneté implique que tout individu bénéficie d’un même droit, fondé non sur la race ou la religion, mais sur une égalité de justice garantie par la Constitution, concept inconciliable avec la notion largement dépassée d’une Palestine « purifiée » de ses « ennemis ». Qu’elle soit pratiquée par les Serbes, par les sionistes ou par le Hamas, la purification ethnique est la purificationethnique.

La position qu’Azmi Bishara et plus d’un juif israélien - tel Ilan Pappé (6) - tentent à présent de faire entendre et de promouvoir politiquement est une position qui accorde les mêmes droits aux juifs et aux Palestiniens qui se trouvent au sein de l’Etat juif. Et on ne voit pas pourquoi ce même principe d’égalité ne serait pas applicable dans les territoires occupés, où les Palestiniens et les juifs israéliens vivent côte à côte, sachant qu’à l’heure actuelle un peuple - les juifs israéliens - domine l’autre. Le choix est clair : c’est soit l’apartheid, soit la justice et la citoyenneté.

Le véritable enjeu se pose ici en termes de clarté et de courage intellectuels, un enjeu qui consiste à combattre toute discrimination raciale, d’où qu’elle vienne. Or il s’insinue, à l’heure actuelle, dans le discours et la pensée politiques d’un certain nombre d’intellectuels arabes une mauvaise vague d’antisémitisme rampant et d’hypocrite vertu. Une chose doit être claire : nous ne combattons pas les injustices du sionisme pour les remplacer par un nationalisme odieux (religieux ou civil) qui décréterait les Arabes de Palestine plus égaux que d’autres. L’histoire du monde arabe moderne, avec son cortège d’échecs politiques, de violations des droits humains, d’incroyables incompétences militaires, de baisses de production (le tout accompagné du fait que, plus qu’aucun autre peuple moderne, nous reculons au lieu d’avancer en matière de démocratie, de technologie et de sciences), cette histoire est déformée par toutes sortes de poncifs et d’idées indéfendables qui vont, notamment, jusqu’à mettre en doute la réalité de l’Holocauste et la souffrance du peuple juif.

La thèse selon laquelle l’Holocauste ne serait qu’une fabrication des sionistes circule ici et là de manière inacceptable. Pourquoi attendons-nous du monde entier qu’il prenne conscience de nos souffrances en tant qu’Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre conscience de celles des autres, quand bien même il s’agit de nos oppresseurs, et si nous nous révélons incapables de traiter avec les faits dès lors qu’ils dérangent la vision simpliste d’intellectuels bien-pensants qui refusent de voir le lien qui existe entre l’Holocauste et Israël. Dire que nous devons prendre conscience de la réalité de l’Holocauste ne signifie aucunement accepter l’idée selon laquelle l’Holocauste excuse le sionisme du mal fait aux Palestiniens. Au contraire, reconnaître l’histoire de l’Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous rend crédibles pour ce qui est de notre propre histoire ; cela nous permet de demander aux Israéliens et aux juifs d’établir un lien entre l’Holocauste et les injustices sionistes imposées aux Palestiniens, établir un lien et du même coup le mettre en cause pour ce qu’il recouvre d’hypocrisie et de déviation morale.

Abonder dans le sens de Roger Garaudy et de ses amis négationnistes au nom de la liberté d’expression est une ruse imbécile qui ne fait que nous discréditer davantage aux yeux du monde. C’est une preuve de méconnaissance fondamentale de l’histoire du monde dans lequel nous vivons, un signe d’incompétence et d’échec à mener une bataille digne. Pourquoi ne combattons-nous pas plus durement en faveur de la liberté d’expression dans nos propres sociétés, une liberté dont tout le monde sait qu’elle existe à peine ? Les mesures d’oppression et de censure de la presse et de l’opinion publique sont tout de même autrement plus inquiétantes dans le monde arabe qu’en France ! Pourquoi ne pas concentrer nos efforts à les combattre plutôt que de s’exciter à défendre M. Garaudy et à se fourvoyer au point que certains, et parmi eux des intellectuels de renom, n’hésitent pas à ériger cet homme en Zola !

Des pays tels que l’Egypte et le Liban comptent respectivement 130 000 et 400 000 réfugiés palestiniens de 1948. Et voilà cinquante ans que ces derniers n’ont pas droit, pour la plupart, à un permis légal de séjour. Traités en ennemis par les Etats arabes qui les hébergent, ils sont privés de permis de travail, d’accès à l’éducation ainsi que d’assistance sociale ou médicale, et ils sont de surcroît sommés de se présenter à la police tous les mois. Oubliés de tous, n’appartenant ni à un lieu ni à un autre, ils vivent une situation littéralement kafkaïenne. On pouvait donc légitimement s’attendre à ce que des intellectuels responsables se mobilisent, dans les pays concernés, pour l’amélioration de leurs conditions de vie. L’obtention d’une aide humanitaire élémentaire et la levée des mesures discriminatoires auraient été bien plus utiles à la cause palestinienne que la pléthore de théories auxquelles nous avons droit, qu’il s’agisse de déclarations contre la « normalisation » ou pour les « nouvelles initiatives de paix » entre gouvernements égyptien et israélien.

Ce n’est pas tout. Suite à un article, publié en novembre dernier, dans lequel j’évoquais la question de l’Holocauste (7), j’ai été l’objet des plus stupides diffamations que je n’aurais pu imaginer. Un intellectuel bien connu a été jusqu’à m’accuser de chercher à obtenir un certificat de bonne conduite auprès du lobby sioniste. Bien sûr que je suis en faveur du droit de Garaudy à dire ce qui lui plaît et bien sûr que je m’oppose à cette lamentable loi Gayssot qui a servi à son procès et à sa condamnation (8). Il n’en demeure pas moins que son propos est vide de réalité et irresponsable, et que l’endosser consiste nécessairement à rejoindre le camp de M. Jean-Marie Le Pen et de tous les éléments fascistes et rétrogrades de l’extrême droite française.

