14/04/2007

putain, deux ans....deux ans....bon anniversaire...

allez, ton émission radio fétiche, tu sais celle dont tu me disais tant de bien...maintenant, je comprends, c'est tout ce que tu aimes...« Pourquoi certains médias de merde ne provoquent-ils pas votre opprobre ? », nous écrivait récemment un lecteur. Question justifiée : Le Plan B n'avait pas encore analysé l'une des émissions phares de RMC, « Les grandes gueules ».Animée par Alain Marshall (passé par « Ciel mon mardi ! », « Combien ça coûte ? ») et par Olivier Truchot (ancien directeur d'Autoroute FM), l'émission se présente comme un « grand show » réunissant « une vraie bande qui ose tout dire » et qui affiche sa « liberté de ton, de conviction et d'expression (1) » . Le principe est simple : les deux animateurs placent devant un micro trois « grandes gueules » puisées au sein d'un vivier d'une vingtaine de braillards. Leur mission ? Commenter l'« actualité », c'est-à-dire répéter les calembredaines du Parisien ou du Monde, sans s'interdire de prolonger la soirée télévisée de la veille. Ainsi, quand Nicolas Sarkozy passe sur France 2, « Les grandes gueules » osent lancer un « débat » d'envergure le lendemain : « Sarkozy a-t-il été bon hier soir sur France 2 ? » (1.12.06). Quelques semaines plus tard, autre thème brûlant : « Sarkozy a-t-il été bon hier soir sur TF1 ? » (6.2.07). La veille, une question hantait déjà l'équipe : « Sarkozy ce soir sur TF1 : regarderez-vous ? »La « liberté de ton, de conviction et d'expression » ne concerne apparemment ni les employés ni les ouvriers : on n'en trouve aucun parmi les dix-sept intervenants présentés sur le site de l'émission (2). On compte en revanche trois chefs d'entreprise, ainsi que l'homme d'affaires Jacques Maillot (fondateur de Nouvelles Frontières, PDG de Témoignage chrétien), Jean-Claude Larue (ancien membre du CSA, à la tête du syndicat national des éditeurs de jeux vidéo) et Alain Marty, président du Wine and Business Club (3).Des jacasseurs calibrésLes militants de gauche, eux aussi absents, doivent laisser la parole à trois « personnalités » de droite : Mourad Ghazli (membre du comité exécutif du Parti radical, associé à l'UMP), Édouard Fillias (président d'Alternative libérale) et Frank Tapiro (publicitaire sarkozyste écarté par le candidat qui le trouvait trop à droite), sans compter Claire O'Petit, commerçante conseillère municipale UDF de Saint-Denis. Quant aux autres membres de l'équipe, leur condition sociale les incite peu à ouvrir leurs « grandes gueules » pour réciter des discours de Bakounine : deux médecins, un prêtre, une avocate au barreau de Paris et le président du l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie. Karim Zéribi (« conseiller Égalité des chances » à la SNCF) et Gaston Kelman (auteur de Je suis noir et je n'aime pas le manioc) s'emploient à donner un vernis « multiculturel » au caquetage patronal qui ébranle les murs du studio.La spécialité des « grandes gueules » consiste à poser une question déjà matraquée par tous les médias mais en la présentant comme une volonté courageuse de « briser un tabou » : Le dialogue social à la SNCF, c'est la guerre froide avant la chute du mur de Berlin ? (25.10.06), Faut-il supprimer le RMI au nom de ses effets pervers ? (7.11.06), SNCF : les syndicats savent-ils vraiment pourquoi ils font grève ? (8.11.06), Et si la suppression de la durée légale du travail était la solution pour l'emploi ? (26.1.07), etc. Mais les titres des émissions ne s'embarrassent pas systématiquement de la forme interrogative : SNCF : de la grève, encore et toujours ! (8.12.06), On n'a jamais autant fait la queue à la Poste ! (21.12.06), Malgré une revalorisation des salaires, les fonctionnaires seront en grève le 8 février ! (19.1.07). Sur tous ces sujets, il ruisselle du gosier des « grandes gueules » un jus de Jacques Marseille – sans le flacon universitaire. Une mine d'or pour qui cherche à répertorier sans se fatiguer les opinions véhiculées au jour le jour par le Parti de la presse et de l'argent (PPA).Traumatisme postalSitôt leurs majestueux fessiers calés sur les tabourets du studio, les Socrates de RMC lancent leurs thèmes favoris, soit à l'aide d'un article de presse, soit par le biais d'une anecdote. Un sujet sur la Poste commence par les pleurnicheries de Claire O'Petit, empêchée de récupérer un colis parce que les postiers étaient en grève. « Y-en-a-ma-rre ! » vagit-elle (21.12.06). Alain Marshall se garde de la contredire : il a lui-même fait la queue à la Poste quelques jours plus tôt ! Réagissant à ces récits d'épouvante, Olivier Truchot glapit en agitant Le Parisien qui publie une « étude » sur l'augmentation du temps d'attente des usagers. Le « débat » est lancé, les « tabous » sont « brisés » ! Franck Tapiro souligne le fond du problème : « Le temps qu'on passe à la Poste est à mon avis supérieur au temps qu'on passait à la Poste dans les années soixante. Avec Internet et les nouveaux médias, je trouve ça to-ta-le-ment ha-llu-ci-nant ! »On l'a compris : « Les grandes gueules » adorent les fonctionnaires. Alain Marty hurle à ceux qui envisageaient de manifester le 8 février : « Devenez plombiers ! Y a plein de métiers pour gagner de l'argent ! » Plus à gauche, l'avocate Anna Salabi compare les grèves à « un folklore » susceptible de rapporter de l'argent : « ... y a le “Da Vinci Tour” pour les touristes, on pourrait faire : “Venez en période de grève en France, venez voir comment ça se passe” » (19.1.07). Faisant souffler sur le cloaque un trop bref appel d'air, les propos d'auditeurs (récompensés par un T-shirt des « GG ») sont là pour donner l'illusion que RMC est « une radio où tout le monde s'exprime ». Ainsi, une malheureuse fonctionnaire du ministère des Finances est houspillée au téléphone. « Vous êtes prête, vous, à travailler plus pour gagner plus ? », « Est-ce que vous êtes trop nombreux à l'endroit où vous êtes ? », « Y en a combien à peu près qui bossent comme vous ? » On frémit à l'idée que « Les grandes gueules » aient un jour à répondre à de telles interpellations...Les chômeurs occupent une place à part dans le cœur de RMC. Pour le plus grand bonheur des intervenants, le président du parti social-démocrate allemand a rabroué un sans-emploi en lui conseillant : « Lavez-vous, rasez-vous et vous trouverez du travail en trois semaines ! » Aussitôt, la chef d'entreprise Sophie de Menthon explique à Leïla, « militante dans le mouvement des stagiaires », qu'« il faut surtout penser justement parce qu'y a pas de croissance que c'est une compèt'de chercher du boulot. [...] Pardon, mais t'es un produit parmi d'autres !... Donc c'est le meilleur brushing qui l'emporte ! » L'animateur conclut : « En tout cas, on peut saluer le courage du président du parti social-démocrate, qui, vraiment, a joué les grandes gueules dans cette affaire » (19.12.06).Notes :1) www.rmcinfo.fr(2) Exception faite de Mourad Ghazli, présenté comme « syndicaliste RATP » et « gestionnaire de biens ».(3) Le Wine and Business Club s'enorgueillit d'avoir « animé depuis 1991 plus de 500 débats en présence de personnalités du monde de l'entreprise (Patrick Ricard, Jacques Attali, Jean-Claude Trichet, Jean Peyrelevade, Olivier Dassault, Michèle Cotta, Pierre Cardin, Jean-Cyril Spinetta, Michel Pébereau, Claude Bébéar, Bertrand Collomb, Daniel Bouton, Nicolas de Tavernost, Henri de Castries, Alain Prost, Thierry Morin, Charles Beigbeder, Henri Giscard d'Estaing...) » (www.winebusinessclub.fr).

23:39 Écrit par eric blair dans Général | Lien permanent | Commentaires (257) |  Facebook |

06/03/2007

jean le cronin

pour le 1 et 2, je passe la main, tu es perdu...
ah oui, bel article de propagande de Miami...
"C) D'une peine de prison de 1 à 8 ans dans tous les autres cas."
Dans la pratique, on emploie la marge laissée dans l'alinéa "C" pour condamner jusqu'à huit ans de prison tous ceux qui ont l'intention "d'entraver les élections" par des appels à l'abstention, ce qui représente une interprétation très large du précepte et une forme qui viole visiblement un droit reconnu aux citoyens du monde civilisé. (...) "
mais combien donc de Cubains ont été condamné à huit ans de prison pour avoir incité à l'abstention...hein...c'est l'auteur de l'article qui interprête le C à SA FACON...mais dans les FAITS...hein....hihihihi..
Cher Yann Mens,
Vous m’avez envoyé un formulaire pour m’abonner à Alternatives Internationales, suivi d’un exemplaire de votre journal. J’ai été tenté.
Puis, j’ai vu comment vous parliez de Cuba et des amis m’ont informé d’un dialogue qu’ils avaient avec vous sur le sujet.
>Par suite, vous avez perdu un lecteur et peut-être gagné un détracteur prolixe. En tout cas, vous m’avez inspiré ce qui suit :
Comment se positionner en faveur d’alternatives politiques qui rompraient avec un capitalisme aggravé (néolibéralisme) sans retourner à un modèle de communisme (qui s’est effondré) ? Sûrement pas en présupposant qu’il existe un mètre étalon de la démocratie déposé à Paris (avec copie conforme dans les salles de rédaction).
>Ni en réfutant a priori d’autres systèmes, Constitutions, modes d’élections dont on nierait la validité par méconnaissance et par esprit de supériorité (avec un vague relent d’esprit colonial).
Il n’est bon bec que d’un Paris médiatique qui s’auto-persuade qu’à Cuba, le parti communiste présente (tout seul) des candidats, élus forcément à 98% des voix (à mains levées) et ensuite inamovibles. Les dirigeants tiendraient leur pouvoir du comité central (immuable).
Je suis prêt, si Alternatives Internationales m’ouvre ses colonnes, à écrire plus en détail là-dessus. Mais, rectifions l’essentiel : à Cuba, le parti communiste, en tant que tel, n’a pas le droit de présenter des candidats (c’est la population qui avance des noms), les élections se font pyramidalement à partir des quartiers, le nombre de candidats doit être compris entre deux et huit, le vote a lieu à bulletins secrets, il est ouvert dès l’âge de 16 ans, les élus sont révocables au bout de deux ans, il n’est pas un seul ministre (n’est-ce pas Villepin ?), un seul dirigeant qui n’ait pas d’abord été élu par son quartier (Fidel Castro y compris), sa ville, sa région.
Oui, mais le peuple tout entier n’a pas élu Castro objectez-vous. Parenthèse : quand 8 millions de Cubains se rendent en juin 2004 dans un des 129 500 bureaux ouverts dans l’île pour se prononcer sur un sujet où sont mis en jeu, non seulement la survie du gouvernement mais aussi celle du système, que fait la presse occidentale ? Elle ricane : « Par référendum, Castro inscrit le caractère socialiste de l’île dans la Constitution.» Elle oublie de faire un parallèle avec le référendum prévu chez nous et qui va inscrire le caractère capitaliste de l’Europe dans la Constitution si la réponse est oui et qui ne fera pas de la France un pays socialiste si la réponse est non. Au passage, elle cèle qu’il ne s’agissait pas vraiment à Cuba d’un référendum, mais d’une gigantesque collecte de signatures répondant à celles du projet Varela. Certes, objectera-t-on encore, mais c’est le gouvernement cubain qui, l’opinion du peuple lui étant confirmée, modifie ensuite la Constitution dans le sens qu’il souhaitait depuis le début. Vrai, comme en France où, après des campagnes médiatiques appropriées qui préparent l’opinion, le gouvernement peut modifier la Constitution en usant de deux procédés légaux : soit par référendum, soit par un vote des deux Chambres réunies en congrès à Versailles.
Les Cubains n’élisent pas un Président de la république au suffrage universel direct, donc ils sont privés de démocratie ? Depuis quand, cette déduction est-elle irréfutable ? Depuis que la France l’a décidé et que nos journalistes le font savoir. Ainsi donc, notre quatrième République était une dictature, Vincent Auriol un caudillo et René Coty un lider maximo. Ainsi, les mandats de nos maires, élus par les conseillers municipaux et de nos sénateurs, élus par les « grands électeurs » ne seraient pas légitimes. Le pouvoir des chefs de la plupart de nos partis politiques, de nos syndicats, de dizaines de milliers d’associations découlerait d’un système électoral non démocratique. L’Eglise est une dictature. Nos journaux (le « quatrième pouvoir ») dont les rédacteurs en chefs ne sont pas élus par les journalistes et encore moins par les abonnés sont des dictatures ? En effet, l’interdiction faite au lecteur de s’exprimer dans les colonnes de son journal autrement que par un courrier des lecteurs filtré, étriqué, est la négation du pluralisme d’idée. Ah mais ! c’est que les pages des journaux ne sont pas extensibles. L’obstacle à la libre expression est purement technique, nulle part ailleurs on n’en trouve de cette sorte et quiconque l’invoque dans certains contextes bien déterminés et pour des pays menacés de mort est un stalinien-goulagiste.
A ce stade de la discussion, les journalistes avisés concèderont qu’on ne peut à la fois prôner l’émergences d’autres mondes et soutenir qu’un modèle (le nôtre) est supérieur aux autres et adapté à toutes les situations sous toutes les latitudes. Dommage, car c’est le meilleur. Et depuis quand ? Depuis qu’on l’a adopté (car il correspondait alors à des nécessités internes). Et jusqu’au moment où l’on en changera (par suite d’évolutions politico-sociologiques qui l’auront rendu obsolète). Dans certains milieux parisiens, la conception du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes rappelle celle de ce fabricant de voitures noires qui disait (je cite de mémoire) : « Nos usines peuvent sortir des voitures de la couleur qu’elles veulent à condition qu’elles soient noires. »
Je vis loin de Paris et je sais que les paysans ne laissent pas entrer le libre renard dans leur poulailler libre. Cette frilosité « dictatoriale » leur permet d’avoir toujours des poules et des œufs. Mieux, quand on leur dit que le portillon de bois est une atteinte à la liberté, ils persiflent : dès que les poules seront pourvues de dents acérées, ou dès que les prédateurs auront des griffes de velours, Goupil sera le bienvenu. Si l’on fait remarquer à ces ploucs que leur réponse est dilatoire, ils proposent de raser l’enclos dès que vous monterez la garde avec des fourches tout autour de la ferme, jour et nuit.
>Est-ce qu’Alternatives Internationales monte la garde ? Non.
Est-ce que ses cris vont éloigner la bête ? Non. Alternatives désapprouve, dans le même mouvement, Goupil et la volaille (en attendant de déplorer avec vigueur le carnage dans le poulailler ouvert sur injonction du Club mondial des renards) Elle agit comme un garde-champêtre qui bat le tambour pour alerter la population sur l’emprisonnement des poules et qui la prépare à applaudir à l’ouverture du portillon pour le renard.
Mais le pluralisme de la presse, direz-vous ?
>Il n’est fine plume que du Paris médiatique qui se persuade, par des lectures croisées des confrères (d’une crasse ignorance), qu’il existe à Cuba un seul journal (Granma) et une chaîne de télé (qui éructe des slogans révolutionnaires en boucles).
Je suis prêt (bis repetita placent), si Alternatives Internationales m’ouvre ses colonnes, à écrire plus en détail là-dessus. Mais livrons quelques courts éléments d’information (que tout journaliste peut découvrir sur place s’il ne va pas uniquement à Cuba pour vérifier le discours martelé à Paris sur la pensée unique cubaine). J’autorise chacun à faire passer aux autochtones ces tuyaux permettant de s’informer complètement à Cuba. Se procurer Granma (pas impossible malgré la pénurie de papier. Le même exemplaire circule de mains en mains. Le touriste aura du mal à l’acheter, mais pas à se le faire offrir), les journaux pour la jeunesse, journaux des syndicats, journaux de quartiers, journaux catholiques (L’Eglise possède une quinzaine de revues dont le contenu n’est soumis à aucune censure préalable, le total du tirage des journaux des paroisses atteint 50 000 exemplaires dans un pays cinq fois, moins peuplé que la France). Ecouter la radio, y compris la radio anti-cubaine (« Radio Marti » qui émet depuis Miami au mépris des lois internationales) regarder la télévision anti-cubaine diffusée depuis un avion militaire US (même remarque), regarder une des chaînes de télévision cubaine ouvertes sur le monde, sur le savoir et sur la culture, acheter la presse occidentale dans les hôtels et aéroports, entrer librement dans une des multiples agences de presse étrangères. Participer à une des foires du livre où des éditeurs du monde entier débarquent avec leurs livres et leurs auteurs (de leur choix) et qui rassemblent plus de monde que le salon du livre de …Paris. Discuter avec les dizaines de milliers de coopérants Cubains qui rentrent (tiens, ils rentrent ?) de l’étranger (enseignants, médecins…), parler librement à quelques-uns des deux millions de touristes qui visitent l’île (demander à chacun des Français de venir avec un numéro d’Alternatives Internationales. Voyez, je me préoccupe tout de même de votre tirage, même si, moi, je renonce à vous lire), discuter avec le cousin de Miami venu passer ses vacances dans l’île.
Certes, dit le journaliste parisien que ces vérités agacent, mais vous oubliez une chose essentielle.
Laquelle ? questionne le pro-cubain (forcément obtus, fanatique, crypto-dictateur en herbe). Le déficit d’informations du fait que Bush refuse de laisser déferler sur l’île les deux millions de touristes états-uniens ? Voisins pacifiques que Cuba invite à se mêler à la population, à parcourir l’île en tout sens, à manger et dormir chez l’habitant, à l’éclairer sur le paradis US ?
Non ! le pluralisme ! La nécessaire multiplication des titres de journaux privés.
>- Ah, privés ! Comme ces milliers de journaux libres US qui ont fait croire à leur opinion publique que Saddam Hussein était mêlé de près à la destruction du World Trade Center (note à afficher dans les salles de rédaction : toujours donner le nom de ce quartier en Anglais : en Français, ça inquiète le populo et ça alimente le discours d’Attac) ? Comme ces centaines de télévisions du monde entier qui nous ont montré les images des usines irakiennes fabriquant des armes de destructions massives et Colin Powell brandissant un flacon mortel made in Bagdad ? Comme ces journaux français qui (à de rarissimes exceptions) publient depuis des lustres des informations sur le tiers-monde marquées par deux caractéristiques : Cuba y occupe autant de place que l’ensemble des autres pays pauvres réunis (tiens, pourquoi ?) et tout ce qui se passe dans cette île est négatif ? Ainsi, Cuba est le seul pays du monde qui a survécu 45 ans à 100% d’échecs ininterrompus, sans que la police et l’armée n’aient jamais eu à se tourner contre le peuple, lequel subit pourtant des restrictions telles qu’il est même privé de l’odeur des grenades lacrymogènes.
>Comme l’a dit (librement) l’évêque de Santiago : « C’était mieux sous Batista »
Reste la question du pluralisme politique. Si le pouvoir cubain était sûr de son audience, il laisserait s’organiser des partis politiques, dites-vous. Comme aux USA où la population majoritairement hostile à la guerre en Irak a dû choisir entre un Bush, milliardaire blanc issu de Yale et artisan de l’invasion et un Kerry, milliardaire blanc issu de Yale qui préconisait d’accroître les effectifs militaires dans le Golfe ?
Non, allez, soyons sérieux, là.
Le problème est que le pays qui s’active le plus pour ce pluralisme, celui qui y investit des sommes colossales, ce pays là ne veut pas la démocratie à Cuba : il veut Cuba. Et d’autres pays en suivant. Qui était derrière le coup d’Etat au Venezuela ? Les USA. Or, Chavez vient de remporter sa neuvième victoire électorale consécutive (dans un pays où les médias lui sont majoritairement hostiles et où elles appellent à un nouveau « golpe »). Qui a fomenté le coup d’Etat chilien ? Etc.
Fable : le chef des rapaces décréta le blocus du poulailler. Les poules avaient faim. Dans le ciel, volaient des vautours chargés de besaces de blé. Le paysan se résolut à les laisser entrer. Les sauveurs vidèrent leurs sacs et organisèrent des « élections libres » (un milliard de dollars investis, c’est dire leur amour de la liberté). Leurs partisans furent néanmoins battus. Mais ils repartirent content. La cible était enfin fractionnée. L’armée ferait le reste, faisant succéder à la guerre économique et médiatique de haute intensité la puissance des bombes à uranium appauvri larguées sur un pays où une partie de la population aurait gobé le discours des Saint Jean Bouche D’or sans scrupules, comme les populations du monde entier ont gobé la fable du charnier de Timisoara et celle des armes de destructions massives, comme les Français, dont la presse est libre, ont fulminé contre les pédophiles d’Outreau ou le bagagiste arabe et terroriste d’Orly, etc.
Vouloir imposer à Cuba, minuscule pays pratiquement accolé à la plus formidable puissance guerrière que la terre ait jamais connue (et qui a inscrit Cuba dans sa liste des « pays ennemis, pays terroristes et cible potentielle ») un système électoral à la Française, c’est aller cracher sur la tombe de Salvador Allende, creuser celle de Chavez et se résoudre à voir débuter une guerre dont les Cubains avertissent qu’elle « durera cent ans et fera un million de morts. »
Quant aux formidables succès que Cuba connaît malgré le blocus et le harcèlement, les attentats, les sabotages, ils sont tabous dans nos journaux. Si l’un d’eux se laisse à y faire référence, c’est en passant, au détour d’une phrase orpheline dans un pensum hostile. Combien de fois ai-je lu : « Certes le blocus est inadmissible mais il n’explique pas tout. » ? Suivent des pages entières d’instruction à charge contre Cuba. Mais la question : « Qu’explique le blocus ? » n’est pas traitée.
Le jour où la presse se regardera avec la même rigueur qu’elle observe Cuba, le jour où la communauté internationale offrira à Cuba (mais avec quels moyens, grand Dieu ?) la levée du blocus et la garantie de ne pas être envahie par son puissant voisin, la survivance d’une crispation politique sera superfétatoire dans l’île. Faites-moi signe pour regretter avec vous son éventuel maintien. Mais dire aujourd’hui qu’elle est consubstantielle au système, c’est participer à cet interminable procès où une nuée de procureurs s’abat sur un prévenu maigre dont l’avocat est privé de micro.
>Alors, de grâce ! n’allez pas répétant que le projet Varela a conduit ses signatures (près de quinze mille avec noms et adresses) en prison, que « certains des 75 dissidents » étaient journalistes. L’un d’eux avait sa carte et vivait (comme les autres) des subsides du chargé d’Affaires US à La Havane. Notre presse (dont on fait de plus en plus le choix de la lire gratuitement sur Internet) a écrit qu’il était emprisonné dans des conditions abominables, qu’il avait maigri de 20 kilos (30 selon sa femme), que sa santé s’était dégradée, martyr qui avait simplement osé émettre des critiques. Ses amis nous le décrivaient très vieilli, sa vue s’était dégradée et son état préoccupant. Or, voilà qu’à la grande confusion des propagandistes, il sort prématurément de prison. L’œil vif, gros et gras, il raconte l’horreur carcérale : un grillon (castriste ?) troublait son sommeil et il a lu (sans les yeux ?) le tout dernier livre de Gabriel Garcia Marquez (tout chaud, pas encore traduit chez nous). Et voilà qu’il donne à La Havane, une conférence de presse mondiale pour critiquer le gouvernement, prouvant ainsi que tout ce qui a été colporté sur lui était mensonger, que ce n’est pas la critique qui est sanctionnée, mais la connivence stipendiée avec une puissance ennemie. Et maintenant, sans transition, devant la Maison Blanche, une conférence de presse d’un ex-prisonnier de Guantanamo, gros et gras (je plaisante, on peut être pro-cubain et aimer rire, non ?).
Quant à RSF, condamnée deux fois par les tribunaux français, exclue une année par l’ONU de la liste des ONG en raison de son acharnement contre Cuba, RSF qui dénonce les meurtres de journalistes en Colombie mais qui, dans son classement de la liberté de la presse, place ce pays en meilleure position que Cuba (où pas un n’a été assassiné depuis la Révolution), qui trouve le moyen, par un artifice, de bien classer les USA, pourtant en tête pour les assassinats de journalistes (Yougoslavie, Afghanistan, Irak, en attendant d’occire les journalistes Cubains qui n’émargent pas), RSF dont le budget colossal comporte bien des mystères, RSF dont les contorsions pour absoudre en toute occasion les USA ou pour minimiser leurs responsabilités crèvent les yeux de qui regarde, RSF qui inscrit en tête de ses campagnes les plus virulentes les pays qui sont dans le collimateur de Bush, RSF qui tape hardiment sur la presse des pays pauvres et ne dit mot sur celle des pays riches, surtout si elle est propriété des marchands d’armes, RSF se comporte comme un agent de propagande avançant sous le masque d’une organisation humanitaire (vous trouverez ci-joint un article que j’ai diffusé récemment sur Internet sous le titre « Otages, RSF, US Army »).
Comment conclure en faisant court ?
Ah oui :
- Cuba si ! Yankee no ! Et même : Castro si ! Ménard no !

