29/09/2005

je sais, tu es piéton...

Issus des plantes, les biocarburants seraient « écologiques », « bons pour l’agriculture », « presque rentables ». Bref, une « alternative au pétrole ». Hélas, ce sont des idées fausses, qui entretiennent l’illusion d’une perspective face à la hausse du prix de l’essence et à la menace d’une pénurie. La seule solution, nous explique Yves Cochet, c’est la modification de nos modes de vie, vers plus de sobriété. Démontage en sept points de quelques entourloupes.

Et le miracle des biocarburants sera... Alors qu’ils étaient jusque-là considérés par le gouvernement avec le manque d’enthousiasme qui frappe les énergies renouvelables dans leur ensemble, les voici promus au rang de sauveurs du peuple durement frappé par les tarifs vertigineux des carburants automobiles. Plus propres, neutres quant à l’effet de serre, plus compétitifs, source d’indépendance énergétique accrue, ballon d’oxygène pour l’agriculture... Bref, n’hésitent pas à prophétiser avantageusement certains experts et syndicats agricoles, il est possible de faire de ces biocarburants, issus des plantes (voir ci-contre), le « pétrole vert » de la France.

Mi-septembre, le Premier ministre, Dominique de Villepin, annonçait une série de mesures comprenant d’importants engagements concernant les biocarburants. Ainsi, alors que leur fraction atteint péniblement 0,8 % des carburants consommés, la France ambitionne désormais de devancer ses obligations européennes pour atteindre 5,75 % dès 2008 (au lieu de 2010), puis 10 % dès 2015. Pour soutenir cette cadence, le Premier ministre a annoncé qu’un quota supplémentaire de 1,8 million de tonnes de biocarburants serait partiellement exonéré de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (Tipp) (1). Ce qui nécessitera la construction d’une douzaine de nouvelles unités de production, pour lesquelles l’appel d’offres sera lancé à la fin de l’année.

De quoi rendre l’optimisme à des Français inquiets, qui commencent à limiter l’usage de leur voiture pour réduire leurs frais ? On peut très sérieusement en douter. Voici sept assertions fausses, ou très partiellement correctes, sur lesquelles surfent divers groupes d’intérêt, gouvernement, lobbies agricoles, pétroliers, collectifs d’usagers d’automobiles, etc., pour défendre des intérêts catégoriels ou édulcorer à bon compte une vérité : la soudaine passion française pour les carburants de terroir a tout de la poudre aux yeux.

Ils sont le pétrole vert de demain

Comment y croire ? Les biocarburants font bien partie des solutions intéressantes pour contrecarrer la montée de l’effet de serre. Mais ils ne sauraient jouer qu’un rôle très modeste, et n’ont en aucun cas la capacité d’amortir la pénurie pétrolière annoncée.

Les objectifs affichés par le gouvernement s’arrêtent à 10 % de pénétration, et les projections les plus optimistes ne vont pas au-delà de 20 %. La raison : manger ou conduire, il faudra rapidement choisir. Pour atteindre le taux de pénétration de 10 %, il faudra y consacrer 10 % des superficies cultivables. À imaginer qu’elles soient intégralement dédiées à la production de biocarburants, elles ne couvriraient que la moitié des besoins des véhicules en France. Même à imaginer une croissance spectaculaire des rendements à l’hectare, l’utilisation de toutes les terres arables de la planète ne suffirait pas à pallier une disparition du pétrole.

Ensuite, les biocarburants demanderont encore une dizaine d’années de développement avant d’arriver à maturité. D’ici là, la moitié du pétrole consommé sur la planète devra avoir été extrait de réserves nouvelles. Autant dire que sans une diminution radicale de la consommation des véhicules, mais surtout du nombre de kilomètres parcourus avec des moteurs à explosion, la « victoire » des biocarburants sera vaine.

Ils deviennent compétitifs

Afin de favoriser leur compétitivité, l’essence et le gazole verts bénéficient de larges dégrèvements de la Tipp, qui vont de 0,33 euro par litre de diester à 0,37 euro par litre d’éthanol, quand la Tipp s’élève à 0,41 euro par litre de gazole et 0,589 par litre de super sans plomb.

Pour autant, le compte est loin d’y être, même si, avec le baril de pétrole à 65 dollars, certains biocarburants commencent à tirer leur épingle du jeu. Il faudrait attendre un baril à 100 dollars (ce qui est probable) pour qu’ils « menacent » le pétrole. Autre facteur adverse : l’euro fort ­ monnaie de facturation des biocarburants domestiques ­ les pénalise face à l’or noir, payé en dollars.

Leur rendement s’améliore

C’est vrai, et des progrès restent à accomplir, par exemple lorsque l’on saura utiliser l’intégralité d’une plante pour la transformer en biocarburant (aujourd’hui, environ 40 % de sa masse part en déchets ou en sous-produits agricoles ou industriels). Parviendra-t-on cependant à dépasser le seuil de rentabilité énergétique ? Des chercheurs étasuniens ont calculé que l’énergie dépensée par le processus de fabrication du bioéthanol était de 29 % supérieure à l’énergie contenue dans ce biocarburant !

Il existe bien une solution radicale, pour les moteurs diesels en tout cas : utiliser directement des huiles végétales pures (HVP) obtenues par simple pression de graines de colza ou de tournesol ­ investissement dérisoire ­, au lieu du diester vert qu’elles servent à fabriquer. Or, ces HVP ­ auxquelles Bruxelles a accordé le statut de carburants, recommandant leur défiscalisation afin d’en faciliter la pénétration sur le marché ­ peuvent sans inconvénient être utilisées directement en mélange dans le gazole (voire en substitution), comme c’est autorisé au Brésil ou aux États-Unis... mais pas en France (voir l’article sur Valénergol p. 16). Sauf ­ dérogation prévue par la prochaine loi d’orientation agricole ­ si c’est pour l’autoconsommation d’un agriculteur dans ses machines agricoles, et sur l’exploitation qui aura produit l’huile végétale !

Lire la suite dans Politis n° 869

(1) Ajoutées aux 500 000 tonnes potentiellement bénéficiaires aujourd’hui, et aux 800 000 tonnes prévues à l’horizon 2006-2007 par le gouvernement Raffarin en avril dernier.


11:54 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.