LE combat que nous menons est un combat pour la démocratie et l’égalité des droits, pour un Etat ou une République laïque dont tous les membres sont citoyens égaux, et non pas un faux combat inspiré d’un passé mythologique et lointain, qu’il soit chrétien, juif ou musulman. Le génie de la civilisation arabe trouve son apogée dans l’Andalousie pluriculturelle, plurireligieuse et pluriethnique. Voilà un idéal à suivre en lieu et place d’un processus d’Oslo moribond et d’une attitude malsaine de rejet négationniste. La lettre tue, mais l’esprit donne vie, comme il est dit dans la Bible.

Nous devrions concentrer notre résistance sur le combat contre les colonies israéliennes, à partir de manifestations non violentes qui soient de nature à entraver la confiscation des terres, à créer des institutions civiles démocratiques et solides (hôpitaux, cliniques, écoles et universités, actuellement en terrible déclin, ainsi que d’autres projets d’amélioration de l’infrastructure) et à mettre en évidence le contenu d’apartheid inhérent au sionisme.

Compte tenu de l’impasse, il est beaucoup question, à l’heure actuelle, d’une imminente explosion. Or, quand bien même ces prévisions se vérifieraient, elles ne doivent pas nous faire oublier la construction de l’avenir, sachant que ni l’improvisation ni la violence ne sont de nature à garantir la création et la consolidation d’institutions démocratiques.

Edward W. Said.

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(1) Lire Edward W. Saïd, « La Palestine n’a pas disparu », Le Monde diplomatique, mai 1998. Toutes les notes de cet article sont de la rédaction du Monde diplomatique, ainsi que les surtitres, le titre et les intertitres.

(2) Ancien dirigeant de la Ligue des droits de l’homme, M. Israël Shahak a été l’un des intellectuels juifs israéliens les plus engagés dans la défense des droits des Palestiniens. Il a notamment écrit Jewish History, Jewish Religion. The Weight of Three Thousand Years, Pluto Press, Londres, 1994 (voir Le Monde diplomatique, août 1994).

(3) Professeur de philosophie à l’université de Bir Zeit, dirigeant de l’Alliance nationale démocratique, élu député à la Knesset le 29 mai 1996 sur une liste commune avec le Parti communiste israélien, M. Azmi Bishara est désormais l’une des figures marquantes du combat pour l’égalité des droits et l’autonomie des Arabes israéliens. Il s’est déclaré candidat au poste de premier ministre d’Israël.

(4) Al Hayat, Londres, 9 juin 1998.

(5) Lire Mohamed Sid-Ahmed, « Les intellectuels arabes et le dialogue », « Proche-Orient 1967-1997 : la paix introuvable », in Manière de voir, no 34, mai 1997.

(6) De tous les « nouveaux historiens » israéliens, M. Ilan Pappé passe pour le plus engagé, historiquement et politiquement - il est membre du Front démocratique pour la paix et l’égalité (Hadash). Lire Dominique Vidal, Le Péché originel d’Israël. L’expulsion des Palestiniens revisitée par les « nouveaux historiens » israéliens, Editions de l’Atelier, Paris, 1998.

(7) Al Hayat, 5 novembre 1997.

(8) Adoptée le 13 juillet 1990, la loi dite loi Gayssot, du nom du dirigeant du Parti communiste français qui l’avait proposée, modifie la loi française sur la liberté de presse par l’adjonction d’un article 24 bis, qui rend passible de sanctions (emprisonnement d’un an et amende de 300 000 francs, augmentés de diverses peines annexes) quiconque conteste « l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis par l’article 6 du statut du Tribunal militaire international annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres d’une organisation déclarée criminelle en application de l’article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale ». Des personnalités de grand prestige intellectuel et connues pour leur combat contre le négationnisme - comme le professeur Pierre Vidal-Naquet, auteur des Assassins de la mémoire (Le Seuil, Paris, 1995), et Madeleine Rebérioux, présidente d’honneur de la Ligue des droits de l’homme - se sont interrogées sur la pertinence d’une loi qui établit en quelque sorte une « vérité d’Etat » (lire Le Monde, 4 mai et 21 mai 1996). Saisi par le négationniste Robert Faurisson, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a toutefois considéré, en novembre 1996, que la loi Gayssot ne portait pas atteinte à la liberté d’expression.





15:42 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook |

26/09/2005

morceaux choisis...

On reproche maintenant à un pair de la couronne d’Angleterre, Lord Ahmed, d’avoir invité Israel Shamir à s’exprimer récemment à la chambre des Lords. Et on soupçonne ce noble musulman de n’être pas tout à fait un bon Anglais. Shamir fait remarquer que la fatwa lancée sur lui par l’Antidefamation League est plus menaçante que celle qui pèse sur Salman Rushdie. C’est une bonne occasion de mesurer son rôle, les progrès de ses idées, et les forces qui le protègent.

Les mots servent à penser. Celui qui possède le pouvoir d’en polluer le sens, et de se glisser ainsi subrepticement dans la tête d’autrui, parvient à assurer son emprise sur l’opinion, et à imposer sa domination.

 

Il faut y prendre garde. Les mots dévoyés de leur sens deviennent des armes capables de nous détruire, capables aussi de nous empêcher de penser. C’est ce processus effrayant, et son usage abusif par les pouvoirs, que George Orwell avait décrit dans son roman prophétique « 1984 ».

C’est ce qui arrive avec le mot magique « antisémitisme ». Ce mot détourné de son vrai sens, ce mot tabou, ce mot épouvantail, vise le plus souvent à museler ceux qui mettent le doigt sur les véritables enjeux : le danger du sionisme.