Maxime Vivas


3 ta "culture" est tellement en phase avec TINA que ça me fait peur...moi, j'appelle ça "lobotomie"....


4 Chomsky cite souvent le NY Times, donc il l'adore...logique....
déjà posté sur TON BLOG...mais relis...
Aujourd’hui, deux photos dans France-Soir , lisiblement affichées comme venant de MEMRI et nous démontrant la fourberis antisémite des arabes . A part que MEMRI est un Institut très particulier sur lequel Brian Whitaker journaliste au Guardian a enquêté : "La consultation de l’une des pages d’archives web désormais supprimée nous livre la liste du personnel de MEMRI. Parmi les six personnes nommées, trois -en incluant Carmon- sont décrites comme ayant travaillé dans les services secrets israeliens. Parmis les trois autres, l’un a servi dans le Commandement Nord du Corps d’Artilleriede l’Armée Israelienne, l’un a une carrière universitaire, et le sixième est un ancien comédien intermittent."
Ils sont infatigables les espions fondateurs de MEMRI.
La semaine dernière on leur devait la diffusion de la nouvelle que Saddam corrompait à coup de barils de pétrole 270 hommes politiques ( beaucoup de Français bien sur ! puisque nous étions opposés à la guerre en Irak) .
Aujourd’hui j’ouvre, par hasard dans un troquet, ce canard qu’est France -Soir et j’y trouve à l’intérieur deux photos, affichées en toute lettres comme provenant de MEMRI,- autrement dit du Middle East Media Research Institute-, vous démontrant combien les arabes sont méchants et antisémites . La prochaine fois ils nous afficherons quelques saletés de notre extrême-droite et les diffuseront dans le monde entier en démontrant aussi combien tous les Français sont antisémites. (MEMRI a des bureaux à Washington , Londres , Berlin, Jérusalem et arrose toutes les agences de presse occidentales de ses articles et photos en provenance des pays arabes : les pires s’entend ).
Informé par un article écrit le 12-08-2002 par un journaliste du Guardian, -Brian Whitaker-, j’en ai fait la traduction : mieux vaut savoir qui nous veut quoi et où veut -on nous mener .
Alors, pour ceux qui se demanderont , en lisant France -Soir ce qu’est MEMRI voici les infos que j’ai données à IM-Paris il y a deux jours .
*Voici la reprise de la nouvelle que nous avons entendue sur tous nos medias : "270 opposants à la guerre en Irak ont été rémunérés en barils de pétrole par Saddam Hussein " Pas vous, pas moi qui avons, comme les 3/4 de la planète, manifesté contre cette sale guerre impériale appelée de tout coeur par la bande des neo-cons américains - ils étaient bien les seuls ! . De nous MEMRI ne parle pas.
Mais de ceux qui comptent et que l’on connait -et parmis eux les Français "nouveaux ennemis" des neo-cons en question - il fallait bien salir leur engagement contre cette guerre : il ne pouvait qu’avoir des motivations vénales ! MEMRI s’est chargé de trouver les motivations en question et de les diffuser à toute la planète . Et nos medias ont bien évité de nous dire qui leur envoyait l’info.
Le réseau Voltaire ( http://www.reseauvoltaire.net) met les pieds dans le plat en nous offrant une enquête présentée de la façon suivante :
>"INFORMATION MADE IN CIA :L’intox des barils irakiens La presse occidentale a très largement repris les informations selon lesquelles 270 personnalités et sociétés opposées à la guerre contre l’Irak auraient été rémunérées par Saddam Hussein. Mais nos confrères ne se sont pas donnés la peine de vérifier leur véracité, ni même leur vraisemblance. Ils auraient pu découvrir que le journal irakien qui a publié cette accusation a été créé avec les fonds de George Soros, l’aide de la NED, un paravent de la CIA, les conseils de l’ancien patron de La Voix de l’Amérique et qu’il a bénéficié du soutien du gouverneur de l’Irak Paul Bremer lui-même. Elle a été diffusée mondialement par le MEMRI, une « agence de presse » créée par des officiers de Tsahal.
Le Réseau Voltaire retrace la filière d’intoxication". L’accès aux résultats de cette enquête du Réseau Voltaire étant payant je n’y suis pas allé mais sur ce qu’est MEMRI (Middle East Media Research Institute) et ses buts déjà le 8 Aout 2002 Brian Whitaker, journaliste au Guardian nous les présentait après enquête.
"Voici la traduction de son article dont le titre était "Selective MEMRI" (http://search.guardian.co.uk)
*Lundi 12 AOUT 2002 :
>Depuis quelque temps je reçois des petits cadeaux de la part d’un institut très généreux ayant son siège au USA. Les cadeaux prennent la forme d’une excellente traduction d’articles de journeaux arabes et l’institut me les envoie par mail tous les quelques jours et ceci sans aucun frais pour moi. Ces mails parviennent aussi à d’innombrables politiciens, universitaires, et journalistes . Les histoires qu’ils contiennent sont en général très interessantes.
Chaque fois que je reçois un de ces mails de L’Institut plusieurs de mes collègues au Guardian les reçoivent aussi et en général ils m’en transmettent des copies -parfois avec une note me suggerant de vérifier la nouvelle et en faire un article .
Quand la note me vient d’un collègue plus agé je me sens le devoir de faire l’article suggéré. Par exemple , la semaine dernière il y avait deux paragraphes d’un article traduit par l’Institut, annonçant qu’un ancien médecin irakien révélait que Saddam Hussein avait personnellement donné l’ordre de couper l’oreille des militaires déserteurs .
L’organisation qui avait fait cette traduction et la diffusait était le MEMRI basé à Washington mais qui venait d’ouvrir récemment des bureaux à Londres , Berlin et Jérusalem.
Son travail est subventionné par les imposables U.S puisqu’il s’agit d’une "organisation indépendante, non partisane et sans but lucratif" , et la loi américaine lui donne un statut de non imposable .
Selon son site web les buts de MEMRI serait de réduire le fossé linguistique entre l’Ouest-où peu de gens parlent l’Arabe - et le Moyen -Orient et ceci grace à des "traductions d’articles signifiants parus dans les medias arabes, Farsi,ou hébreux ". . Malgré ces dispositions très louables plusieurs choses me mettaient mal à l’aise chaque fois que j’étais sollicité de me pencher sur les histoires que MEMRI faisait circuler .
La première c’est que cette organisation était plutot mystérieuse . Son site ne donnait aucune personne à contacter et pas même l’adresse de ses bureaux . La raison de ce secret me dit un ancien employé était "que MEMRI ne voulait pas qu’un kamikaze suicide franchisse un beau matin de Lundi le seuil de ses bureaux (Washington Time , 20 Juin"). Cette excessive précaution me frappa de la part d’un Institut qui ne désirait rien d’autre qu’abattre les barrières linguistiques entre l’Ouest et le Moyen-Orient .
/>La seconde chose, qui me mit mal à l’aise, venait de ce que toutes les histoires que MEMRI avait choisi de traduire répondaient à un même modèle : soit elles donnaient un reflet négatif des Arabes, soit elles encourageaient l’agenda politique israelien. Je n’étais pas le seul à éprouver ce malaise .
Ibrahim Hooper , membre du Conseil pour les Relations Americano Islamiques, a souligné dans le Washington Times que "MEMRI n’avait d’autres fins que de trouver les pires propos qui soient dans le monde musulman et de les diffuser aussi largement que possible " .
MEMRI pourrait arguer, bien sur ! qu’ils ne font celà que pour encourager la modération en donnant de flagrants exemples d’intolérance et d’extrémisme . Mais s’il en était ainsi on pourrait s’attendre à ce qu’il publie - par souci d’impartialité- les articles extrémistes des medias israeliens. Bien que MEMRI se propose de fournir des traductions de propos en provenance des medias hébreux je ne me souviens pas en avoir jamais reçu.
D’autres preuves sur le site web de MEMRI font douter de son statut soit-disant non -partisan. Tout en proclamant son support pour la démocratie libérale, la société civile et le marché libre l’Institut insiste sans cesse sur "l’importance permanente du Sionisme pour le Peuple juif et pour l’Etat d’Israel".
Voilà ce que le web affirme mais les mots sur le sionisme ont été maintenant supprimés. La page d’origine peut cependant être retrouvée dans les archives de l’internet. Les raisons de l’ambiance de secret qui entourent MEMRI deviennent claire si l’on va voir qui est derrière. Le co-fondateur et President de MEMRI et le propriétaire enregistré du site est un Israelien nommé Yigal Carmon. Monsieur -ou plutot le Colonel Carmon-a passé 22 ans dans les services secrets de l’armée israelienne et par la suite a été conseiller au contre-terrorisme sous deux premiers ministres israeliens, Yitzshak Shamir et Yitzak Rabin.
La consultation de l’une des pages d’archives web désormais supprimée nous livre la liste du personnel de MEMRI. Parmi les six personnes nommées, trois -en incluant Carmon- sont décrites comme ayant travaillé dans les services secrets israeliens. Parmis les trois autres, l’un a servi dans le Commandement Nord du Corps d’Artilleriede l’Armée Israelienne, l’un a une carrière universitaire, et le sixième est un ancien comédien intermittent.
La co-fondatrice de MEMRI avec le Colonel Carmon n’est autre que Meyrav Wurmser, qui dirige aussi le Centre pour la Politique du Moyen -Orient (Center for Middle East Policy) à L’Hudson Institute basé à Indianapolis, Centre qui se proclame comme "la première source américaine de recherches appliquées pour un changement politique durable". L’omnipresent Richard Perle, Président du Conseil d’Administration de la Politique de Défense du Pentagone, vient d’entrer au Conseil d’ Administration de l’Hudson Institute . Madame Wurmser est l’auteur d’un travail universitaire intitulée"Israel peut-il survivre au Post-Sionisme"dans lequel elle argumente le fait que "l’aile gauche des intellectuels israeliens est plus qu’une menace passagère pour l’Etat d’Israel du fait qu’elle sape son ame et réduit sa volonté de se défendre ". De plus madame Wurmser est diplomée, internationalement reconnue, elle inspire et informe les orateurs parlant du Moyen-Orient et "sa présence à un débat radiodiffusé ou telévisé en fait un évènement unique " si l’on en croit le Benador Associé loue souvent ses services.
Personne , pour autant que je sache, ne discute la précision des traductions de MEMRI, mais il y a d’autres raisons pour s’inquiéter de ses productions . L’article qui circulait la semaine dernière sur Saddam Hussein faisant couper les oreilles des gens était un extrait d’un article plus long publié dans le journal pan-arabe Al Ayat et écrit par Adil Awadh qui proclamait en avoir eu connaissance le premier . C’était une sorte de récit de la brutalité irakienne que les journaux allaient reproduire sans vérification, en ces moments de fièvre guerrière. Celà aurait pu être vraie mais se devait d’être traité avec un minimum de prudence . Monsieur Awadh n’était pas ce que l’on appelle une figure indépendante . Il est , ou du moins il fut , un membre de la Coalition Nationale Irakienne, groupe d’opposition en exil soutenu par les USA. Selon un reportage du Washington Post de1998 sa proclamation sur les amputation faisait partie des conditions exigées pour qu’il obtienne asile politique aux USA. A une époque ,il fut un des six Irakiens arêtés aux USA pour suspicion de terrorisme ou d’espionnage et dut démontrer que les américains se trompaient dans leurs accusations.
Au début de cette année MEMRI marqua des points en réussissant deux coups propagandistes significatifs contre l’Arabie Saoudite. La première fut la traduction de l’article d’un journal d’Arabie Saoudite écrit par un chroniqueur qui avait écrit que les juifs se servaient du sang d’enfants Chrétiens et Musulman pour les patisseries de la fête religieuse de Pourim . Le chroniqueur , professeur d’université semblait se calquer sur un mythe antisémite datant du moyen-age. Ce que celà démontrait avant tout c’est l’ignorance de beaucoup d’Arabes -même hautement éduqués-sur ce qu’est Le Judaisme et Israel et leur propension à croire les histoires les plus ridicules . Mais MEMRI proclama en outre que le Journal était un "journal gouvernemental de l’Arabie Saoudite" -en fait il appartenait à un propriétair privé-ce quiimpliquait que l’article était officiellement approuvé. L’éditeur de Al Riyad affirma qu’il n’avait pas vu l’article avant sa publication du fait qu’il était à l’étranger . Il s’excusa sans hésiter et licencia son chroniqueur sur le champ mais le mal avait été fait . L’autre succès de MEMRI survint un mois plus tard quand l’Ambassadeur de l’Arabie Saoudite à Londres écrivitun poème "Les Martyres " -sur un jeune homme Kamikaze suicide qui fut publié dans le journal Al Hayat. MEMRI envoya des extraits traduits de ce poème décrit comme un éloge des kamikazes suicides Ce qu’est ce poème donne matière à interprétations . Il peut être aussi bien lu comme une condamnation de l’incapacité des gouvernements arabes , mais ce fut l’interprétation de MEMRI qui fut d’emblée diffusé sans interrogations par les mesdias occidentaux .
Ces incidents concernant l’Arabie Saoudite ne sont pas à prendre de façon isolés . Ils font partie de l’entreprise d’une campagne d’accusation du Royaume Arabe Unie et vise à persuader les USA à le traiter comme un ennemi plutot que comme un allié. C’est une campagne qu’ Israel et les NeoConservateurs Américains ont commencé au début de cette année, sur la base d’instructions bizarres initiés par le Pentagone- alors que Richard Perle venait d’y être investi depuis un mois.
Pour ceux qui lisent régulièrement les journaux arabes il est clair que les termes soulignés par MEMRI ont plus à voir avec l’agenda de cette campagne et ne représentent que peu le contenu général de la presse arabe . Le danger c’est que de nombreux sénateurs, députés, les agents d’opinions ne lisant pas l’Arabe et recevant les e-mails de MEMRI finissent par penser que ces exemples extrêmistes ne sont pas seulement représentatifs mais de plus reflètent la politique des gouvernements arabes. Le Colonel Carmon de MEMRI semble impatient de les ancrer dans cette croyance . A Washington, en Avril dernier, comme en témoigne son rapport sur les medias arabes à la Commission des Relations Internationales medias présentés comme un système d’endocrination à large échelle , sponsorisé par les gouvernements arabes . "Les medias sous le controle des gouvernements arabes vehiculent la haine de l’Ouest et en particulier des USA. " dit-il. Avant le 11 Septembre on y trouvait des articles qui soutenaient ouvertement ou même en appelaient à des attaques terroristes contre les Etats Unis . ...." "Les Etats Unis sont parfois comparés à l’Allemagne Nazi, Bush à Hitler , et Guantanamo à AUschwitz" dit-il Pour ce qui concerne Al -Jazeera, la chaine satellite arabe,il ajouta que " la majorité de ses invités et de ses intervenants étaient typiquement anti-americain et antisémites".
Malheureusement c’est sur la base de ces hativess généralisations que la plus grande part de la politique américaine étrangère est aujourd’hui construite.
Pour autant que les relations de l’Ouest et du monde arabe sont concernés la langue est une barrière qui perpétue l’ignorance et peut précipiter les malentendus . Ceci amène un petit groupe d’activistes israeliens à exploiter cette barrière à ses propres fins et à changer la perceptiondes Arabes dans le sens du pire .
Il n’est pas difficile de voir ce que les arabes pourraient faire pour contrer celà . Des groupes de Compagnies de medias arabes pourraient s’associer et publier eumême des traductions d’articles reflétant plus justement le contenu de leur journaux . Celà ne serait pas au-delà de leur moyens . Mais comme toujours ne préfèreront ils pas ne rien faire et rouspèter contre les machinations des retraités des services secrets israelien.
Brian Whitaker : dans Guardian *

 

NOTE: Highlighted text indicates parts edited out by MEMRI with ellipses.

RUSH transcript

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: Thank you for having me.

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: The main reason I wrote the book is because I thought that the Nazi holocaust was being exploited by Israel and its supporters in the United States against the Palestinians and against basic principles of justice. That is, the Nazi holocaust is being used as a political weapon in order to silence criticism of Israeli policies in the Occupied Territories. There were also other reasons for writing the book. Obviously, there was a personal reason, namely my parents passed through the Nazi holocaust. Every member of their families was exterminated during the war and I felt it was important to accurately represent what happened to them during the Nazi holocaust. As for my credibility, I think that one should apply to everybody a single standard, namely evaluate the evidence, evaluate the argument. If the evidence is valid, if the argument seems reasonable, then your credibility is good. If the evidence seems weak, if the argument seems unreasonable, then your credibility is bad. I don't think it has much to do with whether or not you're a Jew.

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: My book is not really about the Nazi holocaust. There are very excellent historians who have done very excellent research on the subject. My book is mostly about the misuse or exploitation of the Nazi holocaust for political purposes. The main claims I make in the book are, first of all, that the notion of Holocaust uniqueness - that is, no group of people in the history of humankind has suffered the way Jews have suffered - has no basis in historical fact and is an immoral doctrine because it ranks human suffering, saying some suffering is better and some suffering is worse. The main purpose of this claim of Holocaust uniqueness is to immunize, to protect, Israel from criticism. The doctrine says: Because Jews have suffered uniquely, Israel should not be held to the same moral and legal standards as other peoples. The other point I examine in the book is the claim that "the whole world wanted to kill the Jews" and that's why the Nazi holocaust happened. The main argument I make in the book is that there's no evidence that the whole world wanted to kill the Jews. A very excellent formulation statement was that by the British historian Ian Kershaw. Kershaw wrote in one of his books, "the road to Auschwitz" - the Nazi concentration and death camp - "was built on hate but paved with indifference." I think that's the important lesson. There were a handful of fanatics who were driven by hate but it was the indifference of most of the world that enabled the fanatics to get their way.

00:06:00

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: Yes, that's the quote I began my book with. [translation pause]

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: Well, one of the points I make in the book is that there has been a gross inflation of the number of survivors. In fact, as all serious historians have shown, Hitler's extermination of the Jews was very efficient, it was like a factory, an assembly line: Jews were processed to be murdered. When you have such an efficient system there can't be very many survivors. In fact, the best estimates show that by May, 1945, that is, at the end of World War II, about 100,000 Jews had survived the concentration camps, the ghettos and the labor camps. If 100,000 Jews survived the camps and ghettos in 1945, then 60 years later, roughly around now, there can't be more than a few thousand survivors still alive. But the Holocaust industry wanted to blackmail Europe in order to get compensation monies. And in order to blackmail Europe, they said there were hundreds of thousands, even over a million, needy Holocaust victims who were still alive. They inflated the number of survivors in order to blackmail Europe. But by inflating the number of survivors, they ended up diminishing the number of victims. They are the real Holocaust deniers.

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: I think there is a lot of misunderstanding on that topic. From the founding of Israel after World War II until June 1967 American Jews had very little interest in Israel. This was because American Jews wanted to succeed in American life. They were afraid that they would be charged with being loyal to another State, that is, the Jewish state of Israel. And so, they kept their distance from Israel because their interest was to succeed in America. After June 1967, when Israel became America's strategic outpost in the Middle East, it was only then, when it was safe and even beneficial to be pro-Israel, that American Jews became pro-Israel. It is incorrect to believe that American Jews were pro-Israel before they were pro-American. The first loyalty of American Jews has been to the state where they enjoy their power and their privilege, that is, the United States. Israel only came later when it was safe and profitable to be pro-Israel.

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: You must remember that the United States' main ally after World War II, its main ally in Europe was, Germany, West Germany, the Federal Republic of Germany. And many leaders of the Federal Republic of Germany and many members of the German elite had been members of the Nazi elites. And so you were not allowed to mention the Nazi holocaust because that was seen as undermining, as jeopardizing, the US-German relationship because it was reminding people of what these very same Germans had done just a few years earlier. So all talk of the Nazi holocaust was a taboo in American life. You weren't allowed to talk about it. For example, when I was growing up in the 1950s and the 1960s I used to hang out with a very smart crowd of people. I wasn't as smart as them, but I liked to be around smart people. People who are prominent professors, prominent in the professions, in medicine and law. Now, my friends and I, we talked politics, we talked history but I can tell you for certain that none of them ever asked me any questions about my parents. Even though both of them were survivors of the Nazi holocaust. No one back then was interested in the topic.

00:14:40

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: No I do not. I do not believe that the Nazi holocaust is unique and I do not believe that the suffering of Jews is unique. I think there's no basis in the historical argument for the uniqueness of the Nazi holocaust. There are aspects, features of the Nazi holocaust, that are unique, just as there are aspects and features of other genocides that are unique but that does not mean the Nazi holocaust belongs in a separate category, apart from all the other sufferings in the history of human kind. I do not agree with that. On a moral level it's simply an abomination to rank suffering and say "one people has suffered more than another." How can you say it's more painful to die in a gas chamber than it is to die when your flesh is incinerated by napalm? Who is to decide which is a more painful suffering? That I think is absurd. The claim of unique suffering was used by Jews...

00:17:20

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: Yes, I think there is something wrong when the United States has a museum devoted to what Germany did to the Jews but it does not have any museum devoted to what America did to its native population, the expulsion and extermination of the Native Americans. It does not have a museum devoted to what was done to Africans brought over here as slaves, yet it has a museum about what happened in Europe. What would Americans think if Germany, in its capital, were to create a museum commemorating slavery in the United States, commemorating the extermination of Native Americans but had no museum devoted to the Nazi holocaust. Of course, Americans would say "that's pure hypocrisy." Well, we are now guilty of the same hypocrisy. 00:19:00

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: What I said was, quoting from an Israeli newspaper, that whenever Israel commits atrocities it is able to mobilize all of its supporters in the United States, including the Holocaust Museum and including all of the organizations which are devoted to the Holocaust, it is able to mobilize all of these organizations in order to silence criticism of Israeli atrocities, and that's what happened after the Qana massacre [in 1996 – ed.], and that's what always happens. I can give you an example from this past week. There is a very big church called the Presbyterians and two years ago the Presbyterians passed a resolution which said it would not invest in companies that profit from Israel's occupation of the West Bank and Gaza. The Jewish organizations got very angry. They started to say -- this Presbyterian resolution is just like the Holocaust, the Nazis boycotted Jewish businesses and now the Presbyterian Church is boycotting Israel economically. And this past week the Presbyterians were meeting again in Burmingham, Alabama to discuss whether to take back the resolution. I attended the convention to urge the Presbyterians to stay with the resolution. Do not take it back. But then all of these Rabbis and Jewish organizations, they came to the convention, and they talked on and on, that this resolution is the Holocaust all over again, it's another attack on the Jews, just like Hitler, and that's how they use the Nazi holocaust as a weapon. Just like they did after the Qana massacre. That's how they use it as a weapon to silence criticism of Israel's immoral and illegal policies against the Palestinians and the Lebanese people.

00:23:00

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: I think it's important to separate the two issues. Number 1, there is the issue of the truth of the Nazi holocaust. In my opinion, rational people will not debate whether the Nazi holocaust happened. Of course the Nazi holocaust happened. It was a colossal crime that was committed against Jews, against Gypsies, against the handicapped, against many peoples. Among those people were the crimes committed, colossal crimes, against the Jews. Roughly speaking, you can say between 5 and 5 1/2 million Jews were exterminated during World War 2. That's the factual question and rational people, reasonable people, will not debate the factual question. But then there is a second question, the political question, namely, the use to which the Nazi holocaust has been put. Is the Nazi holocaust being used as a way of enlightening people about human suffering and about crimes committed against innocent people? Or is the Nazi holocaust being used to confuse people and to deny crimes which are being committed now by Jews? That's a political question and we shouldn't confuse the two. There are many people unfortunately who, because Israel has misused the Nazi holocaust, exploited the Nazi holocaust, they have decided to deny the Nazi holocaust ever happened. Now, to me, that's foolish. You can't deny facts. It happened. It was horrific. What you should do, in my opinion, is to expose the wrong purposes, the evil purposes to which these facts are being put. That's a separate question.

00:27:40

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: There is no evidence at all that Swiss banks ever kept billions of dollars that belonged to Jews during World War II or before World War II. The basic facts are these. Number 1, most Jews before World War II were very, very poor. They lived in little villages in Eastern Europe. The villages were called shtetls. Most Jews were poor. Number 2, beginning in the early 1930s there was a worldwide depression, which means, even if you had money, you lost it during the depression. Number 3, if you had the money and you kept it, then you managed to escape during the Nazi holocaust. That's one of the advantages to being rich. You have enough money to buy your way out. So those Jews who had money and kept it after the Depression, they used the money to get out and then they withdrew their money from the banks after the war. When you add those 3 facts up: #1, most Jews were poor, #2, there is a depression, and #3, the rich Jews escaped, which means logically there could not have been very much Jewish money in the Swiss banks. This was all made up by the Holocaust blackmailers.

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: The Swiss acknowledged 30 million dollars, and in fact, according to my own estimates based on the evidence, it couldn't have been more than 60 million dollars. But the Holocaust industry was able to get 1 1/2billion dollars from the Swiss banks. It was pure robbery. Let me make one other point. The Holocaust industry claimed it was demanding the money for what it called needy Holocaust victims but the victims never saw the money. Once these organizations got the 1.5 billion dollars, the organizations kept the money for themselves. It was not for the victims. These organizations don't care about the victims of the Nazi holocaust just as they never cared about the Nazi holocaust itself. It's a useful weapon. It was a good political weapon and then they discovered in the 1990s it was a wonderful economic weapon to blackmail Europe. They went after Switzerland because Switzerland was politically very weak. It had Swiss banks but it had no political power.