 

Israël - un Etat raciste violent, exclusif, où tout non juif est considéré comme un paria - a élaboré des plans terrifiants, des plans conçus pour spolier, asservir et détruire l’identité d’un peuple entier. Or, les Palestiniens tiennent tête. La preuve qu’ils n’accepteront jamais de voir leurs terres bradées, leurs droits violés, leurs enfants humiliés et que, s’il le faut, ils se battront jusqu’au dernier pour leur dignité.

Ils n’en sont pas moins très inquiets. Car la politique engagée par le président Abou Mazen, si elle enchante Bush et Sharon, ne les enchante pas. Car elle risque de les amener vers quelque chose d’encore plus terrible que l’échec du processus Oslo.

Il faut le dire haut et fort. Des générations de Palestiniens, ont payé de leur sang les lâchetés de la communauté internationale, mais aussi nos incompréhensions, nos divisions. Constamment confrontés au déni de justice, mal compris par les médias et

l’opinion, les Palestiniens ne pourront pas surmonter les immenses défis qui sont les leurs, sans un soutien extérieur sincère et affranchi de toute ambiguïté.

Les massacres, les assassinats et les emprisonnements d’enfants, les punitions collectives, auraient dû inciter l‘ensemble de l’opinion israélienne et internationale à plus de sévérité envers les violations de l’Etat hébreu. Maintenir une attitude de « neutralité » dans un conflit où Israël occupe une position de pouvoir absolu, est une attitude immorale.

 

Une question se pose ici : les Palestiniens seraient-ils tombés si bas s’il y avait eu des Etats capables d’imposer à Israël les sanctions urgentes et nécessaires, et des associations capables d’apporter un soutien sans faille aux résistants ?

 

Dans une guerre d’une puissance contre un peuple, il n’y a qu’une seule attitude possible pour  toute personne humainement engagée : choisir le camp du peuple opprimé.

 

Or, à quoi avons-nous assisté durant ces années si traumatisantes où les Palestiniens étaient laissés livrés à eux-mêmes, dans une situation d’abandon et de blocage complet, et où l’unité de toutes les forces politiques et intellectuelles disponibles aurait dû s’imposer ? A des attaques et calomnies qui avaient pour but principal de semer la zizanie dans les rangs de ceux qui voulaient se consacrer en toute sincérité aux victimes.

 

Les choses sont allées trop loin. Des messages ont circulé, semaine après semaine, qui incitaient à ne pas lire tel auteur ou à ne pas fréquenter un tel, sous peine d’être soi-même condamné, exclu. Ainsi, pendant que certains responsables d’associations succombaient à la paranoïa de « l’antisémitisme », les forces d’occupation pouvaient, elles, continuer tranquillement leurs exactions. Paranoïa, entendons-nous, savamment entretenue.

Tout le monde sait qu’Israël a quadrillé le monde d’informateurs et d’agents pour espionner, établir des listes, rédiger des rapports sur ses « ennemis », et que l’infiltration et la diffamation font partie de sa stratégie guerrière. Mais quand ce sont des antisionistes qui désignent les personnes et les écrits à bannir, cela devient incompréhensible.

 

Cela se traduit concrètement par la fâcheuse tendance qu’ont certaines personnes, qui se croient apparemment investies d’une supériorité, à parler au nom des Palestiniens, à taxer sans se gêner d’autres personnes « d’antisémites notoires », de « néo-nazi notoires », et à disqualifier ce qui leur déplait par l’affirmation péremptoire : « cela ne sert pas la cause palestinienne !» 

 

Les dirigeants de l’Union Juive Française pour la paix (UJFP) - proches de Gush Shalom - sont de ceux-là. Se disant antisionistes ou solidaires des palestiniens, ils animent néanmoins fréquemment des campagnes d'intimidation et appellent à « la plus grande vigilance » les associations : « On voit apparaître sur des sites, dans des textes de soutien à la Palestine ou lors de réunions publiques des propos dangereux. Il y a d’abord, même minoritaires, des antisémites, des révisionnistes ou des négationnistes notoires, démasqués depuis longtemps et dont on s’étonne qu’ils puissent infiltrer aussi facilement dans certains collectifs ou qu’ils figurent sur des listes de diffusion… ».(1)

 

C’est ainsi que, durant ces années si cruelles pour les Palestiniens, où les critiques contre la politique brutale d’Israël sont allées en s’amplifiant, nous avons vu le vice président de l’UJFP, Pierre Stambul, intervenir auprès des sites ou des personnes qui donnaient (et c’est leur droit) la parole à des personnalités, telles qu’Israël Shamir ou Dieudonné, en affirmant que c’étaient des antisémites : « Je suis assez ahuri de trouver cet "entretien" de Sylvia Cattori et de Dieudonné (…) Si ce genre d’article continue de passer sur « Marseille solidaire » je demanderai à être désinscrit». (2).

 

Le président de l’UJFP, Richard Wagman, n’est pas en reste. En effet, quand, à la veille d’une manifestation, il se pose en gendarme et avertit qu’ «un dispositif spécial est prévu pour séparer le cortège de tout élément douteux (…) dont les mots d'ordre risqueraient de discréditer le mouvement de solidarité".(3) A la question d’un militant outré :« Qui sont les commissaires politiques et autres grands inquisiteurs chargés de faire la liste des "éléments douteux" ? M. Wagman répond : « Moi (…)  et ajoute « les "éléments douteux" qu'il faut tenir à l'écart et dont il faut se démarquer sont des partisans d'Israël Shamir qui ont fièrement brandi son ouvrage antisémite "Le visage caché d'Israël"… ». (4)

 

Pourquoi Israël Shamir est-il calomnié avec une telle persévérance ? Et, par assimilation, tous ceux qui le lisent ou l’évoquent ?

 

Parce que cet écrivain israélien de talent - connaisseur aussi bien du Talmud et de la Bible que des turpitudes de l’armée israélienne - a osé briser des tabous et enfoncer des portes que des non juifs ne se seraient jamais hasardés à toucher.