00:33:00

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: Switzerland had economic relations with Germany during the war, it was involved in transactions with Germany during the war. Some were legal, some were not legal, they behaved like every other power would. Remember that the United States did not enter WW2 until 1941, after the Japanese attack on Pearl Harbor. Up until 1941 the United States banks also had relations with the Germans. That's the way big powers operate. The Swiss were no different. The record of the Swiss is no better and no worse than any other country. There were Jews who sent money to American banks. Those Jews died. The American banks never returned the money. There were many Jews who sent money to Jewish banks, Zionist banks in Palestine. Till this day, as we speak right now, the Israeli banks refuse to return the money to the relatives of those Jews who deposited money and died. The Swiss paid up in 1998. It's nearly 10 years later, the Israeli banks, Bank Leumi, will not pay back anything.

00:36:00

Questioner: [Arabic, translation coming soon] [translation pause]

Finkelstein: There is no evidence, as I said before, that much money was deposited in Swiss banks and there is no evidence that the Swiss bankers behaved any differently than the American bankers or the Israeli bankers. What happened in the 1990s was that among the main backers of former President Clinton, among the main backers of the Democratic Party, were powerful Jews like Edgar Bronfman, the president of the World Jewish Congress. Basically, a deal was made between people like Bronfman and President Clinton -- we will support you for president if in return you will support some of our activities.




5 c'est à la bêtise que je suis allergique...c'est dire si je t'aime....
bon assez ri, c'est drôle, mais je perds mon temps...

14:30 Écrit par eric blair dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

18/11/2006

so long...

ma femme regarde la star ac, la télé de ma chambre est en rade(donc plus de console...), désolé, mais quelqu'un doit payer....

donc, après une discution sur le conflit israélo-palestinien (ou plutôt sur l'agression et l'occupation israélienne) pendant laquelle tu me reproches de ne pas être assez "sensible" aux arguments israéliens (que tu relais comme tes maîtres te l'ont si bien appris...) et où tu, comme d'hab, revient sur mon antisémitisme supposé, je poste deux articles, choisis au hasard(ce n'est pas ça qui manque), remplis de FAITS contredisant allègrement ta propagande de mini-finkie...

et là, que fais-tu, tu REPARTS sur l'"antisémitisme" (qui rempli un peu la même fonction dans le conflit israélo-palestinien que le "communisme" pendant les guerres de libérations du tiers-monde ou les tentatives d'avancées sociales...comme par hasard...)....et là, évidement, c'est MOI qui essaye de "détourner" la conversation...maîtrise parfaite de la technique utilisée en permanence par tes maîtres (sur Chomsky, Said, Finkelstein, Vidal, bref tout ceux qui veulent en rester au faits...)...chapeau bas...technique utilisée par ces MEME maîtres pour disqualifier toute prise de position "communiste"....un classique...cfr. nos blogs...

évidemment, à l'oral, sans ton wikipédia (qui est un peu le pansement qui colmate les brêches de ton inculture...on a les références qu'on peut...), cfr. ta REMARQUABLE analyse de la révolution française...tu bafouilles, tu baisses les yeux, comme A CHAQUE FOIS...

je t'immaginais tout à l'heure au téléphone, devant la page palestine de wikipédia:" oui, bon quaeps, la palestine, c'est un pays?, et les juifs, ils sont là depuis quand?"...pour quelqu'un qui n'avait jamais entendu parler de la déclaration Balfour...

sans oublier les FAITS:

1 il y a deux ans, nous ne discutions JAMAIS de politique, JAMAIS, à l'époque, j'étais déjà à fond dedans(depuis 2000 en fait) et je me régalais donc à écouter mes amis donner à l'occasion leur avis sur tel ou tel évènement....j'étais consterné, et c'est d'ailleurs pour ça que je ne faisais de prosélitisme(j'ai une fois prêté un michael moore à christian daneels, mais jamais je n'ai parlé de mes opinions et lectures avec toi ni avec qui que ce soit d'autres...)
je suis aller en ville avec toi des centaines de fois, et JAMAIS je ne t'ai vu acheter un livre, parcourir le rayon librairie de la FNAC(comme je m'amuse à te voir le faire maintenant...)

je me suis aussi beaucoup amusé, aux premiers jours de nos discutions, à te demander où et comment tu avais acquis toute ces belles certitudes, à te voir te retourner les méninges pour trouver le nom d'un auteur ou d'un livre qui ferait l'affaire, mais non, RIEN, enfin, si Cronin, j'en ris encore....

sans oublier tes favoris internet...VIDE, complètement vide, je l'ai vérifié moi-même, chez toi, le jour où tu m'as dis "j'ai trouvé la constitution, viens donc me dire ce que tu n'aimes pas..."....

quand je les vois maintenant, sous leur appelations "politique" et "culture"....j'en ris encore...

sans oublier, plaisir suprême, t'entendre parler de Chomsky, Said, Finkelstein, Vidal, Ramonet, Jennar, etc,etc...dont tu n'avais JAMAIS entendu parler il y deux ans(et pour cause, où et comment?)...je jubile...

un truc super aussi, c'était de te voir courrir à la fnac et revenir avec une série de livre...arrabal(bon, Cuba, c'est fait...), barnier(l'Europe, c'est fait...), un livre sur les Khmers(le communisme, c'est fait...), un chomsky(histoire de savoir qui est ce monsieur)...livre qui ont en commun plusieurs chose, ils sont court (donc vite lu, genre "prêt à penser) et leur titre sont souvent évocateur, une presque constante dans tes futures lectures (la maladie de l'islam, lettre à franco, etc...), ce qui te vaudra une bonne leçon...humm.."logique du terrorisme", "c'est bon, c'est court, j'espère que ça parle des arabes"...et boum, jean vient d'acheter un livre qui explique le 11/09 sous l'angle du complot et qui acrédite la thèse de Meyssan sur les attentats du 11/09...un complot(d'ailleurs, pour bounan, tout est complot...), et il s'en rends à peine compte...c'est pas formidable ça....

sans oublier ton flair légendaire....un livre d'histoire, je prends Remond (l'historien officiel de la droite, et sans le savoir en plus...chapeau..), un Revel (Monsieur anticommunisme...LE maître), etc...

parfois, les erreurs arrivent...mais bon, il suffit de :"Bruno Etienne raconte n'importe quoi, "la france est le seul pays laic d'europe"(ou je ne sais plus quoi)...etc...

que de moment de bonheur...

puis ton blog, sur lequel tu m'as bien piégé je l'avoue, qui t'a permit de discuter avec moi en te donnant l'épaisseur dont tu manquais(c'est une image...):et une étudiante en histoire parente avec des ex-communistes, et un chauffeur du tec(utile dans une conversation sur le sujet

ton second blog, ridicule, vraiment, décevant même, tu t'es sûrement dis, je vais lui refaire, il sera consterné....

un libanais, anglophone(Bakunin), pas religieux(voir ses liens Jihad), le nom de son blog(un anarchiste, tiens, tiens...), la devise(celle de l'Huma...pour un anarchiste, pas mal...), son blog est sur overblog, il arrive sur mon blog(skynetblog), le JOUR même où il débute le sien...et il m'aime, et il me trouve(alors que jusqu'ici...pas grand monde...), et TU parles sans arrêt de chose qu'IL poste(encore hier, le protocole, hier finkelstein, etc...), et tu le mets DIRECTEMENT en lien...et il se sert du MEMRI, du reseau voltaire, de rezo, etc...

par pitié, tu sais, je sais, tu sais que je le sais...

mais malgré tout ça, tu n'as pas changé:il y a deux an, tu étais: anticommuniste, anticastriste, groupie de l'Europe, attaché à la "sécurité" d'Israel, libéral tendance bolkenstein, prêt à débusquer ces islamistes qui veulent "nous imposer leur islam de cinglé"...hier, tu ne savais pas POURQUOI tu pensais ça, c'était naturel(TINA), depuis deux ans, tu as du justifier tes prises de positions(les changer aurait été bien trop humiliant...), et pour ça, pas trente-six solutions, il faut aller chercher les justifications chez ceux qui tirent avantages de la situation actuelle...cfr. tes maîtres...

mais si mon parcourt n'explique en rien mes convictions(ma famille pense comme toi, St Hadelin et les rivageois ne sont pas précisément des haut lieux de politisation radicales, mes amis proches tu les connais...mes collègues, il vaut mieux pas, etc...), il faut te faire un aveu...le HASARD y est pour beaucoup...un boulot avec plein de temps libre, un bouquin qui me titille ("Dégraisser-moi ça de Michael Moore dont on commençait à parler dans...Première), puis un deuxième, un troisième...etc...

et voilà comment quelqu'un qui pensait EXACTEMENT les mêmes choses que toi il y a 6 ans est devenu un marxiste antisémite souteneur de dictature....

la vérité, et c'est ma conclusion, c'est que si tu étais venu me trouver il y a 6 ans pour m'expliquer ce que j'ai tenté de t'expliquer, j'aurais, j'en suis SUR, eu la même réaction que toi...la défense...

c'est, je crois, pour cette raison, maintenant que tu es lancé(uniquement grâce à moi, dois-je encore le repréciser et me jetter des fleurs...) que tu dois réfléchir seul...pas contre quelqu'un...je suis un obstacle, je m'en rends compte...et c'est pourquoi, je le jure maintenant sur ta tête, il faut définitivement banir la politique de nos discutions...stérile...et inutile...so long...

11:31 Écrit par eric blair dans Général | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

02/11/2006

jean val tilkin...suite et fin...

 

Répondant à l’article de Xavier Ternisien "Salir un homme", paru le mardi 23 décembre sur oumma.com, les responsables de la revue ProChoix, Caroline FOUREST et Fiammetta VENNER, prétendent disqualifier la mise au point du journaliste du Monde, en délégitimant le support qui l’a publiée. Oumma.com se voit ainsi traité de « site ouvertement islamiste et pro-Ramadan ». Visiblement à court d’arguments, Pro Choix a sorti de son chapeau le mot magique « islamiste », censé susciter immédiatement chez le lecteur le terrifiant amalgame entre islam et terroriste. Cette accusation risible est d’autant plus surprenante de la part de ProChoix qu’une des animatrices de cette revue, Fiammetta VENNER, a rencontré un des membres du site oumma.com, Saïd Branine, et s’est entretenu avec lui à plusieurs reprises au téléphone. Mme VENNER lui a par la suite remis un exemplaire de son ouvrage, écrit en commun avec Caroline FOUREST "TIRS CROISÉS, La laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman", au cours d’une rencontre d’une grande courtoisie. En accord avec Fiammetta VENNER, qui était particulièrement enthousiaste, il a été convenu de faire paraître un compte rendu du livre sur oumma.com, ainsi qu’un entretien de Fiammetta VENNER sur OummaTV. A cette date, Oumma.com n’était pas considéré comme "islamiste" par Pro-Choix ! La question est de savoir si, pour les responsables de ProChoix, Oumma devient subitement un site "islamiste", dès lors que la promotion de leur ouvrage n’y est pas relayée comme elles le souhaitent...


Par Bruno Etienne, Franck Fregosi, Jean Baubérot, Raphaël Liogier, Vincent Geisser
mardi 25 avril 2006


Le choix du jury du livre politique de l’Assemblée nationale s’est porté en 2006 sur l’ouvrage de Caroline Fourest (La Tentation obscurantiste, Grasset, 2005). Ce choix ne peut manquer de laisser pantois les chercheurs en sciences sociales, politologues, historiens, universitaires qui ont la faiblesse de considérer que l’intelligibilité de notre société, le présent comme le futur de ses rapports avec d’autres cultures, notamment musulmanes, mais pas uniquement, requièrent une analyse minutieuse, un investissement effectif dans la complexité du terrain.

L’intérêt des analyses divergentes d’un phénomène politique complexe et multiple dans ses expressions (l’islamisme) reposant sur des méthodes d’investigation rigoureuses, n’est évidemment pas en cause. Cette diversité de vues est éminemment souhaitable. Elle fait partie intégrante de nos ambitions scientifiques quotidiennes. Et nous sommes trop viscéralement attachés à la liberté de la recherche pour contester à qui que ce soit le droit de penser autrement. Le problème tient bien à l’intronisation officielle accordée à un pamphlet qui s’érige frauduleusement en argumentaire rationnel, alors qu’il ne repose que sur le trafic des émotions, des peurs, permettant d’ânonner des lieux communs sur l’islam et les musulmans.

Des philosophes autoproclamés, des essayistes, ont entrepris, depuis quelques années, sous couvert de la "défense des Lumières" de la laïcité, de condamner ceux qui refusent de se plier au moule de leurs catégories sectaires. Ils jettent en pâture des listes de personnes accusées de "trahir les idéaux de la République" et d’être les "faire-valoir du radicalisme islamique". L’ouvrage de M me Fourest appartient à ce triste genre littéraire.

Ce tour de passe-passe essayiste consiste à disqualifier comme "islamiste", c’est-à-dire comme un danger social, tout musulman refusant de se démarquer explicitement de son appartenance religieuse. Il considère comme complices tous ceux qui refusent le simplisme de ces qualifications. La vieille rhétorique conspirationniste des élites intellectuelles contre la France est remise au goût du jour. Et, sous les habits du "progressisme", elle s’abreuve ainsi au mythe de l’anti-France.

Ceux qui prétendent que la réalité de l’islam politique dans le monde musulman n’est accessible que par l’analyse de paramètres multiples observés dans les dynamiques locales (régimes corrompus, démocratisation avortée, répression aveugle...) et internationales (mondialisation libérale, conflit israélo-palestinien, invasion de l’Irak, appétits pétroliers du monde occidental...) et refusent l’amalgame "criminogène" de l’islam sont mis à l’index par le tribunal des raccourcis et de l’invective gratuite.

On a longtemps fustigé les partisans du cosmopolitisme. Aujourd’hui, on dénonce la cinquième colonne de ceux qui, à propos de l’islam et des musulmans, refusent le sens commun. Pierre Bourdieu a en son temps forgé, pour cette catégorie de philosophes autoproclamés plus prompts à flatter les ventres pleins de préjugés qu’à nourrir les cerveaux, la catégorie d’ "intellectuel négatif".

La "méthode" (éminemment non scientifique) de sélection de la "vérité" consiste à prendre pour pertinent un discours caricatural, inquisitorial, pamphlétaire, truffé de préjugés, accessoirement d’erreurs, et essentiellement destiné à dénoncer les "autres" : musulmans, islamologues refusant de se soumettre au sens commun, journalistes, hommes politiques, militants antiracistes, laïques pragmatiques.

Bien moins que la paix sociale, cette désignation de l’autre (et accessoirement de "sa" religion) permet d’éviter d’assumer ses propres turpitudes, ses propres préjugés. Elle permet d’éluder la question des alliances surprenantes entre les héros (hérauts) d’un républicanisme forcené et les nostalgiques d’une France éternellement monoconfessionnelle et mono-ethnique. Elle permet d’exploiter tranquillement, et avec la bonne conscience de la morale pseudo-universaliste, le vieux fonds de commerce de la peur de l’autre.

Pour pouvoir comprendre un phénomène, encore faut-il chercher sérieusement, étudier les composantes et les causes historiques, sociales, économiques qui ont favorisé sa percée, son essor et ses mutations. Et analyser scientifiquement - il faut le répéter en ces temps d’obscurantisme et de délation - ne vaut ni adhésion ni rejet, y compris pour l’islam ! A l’inverse, les grandes vues eschatologiques et condamnatoires, aucunement fondées sur la connaissance du terrain, comme pour ne pas s’en trouver souillé, relèvent de la passion, que ce soit l’attachement excessif ou, comme dans le cas qui nous intéresse, l’antipathie aveugle.

Au Moyen Age, l’Eglise refusait au chercheur le droit de disséquer le corps humain, de relativiser son fonctionnement : elle imposait la méconnaissance.

Si tentation obscurantiste il y a, elle est parfaitement incarnée aujourd’hui par la haine viscérale de la connaissance scientifique qui se manifeste depuis quelques années à travers des essais comme celui de Caroline Fourest. En tout cas, et pour finir, nous aurions attendu du livre politique de l’année, peut-être avec trop de naïveté, qu’il invite à réfléchir les évidences, les clichés, et non à les intérioriser plus encore.

*Ce texte qui est paru dans le journal le Monde en date du 18 avil 2006 a été publié sur oumma.com avec l’accord des auteurs.


15:32 Écrit par eric blair dans Général | Lien permanent | Commentaires (25) |  Facebook |

06/03/2006

épilogue de circonstance...Jean Val Tilkin...

19 novembre 1997Mercredi 19 novembre 1997, sous le titre «Les perroquets du pouvoir», Philippe Val consacrait la quasi-intégralité de son éditorial de Charlie Hebdo à l’enthousiasme délirant que lui inspirait la parution des Nouveaux chiens de garde de Serge Halimi. Il y évoquait les «BHL, Giesbert, Ockrent, Sinclair», etc., tous «voguant dans la même croisière de milliardaires qui s’amusent», et qui «n’ont aucune envie de voir tarir le fleuve de privilèges qui prend sa source dans leurs connivences ou leurs compromissions». Il jugeait certains passages «à hurler de rire», en particulier le chapitre «Les amis de Bernard-Henri», qu’il conseillait de «lire à haute voix entre copains».

27 mai 1998Six mois plus tard, mercredi 27 mai 1998, sous le titre «BHL, l’Aimé Jacquet de la pensée» (c’était juste avant la Coupe du monde de football), il volait encore au secours du livre de Halimi, contre lequel toute la presse n’en finissait plus de se déchaîner. Il épinglait le chroniqueur du Point pour avoir, dans son «Bloc-notes», assimilé Bourdieu à Le Pen. Et le futur défenseur du «oui» à la Constitution européenne se désolait: «Penser que le désir d’Europe sociale des uns est de même nature que le refus nationaliste de l’Europe des lepénistes ne grandit pas le penseur…» (En 2005, Philippe Val comparerait l’attitude des partisans du «non» à celle de Fabien Barthez crachant sur l’arbitre.)

Mercredi 1er mars 2006. Continuant d’exploiter le filon providentiel des caricatures danoises, Charlie Hebdo publie à grand fracas un «Manifeste des Douze» (hou, hou! morte de rire!) intitulé «Ensemble contre le totalitarisme islamique» (sur la prolifération actuelle du mot «ensemble» et sa signification, lire l’analyse d’Eric Hazan dans LQR, La propagande du quotidien, qui vient de paraître chez Raisons d’agir), signé notamment par Philippe Val, Caroline Fourest (auteure de best-sellers sur la menace islamique et membre de la rédaction de Charlie Hebdo), Salman Rushdie, Taslima Nasreen, et… Bernard-Henri Lévy. «L’Aimé Jacquet de la pensée» a droit, comme les autres signataires, à sa notice biographique (moins longue que celle de Caroline Fourest, quand même, hein! Faut pas déconner!), qui commence ainsi: «Philosophe français, né en Algérie, engagé contre tous les «ismes» du XXe siècle (fascisme, antisémitisme, totalitarisme et terrorisme).» Ce coup des «ismes», le journal nous le refait dans son «manifeste» foireux, qui semble avoir été torché en cinq minutes sur un coin de table en mettant bout à bout tous les mots creux et pompeux dont se gargarisent en boucle, sur les ondes et dans la presse, les «perroquets du pouvoir»: «Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire: l’islamisme.»

Les opprimés ont une manière
tout à fait malséante
d’exprimer leur désespoir

Il en manque pas mal, des «ismes», dans cette liste: colonialisme, impérialisme, racisme, libéralisme… Autant de notions qui, à une époque, avaient pourtant droit de cité dans les colonnes de Charlie. Balayer d’un revers de main, ou ne même pas voir, depuis son pavillon cossu de la banlieue parisienne, les conditions de vie et les spoliations subies par les perdants du nouvel ordre mondial; s’incommoder de ce que les opprimés, décidément, aient une manière tout à fait malséante d’exprimer leur désespoir, et ne plus s’incommoder QUE de cela; inverser les causes et les conséquences de leur radicalisation (il n’y a pas d’attentats en Israël parce qu’il y a une occupation, mais il y a une occupation parce qu’il y a des attentats), et, au passage, accorder sa bénédiction à la persistance de toutes les injustices qui empoisonnent le monde; parer l’Occident de toutes les vertus et l’absoudre de tous ses torts ou ses crimes: non, il fut un temps où on n’aurait jamais trouvé  dans ce journal une pensée aussi odieuse.

2 septembre 1998Mais c’était à une époque où Charlie vivait et prospérait en marge du microcosme médiatique, qu’il ne fréquentait pas, et qu’il narguait de sa liberté de ton et de ses finances florissantes – quand il ne lui adressait pas de splendides bras d’honneur. L’équipe, dans sa grande majorité, se satisfaisait parfaitement de cette situation…. Mais pas Philippe Val, à qui la reconnaissance du méprisable ramassis de gauchistes que constituait à ses yeux le lectorat du journal suffisait de moins en moins – avant de finir par carrément l’insupporter. Son besoin de voir sa notoriété se traduire en surface médiatique devait le pousser d’abord à nouer un partenariat avec Libération, en convenant d’un échange d’encarts publicitaires entre les deux journaux. Pour justifier la chose aux yeux d’un lectorat très hostile à la publicité, il se livra à des contorsions rhétoriques dont la mauvaise foi fut impitoyablement disséquée par Arno sur Uzine («Charlie se fait cobrander», 10 janvier 2001).

Philippe Val, qui, par un hasard facétieux, venait justement d’être connecté à Internet, tomba sur l’article, et piqua une crise de rage dont ses collaborateurs se souviennent encore. Le mercredi suivant (17 janvier 2001), les lecteurs de Charlie purent découvrir un édito incendiaire intitulé: «Internet, la Kommandantur libérale», qui fut suivi d’un autre, tout aussi virulent, quinze jours plus tard. On y lisait notamment que, si Internet avait existé en 1942, «les résistants auraient tous été exterminés en six mois, et on pourrait multiplier par trois les victimes des camps de concentration et d'extermination». Il faut le savoir: contredire Philippe Val est aussi grave qu’envoyer un résistant en camp de concentration. Bien sûr, le «Kim Il-Sung de la rue de Turbigo», comme le surnomme aimablement PLPL, ne faisait nulle part mention de l’article d’Arno (il expliquait avoir choisi de traiter ce sujet cette semaine-là parce qu’on lui demandait souvent pourquoi Charlie n’avait pas de site!), et ne précisait pas que la seule forme de négationnisme à laquelle il avait été personnellement confronté dans ce repaire de nazis virtuel ne remettait en cause que son propre génie.

Flatter les plus bas instincts des masses
tout en se prenant pour Jean Moulin

S’étant peu à peu aliéné son lectorat d’origine, et ayant vu ses ventes baisser dangereusement, Charlie Hebdo en est désormais réduit, pour exister, à multiplier les coups de pub aussi lucratifs qu’insignifiants et à développer le «cobranding» tous azimuts. Après d’innombrables tentatives infructueuses pour créer un «buzz» médiatique autour du journal, comme en témoignaient semaine après semaine les titres d’un sensationnalisme maladroit étalés dans l’encart publicitaire de Libération, avec les caricatures danoises, enfin! ça a pris. Le créneau ultra-vendeur de l’islamophobie, sur lequel surfe déjà sans vergogne l’écrasante majorité des médias, permet de copiner avec les puissants et de flatter les plus bas instincts des masses tout en se prenant pour Jean Moulin: bref, c’est idéal. Sauf que, en s’y précipitant comme sur une aubaine, le journal achève sa lente dérive vers un marécage idéologique dont la fétidité chatouille de plus en plus les narines.

Dans son éditorial de ce fameux numéro publiant les caricatures danoises, Philippe Val écrit doctement que «le racisme s’exprime quand on rejette sur toute une communauté ce que l’on reproche à l’un des membres» (ce qui lui permet de conclure que «quand un dessinateur danois caricature Mahomet et que dans tout le Moyen-Orient, la chasse aux Danois est ouverte, on se retrouve face à un phénomène raciste comparable aux pogroms et aux ratonnades»). Or, «rejeter sur toute une communauté ce que l’on reproche à l’un des membres», c’est exactement ce que fait le dessin danois représentant Mahomet avec un turban en forme de bombe. Par une amère ironie du sort, Charlie Hebdo, ancien journal du combat antiraciste, a donc érigé en symbole de la liberté d’expression une caricature raciste. Dans le Monde diplomatique de ce mois, Alain Gresh cite le journaliste Martin Burcharth: «Nous, Danois, sommes devenus de plus en plus xénophobes. La publication des caricatures a peu de relations avec la volonté de voir émerger un débat sur l’autocensure et la liberté d’expression. Elle ne peut être comprise que dans le climat d’hostilité prégnante à tout ce qui est musulman chez nous.» Il précise aussi que le quotidien conservateur Jyllands-Posten, qui a fait paraître les caricatures de Mahomet, «avait refusé, il y a quelques années, de publier une caricature montrant le Christ, avec les épines de sa couronne transformées en bombes, s’attaquant à des cliniques pratiquant l’interruption volontaire de grossesse». Et c’est dans ce journal-là que Charlie Hebdo vient de publier la version anglaise de son «manifeste»!

Mais peu importe, car le créneau islamophobe a un autre avantage, qui, dans le cas de nos amis, s’avère particulièrement précieux: il est tellement en phase avec la bien-pensance majoritaire qu’il permet de raconter plein de conneries, ou de recourir au terrorisme intellectuel le plus éhonté, sans jamais être discrédité ou sérieusement contesté. S’il en allait autrement, Val pourrait-il affirmer par exemple à la télévision que, si on fait l’amalgame entre islam et terrorisme, c’est de la faute des terroristes islamistes – un peu comme si on rendait responsables du vieux cliché sur les juifs et l’argent, non pas les antisémites, mais les juifs riches?! Ou pourrait-il se féliciter, dans son édito, de ce que le dessin avec le turban en forme de bombe ne soit «pas très bon», car cela permet «d’exclure du débat sa valeur esthétique pour le recentrer sur la question de la liberté d’expression» – un sophisme qui, comme toutes ces pirouettes dont il est coutumier et dont il semble retirer une fierté sans bornes, est remarquablement débile? Sur ce dernier point, d’ailleurs, Caroline Fourest donne une version un peu différente de celle de son patron. Dans la page de publicité gratuite offerte par Libération (9 février 2006) à ce numéro spécial de Charlie, elle commentait: «On ne s’est pas lâché cette semaine. Le dessin qui nous a fait le plus rire n’est pas passé. C’était trop facile, gratuit et sans message derrière.» Parce que, derrière le turban en forme de bombe, il y a un «message»? Tiens donc! Et lequel? (Au passage, cet article de Libération était cosigné par Renaud Dély, qui est, ou en tout cas a été, chroniqueur politique à Charlie Hebdo sous un pseudonyme: le cobranding, ça marche!) Il semblerait qu’on rie beaucoup aux dépens des Arabes – pardon, des «intégristes» – à Charlie Hebdo en ce moment. Ça ne date d’ailleurs pas d’hier: il y a quelques années, quand Nagui était arrivé sur Canal Plus pour présenter Nulle part ailleurs, Cabu l’avait caricaturé en Une de Charlie Hebdo en chameau des publicités Camel. Canal Plus avait alors fait livrer par coursier à la rédaction un montage dans lequel, au-dessus de ce dessin, le titre «Charlie Hebdo» avait été remplacé par «National Hebdo».

«Esprit des Lumières»
ou bombe éclairante?

Le plus comique, c’est peut-être les tentatives désespérées de l’équipe pour nous faire croire que, malgré tout, elle reste de gauche. Dans son dernier opus, La tentation obscurantiste, consacré à l’épuration de la gauche telle qu’elle la rêve (168 pages avec que des listes de noms, un livre garanti sans l’ombre du début d’une idée dedans!), Caroline Fourest se désole parce que, dans un article, j’ai osé douter de sa légitimité à prétendre incarner la «vraie» gauche (par opposition à celle qui refuse de partager ses fantasmes d’invasion islamique). Outre le fait que la pensée qu’on a décrite plus haut, et que propage désormais Charlie, est une pensée d’acquiescement passionné à l’ordre du monde, ce qui n’est pas très «de gauche», nos vaillants éradicateurs devraient examiner d’un peu plus près le pedigree de leurs nouveaux amis. Caroline Fourest et Fiammetta Venner – elle aussi «journaliste» à Charlie – sont adulées par le Point et l’Express (lequel publie lui aussi le «manifeste»), deux titres, comme chacun sait, furieusement progressistes. Elles sont copines avec Ayaan Hirsi Ali, députée néerlandaises, amie de Théo Van Gogh intronisée en politique par le très libéral Frits Bolkestein, qui «fut le premier [aux Pays-Bas] à déclarer incompatibles, au début des années 1990, les valeurs des immigrés musulmans et celles de son pays» (lire l’article d’Alain Gresh, «Bernard Lewis et le gène de l’islam»); Ayaan Hirsi Ali a elle aussi signé le «manifeste». Fiammetta Venner ne voit aucun problème à donner une interview à un site répondant au doux nom de «Primo-Europe», créé par des «citoyens qui considèrent que l’information sur le Moyen Orient est, en Europe en général et en France en particulier, diffusée en fonction de préjugés manichéens où le commentaire l’emporte sur le fait», et sur lequel elle figure aux côtés d’un Alexandre Del Valle, par exemple. Mieux: comme l’a relevé PLPL, Venner et Fourest écrivent désormais aussi dans le Wall Street Journal, «organe de Bush, des néoconservateurs américains, de la droite religieuse et de Wall Street»; elles s’y alarment de l’«incapacité des immigrants arabes à s’intégrer» et de la «menace pour les démocraties occidentales» de les voir rejoindre des «cellules terroristes islamistes» (Fourest, Wall Street Journal, 2 février 2005). La tribune dont sont extraites ces lignes s’intitule «War on Eurabia», «Eurabia» étant l’un des termes de prédilection d’Oriana Fallaci (dont le livre avait d’ailleurs été encensé dans les colonnes de Charlie par Robert Misrahi).

Quant à Philippe Val, la même page de PLPL nous apprend qu’en août 2005, un hommage lui a été rendu dans un discours par un dirigeant du MNR de Bruno Mégret: «Les musulmans sentent bien la force de leur nombre, ont un sentiment très fort de leur appartenance à une même communauté et entendent nous imposer leurs valeurs. En ce moment, des signes montrent que nous ne sommes pas seuls à prendre conscience de ce problème. (…) J’ai eu la surprise de retrouver cette idée chez un éditorialiste qui est à l’opposé de ce que nous représentons, Philippe Val, de Charlie Hebdo, dans un numéro d’octobre 2004.» Commentaire perfide du mensuel: «Il y a dix ans, Philippe n’avait qu’une idée: interdire le Front national, dont Mégret était alors le numéro 2. Désormais, Val inspire certains des chefs du MNR.»

Enfin, cette semaine, dans Libération (2 mars 2006), Daniel Leconte vient d’offrir à ses amis une tribune d’une page intitulée «Merci Charlie Hebdo!». Le présentateur-producteur d’Arte (lire «Quand Arte dérape», le Courrier, 10 mai 2004) y rend hommage à ses confrères qui ont «refusé de céder à la peur», et se répand au passage en lamentations sur l’injustice dont la France a fait preuve à l’égard des Etats-Unis après le 11-Septembre, et sur les errements dont elle s’est rendue coupable lors de la guerre d’Irak, en les isolant devant le Conseil de sécurité de l’ONU et en «laissant entendre que, de victime, ils étaient devenus les fauteurs de troubles». On se demande effectivement où on a bien pu aller chercher une idée pareille. Il conclut en réclamant sans rire le prix Albert-Londres pour Charlie Hebdo, estimant que le journal a défendu un «esprit des Lumières» qu’il confond visiblement avec la lueur des bombes éclairantes de l’armée américaine. Cadeau un brin empoisonné que cette tribune. On commence par prétendre ne faire que critiquer la religion musulmane, opium de ces pouilleux d’Arabes, en se prévalant de son passé de bouffeurs de curés, et on finit intronisé journal néoconservateur par des faucons à oreillette! Mince, alors! Quelque chose a dû merder en chemin, mais quoi? Les voies de l’anticléricalisme sont parfois impénétrables.

Tu la sens, ma défense de la démocratie?

Leconte se félicite de ce que Charlie ait témoigné de ce que «la France n’est pas seulement cet assemblage de volontés molles». Déjà, la déclaration de Philippe Val selon laquelle la rédaction de Charlie, dans son choix des caricatures qu’elle allait publier, avait «écarté tout ce qui était mou de la bite», avait mis la puce à l’oreille du blogueur Bernard Lallement: «Toute la tragédie est là. Faire, comme du Viagra, de l’islamophobie un remède à son impuissance, expose aux mêmes effets secondaires indésirables: les troubles de la vue; sauf, bien sûr, pour le tiroir caisse.» La volonté agressive d’en découdre, de «ne pas se dégonfler», suinte de partout dans cette affaire. Val affirme que ne pas publier les dessins serait aller à «Munich» – comme le faisait déjà Alain Finkielkraut, dont il partage la paranoïa identitaire, lors des premières affaires de voile à l’école. On n’est pas dans la défense des grands principes, mais dans cette logique d’escalade haineuse et guerrière, «œil pour œil dent pour dent», qui constitue le préalable indispensable de tous les passages à l’acte, et les légitime par avance. Tout le monde, d’ailleurs, fait spontanément le rapprochement entre les dessins danois et certains feuilletons antisémites diffusés par des chaînes arabes, admettant ainsi implicitement qu’ils sont de même nature. Le journal allemand Die Welt a par exemple publié les caricatures en les assortissant de ce commentaire: «Nous attacherions plus d’importance aux critiques musulmanes si elles n’étaient pas aussi hypocrites. Les imams n’ont rien dit quand la télévision syrienne, à une heure de grande écoute, a présenté des rabbins comme étant des cannibales buveurs de sang.»