 

Vous l’avez compris ! Israël Shamir a une vision qui va à l’opposé de ces personnes qui dans la mouvance de la solidarité - en Israël et en France notamment - s’arrogent le monopole et le contrôle de ce qui doit et peut être dit.

 

Que dit Shamir qui embarrasse tellement ceux qui ont avalisé, de façon plus ou moins opportuniste, tant de prétendues solutions de paix ?

 

Que l’on ne peut séparer la politique criminelle d’Israël de la notion « de peuple élu ». Que les juifs doivent se dissocier de cet Etat qui, au nom du « peuple juif » et de la judaïté, bafoue la vie et les valeurs humaines. Qu’il ne pourra pas y avoir de paix juste sans le démantèlement de l’Etat d’Israël comme Etat juif, et son remplacement par un Etat unique où juifs et non juifs ont des droits égaux. Que les Palestiniens ne gagneront jamais leur guerre des pierres, si au-dehors, leurs amis, ne se distancient pas de ceux qui cherchent à ménager les intérêts sionistes.

Dans les partis politiques les choses ne se présentent guère mieux pour les victimes de l’oppression israélienne. Les élus qui vouent un soutien aveugle à l’Etat raciste d’Israël ne s’en cachent même pas. Ainsi Dominique Strauss-Kahn « considère que tout juif de la diaspora, et donc de France, doit, partout où il peut, apporter son aide à Israel. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il est important que les juifs prennent des responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, à travers l'ensemble de mes actions, j'essaie d'apporter ma modeste pierre à la construction d'Israel" (5).

 

Les exemples d’exclusion sont foison et n’ont pas de frontières. Les gens qui ont vent de ces calomnies vont les répéter, les organisations juives et les ambassades d’Israël archivent leurs noms et les citent à la nausée. En Suisse,  Patrick Mugny, député écologiste et membre de la LICRA suisse, (6) a suivi les conseils de la LICRA française en refusant une salle de spectacle à Dieudonné en février 2004 à Genève.

 

Ce sont encore des élus socialistes qui, en 2004, ont voulu écarter d’une liste électorale la candidate des Verts, Alima Boumédienne-Thiery, qu’ils soupçonnaient « d’antisémitisme »  pour sa critique de l’Etat d’Israël. Elle a eu beau protester : « Je mets quiconque au défi de me prêter des déclarations antisémites », le mal était fait.

 

Les Palestiniens qui, en juin 2004, se sont rendus à la conférence de Lausanne « Un seul Etat démocratique en Israël Palestine », n’oublieront pas de sitôt l’hostilité avec laquelle une poignée de jeunes ont accueillis les participants. Se revendiquant du collectif Urgence Palestine, ils ont encouragé son boycott. Le communiqué de presse du Collectif disait qu’ils avaient été « informés notamment par des membres UJFP que Israël Shamir, notoirement réputé pour ses propos antisémites » - ainsi que d’autres personnes françaises, dont je vous épargne la liste - participait à cette conférence. (7)

Les participants Palestiniens, qui avaient mis beaucoup d’espoir en cette rencontre  internationale, étaient ahuris de découvrir que des gens qui disaient agir au nom de leur cause, conduisaient des campagnes sur le thème de « l’antisémitisme », arme favorite utilisée par les sionistes contre les opposants à la politique d’Israël !

 

L’occasion était trop belle pour Johannes Gurfinkiel, Secrétaire général du CICAD (8) qui ne rate jamais une occasion de porter le débat sur les thèmes de « l’antisémitisme » et des calomnies. Fort de la polémique ouverte par le « Collectif Urgence palestine », M. Gurfinkiel pouvait renchérir, augmenter la pression sur les médias pour faire capoter la conférence.

 

Résultat : en instaurant un faux débat qui ne pouvait que ruiner la cause qu’ils prétendent servir, les responsables du Collectif Urgence palestine - à l’instigation de l’UJFP - ont agi, en vérité, contre les intérêts du peuple palestinien. Et les médias, peu regardants, ont donné un large écho à ce qui n’était qu’une manipulation.

 

Depuis lors, M. Gurfinkiel ne s’est pas privé de se servir des noms listés par l’UJFP. Ainsi, lors de la venue de Dieudonné en Suisse en décembre 2004, M. Gurfinkiel a ressorti les noms incriminés, pour les associer à l’humoriste et dire qu’ « engagé dans un combat de dénigrement de la mémoire des millions de victimes de la Shoah, Dieudonné multiplie les collaborations avec des acteurs et des idéologues négationnistes et antisémites, tels que (…) »  en ajoutant, cette fois, également le nom de « Noam Chomsky », (9), pourtant considéré par le NY Times comme le plus important intellectuel vivant.

 

Tout cela ne tient pas la route mais permet d’évacuer les véritables enjeux.

Si je n’avais pas vu de mes yeux, en décembre 2003, Israël Shamir se battre contre de jeunes soldats israéliens qui brutalisaient de pauvres paysans, si je n’avais pas entendu un résistant, à Jenin, dire que les écrits de Shamir étaient parmi les meilleurs outils intellectuels dont ils disposaient pour « expliquer la barbarie dont ils

sont victimes », j’en serais encore à croire ce que l’UJFP proclame. Voilà pourquoi il est important de se méfier des diabolisations et de chercher à savoir ce qu’elles cachent.

Que cela soit clair. Il ne s’agit pas de prendre le parti d’Israël Shamir ou de Dieudonné. Mais s’il y a des coupables, il y a des tribunaux pour juger et des avocats pour défendre et il faut que toutes ces calomnies cessent.

 

Tout porte à penser que ceux qui se servent de mots tels « néo-nazi », « négationniste », « antisémite » ne sont pas « neutres » ! Ce qui est au centre des préoccupations de ceux qui s’en servent est, le plus souvent, le contrôle idéologique de la question palestinienne et le souci de faire oublier le projet de domination et de conquête coloniale d’Israël en détournant l’attention sur de faux problèmes.