Une telle attitude dénote en tout cas une mentalité à des années-lumière de la sagesse philosophique dont voudrait par ailleurs se parer le Bourgeois gentilhomme du marigot médiatique parisien. Répéter toutes les deux phrases, d’un air sinistre et pénétré, le mot magique de «démocratie», suffit peut-être à Philippe Val pour se faire adouber par ses compères éditorialistes, mais, pour prétendre au statut de penseur, il faudrait peut-être commencer par envisager le monde d’une manière un peu moins… caricaturale. En témoigne le tableau grotesque qu’il nous brosse du Danemark, merveilleuse démocratie peuplée de grands blonds aux yeux bleus qui achètent un tas de livres, ont une super protection sociale et ont refusé de livrer leurs ressortissants juifs aux nazis, tandis que le monde musulman se réduirait à un grouillement de masses incultes et fanatiques qui n’ont même pas la carte Vitale. Peu importe si par ailleurs la presse regorge d’articles sur la prospérité du racisme et l’actuelle montée de l’extrême droite au Danemark (bah, si on a sauvé des juifs pendant la guerre, on a bien le droit de ratonner un peu et de profaner quelques tombes musulmanes soixante plus tard, tout ça n’est pas bien méchant!). Et si on nous rappelle ici et là que le Danemark est un pays où l’Eglise n’est pas séparée de l’Etat: «Il existe une religion d’Etat, le protestantisme luthérien, les prêtres sont des fonctionnaires, les cours de christianisme sont obligatoires à l’école, etc.» (Alain Gresh dans le Diplo de ce mois.)

Mais notre va-t-en guerre des civilisations ne s’encombre pas de tels détails. Lors de l’éclatement de la seconde Intifada, déjà, il avait décrété que Charlie devait défendre la politique israélienne, parce qu’Israël était une démocratie et parce que tous les philosophes importants de l’Histoire étaient juifs, tandis que son équipe effarée – il faut dire que sa composition était alors assez différente – tentait d’évaluer en un rapide calcul le nombre d’erreurs grossières, de raccourcis vertigineux et de simplifications imbéciles qu’il était ainsi capable d’opérer dans la même phrase. Pour ma part, abasourdie de devoir en arriver là, je m’étais évertuée à le persuader qu’il existait aussi des «lettrés» dans le monde arabe; je m’étais heurtée à un mur de scepticisme réprobateur. Prôner la supériorité de sa propre civilisation, et faire preuve, par là même, d’une vulgarité et d’une inculture assez peu dignes de l’image qu’on veut en donner: c’est le paradoxe qu’on avait déjà relevé chez Oriana Fallaci, qui écrivait dans La rage et l’orgueil: «Derrière notre civilisation il y a Homère, il y a Socrate, il y a Platon, il y a Aristote, il y a Phidias. (…) Alors que derrière l’autre culture, la culture des barbus avec la tunique et le turban, qu’est-ce qu’on trouve?…» Eh bien, je ne sais pas, moi… Ça, par exemple…?

Comme on le disait à l’époque, en voilà, un argument hautement «civilisé»: «Dans ma culture il y a plein de génies alors que chez toi il n’y a que des idiots, nana-nè-reu!» Les civilisations n’ont rien à s’envier les unes aux autres, ni du point de vue des connaissances, ni de celui des valeurs. «Tenter de vendre les droits de l’homme comme une contribution de l’Occident au reste du monde, écrivait le prix Nobel d’économie Amartya Sen, n’est pas seulement historiquement superficiel et culturellement chauvin, c’est également contre-productif. Cela produit une aliénation artificielle, qui n’est pas justifiée et n’incite pas à une meilleure compréhension entre les uns et les autres. Les idées fondamentales qui sous-tendent les droits de l’homme sont apparues sous une forme ou une autre dans différentes cultures. Elles constituent des matériaux solides et positifs pour étayer l’histoire et la tradition de toute grande civilisation.» Non seulement le discours des Val et des Fallaci témoigne d’une méconnaissance crasse des autres cultures, mais il néglige aussi le fait que, comme n’a eu de cesse de le rappeler un Edward Saïd, aucune civilisation n’a connu un développement étanche, et toutes se sont constituées par des apports mutuels incessants, rendant absolument vain ce genre de concours aux points.

Défendre la démocratie,
ne serait-ce pas plutôt
refuser la logique du bouc émissaire,
si utile aux démagogues
qui veulent la subvertir à leur profit?

Par les temps qui courent, raisonner à partir de telles approximations, en se contentant de manier des clichés sans jamais interroger leur adéquation au réel, peut s’avérer rien moins que meurtrier. Il est stupéfiant que, dans un «débat» comme celui suscité par les caricatures danoises, tout le monde pérore en faisant complètement abstraction du contexte dans lequel il se déroule: un contexte dans lequel un certain nombre d’instances de par le monde tentent de dresser les populations les unes contre les autres en les persuadant que «ceux d’en face» veulent les anéantir. En Occident, ces instances sont celles qui tentent de faire du musulman le bouc émissaire de tous les maux de la société, la nouvelle menace permettant d’opérer une utile diversion. Dès lors, de deux choses l’une: soit on adhère à cette vision, et alors on assume sa participation active à cette construction, avec les responsabilités que cela implique; soit on la récuse, et on estime que la nécessité de l’enrayer – ou d’essayer de l’enrayer – commande d’observer la plus grande prudence. Laquelle prudence ne signifie pas qu’on est «mou de la bite», mais plutôt qu’on a peu de goût pour les stigmatisations déshumanisantes, sachant à quoi elles peuvent mener. Le courage ne commanderait-il pas plutôt de résister aux préjugés majoritaires, et la véritable défense de la démocratie, de refuser cette logique du bouc émissaire si utile aux démagogues qui veulent la subvertir à leur profit? Ce qui est sûr, c’est qu’en aucun cas on ne peut se dédouaner en écrivant, comme le fait Philippe Val, que «si la Troisième Guerre mondiale devait éclater, elle éclaterait de toute façon», et que «l’amalgame entre racisme et critique de la religion est à peu près aussi cohérent que l’était, à l’époque de Franco, l’amalgame entre critique du fascisme et racisme anti-ibérique»: voilà vraiment ce qui s’appelle jouer au con.

En décembre dernier, toujours pour essayer de faire parler du journal, les caricaturistes de Charlie Hebdo avaient postulé par dérision à la succession de Jacques Faizant. Qu’ils se rassurent, ils ont toutes leurs chances: en matière d’ethnocentrisme rance, ils n’ont déjà plus rien à envier au défunt dessinateur du Figaro. Ils ont seulement un peu modernisé le trait… [Mona Chollet]
Lire aussi l'article d'Olivier Cyran dans CQFD, «L'opinion du patron».
A propos du travers consistant à ne voir que le préjudice causé par les opprimés, et jamais celui qu'ils subissent, lire, sur ce site, «Ota Benga le Palestinien».


18:43 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (72) |  Facebook |

qui d'autre pour finir en beauté....

Cependant que j’écris je viens juste de recevoir la dernière des nouvelles régulières provenant de l’organisation de défense des droits humains Justicia y Paz de Bogotá, dirigée par un prêtre courageux, le père Javier Giraldo, un des leaders en Colombie dans la défense des droits humains, exposé à de grands risques personnels. Cette dernière nouvelle fait état de l’assassinat d’une militante afro-colombienne de défense des droits humains, Yolanda Cerón Delgado, alors qu’elle quittait les locaux de la pastorale sociale à proximité du commissariat de police. Justicia y Paz rapporte qu’il s’agit d’une opération paramilitaire typique, en collaboration avec les forces officielles de l’armée et de la police. Hélas, l’événement n’est pas extraordinaire.

Quelques semaines auparavant un fait insolite s’était produit : une surprenante reconnaissance de responsabilité. Le parquet avait rendu compte du fait que l’armée mentait lorsqu’elle affirmait que trois syndicalistes assassinés étaient des rebelles marxistes tués dans un échange de tirs. Ils avaient en fait été assassinés par l’armée. Rendant compte de la reconnaissance de l’armée, le New York Times observe que « la Colombie est de loin le pays le plus dangereux pour les syndicalistes, avec 94 tués l’an passé [en 2003] et 47 tués entre janvier et le 25 août cette année [2004] », la plupart assassinés « par les dirigeants des paramilitaires d’extrême droite liés à des unités militaires hors de contrôle [to rogue army units] ». Le terme « rogue » est une interprétation et non une description.

Le chiffre total de syndicalistes assassinés dans le monde en 2003 était de 123, dont les trois quarts en Colombie. Ces proportions sont stables depuis quelques temps. La Colombie n’a pas seulement été le lieu le plus dangereux du monde pour les dirigeants ouvriers, autant que les statistiques soient disponibles, mais elle est plus dangereuse que l’ensemble du reste du monde. Pour prendre un autre exemple, le Jour des Droits Humains, le 10 décembre 2002, la Confédération Internationale des Syndicats Libres a publié son rapport annuel concernant les droits syndicaux. Ce rapport signalait que jusqu’à ce jour plus de 150 syndicalistes avaient été tués durant l’année en Colombie. Le chiffre final pour l’année 2002 rapporté par l’Organisation Internationale du Travail dans son rapport annuel de 2003 était de 184 syndicalistes assassinés en Colombie, 85% du total mondial de 2002. Les chiffres de ces dernières années sont du même ordre de grandeur.

Ces assassinats sont tout d’abord attribués aux paramilitaires ou aux forces de sécurité, une distinction qui ne fait pas tellement de différence. Leur connexion est tellement forte que Human Rights Watch (HRW) parle des paramilitaires comme de la « Sixième Division » de l’armée colombienne. Comme HRW, Amnesty International, et d’autres organisations de défense des droits humains l’ont documenté, les assassinats politiques en Colombie -dont les assassinats de syndicalistes ne sont qu’une petite partie- jouissent d’une impunité presque totale. Ces organisations demandent la fin de l’impunité et la fin de l’aide militaire états-unienne tant que ces atrocités se poursuivent sans discrétion. L’aide militaire con tinue d’être envoyée en abondance, sous des prétextes plutôt embarrassants.

Il reste à voir si la reconnaissance de la responsabilité de l’armée dans les assassinats commis, en septembre 2004, mène à des actions judiciaires concrètes. Si on se fie au passé, il ne se produira rien au-delà des plus bas niveaux, bien que les preuves des responsabilités militaires et civiles à un niveau supérieur soient assez consistantes. Il y a eu en certaines occasions des investigations sérieuses lorsque de gros massacres avaient été commis. Le plus significatif c’est le massacre de Trujillo de 1990, quand plus de 60 personnes avaient été tuées lors d’une opération de l’arm ée particulièrement brutale ; leurs corps avaient été découpés avec des tronçonneuses. A l’initiative de Justicia y Paz, le gouvernement Samper avait accepté que soit organisé une commission d’investigation indépendante, incluant des membres du gouvernement, laquelle avait ensuite publié un rapport détaillé, identifiant les militaires alors en poste, le major Alirio Urueña Jarañillo. Dix ans plus tard, le père Giraldo rapportait que rien n’avait été fait : « Pas un seul des coupables n’a été sanctionné », dit-il, « alors que d’autres victimes ont été identifiées durant les années postérieures ». L’aide militaire états-unienne n’a pas seulement continué de parvenir à l’armée colombienne, mais elle a été augmentée.

A l’époque du massacre de Trujillo la Colombie avait les pires chiffres du continent en matière de droits humains - non pas parce que les atrocités en Colombie avaient augmenté de façon notable, mais parce que les atrocités avaient baissé au Salvador et dans d’autres Etats clients des Etats-Unis. La Colombie est devenue, de loin, la plus grande bénéficiaire de l’aide militaire états-unienne à l’échelle mondiale (hors Israël et l’Egypte, toujours une catégorie à part), remplaçant la Turquie - non pas parce que les atrocités en Colombie avaient augmenté mais parce que les atrocités en Turquie avaient baissé. Pendant les années 1990, la Turquie a mené sa brutale guerre contre-insurrectionnelle contre sa propre population kurde, faisant des dizaines de milliers de morts et probablement des millions de personnes déplacées de leurs villages, beaucoup survivant dans des habitats précaires dans de misérables bidonvilles à Istanbul, dans des abris de fortune dans la capitale semi-officielle du pays kurde Diyarbakir, ou n’importe où où ils pouvaient trouver un abri. Ces atrocités étaient accompagnées par des tortures, par la destruction de la terre et de la forêt, et par tous les crimes les plus barbares imaginables. Les armes sont arrivées des Etats-Unis de plus en plus nombreuses, représentant environ 80% de l’armement turc. Rien que pour l’année 1997 Clinton a envoyé plus d’armes à la Turquie que pendant l’ensemble de la période de la Guerre froide avant le lancement de la campagne contre-insurrectionnelle. En 1999 la campagne était considérée comme « un succès » et la Colombie a pris la première place. Elle a ensuite gardé sa première place comme « plus grande catastrophe humanitaire de l’hémisphère occidental, et de loin », comme l’a confirmé le sous-secrétaire des Nations Unies pour les questions humanitaires Jan Egeland lors d’une conférence de presse en mai 2004 à New York.

Il n’y a rien de particulièrement nouveau en ce qui concerne le rapport entre l’aide états-unienne et les atroces violations des droits humains. C’est même au contraire une corrélation plutôt habituelle. L’universitaire états-unien spécialiste de la question des droits humains en Amérique latine, Lars Schoultz, avait montré dans une étude de 1981 que l’aide états-unienne « avait tendance à aller de façon disproportionnée vers les gouvernements latino-américains qui torturent leurs citoyens, ... vers les violateurs des droits humains sur le continent ». Cela inclut l’aide militaire, cela n’a rien à voir avec les besoins éventuels, et cela existe pendant le gouvernement Carter. Dans une autre étude universitaire, la latino-américaniste Martha Huggins a observé que les chiffres provenant de l’Amérique latine suggèrent que « plus l’aide provenant des Etats-Unis est importante, plus les institutions policières et les gouvernements deviennent brutaux et anti-démocratiques ». L’économiste Edward Herman repère la même corrélation entre l’aide militaire états-unienne et le terrorisme d’Etat partout dans le monde, mais il offre une étude supplémentaire qui donne une explication plausible. L’aide des Etats-Unis, dit-il, accompagnait de près une amélioration dans le climat des affaires, comme on pourrait s’y attendre. Dans les dépendances des Etats-Unis il s’avère que, de façon tout à fait routinière, et de façon tout à fait compréhensible, le climat pour les affaires et pour les investissements avantageux est amélioré par les assassinats de syndicalistes, par la torture et par les assassinats de paysans, par les assassinats de prêtres et de militants de défense des droits humain s, etc. Il y a donc une deuxième corrélation entre l’aide des Etats-Unis et les violations des droits humains.

Il n’y a pas eu d’autre étude comparable depuis, à ma connaissance, probablement parce que les conclusions sont trop évidentes pour mériter une recherche détaillée.

L’Eglise catholique latino-américaine était devenue une cible particulièrement visée lorsque les évêques avaient adopté « l’Option préférentielle pour les pauvres » durant les années 1960 et 1970, lorsque les prêtres, les sœurs, et les travailleurs laïcs avaient commencé à organiser des communautés de base où les paysans lisaient les Evangiles et tiraient de cette lecture des leçons élémentaires sur les droits humains ; et pire encore, ils commençaient à s’organiser pour défendre leurs droits. L’horrible décennie Reagan a été commémorée avec une admiration révérencieuse aux Etats-Unis. On se souvient de cette décennie d’une façon un peu différente dans les régions où son gouvernement avait lancé sa « guerre contre la terreur », déclarée lors de son entrée en fonction en 1981 : El Salvador par exemple, où la décennie commence par l’assassinat d’un archevêque qui était devenu « la voix des sans voix » et se conclut en novembre 1989 par l’assassinat de six intellectuels latino-américains, des prêtres jésuites. Ils ont été assassinés par une force d’élite, armée et entraînée par les Etats-Unis, qui avait laissé une consternante trace de sang et de torture les années précédentes. L’Ecole des Amériques (qui a maintenant changé de nom) qui avait entraîné les officiers latino-américains, y compris les plus terribles tortionnaires et les plus fameux tueurs de masse du continent, s’enorgueillit d’avoir participé à « la défaite de la théologie de la libération », l’un des points importants dans l’activité de promotion qui vante les mérites de l’institution. De telles questions n’intéressent pas tellement en Occident, et elles sont à peine connues en dehors des spécialistes et des mouvements de solidarité. La réaction serait assez différente si quelque chose d’un tout petit peu comparable avait eu lieu p endant ces années-là dans les domaines de l’ennemi officiel.

Les principes de base du terrorisme d’Etat sont expliqués par Schoultz dans un travail universitaire concernant la politique étrangère des Etats-Unis et les droits humains en Amérique latine. Se référant aux « Etats de la Sécurité nationale » néo-nazis, imposés ou soutenus par les Etats-Unis à partir des années 1960, Schoultz souligne que l’objectif du terrorisme d’Etat était « de détruire définitivement ce qui était perçu comme une menace à la structure existante de s privilèges socio-économiques, en éliminant la participation politique de la majorité numérique..., [les] classes populaires ». Tout cela est parfaitement en accord avec les principes de base des doctrines contre-insurrectionnelles (CI), doctrines qui étaient le pilier de la politique étrangère des Etats-Unis depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, comme le montre Doug Stokes, des doctrines qui restent inchangées tandis que les prétextes changent, comme changent leurs modalités, conformément aux détails éclairants rapportés par Stokes.

L’arrivée de la Colombie à la première place des bénéficiaires de l’aide militaire états-unienne en 1999, remplaçant la Turquie, était particulièrement remarquable à ce moment précis. Le transfert, sans se faire remarquer des medias dominants, s’était produit juste quand les élites occidentales entonnaient un chœur d’auto-admiration et de louanges, probablement sans précédent, adressées à leurs dirigeants. Des commentateurs respectés glosaient fascinés sur « le Nouveau Monde idéal s’affairant à en finir avec l’inhumanité », nouveau monde qui entrait dans une « phase noble » de sa politique étrangère éclairé par une « sainte lueur », agissant par pur « altruisme » et sur la base de « principes et de valeurs » rompant nettement avec l’histoire du monde, et ouvrant la voie à l’établissement d’« une nouvelle norme d’intervention humanitaire ». Le joyau dans le diadème ouvrant une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité, c’était le bombardement de la Serbie en 1999. Quoi que l’on pense des crimes attribués à la Serbie, commis au Kosovo avant le bombardement (lequel, comme prévu, a provoqué une terrible escalade dans les crimes), ils ne sont en rien comparables aux actes des clients de l’Oc cident, qui n’ont pas été transformés en nouvelles. Non seulement les principaux bénéficiaires de l’aide militaire états-unienne, mais également d’autres : le Timor Oriental pour prendre un exemple assez édifiant, justement pendant la même période, où l’aide des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne se poursuivait tandis les atrocités augmentaient, une fois de plus, bien au-dessus de tout ce qu les sources officielles occidentales ont pu dire alors à propos du Kosovo.

Comme c’est bien connu, la « guerre à la drogue » est la toute dernière justification pour soutenir les for ces de sécurité colombiennes et (indirectement) leurs associés paramilitaires. Avec la même justification, les forces entraînées par les Etats-Unis, ainsi que les mercenaires appartenant à des entreprises états-uniennes qui emploient des anciens officiers de l’armée, pratiquent des « fumigations », c’est-à-dire des opérations de guerre chimique pour détruire les semences et les réserves, ce qui provoque l’abandon par les paysans de leurs terres dévastées. Cependant le prix de la drogue au détail aux Etats-Unis ne monte pas, ce qui veut dire que l’impact sur la production est faible, et la population carcérale aux Etats-Unis atteint des records jamais vus dans le monde, bien au-delà des autres sociétés industrielles, dans une bonne mesure comme conséquence de la « guerre à la drogue ». On sait depuis longtemps que la façon la plus efficace de régler le problème de la drogue -qui se trouve aux Etats-Unis et non en Colombie- c’est l’information et les traitements médicaux ; la façon la moins efficace c’est des opérations hors de contrôle, comme la guerre chimique pour détruire les produits de la terre ou d’autres opérations de type contre-insurrectionnelles (CI). Les budgets sont orientés vers les politiques les moins efficaces, et ces choix sont maintenus malgré l’échec dans les objectifs proclamés.

Les faits, difficiles à ignorer, font surgir quelques questions évidentes. L’une des autorités du monde universitaire à propos de la Colombie, Charles Bergquist, remarque qu’« on pourrait objecter que la politique anti-drogue des Etats-Unis contribue de fait au contrôle d’une sous-classe, ethniquement différente, à l’intérieur et sert à l’extérieur les intérêts des Etats-Unis en matière économique et en matière de sécurité ». Bien des criminologues et bien des analystes des affaires internationales regarderaient probablement cela comme une sous-estimation considérable. Les croyances officielles deviennent encore plus difficiles à soutenir lorsque nous regardons la corrélation entre le recours à la violence et à la subversion de la part des Etats-Unis et l’accroissement de la production de drogue depuis la Deuxième guerre mondiale, tout cela étant documenté avec luxe de détails par Alfred McCoy, par Peter Dale Scott, et par d’autr es, et se reproduisant aujourd’hui encore en Afghanistan. Comme le signale Scott, analysant différents cas de subversions et d’interventions militaires états-uniennes, dans chacun de ces cas « il y une augmentation brutale du narcotrafic international et un accroissement de la consommation de la drogue aux Etats-Unis ». Dans le même temps, les vies des paysans colombiens, des Indiens, et des Afro-colombiens sont détruites au nom de l’affirmation solennelle qu’il est impératif d’effectuer ces crimes pour lutter contre la production et la consommation de drogue.

Notons cependant que l’encouragement à la production de drogue peut difficilement être considéré comme une invention des Etats-Unis : l’empire britannique était soutenu par la plus grande entreprise de narcotrafic de l’histoire mondiale, avec des effets abominables en Chine et en Inde, la plus grande partie de cet empire ayant été conquise pour monopoliser la production de l’opium.

Les prétextes officiels doivent faire face à des contre-preuves massives et ils ne sont soutenus par aucune preuve favorable (en dehors des déclarations des dirigeants, parlant invariablement de projets bien-intentionnés, qui sont par conséquent non informatives, quelle qu’en soit la source). Supposons cependant que nous acceptions la doctrine officielle et que nous prenions au sérieux les déclarations selon lesquelles le but des opérations contre-insurrectionnelles (CI) dirigées par les Etats-Unis, y compris la guerre chimique qui ruine la société paysanne, c’est bien d’éradiquer la drogue. Laissons de côté, pour le profit de l’argumentation, le fait que la subversion et l’agression des Etats-Unis continue de provoquer une augmentation de la production et de la consommation de la drogue. Y compris sur ces bases généreuses, les opérations des Etats-Unis en Colombie sont vraiment scandaleuses. Cela semble clair. Pour être encore plus clair, considérons le fait, non contesté, que les morts provoquées par le tabagisme dépassent de loin les morts provoquées par toutes les drogues dures combinées. De plus, les drogues dures sont nocives pour les consommateurs, alors que le tabac est nocif pour les autres - pas autant certes que l’alcool, qui tue beaucoup les autres (les accidents d’automobiles, la violence produite par l’alcool, etc.), mais de façon significative. Le nombre de personnes mortes en situation de « fumeurs passifs » excède probablement celui des morts de toutes les drogues dures réunies ; et les « drogues douces », comme la marijuana, qui sont sévèrement criminalisées alors qu’elles sont sans aucun doute bénignes (comme le café, la viande rouge, etc.), n’ont aucun effet mortel significatif connu.

Par ailleurs, alors que les cartels colombiens n’ont pas le droit de placer des panonceaux à Times Square, à New York, de faire de la publicité à la télévision ou d’encourager les enfants, ou d’autres secteurs vulnérables de la population, à consommer de la cocaïne et de l’héroïne, il n’y a guère d’empêchement à la publicité en faveur des produits à bases de tabac beaucoup plus mortels ; et en fait certains pays ont été menacés de sanctions commerciales graves s’ils violaient les principes sacr és du « libre marché » en tentant de réguler de telles pratiques. Une conclusion élémentaire surgit soudain : si les Etats-Unis sont autorisés à mener une guerre chimique visant des paysans pauvres en Colombie, alors la Colombie, et la Chine, et bien d’autres, sont autorisés à mener des opérations de guerre chimique contre les productions de l’agrobusiness en Caroline du nord et dans le Kentucky. Les commentaires devraient être inutiles.

La Colombie a une histoire violente, dans une large mesure enracinée dans le fait que ses grandes richesses naturelles et ses grandes ressources sont monopolisées par quelques secteurs privilégiés, souvent très brutaux, tandis que la majorité de la population vit dans la misère et endure une terrible répression. La tragique histoire de la Colombie avait pris cependant un nouveau tour au début des années 1960 lorsque l’intervention des Etats-Unis était devenue nettement plus importante - non qu’elle ait été faible auparavant, par exemple, lorsque Theodore Roosevelt avait volé une partie de la Colombie pour construire un canal de grande importance stratégique et économique pour les Etats-Unis. En 1962 John F. Kennedy a de fait modifié la mission des militaires latino-américains, laquelle est passée de « la défense hémisphérique », un résidu de la Deuxième guerre mondiale, à la « sécurité interne », un euphémisme pour parler de la guerre contre la population locale.

Les effets s’en sont fait ressentir partout en Amérique latine. Une des conséquences pour la Colombie, comme Stokes le décrit, c’était les recommandations officielles des Etats-Unis de s’appuyer sur la terreur paramilitaire contre « les tenants du communisme ». Les effets en Colombie ont été décrits par le président du Comité Permanent pour les Droits Humains, le diplomate Alfredo Vázquez Carrizosa. Au-delà des crimes qui sont institutionnalisés dans la « structure duale de la minorité prospère et de la majorité appauvrie et exclue, avec de grandes différences en richesses, en revenus, en accès à la participation politique », écrit-il, les initiatives de Kennedy ont mené à une « exacerbation de la violence par des facteurs externes », quand Washington « a fait de grands efforts pour transformer nos armées régulières en brigades contre-insurrectionnelles, acceptant la nouvelle stratégie des escadrons de la mort », choix qui « ont mené à ce qui est connu en Amérique latine comme la Doctrine de Sécurité nationale ». Il ne s’agissait pas de la « défense contre un ennemi externe, mais d’une façon de transformer l’establishment militaire en maître du jeu... [avec] le droit de combattre l’ennemi interne, comme précisé dans la doctrine brésilienne, la doctrine argentine, la doctrine uruguayenne, et la doctrine colombienne : c’est le droit de combattre et d’exterminer les travailleurs sociaux, les syndicalistes, des femmes et des hommes qui ne soutiennent pas l’establishment, et qui sont considérés comme des extrémistes communistes » - terme d’applicabilité très large dans le jargon de la doctrine contre-insurrectionnelle (CI), incluant les militants des droits humains, les prêtres organisant les paysans, les leaders ouvriers, et d’autr es cherchant à se pencher sur la question de la « structure duale » par des moyens non violents et démocratiques, bref, la grande masse des victimes de la structure duale, s’ils osent lever la tête.

Cette politique n’était certainement pas nouvelle. L’horrible exemple du Guatemala était bien antérieur. Et cette politique n’était pas limitée à l’Amérique latine. Par bien des points les opérations CI de l’immédiat après-guerre en Grèce (avec quelque 150 000 morts) et en Corée du sud (avec 100 000 morts) avaient inauguré le modèle longtemps avant. En dehors des atrocités commises au Guatemala, le gouvernement Eisenhower avait renversé le régime parlementaire de l’Iran et avait restauré le règne violent du Shah à seule fin d’empêcher l’Iran de prendre le contrôle de ses propres ressources ; et en 1958 il a mené les opérations clandestines les plus extrêmes de l’après-guerre afin d’affaiblir le régime parlementaire de l’Indonésie, lequel devenait dangereusement démocratique, et afin de diviser les îles éloignées, où se trouvaient la plupart des richesses - pour ne mentionner que quelques exemples. Mais un changement qualitatif s’est produit au début des années 1960.

En Amérique latine le gouvernement Kennedy a organisé un coup militaire au Brésil, lequel survient peu après l’assassinat de Kennedy, installant le premier régime de Sécurité nationale, avec des tortures à grande échelle, et détruisant, avec une répression féroce, les organisations populaires et tout vestige de démocratie. Ce coup, bien accueilli à Washington, fut considéré comme une « rébellion démocratique », « une grande victoire pour le monde libre », qui avait empêché une « perte totale des républiques de l’Amérique du sud pour l’Occident » et qui devrait « créer un climat nettement meilleur pour les investissements privés ». La révolution démocratique menée par les généraux néo-nazis était « la victoire la plus décisive de la liberté au milieu du XXème siècle », soutenait l’ambassadeur de Kennedy Lincoln Gordon, « [victoire] représentant un des moments charnières de l’histoire mondiale » de cette époque. Peu après, le problème de l’Indonésie a été réglé lorsque le général Suharto a pris le pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat militaire, avec un « effrayant massacre de masse », comme le New York Times décrivait l’événement, « un rayon de lumière en Asie », selon les mots de leur commentateur libéral James Reston. Comme on le savait alors, il y a eu beaucoup de morts, peut-être un demi million, voire davantage, la plupart des paysans sans terre. La menace de l’excès de démocratie qui avait troublé le gouvernement Eisenhower était écartée avec la destruction du plus grand parti politique e nraciné dans les masses, lequel « avait gagné un fort soutien, non pas comme parti révolutionnaire [malgré son nom : PKI Parti communiste indonésien, note de l’auteur], mais en tant qu’organisation défendant les intérêts des humbles dans le cadre du système existant », observe le spécialiste australien de l’Indonésie Harold Crouch, et qui avait développé « une base de masse dans le paysannat » en raison de sa « vigueur dans la défense des intérêts des... pauvres ». L’euphorie de l’Occident était irrépressible et elle s’est poursuivie pendant que Suharto accomplissait l’un des plus terribles attentats contre les droits humains du XXème siècle, envahissant en plus le Timor oriental, y réalisant un massacre quasi-génocide avec le ferme soutien des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne parmi d’autres, jusqu’à la fin sanglante de l’année 1999. Le rayon de lumière en Indonésie avait aussi éliminé un pilier du Mouvement des non-alignés tant abhorré. Un deuxième pilier a été éliminé lorsque Israël a détruit l’armée de Nasser en 1967, consolidant au passage l’alliance entre les Etats-Unis et Israël qui se poursuit jusqu’à nos jours.

En Amérique latine le coup brésilien a provoqué un effet domino, la doctrine de Sécurité nationale s’est répandue partout sur le continent avec différent s degrés d’implication des Etats-Unis, mais avec un soutien constant et décisif, avec de terribles conséquences. Un exemple, c’est le « premier 11 septembre », au Chili, le 11 septembre 1973, lorsque les forces du général Pinochet ont bombardé le palais présidentiel, et ont démoli la plus ancienne et la plus vivante des démocraties d’Amérique latine, pour installer un régime de torture et de répression, basé sur la police secrète DINA, laquelle a été comparée au KGB et à la Gestapo par l’intelligence militaire états-unienne - cependant que Washington soutenait fermement le régime. Le chiffre officiel des morts pour le premier 11 septembre était de 3200 morts, ce qui équivaudrait à environ 50 000 aux Etats-Unis ; le chiffre réel était certainement beaucoup plus élevé. La DINA de Pinochet a vite rejoint les autres dictatures de l’Amérique latine dans leur plan international de terrorisme d’Etat appelé « Opération Condor ». Les acteurs de l’Opération Condor tuaient et torturaient impitoyablement dans tous ces pays et ils ont fini par étendre leurs activités terroristes jusqu’à l’Europe et aux Etats-Unis. Le mauvais génie Pinochet était fortement honoré, particulièrement par Reagan et par Thatcher, mais c’était assez général. Assassiner un diplomate respecté à Washington c’était aller trop loin, cependant ; du coup l’Opération Condor avait du plomb dans l’aile. Les pires atrocités en Argentine étaient encore à venir, ainsi que l’expansion du terrorisme d’Etat à l’Amérique centrale dans les années 1980, faisant des centaines de milliers de morts, provoquant la ruine de quatre pays, et occasionnant une condamnation des Etats-Unis par le Tribunal International en raison d’un « usage déloyal de la force » ( dit plus simplement : terrorisme international), condamnation soutenue par deux résolutions de Conseil de Sécurité (contrées par le veto). A la suite de ces deux résolutions, Washington a élevé la terreur à des sommets jamais atteints auparavant. Ce qui s’est produit en Colombie faisait donc partie d’un contexte beaucoup plus ample.

Les opérations terroristes des Etats-Unis en Amérique centrale étaient accompagnées par une expansion du trafic de drogue, concomitant habituel du terrorisme international, lequel repose principalement sur des éléments criminels et des ressourcesfinancières d’origine inconnue - c’est-à-direlenarcotrafic.La mobilisation desislamistes radicaux par Washington en Afghanistan, en collaboration avec l’intelligence pakistanaise et avec d’autres alliés, a donné une explosion encore plus forte de la production de drogue et du narcotrafic, avec des effets fatals dans la région et au-delà. Ces plans des Etats-Unis se développant en même temps que la « guerre à la drogue » aux Etats-Unis et en Colombie, aucune question embarrassante n’est survenue. La production et la distribution de drogue croissent rapidement au Kosovo et en Afghanistan, conformément au modèle traditionnel, tandis que les paysans colombiens souffrent et meurent des attaques de la guerre chimique et sont déplacés vers les bidonvilles urbains où ils peuvent s’installer auprès de millions de personnes qui les ont précédés. Il s’agit de l’une des plus grandes catastrophes de populations réfugiées dans le monde. Et aux Etats-Unis la drogue re ste toujours aussi disponible, sans changement. Les mesures connues pour leur efficacité face au problème de la drogue (pour ne pas parler des conditions sociales qui favorisent son émergence) ne sont guère appréciées, et les victimes vont des bidonvilles urbains vers les complexes industriels-prisons, comme certains criminologistes les appellent.