 

Une question se pose ici. Ceux d’entre eux qui ont des attaches particulières avec Israël, ou qui se définissent par leur confession avant leur citoyenneté, sont-ils les mieux placés pour parler au nom des Palestiniens dans une guerre où l’Etat d’Israël se définit par la religion et mène une guerre impitoyable contre les mouvements religieux musulmans ? Leur propension n’est-elle pas parfois de se servir – consciemment ou inconsciemment - du projet de paix pour imposer leurs vues, et relativiser les effets terribles du régime colonial d’apartheid de l’Etat juif sur la vie des Arabes et des musulmans ? 

 

On peut jusqu’à un certain point comprendre que des personnes - captives de leurs attaches à Israël - puissent se sentir parfois agressées par des projets qui bousculent les idées reçues et les privilèges sur lesquels Israël est assis. D’autant que, déchirées entre leur désir de justice et leurs attaches affectives et religieuses, elles ne sont pas aidées par les idéologues qui ont intérêt à brouiller les débats.

 

En effet, des messages électroniques particulièrement venimeux circulent abondamment qui instruisent des « procès » contre des personnes précises et ont

manifestement pour but de convaincre les gens que « l’ennemi à combattre » n’est pas là où on le pense.

Il suffit de répéter à l’envi qu’Israël Shamir est d’extrême droite (alors qu’il est à la gauche de la gauche), que des « groupuscules néo-nazis (…) rassemblés autour d’Israël Shamir (…) un antisémite pathologique (…) Ce qui me fait penser que ces gens sont des agents du Mossad ou de la CIA, plus quelques néo nazis patents comme (…) Il n’y a pas qu’à propos de la palestine que cette peste nazie comme par hasard rassemblée autours des juifs russes …» (10)

 

« Peste, néo-nazi, antisémite pathologique … ». Ceux qui usent et abusent de ces mots tabous, de ces mots glaçants capables de marquer durablement les consciences, savent fort bien pourquoi ! Ils savent que la personne ainsi souillée, va être tantôt assimilée à ce moment terrifiant de l’histoire : aux crimes d’Hitler, aux chambres à gaz, aux camps de concentration, donc exclue à jamais du débat.

 

Tout cela est attristant. Car la calomnie n’apporte rien de positif. Elle contribue à désorienter et à détourner les gens sincères d’une cause juste qui a besoin d’appui.

 

N’y a-t-il pas une autre manière d’être présents dans le débat et de lutter pour la justice si l’on ne veut pas créer de nouvelles injustices ? La lutte pour la justice ne devrait pas séparer les gens. Elle devrait idéalement les humaniser.

 

Combien d’intellectuels de premier plan n’ont-ils pas été calomniés à tort ? Les Rabbins Weiss, Friedmann, Webermann, les intellectuels engagés comme Noam Chomsky, Norman Finkielstein, en savent quelque chose ! (11)

 

Interrogés sur leur engagement, en tant que juifs, voici ce qu’ils répondent :

« Vous avez été nommé néo-nazi, vos livres ont été brûlés, n’en avez-vous pas assez ?

Noam Chomsky : « Je suis accusé de tout ce que vous pouvez rêver : d’être un propagandiste nazi, un antisémite…Je pense que par les temps qui courent c’est un bon signe ».

 

« Vous êtes juifs…Qu’êtes-vous en train de faire » ?

Rabbin M. Webermann : « C’est précisément parce que nous sommes juifs que nous marchons avec les Palestiniens et que nous hissons leur drapeau ! C’est précisément parce que nous sommes juifs que nous demandons la restitution aux Palestiniens de leurs maisons et de ce qui leur appartient ! ».

 

Nous sommes tous capables, ensemble, j’en suis sûre, de nous inspirer de leur exemple, pour aller vers plus d’humanité.

 

 

Notes.

 (1) « Vigilance s.v.p. Des propos dangereux ». Communiqué à l’attention de toutes les associations amies de la Palestine, 14 mars 2004, Bureau National de l’UJFP.

 

(2) Texte que M. Stambul adressé au Forum du site « Marseille solidaire » le 30.11. 2004, pour protester contre la diffusion de l’entretien de Dieudonné enregistré par Silvia Cattori.

 

(3) Communiqué du 21 décembre 2004 où M. Wagmann délimite d’avance le cadre de la manifestation prévue le 12 janvier 2005 contre la venue à Paris de Police des frontières.

 

(4) Le titre du livre cité par R. Wagman n’est pas « Visage caché… », mais L’autre visage d’Israël. Israël Shamir. Ed. Al Qalam, 2004. Livre qui est en vente libre.

 

(5) Citation tirée de l'hebdomadaire français La Vie, 11.4.2002

 

(6) LICRA : Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme est une organisation qui se différencie de moins en moins du CRIF (Conseil représentatif des israélites de France) et d’autres organisations juives racistes.

 

(7) Communiqué de presse du « Collectif Urgence Palestine/Vaud » concernant la tenue de la conférence « Un seul Etat démocratique en Israël/Palestine », rédigé par Pierrette Iselin et P.A Weber, 15. 6.2004. (Nous avons coupé les noms de personnes citées qui, dans le cas présent, servent à discréditer Dieudonné et Shamir).

(8) « Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation » fonctionne un peu sur le model de l’ADL, que l’on peut considérer comme une antenne au service de l’Etat d’Israël.

 

(9) Opinion exprimée dans « 24 Heures », le 18 décembre 2004 par M. Gurfinkiel.

 

(10) Texte diffusé via courriels, par D.Breitrach, en 2004.