Les tueurs de masse et les tortionnaires des Etats de la Sécurité nationale en Amérique latine ont au moins parfois dû faire face à des investigations pour les crimes qu’ils ont commis. Certains se sont même retrouvés devant la just ice, bien que rien de comparable à ce qui devrait être de rigueur pour de tels crimes selon les critères occidentaux. D’autres, par contre, bénéficient de la plus totale impunité. Dans le plus grand travail de recherche sur l’Opération Condor, le journaliste-analyste John Dinges observe qu’« il n’y a qu’aux Etats-Unis -où les diplomates, les services secrets, et les militaires étaient intimement mêlés aux dictateurs et à leurs hommes de mains- qu’il y a eu un silence judiciaire sur les crimes des années Condor ». Les Etats-Unis, continue-t-il, « s’octroient à eux-mêmes une amnistie de facto encore plus généreuse que celle dont jouissent leurs alliés latino-américains : aucune commission vérité ni aucune commission d’investigation officielle n’a été organisée pour regarder de près les dommages humains collatéraux de toutes les guerres p ar délégation soutenues en Amérique latine ou ailleurs » - et, nous pourrions ajouter, les guerres actuelles, y compris des crimes horribles, couverts par les la même amnistie auto-octroyée.

Les puissants sont, de façon caractéristique, immunisés contre les poursuites, ou même contre les enquêtes sérieuses, et y compris contre la mémoire dans ce cas-là. Il n’y a que leurs citoyens qui peuvent mettre un terme à ces crimes, et à tous les crimes encore plus terribles qui sont le résultat de l’impunité permanente.

Comme Stokes le montre avec des détails édifiants, la politique des Etats-Unis se poursuit tandis que les tactiques et les prétextes sont modifiés selon les circonstances. Parfois les principes de base sont déclarés de façon franche. Ainsi Gerald Haines, historien de la diplomatie (et également historien de la CIA), introduit son étude sur « l’Américanisation du Brésil » en observant qu’« après la Deuxième guerre mondiale les Etats-Unis ont assumé, pour leur propre intérêt, la responsabilité de la bonne santé du système capitaliste mondial » - ce qui ne signifie pas la bonne santé des peuples du système, comme les événements allaient le montrer, sans surprise. L’ennemi était le « communisme ». Un prestigieux groupe de recherche de la Fondation Woodrow Wilson et de la National Planning Association [Association pour la planification nationale], dans une étude de 1955 sur l’économie politique de la politique étrangère des Etats-Unis, en avaient souligné les raisons : la première menace du communisme, concluait l’étude, c’est l’évolution économique des pouvoirs communistes « vers des formes qui réduisent leur volonté et leur capacité à être complémentaire des économies industrielles de l’Ouest ». Donc, tout à fait logiquement, les perspectives de développement indépendant devaient être considérées comme un véritable danger, et elles devaient être préalablement combattues par la violence si nécessaire. C’est particulièrement vrai si la société dans l’erreur montre des signes de réussite sur des terrains qui pourraient être significatifs pour d’autres qui souffrent une injustice et une oppression similaires. Dans ce cas-là il s’agit d’un « virus » qui pourrait « infecter les autres », une « pomme pourrie » qui pourrait « perdre le panier », selon la terminologie des grands planificateurs, décrivant la véritable théorie du domino, et non pas la version fabriquée pour rendre obéissant des citoyens états-uniens apeurés.

La Guerre froide elle-même avait des caractéristiques semblables, s’étalant sur tout une vie pour des raisons d’échelle. Cela est implicitement reconnu par de fameux universitaires de l’establishment, notamment John Lewis Gaddis, considéré comme le connaisseur sur la question de la Guerre froide. Il fait, et de façon vraisemblable, remonter la Guerre froide à 1917, lorsque la Russie s’est affranchie de ses relations de dépendance semi-coloniale vis-à-vis de l’Occident et lorsqu’elle a cherché à suivre sa propre voie. Gaddis expose des principes fondamentaux de façon éclairante lorsqu’il considère la simple existence du régime bolchevik comme une forme d’agression. Ainsi l’intervention des puissances occidentales relevait de l’auto-défense, « en réponse à une intervention, potentiellement de grande portée, de la part du nouveau gouvernement soviétique dans les affaires intérieures, non seulement de l’Occident, mais de quasiment tous les pays du monde », c’est-à-dire, « le défi de la Révolution -qui pouvait difficilement être plus radical- envers l’ordre capitaliste menacé dans son existence même ». Un changement d’ordre social en Russie et l’annonce d’intentions de généraliser le modèle ailleurs c’est une agression qui mérite une invasion considérée comme de l’auto-défense.

La menace pour laquelle la Russie pouvait être un « virus » était très réelle, Woodrow Wilson et Lloyd George l’ont reconnu, non seulement dans le monde colonial mais y compris dans les riches sociétés industrielles. Ces inquiétudes restaient très présentes durant les années 1960, comme on le voit dans les archives internes. Il n’y a aucune raison d’être surpris donc que ces pensées soient réitérées sans arrêt, comme lorsque les architectes de la politique de Kennedy et Johnson alertaient sur le fait que la « simple existence » du régime Castro à Cuba représente un « défi victorieux » à la politique des Etats-Unis ayant son origine dans la Doctrine Monroe ; si bien que « les terreurs de la terre » devaient visiter Cuba, pour reprendre l’expression de l’historien Arthur Schlesinger, confident de Kennedy, décrivant le premier objectif de Robert Kennedy, à qui on avait attribué la responsabilité des opérations terroristes.

La Colombie, une fois de plus, se trouve dans le cadre d’un schéma beaucoup plus général, bien que dans chaque cas, les horreurs endurées sont terribles dans leurs indescriptibles et particulières modalités.

Noam Chomsky

13:28 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (30) |  Facebook |

je me lasse, j'arrête, ça me fatigue...

et de un, trouvé sur oumma...un copain de val, ton meddeb....qui se ressemble....

 

« La guerre civile des années quatre vingt dix a fait plus de cent cinquante mille victimes, assassinées par les islamismes. Des journalistes, des artistes, des paysans, des juristes... Nombre d’Algériens, dont la vie était menacée, se sont exilés en France. On peut imaginer combien, à leurs yeux, la critique de la religion n’a rien à voir avec un quelconque racisme anti-arabe. » C’est là un extrait de l’éditorial de Philipe Val dans Charlie Hebdo.

Voilà en quelques mots déséquilibrés Philipe Val promu porte-parole de tous les Algériens, voyant à travers leurs yeux. Mais il n’allait pas s’en tenir là et le voilà derechef parti à l’assaut de tous les plateaux de télévision française pour faire la promotion de sa croisade. On le retrouve ainsi dans Ripostes le dimanche 19 février, où il coupe la parole à Fouad Alaoui (présent là au titre de représentant des musulmans, et par extension de tous les Maghrébins, titre qu’il a gagné grâce à la contribution de Nicolas Sarkozy à l’intégration de cette « communauté » dans la République) car, lui dit-il : « Vous ne représentez qu’une partie infime des musulmans ! ». Qui représente donc la partie majoritaire ? Philipe Val, bien sûr. Mais il ne néglige pas de chercher où il peut d’improbables soutiens.

Serge Moati (adepte de la non-ingérence étrangère dans les affaires franco-françaises) a ainsi fait venir d’Algérie Dilem (qui dit qu’avec les islamistes « c’est clair, il vous trouvent, ils vous zigouillent » avant d’affirmer naïvement : « Je vis tout à fait normalement ») et de Tunisie Abdelwahab Meddeb (qui pousse une gueulante à blanc contre le « fascisme » (1) ) pour faire chacun à sa façon un plaidoyer pour la dictature. Philipe Val est aussi la vedette de la soirée Théma d’Arte le 22 février, animée par Daniel Cohn-Bendit. Là encore, il n’a qu’un mot à la bouche, l’Algérie, l’Algérie, l’Algérie. Chaque fois, les Algériens présents, des républicains, des laïques, des féministes, ont beau affirmer qu’ils le réprouvent, lui n’en démord pas : il sait mieux qu’eux ce que pensent les Algériens. Comment ? Lui auraient-ils communiqué leurs plus intimes pensées par télépathie ? On n’en saura rien puisque personne n’a poussé le sacrilège jusqu’à lui contester ce pouvoir exorbitant.

 

 

et de deux...

 

Maladie de l’Islam

de Abdelwahab Meddeb, Paris, Seuil, 2002, 223 p.

En consacrant son dernier livre à l’intégrisme, la maladie supposée de

l’Islam, Abdelwahab Meddeb se pose, sans fausse modestie, en égal de Voltaire

et de Thomas Mann. En effet, si chacun de ses deux illustres prédécesseurs

s’est distingué par sa lucidité dans l’identification des causes réelles de

la maladie de sa communauté et par son courage et sa détermination dans la

dénonciation de celle-ci (voir de Voltaire, Traité sur la tolérance, Paris,

Garnier-Flammarion, 1989 et de Thomas Mann, Journal du « Docteur Faustus

», Paris, Christian Bourgeois, 1994), A. Meddeb, Tunisien d’origine

musulmane, a décidé, dans la foulée des attentats du 11 septembre contre les

Twin Towers, d’emprunter leur « technique » pour l’appliquer à la communauté

musulmane. Il précise en effet que : « si le fanatisme fut la maladie du

catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l’Allemagne, il est sûr que l’intégrisme

est la maladie de l’Islam » (p. 12). En soutenant d’emblée qu’« appeler

à conduire les affaires humaines au nom de Dieu ne peut qu’engendrer des

fanatiques capables de tous les désastres », il ne fait pas mystère de sa volonté

de s’inviter dans le club prestigieux des « anti-cléricaux » qui ont pavé, devant

leurs peuples, la voie d’une modernité jugée inéluctable. A. Meddeb paraît

convaincu que le déclencheur de l’intégrisme qu’il prend pour la maladie de

l’Islam est à rechercher essentiellement dans l’impasse, imposée de l’intérieur

du monde musulman, qu’on y fait sur le débat et la discussion, une impasse

ignorant, selon lui, la pluralité des opinions et ne ménageant aucune place au

désaccord et à la différence. Il ne semble pas sous-estimer pour autant les raisons

externes qui, dit-il, l’« entretiennent » et « participent à sa propagation »

(p. 14). Ces raisons externes, il les répertorie, selon leur importance, de la

manière suivante : « la non-reconnaissance de l’Islam par l’Occident, comme

représentant d’une altérité intérieure, la façon de le cantonner dans le statut de

l’exclu, la manière avec laquelle l’Occident renie ses propres principes dès

que l’intérêt le réclame [et enfin] la façon qu’a l’Occident (et, de nos jours,

sous la forme de l’Américain) d’exercer dans l’impunité son hégémonie selon

la politique dite de deux poids deux mesures » (p. 14).

Tordant le cou à un préjugé persistant selon lequel l’intégrisme serait l’apanage

exclusif des couches défavorisées et incultes, A. Meddeb relève que les

auteurs des attentats meurtriers du 11 septembre 2001 contre les États-Unis

« par-delà leur contamination par la maladie de l’Islam, […] sont les fils de leur

époque, le pur produit de l’américanisation du monde : ceux-là même qui firent

du digital leur jeu d’enfant, de la télévision leur mémoire, sans avoir eu besoin

de procéder à la transmutation de l’archaïsme qui habite leur esprit et leur âme »

(p. 16). A. Meddeb soutient que cet état d’esprit a fait naître chez « l’Arabe

comme chez le Musulman [face à l’Occident] le ressentiment » propre à

l’homme qui « reçoit sans avoir les moyens de donner ni d’être affirmatif »

Politique et Sociétés, vol. 21, no 3, 2002

(p. 19). D’aristocratique lorsqu’il était en position de force, « le sujet islamique

», poursuit l’auteur, qui, à défaut d’analyse cohérente, objective et convaincante,

n’hésite pas ici à puiser l’essentiel de son argumentation dans les manuels

à la mode décrivant le frustré-type, « devint peu à peu l’homme du ressentiment,

cet homme […] insatisfait, se pensant au-dessus des conditions qui lui sont faites

; comme tout semi-intellectuel, il s’avère (dans son refus et sa haine accumulés)

candidat à la vengeance, prédisposé à l’action insurrectionnelle et à ce

qu’elle comporte de dissimulation et sacrifice » (p. 22).

La propagation rapide de l’intégrisme islamique au cours des dernières

décennies est la conséquence logique,A. Meddeb en est convaincu, de la perte

d’attrait subi par le modèle européen. À celui-ci on a substitué le modèle américain

qui, parce qu’il repose, soutient-il, sur la croyance que « la religion […]

mène aux lumières [et] […] [que] l’observance des lois divines […] conduit à

la liberté », a permis « sur la scène du marché mondial [que] l’Américain double

le Wahhabite 1 et l’initie à la technique qui l’aide à respirer au rythme de

l’Amérique, où qu’il se trouve dans le monde. Dans ce compagnonnage, le

Wahhabite s’enrichit matériellement et investit dans la propagation de sa foi »

(p. 77).

Les relations privilégiées entretenues depuis des décennies par les États-

Unis et l’Arabie saoudite, pays que l’auteur considère comme le principal

foyer de l’intégrisme, ont connu, selon lui, un développement accéléré dans le

cadre de la lutte commune contre l’ex-Union soviétique, en Afghanistan, où

sous l’égide de la CIA, « l’âme archaïque et la richesse s’unissent pour assurer

aux intégristes l’initiation technique aux armes les plus sophistiquées »

(p. 142).

Relevant que les États-Unis ont continué jusqu’en août 2001 d’établir,

contre toute éthique et tout bon sens, des relations solides avec toutes les factions

intégristes et leurs mentors, et qu’ils se sont toujours accommodés de

leurs pratiques répréhensibles, l’auteur se montre très critique à l’égard de ce

qu’il appelle la politique impérialiste des États-Unis et du rôle de juge et partie

que ces derniers s’arrogent dans les conflits mondiaux : « la manière, ditil,

de lier la survie du principe à l’intérêt [risque de] ruine[r] le principe luimême

» (p. 148).

En conclusion l’auteur, tenant compte du fait que « c’est l’exercice de

l’injustice dans l’impunité qui nourrit la haine et le hideux terrorisme, lequel

reste l’arme du démuni, du faible, de celui qui a épuisé les ressources du

droit » (p. 213), recommande, pour guérir la religion musulmane de sa maladie

intégriste, que l’Islam s’intègre dans « la scène commune » au point de

vue tant culturel et que politique. Sur le plan culturel, A. Meddeb propose,

comme remède à la maladie de l’intégrisme musulman, d’en finir avec « le

mythe d’Ismaël » et avec le préjugé qu’il entretient quant à la supériorité

d’une descendance sur une autre et de réaliser « l’intégration du legs islamique

aux sources de la pensée et de la création (tout autant que le fonds grec,

164 RECENSIONS

1. Par «Wahhabite », l’auteur désigne ici le citoyen saoudien, en référence au père

spirituel de l’État saoudien, Ibnou Abdel-Wahhab.

latin, hébraïque, japonais, chinois, indien) » (p. 202). Sur le plan politique,

A. Meddeb souligne l’importance de mettre fin à l’embargo contre l’Irak, d’en

arriver à une solution du problème palestino-israélien sur la base de la reconnaissance

de deux États souverains, l’un pour le peuple juif et l’autre pour le

peuple palestinien, et de redéfinir les rapports entre les États-Unis et l’Arabie

Saoudite sur de nouvelles bases qui tiennent compte du devoir politique de

liberté et de démocratie.

Le livre de A. Meddeb, par ses nombreuses références à l’histoire musulmane,

peut piquer la curiosité du lecteur et l’inciter à vouloir connaître davantage

un monde musulman pluriel, riche et souvent complexe pour en découvrir

les véritables ressorts. Il n’en demeure pas moins vrai que le parti pris

sans nuance de l’auteur en faveur du modèle républicain français d’intégration

considéré, contre toute évidence 2 et à l’exclusion de tout autre, comme le

meilleur système en la matière, l’a empêché de bien saisir l’originalité et les

énormes qualités de ce qu’il appelle le système américain. Il convient de relever

également qu’en focalisant l’attention sur l’Arabie saoudite, présentée

comme la seule source de l’intégrisme, l’auteur donne l’impression de vouloir

absoudre les autres régimes arabes et musulmans qui, en refusant à leurs

citoyens tout espace de liberté où ils peuvent jouir d’un minimum de droits,

en leur imposant une modernité qui viole systématiquement les valeurs et les

principes de leur religion, assument une responsabilité écrasante dans la montée

et le développement de « la maladie de l’Islam ». Ce faisant, il diminue

considérablement la portée d’une étude qui aurait pu, sur un sujet aussi brûlant

et important que l’Islam, être plus solide et pertinente…

Sayed Baba

Université d’Ottawa

 

 

11:14 Écrit par eric blair | Lien permanent | Commentaires (43) |  Facebook |