 

(11) L’Editeur de Norman Finkelstein a été poursuivi en justice par William Goldnadel, président de l’association Avocats sans frontières, pour avoir publié : L’Industrie de l’Holocauste. Ed. La Fabrique, Paris, 2001. Un livre qui dénonce l’instrumentalisation de l’Holocauste par un certain nombre de personnes et de groupes juifs qui se servent de la souffrance de leur peuple à des fins matérielles et politiques.

Il faudrait considérer les Protocoles comme un «pamphlet politique». (…) Non, l’intérêt des Protocoles n’a pas disparu, car le plan qui y est décrit, consistant à instaurer un régime oligarchique (non nécessairement juif), est en train d’être mis en vigueur, en temps réel; cela s’appelle le nouvel ordre mondial. (…) En fait, si les Protocoles n’avaient aucun lien avec la réalité, ils n’auraient pas la popularité qui est la leur. Les Juifs sont suffisamment puissants pour rêver de domination, et certains le font. Apparemment, certaines idées juives ont trouvé place dans ce texte. (…) En résumé, une grande partie (pas la totalité, toutefois) des projets prêtés aux Juifs par les Protocoles sont en effet les idées utiles ou nécessaires pour le bien-être communautaire des Juifs.

 

 

 

 


10:28 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

encore un dictateur...de la presse française...

    Quand le libre commentaire s’affranchit d’une information exacte et rigoureuse, l’envoyé spécial est au mieux éditorialiste en voyage. A titre d’exemple, un article de L’Express qui nous vaut l’analyse que nous publions ici sous forme de tribune. (Acrimed)

« Admirateur du Lider maximo, le président vénézuélien, fantasque et viscéralement antiaméricain, fait du rapprochement avec Cuba l’axe principal de sa diplomatie. Une aubaine pour le régime castriste, auquel les pétrodollars apportent une manne providentielle » : tel est le résultat fulgurant de l’enquête publiée par L’Express du 5 septembre 2005, sous le titre « « Chavez- Castro. Les liaisons dangereuses ». La référence littéraire aidant, l’envoyé spécial Axel Gyldén, a décidé d’abonder dans le sens de l’opposition vénézuélienne, en présentant Chavez comme un « idiot utile », au service de Castro.

Mais avant d’en arriver-là, notre « envoyé spécial » nous livre des informations patiemment recueillies sur le terrain...

Hugo Chavez, animateur de talk show

« Hugo Chavez a définitivement manqué sa vocation. » Quelle vocation ? Celle d’un Président élu démocratiquement, acteur de premier plan de la « révolution bolivarienne » [1], dont le processus original mérite une analyse attentive ? Pas du tout : « Dans une autre vie, le chef d’Etat vénézuélien aurait fait un formidable animateur de talk-show. » Et Gylden d’évoquer « Alô Présidente », l’émission au cours de laquelle, chaque semaine Hugo Chavez s’adresse aux vénézuéliens pour faire le point de fait le bilan des avancées et achoppements du processus de transformation de la société et de la politique qu’il impulse [2]. Commentaire de Gyldén : un « programme plutôt loufoque », animée par un « communicant de génie, volubile et cabotin » et « un tantinet narcissique » Pour comprendre le sens de ce programme (avant de l’évaluer), il faudrait analyser la société vénézuélienne et ses médias (dévoués de façon écrasante à l’opposition), enquêter dans les quartiers populaires pour saisir ce que signifie pour une majorité de pauvres une émission qui s’adresse directement et simplement à eux. Mais l’envoyé spécial est pressé. Axel Gyldén sait à quoi s’en tenir. Il lui suffit de suggérer que Chavez raccroche les gants de président, pour les troquer contre ceux d’un « animateur de talk-show » et de réduire ladite émission à l’énonciation par Chavez des « épisodes marquants de sa propre épopée » pour introduire une lecture caricaturale de la politique étrangère bolivarienne : on y « brocarde (...) George Bush, (on y) encense Fidel Castro ». Rendre simpliste pour dénoncer le simplisme suppose beaucoup de travail.

Au passage, les « épisodes marquants » que Chavez évoquerait « avec délectation » sont tournés en dérision. Un coup d’Etat devient, sous prétexte qu’il a échoué : « le coup d’Etat d’opérette qui, en 2002, l’écarta du pouvoir pendant... quarante-sept heures ». Opérette ? Le 11 avril, dix-neuf personnes (des cercles bolivariens, tout comme de l’opposition) ont trouvé la mort, sous les balles de francs-tireurs et de la police métropolitaine, alliés aux putschistes [3].

Et Gyldén, en bon journaliste attentif à la particularité des situations qui bénéficient de ses enquêtes, fait appel aux références de la télévision commerciale : Chavez serait « en phase avec son temps, celui de la téléréalité », puisqu’il « gouverne en « direct live » » . La preuve ? « Un jour, il licencie en direct une série de cadres supérieurs de la compagnie pétrolière nationale, dont il cite les noms entre deux coups de sifflet ponctués d’un « Fuera ! » (« Dehors ! »). « Un jour », mais quel jour ? Maître en exactitude, Gyldén omet de préciser la date et les circonstances : le 7 Avril 2002 - soit à la veille du coup d’Etat (Gyldén était-il déjà « envoyé spécial » au Venezuela ?) - Chavez s’est vu obligé d’écarter sept cadres et d’annoncer la mise en retraite anticipée de douze gérants de ladite compagnie pétrolière. Ils étaient à l’origine d’actions de protestation et de paralysie au sein de l’entreprise - faits reconnus comme faute grave - depuis un mois [4]. Autre omission : les excuses publiques présentées par Chavez lors d’une conférence de presse le 15 Avril sur la manière dont il avait procédé [5].

Mais pour l’envoyé spécial de L’Express, « Alô Presidente » constitue surtout le point d’entrée de son propos : « (...) la 231ème édition mérite (...) la première place dans le best of de Hugo Chavez. (...) Ce jour là, le président vénézuélien partage la vedette avec Fidel Castro, son maître en politique  » [6]. Une apposition tien lieu de démonstration : le chef d’Etat vénézuélien serait à la solde de Fidel ...

Antiaméricanisme et castrisme

Ayant emporté dans ses bagages d’envoyé spécial, le petit nécessaire de toilette idéologique qui permet de dénoncer comme antiaméricanisme, toute critique de la politique des gouvernements états-uniens, Gyldén n’a pas fait le déplacement pour ne pas s’en servir. Le Président du Venezuela, donc, ferait preuve d’un « antiaméricanisme viscéral ». Tellement « viscéral » d’ailleurs que le vocable très informatif d’ « antiaméricanisme » revient trois fois dans le texte. Qu’importe si Chavez ne met en cause que le modèle néolibéral que les gouvernements des USA cherchent à propager partout et par tous les moyens, sans jamais s’en prendre au peuple américain. Deux initiatives récentes montrent, que le gouvernement du Venezuela entend clairement distinguer la politique des Etats-Unis de son peuple :

- la proposition d’étendre la « Misión Milagro » [7], aux américains pauvres, lesquels se sont vus dépourvus de sécurité sociale après sa réduction par le gouvernement Bush ;

- tout comme de nombreux autres pays, le Venezuela a proposé d’apporter de l’aide humanitaire aux Etats-Unis (pour un montant de 5 millions de dollars), afin de faire face aux conséquences de l’ouragan « Katrina » [8].

En présence de Fidel Castro, Chavez - cité par l’article - déclare : « Nous ferons tout ce qui est humainement possible pour éviter une agression impérialiste, proclame Hugo Chavez avec son emphase habituelle. Mais, si un fou s’avise de faire couler une goutte de sang, il nous trouvera sur son chemin  ». Et L’Express commente : « Le « brave con » [George Bush selon Chavez] est prévenu... » S’agit-il de suggérer que les deux Etats latino-américains s’organisent militairement pour un affrontement avec les USA ? Cette déclaration, pourtant, est plus défensive qu’offensive et répond à la théorie de guerre asymétrique développée par le Venezuela. Gyldén a d’ailleurs recours à l’explication d’Alberto Garrido, selon laquelle Chavez « cherche une rupture géopolitique totale avec l’utilisation du pétrole comme arme stratégique ». Cependant, il présente Garrido comme l’« auteur de la Guerre (asymétrique) de Chavez » [9], où l’utilisation d’un « G » majuscule et la présence de parenthèses laisse libre cours à l’imagination quant aux prétendues ambitions belliqueuses du Venezuela. Après la théorie de la « guerre préventive » et le mensonge sur les armes de destruction massive irakiennes, ou encore le fait que les Etats-Unis abritent toujours - malgré leur guerre déclarée au terrorisme international - le terroriste Luis Posada Carriles [10], qui peut douter de l’origine réelle d’une menace d’agression ?

Vient enfin le moment de parler du rapprochement entre le Venezuela et Cuba. Une fois encore le commentaire distord complètement l’information. Le premier, aussi libre soit-il, ne peut être livré à un débat rationnel que si la seconde est exacte. Sinon à quoi servent les « envoyés spéciaux » ?

« Pétrole contre stéthoscope », annonce fièrement le sous-titre quand on en vient à la cible principale de l’enquête, de plus en plus précise : « Timide au début du mandat de Chavez, la coopération entre les deux nations s’est en effet accélérée depuis deux ans pour prendre aujourd’hui des proportions qu’aucun expert n’avait prévues. ». Quelles proportions ? L’article l’indique, mais omet de mentionner qu’il s’agit d’un accord qui date du lundi 30 Octobre ... 2000 [11]. Cet accord prévoyait l’essentiel de ce que l’article présente comme le fait d’une évolution récente : « Le Venezuela livre à Cuba 53 000 barils de pétrole par jour, soit un tiers de ses besoins énergétiques, à un tarif préférentiel. En contrepartie, La Havane fournit à Caracas 20 000 médecins, qui tiennent des dispensaires dans les bidonvilles et les villages reculés du Venezuela, ainsi que des entraîneurs sportifs (environ 6 500) et des enseignants (2 000) chargés d’éradiquer l’analphabétisme. » Mais il fallait se déplacer au Venezuela, non pour découvrir cette information officielle disponible sur Internet, mais pour suggérer que le Venezuela est l’équivalent de l’URSS et la remplace : « [cet accord] correspond exactement à l’aide financière qu’apportait naguère l’Union soviétique à la révolution castriste. » [12].

Et tout le reste est à l’avenant.

Pour accréditer la thèse d’une « cubanisation » du régime Vénézuélien Gyldén fait appel à des témoins au-dessus de tout soupçon : un « homme d’affaires européen, familier de la haute administration vénézuélienne », un « fonctionnaire du ministère de l’Infrastructure », le contre amiral en retraite Marco Ivan Carrata Molina, chef de la « casa militar » sous le régime de l’ancien président Carlos Andrés Pérez et de la « caution guérillera » de l’opposition, Teodoro Petkoff)

Pour soutenir que « l’ombre du Lider cubain » plane sur Telesur, la nouvelle chaîne latino-américaine d’origine multiétatique, Gyldén s’empresse d’oublier que Cuba n’est que le troisième associé en termes d’apport de capitaux [13], et que la programmation de la chaîne s’alimente de productions audiovisuelles indépendantes, émanant de l’ensemble du sous-continent.

Enfin, pour établir « la véritable nature des liens entre le commandant suprême de la révolution cubaine et le lieutenant-colonel putschiste vénézuélien  » [14], il n’hésite pas à reprendre les mots de Romulo Betancourt (président de 1945 à 1948), qui décrivait Castro comme un « cyclone tropical », et de les étendre, en guise de conclusion au président vénézuélien : « (...) un nouveau cyclone tropical nommé Hugo Chavez ». La réutilisation de la métaphore permet ainsi de finir de les confondre...

Libre à chacun d’apprécier comme il veut le régime cubain et les relations entre le Venezuela et Cuba. Encore faudrait-il le faire sur la base d’une enquête sérieuse et d’informations effectives. Tel n’est pas le cas.

A moins que l’on ne considère comme des découvertes ces deux faits qu’Axel Gyldén mentionne au passage et que tant de ses confères des médias français s’obstinent à nier :

- la mention du « soutien qu[e Bush] avait imprudemment apporté aux adversaires du président vénézuélien au moment de l’éphémère coup d’Etat de 2002 » ;

- l’affirmation selon laquelle « Chavez n’est pas un dictateur ».

Bon. Et maintenant si l’on informait sur le Venezuela ?

Nils Solari



[1] cf. Frédéric Lévêque, « Venezuela : une « révolution » démocratique », sur le site de RISAL.

[2] Voir le site Alô Presidente.

[3] cf. les documentaires de Angel Palacios, Puente llaguno, claves de un masacre, Avril 2004 ; et « The Revolution Will not be Televised", de Kim Bartley et Donnacha O’Briain, 2003.

[4] cf. Dépêche Associated Press (AP), Despiden a altos ejecutivos en estatal petrolera en Venezuela, 04/08/02, disponible sur le site Todito.com.

[5] Au cours de cette conférence de presse, Chavez reconnaît que les décisions prises ne relèvent pas de la compétence du chef d’Etat, mais qu’il s’agissait de décisions administratives qu’il se déclare prêt à rectifier. Quelques moins plus tard en décembre de la même année, les personnes concernées figuraient parmi les promoteurs du « paro petrolero » (grève pétrolière), partie intégrante mouvement de grève patronale, destiné à créer le chaos dans le pays et provoquer la chute du régime.

[6] En gras : souligné par nous.

[7] Comme d’autres initiatives bolivariennes destinées à être étendues à l’ensemble de l’Amérique latine et des Caraïbes, la « Mission Miracle », programme mené conjointement avec l’aide de Cuba et déjà appliqué au Venezuela, permet aux citoyens ayant des problèmes de vue de se faire soigner gratuitement ; cf. dépêche AFP du dimanche 31 Juillet 2005.

[8] cf. dépêche AP du vendredi 2 Septembre 2005 et voir « Aló Presidente » n° 233 où Chavez ratifie sa solidarité avec le peuple des Etats-Unis.

[9] En gras : souligné par nous

[10] Dont le Venezuela réclame l’extradition.

[11] cf., sur le site « Efemerides venezolanos » et sur celui de l’ « asociacion civil movimiento civil 1011 ».

[12] Ajoutons que l’ « envoyé spécial » ignore que l’information n’est pas tout à fait exacte, puisque la désintégration de l’Union Soviétique a en fait mis fin à un accord par lequel le Venezuela fournissait du pétrole à Cuba en échange de quoi les soviétiques faisaient de même avec les clients vénézuéliens en Europe et en Asie. L’intérêt de cet accord résidait en effet dans l’épargne mutuelle des coûts dérivés du transport du brut. Lire sur le site « Efemerides venezolanos .

[13] Après le Venezuela (51%) et l’Argentine (20%). L’Uruguay de Tabaré Vasquez apporte quant à lui les 10% restants.

[14] En gras : souligné par nous. Rappelons que si Chavez tenta de renverser le pouvoir en 1992, et qu’il fut pour cela emprisonné, il a toutefois été élu démocratiquement en 1998. Il a depuis lors conforté davantage la légitimité de son régime au gré des diverses élections internes, et à la suite du référendum révocatoire d’Août 2004. Pour plus d’informations, voir : Chávez presidente ! , Maurice Lemoine, Flammarion, 2005.



09:32 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (36) |  Facebook |

25/09/2005

amnesty...

Francis Boyle: Amnesty International is primarily motivated not by human rights but by publicity. Second comes money. Third comes getting more members. Fourth, internal turf battles. And then finally, human rights, genuine human rights concerns. To be sure, if you are dealing with a human rights situation in a country that is at odds with the United States or Britain, it gets an awful lot of attention, resources, man and womanpower, publicity, you name it, they can throw whatever they want at that. But if it's dealing with violations of human rights by the United States, Britain, Israel, then it's like pulling teeth to get them to really do something on the situation. They might, very reluctantly and after an enormous amount of internal fightings and battles and pressures, you name it. But you know, it's not like the official enemies list. «

»DB-6: Now, having said that about these connections between the U.S., British and Amnesty International foreign policy…
FB: Sure, you'll see a pretty good coincidence of the enemies that Amnesty International goes after and the interests of both the United States and British governments. Let's take an older example -- apartheid in South Africa under the former criminal regime in South Africa. Amnesty International refused adamantly to condemn apartheid in South Africa. Despite my best efforts while I was on the board, and other board members, they would not do it. They are the only human rights organization in the entire world to have refused to condemn apartheid in South Africa. Now they can give you some cock-and-bull theory about why they wouldn't do this. But the bottom line was that the biggest supporter, economic and political supporter of the criminal apartheid regime in South Africa was the British government, followed by the United States government. And so no matter how hard we tried, no matter what we did, they would not condemn apartheid in South Africa. Now I just mention that as one among many examples.«

»DB-9: How does the leadership reconcile its stated objectives with its actual practice? How do they go about rationalizing their actions?
FB: They don't care. They're completely and totally arrogant. “We are Amnesty International. We are the world's largest and most powerful human rights organization. We won the Nobel Peace Prize for our work. So we do whatever we want.” And again, if you don't believe me, go search your Lexis-Nexis database and see if there has ever been an apology by Amnesty International for the Kuwaiti dead babies report. To the best of my knowledge, there was no official apology or investigation or explanation. They just toughed it out.«




10:07 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |